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lundi 5 juillet 2021

" Une fille c'est un garçon blessé."

Fille
Camille Laurens

Gallimard, 2020.

FILLE, nom féminin
1. Personne de sexe féminin considérée par rapport à son père, à sa mère.
2. Enfant de sexe féminin.
3. (Vieilli.) Femme non mariée.
4. Prostituée.

Laurence Barraqué grandit avec sa sœur dans les années 1960 à Rouen.
"Vous avez des enfants? demande-t-on à son père. – Non, j’ai deux filles", répond-il.
Naître garçon aurait sans doute facilité les choses. Un garçon, c’est toujours mieux qu’une garce. Puis Laurence devient mère dans les années 1990. Être une fille, avoir une fille : comment faire ? Que transmettre ?

L’écriture de Camille Laurens atteint ici une maîtrise exceptionnelle qui restitue les mouvements intimes au sein des mutations sociales et met en lumière l’importance des mots dans la construction d’une vie.

Ce roman de Camille Laurens est, je pense, nécessaire ... même si je ne lui ai pas trouvé que des qualités. Je dois admettre … et il s'agit peut-être de naïveté de ma part … que la vie de son héroïne m'a paru cumuler trop de clichés, trop d'incidents pour être crédible. Cependant, si je prends ce texte comme une métaphore de toutes les difficultés que peuvent rencontrer les femmes au cours de leur vie, je ne peux que le trouver juste et pertinent. Plus que comme un roman, Fille doit être lu comme un essai.

Nous suivons Laurence. Dès sa naissance, elle est brimée par sa situation de « fille ». Son sexe va définir son parcours. J'ai trouvé ce propos très pessimiste. Je crois que j'ai grandi dans une bulle. Je suis la seule fille d'une fratrie de trois , petite dernière après deux garçons, je n'ai jamais eu la sensation d'être un « poids » et un « boulet ». Ai-je eu de la chance ? Suis-je un OVNI ? Je ne nie pas ce qui est écrit dans Fille. Je suis consciente que tout ce qui est écrit est réel et juste. C'est la cumulation qui me questionne. J'ai décidé de prendre cette histoire dans son côté métaphorique et j'y ai finalement cru. Comme un essai de ce qu'est être une fille au XXème et XXIème siècle, ce roman nous questionne sur la féminité, la maternité, la sexualité. J'ai été très émue par les différents malheurs et les nombreuses tragédies de la vie de Laurence. Le texte est très bien écrit. La fin laisse poindre une lueur, une éclaircie dans la vie des femmes. Elles font bouger les choses, osent parler, font leurs propres choix. 

Un texte difficile, mais à lire comme une grande allégorie de la vie d'une femme.  

" A propos de filles, il y a une chose bizarre. Tu es une fille, c'est entendu. Mais tu es aussi la fille de ton père. Et la fille de ta mère. Ton sexe et ton lien de parenté ne sont pas distincts. Tu n'as et n'auras jamais que ce mot pour dire ton être et on ascendance, ta dépendance et ton identité. La fille est l'éternelle affiliée, la fille ne sort jamais de la famille. Le Dr Galiot, au contraire, a eu un garçon et il a eu un fils. Tu n'as qu'une entrée dans le dictionnaire, lui en a deux. Le phénomène se répète avec le temps : quand tu grandis, tu deviens "une femme" et, le cas échéant, "la femme de".
L'unique mot qui te désigne ne cesse jamais de souligner ton joug, il te rapporte toujours à quelqu'un - tes parents, ton époux, alors qu'un homme existe en lui-même, c'est la langue qui le dit, comme la grammaire t'expliquera plus tard, dans ta petite école de filles jouxtant celle des garçons, que "le masculin l'emporte sur le féminin".

vendredi 18 juin 2021

Y a un blème!

L'anomalie 
Hervé Le Tellier

 Gallimard, 2020 (Prix Goncourt)

«Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension.»
En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.
Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.
Roman virtuose où la logique rencontre le magique, L’anomalie explore cette part de nous-mêmes qui nous échappe.

Ceux qui me suivent depuis un moment savent que je ne lis que peu de littérature contemporaine et presque jamais de prix littéraires. Mais parfois, on m'en offre et comme j'aime découvrir de nouvelles choses, je les lis avec plaisir. 
Lorsque j'ai reçu L'anomalie pour Noël, j'étais sceptique. Je ne savais pas à quoi m'attendre. Je l'ai finalement ouvert curieuse de voir ce que j'allais y trouver. 
Les premières pages m'ont beaucoup plu. J'ai aimé cette polyphonie assez mystérieuse, ces tranches de vie justes et bien écrites. Hervé Le Tellier a de belles tournures de phrases et une sensibilité pleine d'humour et de tendresse. J'étais aussi très pressée de savoir ce qui se tramait (car oui, je n'en avais aucune idée. Je dois être la seule à ne pas avoir été divulgâchée). Finalement, mon intérêt s'est relâché dès que l'on apprend le fin mot de l'histoire (vers la moitié du roman). Je n'ai pas adhéré à l'hypothèse proposée. Bien sûr, j'ai conscience qu'il ne fallait pas le prendre au premier degré, avoir un certain recul et de l'humour. Ces ingrédients marchent souvent bien avec moi, mais là, non. Même si je reconnais que l'écriture de Hervé Le Tellier est efficace et juste et que j'ai eu à certains moments du mal à lâcher le roman, je trouve que L'anomalie ne tient pas dans la longueur. Au bout d'un moment, on se lasse, on décroche. L'auteur n'arrive pas à tenir son histoire jusqu'au bout. 
Une expérience intéressante cependant. Cela m'a fait du bien de lire un roman facile, plus léger qu'un classique et assez original. A découvrir donc.
"Depuis la mort de mon père, il y a plus de trente ans, je gardais toujours dans ma poche une briquette. Ce n’était ni un fétiche, ni un porte-bonheur. Juste quelques grammes de souvenir, presque une habitude. On m’a rendu celle que conservait le Victor qui s’est suicidé, et elles sont désormais deux. J’ai oublié laquelle est laquelle, et je les ai unies. Je ne saurais dire ce qu’elles symbolisent, mais j’ai l’impression d’avoir plus de choix, d’être plus libre que jamais. Malgré tout, je n’aime pas trop ce mot de « destin ». Ce n’est qu’une cible qu’on dessine après coup à l’endroit où s’est fichée la flèche."


lundi 25 janvier 2021

" La patience d’un cœur est en proportion de sa grandeur "

Les impatientes 

Djaïli Amadou Amal

Emmanuelle Colas, 2020.

Trois femmes, trois histoires, trois destins liés. Ce roman polyphonique retrace le destin de la jeune Ramla, arrachée à son amour pour être mariée à l’époux de Safira, tandis que Hindou, sa soeur, est contrainte d’épouser son cousin. Patience ! C’est le seul et unique conseil qui leur est donné par leur entourage, puisqu’il est impensable d’aller contre la volonté d’Allah. Comme le dit le proverbe peul : « Au bout de la patience, il y a le ciel. » Mais le ciel peut devenir un enfer. Comment ces trois femmes impatientes parviendront-elles à se libérer ?
Mariage forcé, viol conjugal, consensus et polygamie : ce roman de Djaïli Amadou Amal brise les tabous en dénonçant la condition féminine au Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes.

