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jeudi 9 mai 2019

" Vis heureux et libre! "

La marche de Radetzky
Joseph Roth
Points, 2008.


Lors de la bataille de Solférino, le lieutenant d'infanterie Joseph Trotta sauve la vie de l'empereur d'Autriche François-Joseph, qui le récompense en lui accordant le grade de capitaine et le titre de Baron.
Mais cette distinction éloigne notre homme de ses compagnons et de son père, modeste paysan slovène. 
Coupé de son milieu familial et de ses troupes, il se retrouve enfermé dans une position sociale qui ne lui convient pas. 
Des années plus tard, découvrant par hasard que le pouvoir a falsifié la réalité historique de son acte de bravoure, tous ses repères volent en éclat. 
Il quitte l'armée et se retire dans son domaine de Bohème, amer et désabusé. Et c'est à travers son fils, préfet enfermé dans une loyauté et une foi aveugles dans l'Empire, et son petit-fils, poussé à intégrer l'armée dans le respect de la légende des Von Trotta, que l'on suivra le déclin de la lignée, en parallèle avec l'effondrement du régime.


Voici un roman et un auteur dont je ne connaissais absolument rien hormis le bel avis d'Eliza. Je l'ai ouvert très simplement. Ce fut un début de lecture serein où l'on ne sait rien de l'oeuvre, où l'on ne s'attend à rien de particulier, où on se laisse tout simplement mener. Je suis ressortie 400 pages plus loin et quelques jours plus tard, tout aussi sereine mais également ravie de ma lecture.
J'ai été avant tout conquise par la plume de Joseph Roth. Il a une telle façon de tourner ses phrases, de dire presque tout en évoquant presque rien, qu'on en est saisi. Ce fut pour moi le premier atout de ce roman. J'ai découvert une écriture à la fois simple et érudite, douce et pleine de fougue. Mais ce roman possède d'autres points positifs. Même si je reconnais ne pas avoir eu durant toute l'histoire une profonde empathie pour les membres de la famille Von Trotta et les avoir parfois même suivis avec beaucoup de recul, j'ai lu leurs aventures avec délice. J'ai aimé ce militaire qui devient propriétaire terrien malgré lui et ce petit-fils obligé d'embrasser l'armée alors qu'il rêverait de cultiver ses terres. Il y a une tragédie familiale qui se joue en silence devant le lecteur et qui fait écho à la tragédie historique qui est sur le point d'être amorcée. J'ai aimé ce double plan mené d'une main de maître. Quand les dernières pages s'annoncent, les mains deviennent moites, la tête comprend ce qui se joue, le cœur se serre. 
L'autre aspect que j'ai aimé est tout personnel. J'ai lu La marche de Radetzy en écoutant en boucle les valses de Strauss. Je me suis régalée. J'ai revu toutes les scènes de Sissi dans ma tête et je me suis délectée de cette ambiance austro-hongroise
Une belle immersion, un roman fin et intelligent, une belle découverte. Pour tous les amoureux des classiques ... et pour tous les autres.
Comme si on avait échangé sa propre vie contre une vie étrangère toute neuve, fabriquée dans un atelier, chaque nuit; avant de s'endormir, chaque matin