Voici un roman que l'on m'a offert pour Noël et j'en suis ravie, car sans cela je ne l'aurais probablement pas lu. Pas que le sujet ne m'intéresse pas, bien sûr. En tant que femme, je ne peux qu'être sensible au propos des Impatientes. Mais parce que je lis très peu de rentrées littéraires, voire pas du tout. J'aurais eu bien tort de ne pas ouvrir ce roman à l'écriture d'une simplicité assumée mais profondément humaine et d'une grande puissance. 

Nous suivons trois femmes du Sahel. Chaque femme prend la parole à tour de rôle. Le roman est coupé en trois parties, une partie par femme. La première, Ramla, est indépendante et rêve de poursuivre de longues études. Elle aime un ami de son frère, étudiant lui aussi et ayant des idées modernes comme elle. Elle est cependant mariée de force à un homme de 50 ans déjà mariée à Safira. Nous suivons cette dernière dans l'ultime partie du roman. Cette "première épouse" garde son homme pour elle depuis des années. L'arrivée de Ramla est une humiliation. Elle refuse de partager son mari avec cette jeune et belle femme. Hindou prend la parole dans la seconde partie. Discrète, soumise et douce, elle est mariée à un cousin. Son mari s'avère violent, ivrogne et malsain. 

Ces trois femmes auront un chemin commun à suivre : celui de la patience. Voilà le mot d'ordre. Leurs mères, leurs sœurs, leurs tantes, les hommes, ... Tout le monde leur recommande la patience. Aux patientes tout est accordé, leur dit-on. Oui, mais voilà. Elles ne veulent pas être patientes. Elles veulent vivre ... survivre en ce qui concerne Hindou. Les règles qui les dominent, dictées par et pour les hommes, les avilissent. Cette patience qu'elles doivent toujours avoir et ressentir les étouffe et les tue lentement. Elles ne pourront se fier qu'à elles-mêmes et se battre avec le peu d'armes qu'elles ont. 

Ce roman est nécessaire. Les voix de Ramla, Hindou et Safira résonnent au fond de nous. L'autrice ne cherche pas le voyeurisme ou le mal-être. Même dans l'horreur, elle reste sensible, pudique, digne. Elle ne tait rien. Mais elle ne cherche pas non plus à tomber dans un pathos facile et larmoyant. Ce texte est un texte de combattantes, de survivantes. En fermant ce texte, il n'y a qu'un profond respect et une sourde colère qui habitent notre cœur. 

Ce roman m'a terriblement donné envie de me pencher davantage sur la littérature francophone (ou plus largement d'Afrique noire). Je ne m'y suis jamais réellement penchée ... à tort. J'ai noté quelques titres. En avez-vous à me conseiller? 

Patience, munyal, Hindou ! On te l'a déjà dit. Une peule ne pleure pas quand elle accouche. Elle ne se plaint pas. N'oublie pas. A chaque instant de ta vie, tu dois te maîtriser et tout contrôler. Ne pleure pas, ne crie pas, ne parle même pas ! Si tu pleures à ton premier accouchement, tu pleureras à tous les autres. Si tu cries, ta dignité sera bafouée. Il y a aura toujours quelqu'un pour raconter au quartier que tu es une poltronne. On serre les dents mais on ne se mord pas les lèvres. Si tu mords les lèvres, tu pourras les transpercer au plus fort de la douleur et sans même t'en rendre compte. C'est la volonté d'Allah d'enfanter dans la douleur mais un enfant n'a pas de prix. Patience ! C'est à cause de cette douleur qu'on dit que l'accouchement est le jihad des femmes. C'est grâce à lui qu'on va directement au Paradis si on y laisse la vie. C'est à cause de lui qu'un enfant sera toujours redevable à sa mère.

          Les impatientes, Djaïli Amadou Amal.  

lundi 18 janvier 2021

Surmonter l'insurmontable

Passage du gué 
Jean-Philippe Blondel

Pocket, 2008.

Myriam et Thomas. Pour Fred, les revoir aujourd'hui, c'est une joie violente qui prend à la gorge, bouscule et donne une force inattendue. 

Il y a vingt ans, Fred a choisi de traverser, à leurs côtés, une épreuve qui n'était pas sienne. Pour leur éviter la noyade, il s'est tenu là, attentif, disponible , sans rien attendre. Avec tendresse et fermeté, il a tenu leurs têtes hors de l'eau. Une fois la tempête éloignée, il s'est effacé. 

Myriam, Thomas et Fred. S'ils ont survécu, c'est que le pari le plus insensé peut être tenu. C'est que la vie peut tout donner après avoir tout retiré. 

J'ai découvert Jean-Philippe Blondel il y a des années grâce à un concours organisé par le blog To the happy few (l'autrice Angéla Morelli désormais). Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, celui des blogs littéraires, où les réseaux sociaux tels que Facebook ou Instagram n'existaient pas … ou étaient encore peu utilisés. J'avais gagné à l'époque sur le blog d'Angela donc, plusieurs romans de Jean-Philippe Blondel. Je lis très peu de contemporains (comme vous le savez) mais cet auteur fait partie de ceux que j'aime bien. Je grignote les 5 romans reçus en cadeau au fur et a mesure des années et je les savoure. Rien de transcendant mais c'est bien écrit, émouvant et juste.

Je dois reconnaître cependant que Passage du gué est celui que j'ai le moins aimé jusqu'à maintenant. Plus dur, plus cru, j'ai préféré la poésie de ces autres textes (tous chroniqués sur le blog). Cependant, il est pertinent et complexe. Blondel écrit vrai et c'est ce que j'aime chez lui. Il écrit sur la vie et les gens avec vérité et sans jugement.

Nous suivons un couple en plein drame qui se relèvera grâce à l'amitié d'un jeune homme, croisé un jour. Il s'offrira à ce couple, sans rien demander en retour, seulement le temps que ce duo se redresse et reprenne leur vie. 

Bien sûr en tant que maman ce texte m'a beaucoup émue. J'ai souvent eu le cœur serré. Même si je n'ai pas toujours compris et accepté les choix et les liens qui se nouaient entre les personnages, j'ai lu leur histoire sans les juger. Je ne sais pas comment j'aurai vécu un drame comme celui-là. J'ai assisté avec émotion, incompréhension parfois mais toujours avec respect. 

Un auteur à découvrir. Il ne me reste plus qu'un roman de lui, Juke box. Je serai heureuse de le retrouver. 

Je vous offre un passage du roman qui m'a énormément touchée. A en avoir le cœur au bord des lèvres. L'héroïne se promène dans la forêt et imagine son petit garçon à ses côtés. Cette sensation "d'enfant fantasmé" a eu des échos très personnels en moi. 

" Je suis allée me promener avec Pierre, bien sûr. Je lui montrais tout ce qu'il devait retenir pour sa vie future, le parfum des fleurs dans les sous-bois, le coassement paresseux des grenouilles, les différents troncs des arbres et leurs écorces, les traces du passage des animaux, le bruit du vent dans les cimes. Je lui parlais à voix haute. Je voulais que, plus tard, il se souvienne, comme Fred se souvient de ses promenades avec sa mère. Je le tenais par la main. Je sais. Personne ne peut comprendre ça. Pourtant, je le tenais par la main, je sentais sa main dans la mienne et, au fur et a mesure que nous gravissions le sentier, elle grandissait, elle se faisait plus calleuse, une main d'homme que je ne reconnais pas toujours, et pourtant la douceur était la même, c'était ma propre main qui changeait, la peau se fripait, les rides s'entrecroisaient dans des figures de plus en plus complexes, les rhumatismes vrillaient les articulations, les os adoptaient des postures étranges, ma main de vieille dame dans celle de mon fils adulte. "

(Passage du gué, Jean_Philippe Blondel)

dimanche 6 décembre 2020

Zut alors!

La vie devant ses yeux
Laura Kasischke

Le livre de poche, 2014.

Diana vient d'atteindre la quarantaine.
Elle a apparemment tout pour être heureuse : un mari professeur de philosophie, une jolie petite fille et une belle maison. Elle est cette mère de famille américaine typique qui accompagne les sorties scolaires de sa fille, qui cuisine admirablement et enseigne le dessin à mi-temps. Pourtant le passé - et l'événement traumatisant qui en est au cœur - ne cesse de la hanter, par bouffées, et ces flashes sont autant de ruptures dans la narration du présent de Diana.
Par un effet d'éclatement chronologique, Laura Kasischke crée ainsi une sorte de science-fiction "domestique", et nous livre une critique cruelle de l'Amérique petite-bourgeoise.

Alors autant je suis une grande fan de l'univers de Laura Kasischke et une accro à ses histoires mystérieuses et pleines d'ombres, que là, avec La vie devant ses yeux, j'ai été assez déçue. 

Pourtant le scénario de début était alléchant. Du Kasischke parfait : un non-dit, un vernis qui craque, une famille parfaite pas si parfaite. Mais voilà, alors que ça marche normalement du feu de Dieu avec moi, là ça n'a pas pris. En lisant La vie devant ses yeux, j'ai compris toutes les critiques que certains lecteurs pouvaient faire à Kasischke. Beaucoup disent qu'il ne se passe rien dans ses romans, que c'est bavard, surfait. Je n'irai pas jusque là, car j'aime définitivement Kasischke. Mais je ne peux qu'avouer que La vie devant ses yeux est peu palpitant. Etrangement, Kasischke nous livre dès les premières pages le secret de la vie de Diana. On attend autre chose durant toute la lecture, un secret encore inavoué. Et puis, non. Rien. On lit donc des dizaines de pages de la vie de Diana qui vit mal son secret, vit dans la douleur de la culpabilité. Puis arrive la fin. Une fin énigmatique ... que je n'ai pas comprise. J'adore les fins inachevées de Kasischke, les questions qui restent sans réponses, les ombres persistantes, ... mais là, il n'y a aucun mystère qui reste, c'est juste que la fin est écrite dans un style très métaphorique et que je n'ai pas tout saisi. 
L'idée de départ était bonne. Une femme vit avec un poids sur le cœur, une épée de Damoclès qu'elle traine depuis l'adolescence. Elle s'efforce d'être parfaite mais sa vie n'est qu'un mensonge. J'aurais aimé que Kasischke ne dévoile pas le fin mot de l'histoire dès le début. En évoquant l'amitié de Diana et Maureen en flashback, en créant (comme elle sait si bien le faire) une ambiance lourde presque surnaturelle qui fait planer le doute sur un éventuel roman fantastique et enfin une révélation finale, cela aurait bien mieux marché. 
J'ai retrouvé un scénario digne de Kasischke mais non traité comme l'aurait fait Kasischke normalement. Mais bien sûr, cette déception ne refroidit pas mon intérêt pour cette auteure que j'adore lire et que je relirai avec bonheur. En attendant une nouvelle lecture kasischkienne, je vais me dénicher le film adapté de La vie devant ses yeux qui me permettra sûrement d'y voir plus clair. 

PS : Une fois cet article rédigé, j'ai lu l'avis d'une lectrice sur Babelio qui me fait repenser toute ma vision du roman. Je crois que je suis vraiment totalement passée à côté du texte. Je n'ai pas vu les messages de Kasischke glissés dans le récit qui font basculer le roman dans quelque chose de très différent. J'ai presque envie de le relire avec en tête cette interprétation du texte. Je m'en veux un peu d'être passée à côté de cette analyse. 
"L’été...
Tout ce désir et tout cet espoir moite du printemps avaient finalement abouti à quelque chose. Chez elle, les pivoines s’étaient ouvertes, dans le jardin devant sa maison, comme les manches d’un joli chemisier - mais elles étaient restées collantes, douces, couvertes de petites fourmis rouges.
L’herbe était verte comm du fard à paupières, verte comme du satin.
Le ciel était un gros bonbon bien dur.
Et les abeilles s’agitaient autour du chèvrefeuille, comme de minuscules petits anges dorés jouant de la trompette.
Les lys venaient juste de fleurir, et une brise parfumée s’élevait de leurs cœurs intacts pour envahir le monde. "
(Photos : Romanza2020)

dimanche 8 novembre 2020

Tu engendreras dans la souffrance.

 Le Chœur des femmes 

Martin Winckler

Folio, 2017.

Je m'appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m'oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de "Médecine de La Femme", dirigée par un barbu mal dégrossi qui n'est même pas gynécologue, mais généraliste ! S'il s'imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu'est-ce qu'il croit ? Qu'il va m'enseigner mon métier ? J'ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas - et je ne veux pas - perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur coeur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu'elles pourraient m'apprendre.

Je remercie UnlivreUnthé pour m'avoir fait découvrir ce roman. Je ne l'aurai sûrement pas lu sans elle. Cela aurait été bien dommage. 

Je dois reconnaître que l'intérêt du Choeur des femmes n'est pas littéraire. Beaucoup de lieux communs, de longueurs, de lourdeurs même. L'ambiance n'est également pas ce qui m'a séduite. Pourtant, j'ai apprécié ce livre ... et je le recommanderai autour de moi ... surtout à des femmes. C'est un texte qui bouscule. 

Comme je le disais certains points m'ont rendue perplexe. La narration en elle-même, l'histoire aussi, ne sont pas les choses que j'ai préférées. J'ai apprécié Le Choeur des femmes car je l'ai lu comme un témoignage, une enquête ... et non comme un roman. 

Ce livre de Martin Winckler est un livre qui fait ouvrir les yeux. Je me suis rendue compte à quel point tout ce qui paraissait normal aux femmes ne l'était pas. J'ai été marquée, durant ma lecture, par l'idée que nous sommes conditionnées pour penser que les examens gynécologiques sont forcément désagréables et humiliants. On y va la boule au ventre, on sait d'avance que l'on va avoir mal, qu'on aura le droit (quoi qu'il arrive) à un examen physique ... même si ce n'était pas nécessaire. Tout ça est dans les normes. On le transmet même de mère en fille. On subit ... c'est ainsi. Nous n'avons pas d'autres modèles. Martin Winckler met le doigt sur ce problème (sans vilains jeux de mots). Oui, un examen gynécologique peut se passer de toucher vaginal. Non, la position sur le dos et les pieds sur les étriers n'est pas la seule qui existe. Oui, tout est fait pour le confort du médecin et non pour celui de la patiente. A la lecture, plusieurs souvenirs me sont revenus ... Des souvenirs désagréables auxquels je pense toujours avec honte, mais qui me paraissaient "normaux". Ma première visite gynécologique à 14 ans et cette médecin qui m'a faite souffrir jusqu'aux larmes ... Elle ne m'a pas dit un mot, n'a rien expliqué, n'a pris aucuns gants. Cette même femme quelques années plus tard qui me regarde avec dédain, un sourire aux lèvres, car je reviens d'un voyage humanitaire au Sénégal et que j'ai des petits soucis gynécologiques. Elle sous-entend ouvertement que je me suis envoyée tous les sénégalais du pays. J'ai regardé mes pieds, j'ai baissé les yeux. C'était faux. Et même si cela avait été vrai, quel était son rôle? Celui de me juger? Je ne crois pas. Et bien sûr, il y en d'autres. Ces médecins qui te demandent de te mettre entièrement nue. Sans même un drap sur toi. Tu trembles sur la table d'auscultation. Mais tu ne dis rien. Car tu penses que c'est normal. Ce gynécologue qui est arrivé dans la salle d'accouchement où je mettais mon premier bébé au monde. Je ne l'avais jamais vu. C'était la sage-femme qui gérait merveilleusement bien depuis le début du travail. Il ne s'est pas présenté. Il a mis sa tête entre mes jambes. Je me souviens de l'affreux bruit de la peau découpée au ciseau, de la douleur ... Puis il a recousu sans anesthésie. Les coups d'aiguilles étaient une torture. J'avais mon tout-petit sur mon ventre, plutôt que de le regarder, je ne faisais que me mordre les lèvres pour ne pas crier. J'ai pu enfin souffler et profiter une fois qu'il était sorti. Sans un mot. Pourtant, je fais partie des femmes qui ont eu un "bel accouchement". Je n'ai pas été "traumatisée". Je n'ai pas eu de complications ... et en garde de "beaux souvenirs". Pourquoi? Parce qu'on est élevées dans l'idée que tout cela est normal.  

Alors oui, le livre de Winckler est long, parfois maladroit, Jean n'est pas un personnage que j'ai apprécié, l'énumération de témoignages finit par être lourd ... mais tout ça ... tant pis. Ce livre est nécessaire car il nous fait prendre conscience de tout ce à quoi on s'est habitué car c'est "normal". La femme doit engendrer dans la souffrance (ou se préparer à engendrer dans la souffrance ... même si elle ne veut pas d'enfants). C'est ainsi. Et bien, non. Nous avons le droit de dire non. Non, je préfère restée habillée. Non, je ne veux pas accoucher dans cette position. Non, je ne vous autorise pas à me toucher sans m'avoir d'abord prévenue. Les mœurs changent doucement. Mais le chemin est encore long. Nous, les mères, les tantes, les amies, ne transmettons pas cette peur ou cette idée que la gynécologie est un passage subi, désagréable, humiliant. Expliquons plutôt aux jeunes générations qu'elles ont le droit de s'opposer, de poser des questions, d'exposer leurs préférences. Qu'elles deviennent maîtresses de leur intimité. 

Un livre qui ne se lit pas comme un roman, qui a beaucoup de défauts ... mais qui se lit comme un témoignage indispensable à toute femme. A lire pour savoir et prendre conscience.

- Chaque fois que vous interrompez une patiente, vous l'empêchez de dire ce qui est essentiel pour elle. Chaque fois que vous remettez en question la véracité de ce qu'elle dit, vous la faites douter.
- Mais si elle dit quelque chose de faux ?
- D'abord, ce n'est pas "faux", c'est ce qu'elle ressent. Son interprétation n'est peut-être pas conforme aux acquis de la science, mais elle lui permet d'appréhender la situation d'une manière intelligible, de ne pas se laisser gagner par la panique. Notre boulot, ça n'est pas de lui dire que ce qu'elle ressent est "vrai", ou "faux", mais de chercher pour son bénéfice, et avec son aide, ce que ça signifie. Si tu veux que les patientes respectent ton avis, il faut d'abord que tu respectes leur perception des choses...
- Même si elle repose sur une vision complètement fantasmatique ?
- Bien sûr. Respecter, ça ne veut pas dire adhérer. Ça veut dire : plutôt que de perdre ton temps dans un bras de fer (j'ai raison, tu as tort), essayons de trouver un terrain commun. Une relation de soin, ce n'est pas un rapport de force.

(Photos : Romanza 2020)

" Des petites choses naît la grandeur "

 La brodeuse de Winchester

Tracy Chevalier


Quai Voltaire, 2020.

Winchester, 1932. Violet Speedwell, dactylo de trente-huit ans, fait partie de ces millions de femmes restées célibataires depuis que la guerre a décimé toute une génération de fiancés potentiels. "Femme excédentaire", voilà l'étiquette qu'elle ne se résigne pas à porter, à une époque où la vie des femmes est strictement régentée. En quittant une mère acariâtre, Violet espérait prendre son envol, mais son maigre salaire lui permet peu de plaisirs et son célibat lui attire plus de mépris que d'amis. Le jour où elle assiste à un curieux office à la cathédrale, elle est loin de se douter que c'est au sein d'un cercle de brodeuses en apparence austère - fondé par la véritable Louisa Pesel - qu'elle trouvera le soutien et la créativité qui lui manquent. En se liant d'amitié avec l'audacieuse Gilda, Violet découvre aussi que la cathédrale abrite un tout autre cercle, masculin cette fois, dont Arthur, sonneur de cloches, semble disposé à lui dévoiler les coulisses. A la radio, on annonce l'arrivée d'un certain Hitler à la tête de l'Allemagne.

Ce n'est que la seconde fois que je lis Tracy Chevalier et pourtant, à la fin de chaque lecture, j'ai ressenti la même douce sensation au cœur. J'aime l'univers de cette romancière. J'aime sa plume simple mais ne tombant jamais dans le cliché ou la facilité. J'en arrive à la conclusion suivante : il faut que je lise davantage cette autrice. 

J'avais adoré Prodigieuses créatures, auquel je pense systématiquement lorsque je me balade sur une plage bordée de falaises. Dans ce nouveau roman, point de mer agitée ni de fossiles à déterrer. La brodeuse de Wincherster prend place en ville, au cœur des grandes cathédrales anglaises. L'héroïne de cette histoire, Violet, est extrêmement attachante. Elle ne rentre pas dans les critères des héroïnes romantiques anglaises. C'est une vieille fille. Elle ressent le poids de sa situation et le regard que l'on pose sur elle. Elle se refuse à être la garde-malade de sa mère et décide de prendre son autonomie ... quitte à souffrir de la faim et du froid. J'ai ressenti beaucoup d'empathie pour cette femme, mais je n'ai jamais ressenti de pitié. Jamais Violet ne permet qu'on la plaigne. C'est une battante. Malgré ces doutes et ses sensibilités, elle lève la tête et se bat. J'étais ravie de retrouver Violet chaque soir après ma journée de travail. 

Je me suis longtemps demandée comment Tracy Chevalier allait terminer cette histoire. J'ai croisé les doigts pour qu'elle ne tombe pas dans la mièvrerie. Heureusement, la fin fut comme le reste du roman, pertinente, intelligente et émouvante. 

La brodeuse de Winchester possède un charme incroyable et je remercie Lou de me l'avoir offert. Ouvrir ce roman après une dure journée de travail, c'était comme se glisser dans un bon bain chaud. Je compte bien retrouver Tracy Chevalier dans un autre de ses romans.

" Il se ragaillardit. "Avez-vous vu la Table ronde accrochée dans le Grand Hall...l'unique vestige du château de Winchester?"
Violet hocha la tête. Elle avait emmené Marjorie et Edward la voir; s'était ensuivi l'inévitable combat à l'épée, mené à l'aide de roseaux cueillis dans des champs inondables. Gigantesque, six mètres de diamètre, le plateau était divisé en vingt-quatre segments peints en vert et blanc au bord desquels était inscrit le nom de chaque chevalier du roi Arthur. Au centre figurait une rose Tudor rouge et blanc, assortie d'un portrait du roi en habit rouge, blanc et bleu, tenant une épée.
"C'est une reproduction médiévale de la table ronde du roi Arthur, décorée ultérieurement sur l'ordre du roi Henri VIII. Il a été suggéré que le château de Winchester était peut-être Camelot, bien qu'il n'y ait de cela aucune preuve historique, pas plus, d'ailleurs, que de l'existence du roi Arthur. "

(Photos : Romanza2020)

samedi 18 avril 2020

Je te hanterai!


Les revenants
Laura Kasischke

Le livre de poche, 2013.

Une nuit de pleine lune, Shelly est l’unique témoin d’un accident de voiture dont sont victimes deux jeunes gens. Nicole, projetée par le choc, baigne dans son sang, et Craig, blessé et en état de choc, est retrouvé errant dans la campagne. C’est du moins ce qu’on peut lire dans les journaux mais c’est une version que conteste Shelly. Un an après, Craig ne se remet toujours pas. Il ne cesse de voir Nicole partout… Serait-il possible que, trop jeune pour mourir, elle soit revenue ?

Voici mon cinquième roman de Laura Kasischke. Moi, la grande lectrice de classiques, me délecte de ces histoires sombres, modernes, troubles. Depuis ma découverte d'Esprit d'hiver il y a quelques années, je lis au moins une fois dans l'année cette autrice américaine qui joue avec mes nerfs. 
Même si je reconnais que Les revenants possèdent beaucoup de faiblesses et qu'il n'est assurément pas le meilleur, Laura Kasischke a encore réussi à me captiver. 
Comme dans tout roman de Kasischke (et surtout dans ce dernier qui est le plus épais que j'ai lu d'elle), il faut s'attendre à de nombreuses pages où il ne se passe ... rien. Kasischke prend son temps. Elle décrit, explique, narre, parle du quotidien. Ce quotidien va doucement se fissurer et le vernis va craquer. Ce roman prend place sur un prestigieux campus américain. Les Campus novel marchent du feu de dieu avec moi, j'en suis assez friande. J'aime l'ambiance à la fois studieuse et insolente de la vie universitaire. Je me suis, du coup, assez vite immergée dans le roman. Plusieurs voix vont se répondre dans ce texte : Shelly, Mira, Craig et Perry. Ils prennent chacun leur tour la parole et Kasischke mélange passé et présent, ce qui crée une sorte de destruction de l'histoire. Il revient au lecteur de rassembler les différentes pièces. Là encore, Kasischke reste Kasischke et il faut vous attendre à ne pas avoir toutes les réponses à la fin de votre lecture. C'est frustrant, mais c'est aussi en cela que j'aime cette autrice. 
Ce que j'apprécie particulièrement dans l'oeuvre de Kasischke? Cette ambiance américaine  assez clichée pleine de pompoms girls, d'étudiantes blondes, de voitures, de routes interminables, de Motel. On pourrait se dire que cela sonne faux. Pourtant ce n'est pas le cas. Chaque page est un concentré de cette Amérique à la fois folle et puritaine, un mélange de sitcoms des années 90 et de films engagés actuels. Kasischke parle des incohérences de son pays avec beaucoup de clairvoyance. Elle souligne les qualités mais n'essaie pas de masquer les erreurs. 
L'histoire des Revenants fait froid dans le dos. Je ne préfère pas en dire plus. La 4ème de couverture a été assez intelligente pour en dire peu, si bien que je ne savais pas du tout ce qui m'attendait (histoire de vampires? enquête policière?) et j'ai énormément apprécié de rester dans l'ignorance. Le pourquoi-de-l'éventuel-comment est évoqué après plusieurs pages et on lit de nombreux chapitres sans avoir une seule idée de l'endroit où nous amène l'autrice. La seule chose que je m’autorise à vous dire est que je suis ravie d'avoir connu l'université française et non américaine! 

Si vous n'avez pas encore découvert Laura Kasischke, il est grand temps de vous y mettre! Par contre, ne lisez pas Les revenants en premier. Découvrez-la dans un roman plus court, plus subtil, plus fin. Habituez-vous d'abord à son univers. Quoi qu'il en soit, lisez-la! Quant à moi, j'ai déjà hâte de lire les derniers romans d'elle qu'il me reste à découvrir. 
" La scène de l'accident était exempte de sang et empreinte d'une grande beauté. Telle fut la première pensée qui vint à l'esprit de Shelly au moment où elle arrêtait sa voiture. Une grande beauté. La pleine lune était accrochée dans la ramure humide et nue d'un frêne. L'astre déversait ses rayons sur la fille, dont les cheveux blonds étaient déployés en éventail autour du visage. Elle gisait sur le côté, jambes jointes, genoux fléchis. On eût dit qu'elle avait sauté, peut-être de cet arbre en surplomb ou bien du haut du ciel, pour se poser au sol avec une grâce inconcevable. Sa robe noire était étendue autour d'elle comme une ombre. Le garçon, qui s'était extrait du véhicule accidenté, franchit un fossé rempli d'eau noire pour venir s'agenouiller à côté d'elle."

(Photos : Romanza2020)

mercredi 8 avril 2020

" On dispose de tout ce qu'il faut lorsqu'on organise sa vie autour de l'idée de ne rien posséder. "

Dans les forêts de Sibérie
Sylvain Tesson
 
Livre de poche, 2013.

Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché de vivre dans la lenteur et la simplicité. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à l'existence. Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si la richesse revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Voici un texte que je désirais lire depuis longtemps et une plume que je voulais découvrir. Bien que mon Romanzo ne soit pas un grand lecteur, il porte dans son cœur deux auteurs qu'il lit régulièrement : Jules Verne et Sylvain Tesson. J'étais curieuse de découvrir une oeuvre de Tesson, cet homme qui fait si souvent rire et réfléchir mon mari. J'ai aimé le style assez particulier de cet homme. Il est parfois exaspérant, avouons-le, mais il est souvent juste, vif, tranchant. 
Tout d'abord, si l'idée de se retirer seul dans une cabane peut en effrayer plus d'un, j'avoue pour ma part que cela me fait totalement rêver. La solitude ne m'a jamais terrifiée. Je confesse même qu'elle me manque souvent. J'aime les journées de calme, où la journée est rythmée par des activités choisies, d'autres indispensables à la survie. Du coup, lire les aventures de Tesson tient pour moi du quasi fantasme. Se préparer une liste de livres, songer, méditer. Tout en sachant que cela aura une fin bien évidemment. La solitude imposée, sans espoir de retrouver la civilisation, n'aurait bien évidemment pas la même "saveur". Mais se retirer du monde de façon volontaire pour revenir à l'essentiel ... oui, cela fait rêver. Ironie de la situation, j'ai ouvert ce livre de Tesson quelques jours seulement avant l'annonce du confinement national. Les mots de ce texte ont souvent fait écho à l'actualité. 
Je ne cacherai pas que ce journal peut être trop bavard. Pourtant court, j'ai trouvé que Tesson en faisait parfois des caisses. Ce qu'il reconnaît d'ailleurs volontiers et avec beaucoup d'humour. Tel un Rousseau ou un Chateaubriand, il contemple, commente, se lamente, se flagelle. Si j'ai aimé sa plume poétique, ironique, à la fois tendre et drôle, j'ai cependant été déstabilisée par certains détails qui ne me semblaient pas essentiels. Toujours est-il que Tesson est un écrivain à part, unique, qu'il faut absolument connaître. Sa vision de la vie, parfois rude, crue, violente, nous remet un peu à notre place, nous questionne, nous titille. Et ça fait un bien fou! Cette vision qu'il a de nos propres incohérences, de nos fautes vis-à-vis de la Planète, du monde, de ses habitants, s'impose à nous pour nous remuer. Je l'en remercie. Certaines de ses réflexions ont tellement fait écho en moi que j'en ai parfois eu la larme à l’œil. Je me suis surprise à penser : " Enfin quelqu'un qui met des mots sur ce que contient mon cœur!". J'ai beaucoup corné de pages et copié d'extraits. 
Tesson possède un talent d'écrivain à découvrir très vite si ce n'est pas déjà fait. Oui, dans ce texte, il est alcoolique et boit beaucoup trop. Oui, il est un brin suffisant. Oui, il peut être agaçant. Oui, il a une vision un peu XIXème de la femme. Mais tout cela le rend tellement humain. Il ne se sent pas supérieur à nous. Il nous montre ses taches, ses fautes, ses doutes. Il est un être humain. Éclairé, lucide, conscient. ... mais humain tout de même. Il peut se permettre de critiquer, car il se critique lui-même et nous autorise également à le faire. 
Un détail m'a souvent fait sourire : le guide ornitho qui le suit dans ses aventures. A la maison, nous avons le même. Ce Delachaux qui nous suit partout, qui tombe en lambeaux, mais que l'on aime tellement. Ce guide où l'on coche tous les oiseaux que l'on a pu observer, qui parfois rythme nos vacances, décide des lieux où l'on partira vadrouiller, ... C'est une Bible chez les Romanzi! Lorsque Tesson explique qu'il s'efforce d'apprendre le nom des oiseaux qui l'entourent car il ne trouve pas cela poli de s'imposer chez quelqu'un sans au minimum connaître le nom de la personne chez qui tu squattes, m'a fait beaucoup rire. 
Un beau texte à découvrir! Je pense piquer les autres livres de Tesson que possède l'Homme dans sa bibliothèque pour continuer à être titiller par cet homme à l'esprit cinglant.

" RAISONS POUR LESQUELLES JE ME SUIS ISOLE DANS UNE CABANE 
J'étais trop bavard 
Je voulais du silence 
Trop de courrier en retard et trop de gens à voir 
J'étais jaloux de Robinson 
C'est mieux chauffé que chez moi, à Paris 
Par lassitude d'avoir à faire les courses 
Pour pouvoir hurler et vivre nu 
Par détestation du téléphone et du bruit des moteurs"
Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie. 
(Photos : Romanza2020)

samedi 21 mars 2020

La mayonnaise ne prend pas toujours, c'est pas pour autant qu'elle ne se mange pas!

Lambeaux
Charles Juliet
Folio, 2012.

Dans cet ouvrage, l'auteur a voulu célébrer ses deux mères : l'esseulée et la vaillante, l'étouffée et la valeureuse, la jetée-dans-la-fosse et la toute-donnée.

La première, celle qui lui a donné le jour, une paysanne, à la suite d'un amour malheureux, d'un mariage qui l'a déçue, puis quatre maternités rapprochées, a sombré dans une profonde dépression. Hospitalisée un mois après la naissance de son dernier enfant, elle est morte huit ans plus tard dans d'atroces conditions.
La seconde, mère d'une famille nombreuse, elle aussi paysanne, a recueilli cet enfant et l'a élevé comme s'il avait été son fils.
Après avoir évoqué ces deux émouvantes figures, l'auteur relate succinctement son parcours. Ce faisant, il nous raconte la naissance à soi-même d'un homme qui est parvenu à triompher de la «détresse impensable» dont il était prisonnier. Voilà pourquoi Lambeaux est avant tout un livre d'espoir.


Lambeaux est un beau texte ... que j'aurais aimé apprécier davantage. Je ne sais pas trop pourquoi mais je n'ai pas été aussi touchée que ce que j'aurais voulu. Il est vrai que l'histoire est touchante, voire déchirante à certains moments. C'est vrai que les mots sont beaux et justes. Mais, je ne saurais expliquer réellement pourquoi, j'ai trouvé un manque de simplicité, d'authenticité. Étrangement, ce "tu" utilisé par l'auteur m'a agacée. Je l'ai trouvé lourd et surfait. Je me rends bien compte que je suis un peu dure avec ce roman fin et bien écrit, mais c'est ainsi, ça n'a pas réellement pris. 
Lambeaux est un roman qui rend hommage aux femmes. Pour cela, je l'en remercie. Il donne la parole (mais la donne-t-il vraiment en utilisant le "tu"?) aux oubliées. A ces femmes qui n'étaient pas faites pour être épouses et mères, mais à qui on a refusé un autre destin. Il rend hommage aux femmes courageuses, généreuses, qui donnent tout sans rien recevoir ... mais qui n'avaient pas réellement le choix. Je ne peux qu'être touchée par un texte dont l'histoire est si émouvante, le sujet si féminin et féministe. Mais bizarrement, j'ai trouvé un quelque chose de trop "masculin" à ce texte. En s'adressant à elles, ses deux mères, on ne l'entend que lui, l'Homme. C'est dommage. J'aurais aimé entendre leur voix, à elles. 
Un roman à lire. J'en attendais davantage en ce qui me concerne, mais il mérite amplement d'être lu. L'écriture est délicate et poétique. Merci à mon amie UnlivreUnthé de me l'avoir fait découvrir. 
" Tes yeux. Immenses. Ton regard doux et patient où brûle ce feu qui te consume. Où sans relâche la nuit meurtrit ta lumière. Dans l’âtre, le feu qui ronfle, et toi, appuyée de l’épaule contre le manteau de la cheminée. A tes pieds, ce chien au regard vif et si souvent levé vers toi. Dehors, la neige et la brume. Le cauchemar des hivers. De leur nuit interminable. La route impraticable, et fréquemment, tu songes à un départ à une vie autre, à l’infini des chemins. Ta morne existence dans ce village. Ta solitude. Ces secondes indéfiniment distendues quand tu vacilles à la limite du supportable. Tes mots noués dans ta gorge. A chaque printemps, cet appel, cet élan, ta force enfin revenue. La route neuve et qui brille. Ce point si souvent scruté où elle coupe l’horizon. Mais à quoi bon partir. Toute fuite est vaine et tu le sais. "
Lambeaux, Charles Juliet.
(Photos : Romanza2020)

lundi 10 février 2020

Destinée

L'héritière
Hanne-Vibeke Holst
Pocket, 2015.

Copenhague à l’approche des fêtes. Charlotte Damgaard, trente-cinq ans, mariée et mère de deux enfants, vient de démissionner de son poste à la direction d’une ONG dédiée au développement de projets écologiques. Elle souhaite se consacrer à sa vie de famille et suivre son mari, à qui l’on vient d’offrir le poste de ses rêves, en Ouganda. Mais alors que les cartons sont faits et la maisonnée sur le départ, un coup de téléphone vient bousculer ce joli programme. Vittrup, le Premier Ministre Social Démocrate, propose à Charlotte le poste de Ministre de l’Environnement. Une opportunité qu’elle ne peut refuser, mais un choix lourd de conséquences.
Pendant neuf mois, nous suivons son ascension politique fulgurante, dévoilant peu à peu les coulisses, les alliances ou querelles intestines, et les coups (bas) médiatiques. Mais jusqu’où est-elle prête à aller pour atteindre ses objectifs et satisfaire son ambition ? Tiraillée entre sa carrière et sa vie de famille, Charlotte parviendra-t-elle à concilier son statut de femme politique, de mère et d’épouse ?

Voici un roman que je n'aurais probablement pas lu sans ma mère. C'est elle qui me l'a offert et je dois avouer avoir aimé cette excursion bien loin de ma zone de confort. 
Il faut dire que ce roman est bien écrit et son intrigue est prenante. Nous rencontrons Charlotte, une militante écologiste de renom. Alors qu'elle s'apprête à (enfin) mettre sa carrière de côté pour laisser sa chance à son mari qui jusqu’à maintenant restait au foyer et s'occupait de la maison et de leurs jumeaux, le premier ministre l'appelle pour lui demander de devenir sa ministre de l'écologie.  Chamboulement! Son mari la soutient, lui dit de foncer, laisse (encore) sa carrière de côté et tout semble bien se goupiller. Sauf que le vie politique va s'avérer bien difficile et la vie personnelle de Charlotte va être malheureusement malmenée. 
Ce que j'ai aimé dans ce roman, c'est étonnement sa simplicité. En lisant la quatrième de couverture, je m'attendais à un vrai thriller politique où les coups les plus bas sont permis. Finalement, même si le monde dépeint est assez dur, il est surtout réaliste. Oui, il y a de l'hypocrisie, des entourloupes, des faux-amis, mais il y a aussi une cause commune, une envie de faire bouger les choses, des assistants qui se serrent les coudes. J'ai bien aimé voir les coulisses du pouvoir. Suivre Charlotte dans sa vie de maman-ministre est agréable. Je me suis attachée à elle, cette femme dynamique, qui a peur de se perdre dans cette vie publique si difficile. Certes, les romans contemporains parlant de choses actuelles m'évadent (et m'évaderont) toujours moins que les classiques anciens, mais j'ai voyagé tout de même dans ce Danemark attirant et dépaysant. 
Cependant certains points m'ont moins convaincue. Bien que parlant d'une femme de pouvoir, ce roman a des propos parfois déstabilisant sur la femme. Charlotte est souvent décrite comme quelqu'un d'attirant et les hommes qu'elle côtoie se permettent des "choses" que la vague #metoo n'aurait sûrement pas permises ... mais le plus étonnant c'est que Charlotte ne les relève pas. Tout paraît ... normal! Est-ce une critique de la part de l'auteure? Ou la simple description factuelle de ce milieu? Je reste dans l'interrogation.
Toujours est-il que ce fut une jolie surprise. Même si les romans actuels traitant de notre société ne sont vraiment pas mes lectures favorites, j'ai apprécié ce voyage en terre inconnue. Je pense même lire un jour l'autre roman de Hanne-Vibeke Holst, Le prétendant.
" Elle n'a pas peur du noir. Seulement des images.Il est plus de minuit, entre le 20 et le 21 décembre. Charlotte ne dort pas. Elle garde les yeux ouverts pour ne pas se laisser envahir par les images. Elle essaye de distinguer les objets et les meubles dans la pénombres. L'armoire, la chaise, les molakani sud-américains sur les murs, les lames des stores vénitiens. Elle écoute le son diffus de la circulation sur Jagtvejen, entend le bruit lointain d'un klaxon, puis celui de la sirène d'un véhicule. Elle se laisse bercer par le jazz langoureux qui provient de l'appartement d'en dessous. Les notes sensuelles d'un solo de saxophone flottent a travers le plancher comme des volutes bleus d'une cigarettes. Celui lui rappelle New-York, le club ou ils avaient dansé un soir a Greenwich Village. Avant les jumeaux. Les jumeaux qui toussent de temps en temps de l'autre coté du mur. Surtout Jens a cause de son asthme. Elle démêle ses jambes des longues jambes de son homme, se dégage de son bras posé autour de ses épaules. Le bras retombe lourdement sur le drap. Rien ne peut réveiller Thomas, ni le son du canon, ni les ambulances, ni la toux des enfants. Il dort du sommeil du juste, selon sa propre expression, du sommeil d'un homme qui n'est jamais poursuivi par ses démons. Comment pourrait-il comprendre les siens ? "
L'héritière, Hanne-Vibeke Holst 
(Photos : Romanza2020)

jeudi 31 octobre 2019

Petit roman, grandes émotions.

Le voyage d'Anna
Henri Gougaud

Points, Grands romans, 2015.

Novembre 1620 : Prague la protestante est mise à sac par les troupes catholiques. Anna, une servante, recueille l'enfant de son maître, massacré sous ses yeux. Elle ne sait pas encore que sa vie vient de prendre un cours radicalement nouveau.
Fuyant Prague avec le petit miraculé, elle rencontrera, dans la tourmente de la guerre, la rage et la beauté de vivre. 
Voici un petit roman peu connu qu'il faut absolument sortir des librairies et dévorer. J'ai entendu parler du Voyage d'Anna lors d'une spéciale "Valise idéale" de La grande librairie. Je l'avais noté en entendant une libraire parler de ce court texte passionnant. Noté depuis dans mon petit répertoire "Envies livresques", je l'ai enfin acheté récemment très heureuse de voir la sublime couverture qu'avait choisi Points. 
Le voyage d'Anna est une belle histoire susurrée au creux de l'oreille, tel un conte. J'ai aimé ce doux roman. L'histoire aurait pu servir à écrire un best-seller romanesque et larmoyant. Henri Gougaud s'est saisi de l'histoire d'Anna et en a fait un roman tout en finesse et en délicatesse. Je me suis plongée dans les aventures d'Anna avec délectation. Tout commence à Prague. Anna est servante. Son maître se fait assassiner par des troupes protestantes. Sa maîtresse fuit en abandonnant son bébé, Jan. Anna, incapable d'abandonner l'enfant, le prend et quitte la ville. A partir de là, une belle histoire d'amour entre Anna et Jan va se créer. Autour d'eux, plusieurs personnages vont graviter. Certains aidants, d'autres perturbateurs. Aucun manichéisme dans ce texte où chaque personne peut être parfois bonne et parfois violente. Bien sûr, l'un des personnages les plus attachants du roman est Simon. Mais ... je n'en dis pas plus! Lisez Le voyage d'Anna pour rencontrer "l'ours".
Je reconnais que Gougaud aurait pu apporter un côté plus historique à son texte, plus de détails sur Prague, son contexte, ses tensions, son ambiance. Mais je confesse avoir eu un vrai coup de cœur pour la tendre simplicité de ce roman. Gougaud veut seulement nous conter une histoire, un brin de vie, semée d’embûches et de souffrances, mais aussi pleine d'amour et d'entraide. Cela m'a suffit. L'absence d'Histoire était comblée par la beauté et la délicatesse de l'histoire elle-même. Le fait que le contexte historique soit au final peu présent participe à l'ambiance du roman qui glisse doucement vers le conte.
Un coup de cœur en cette fin d'octobre. Une lecture qui m'a ravie et que je vous invite à lire absolument. 
"On ne peut imaginer son propre destin. Il demeure invisible même à la lumière des songes. Anna Marten le rencontra dans cette demeure cossue des bords de la Vltava au lendemain de la bataille de la Montagne Blanche, que remportèrent les troupes catholiques de Maximilien de Bavière".
Le voyage d'Anna, H. Gougaud. 
(Photos : Romanza2019)

lundi 21 octobre 2019

" Voilà peut-être pourquoi je suis perpétuellement déçu : j'attends du monde qu'il soit bon ".

Le fils 
Philipp Meyer
Le livre de poche, 2016.

Eli McCullough, le Colonel, marqué à vie par trois années de séquestration chez les Comanches, prend part à la conquête de l'Ouest avant de s'engager dans la guerre de Sécession et de bâtir un empire. Peter, son fils, révolté par l'ambition dévastatrice du père, ce tyran autoritaire et cynique, profite de la révolution mexicaine pour faire un choix qui bouleverse son destin et celui des siens.
Jeanne-Anne, petite-fille de Peter, ambitieuse et sans scrupules, se retrouve à la tête d'une des plus grosses fortunes du pays, prête à parachever l'œuvre de son arrière-grand-père.
De 1850 à nos jours, une réflexion sur la condition humaine et le sens de l'Histoire à travers les voix de trois générations d’une famille texane.



Voici déjà plusieurs semaines que j'ai fini ce roman ... et je dois avouer ne pas encore trop savoir ce que je vais vous dire. Globalement, je n'ai pas été emballée par ce livre, je dois le confesser. Je lui reconnais des qualités, mais je crois que je suis passée à côté. Ce qui m'a principalement gênée, c'est le ton très dur de l'oeuvre. Je ne suis pas dérangée par les romans difficiles et sombres. J'aime beaucoup d'auteurs (Zola, Hardy, Zweig, Kasischke, ...) pessimistes et noirs, mais chez eux il y a toujours quelque chose de beau qui ressort, quelque chose d'honnête et de sincère ... malgré tout. Un sentiment, une émotion, un rayon de soleil. Chez Philipp Meyer, j'ai eu la sensation d'étouffer. J'ai lu des scènes bien pires que celles écrites dans Le fils, mais ici plus que les scènes dures c'est le ton général froid et désabusé qui est gênant. Il n'y a pas de belles émotions, pas d'amour pur. 
Je me rends compte que je ne suis pas très juste avec le texte. Je repense notamment à Peter et je me dis que lui sauve un peu le reste. Pourtant, en refermant ce texte, on n'a plus envie de croire en l'être humain, on est persuadé de sa violence, son égoïsme, sa cupidité. Je ne suis pas ressortie de ce roman avec un état d'esprit positif. Je ne me sens pas grandie après la lecture de ce texte. Je n'ai pas la sensation non plus d'avoir passé de beaux moments de détente, des moments riches, dépaysants, enrichissants ... 
Bref, ce fut une lecture trop dure pour moi, trop pessimiste, trop sombre. Moi qui aime l'ambiance des états-unis du XXème siècle, je me tournerai vers d'autres auteurs que Philipp Meyer. 
" Un être humain, une vie — ça méritait à peine qu’on s’y arrête. Les Wisigoths avaient détruit les Romains avant d’être détruits par les musulmans, eux-même détruits par les Espagnols et les Portugais. Pas besoin d’Hitler pour comprendre qu’on n’était pas dans une jolie petite histoire. Et pourtant, elle était là. À respirer, à penser tout cela. Le sang qui coulait à travers les siècles pouvait bien remplir toutes les rivières et tous les océans, en dépit de l’immense boucherie, la vie demeurait. "
Philipp Meyer, le fils. 
(Photos : Romanza2019)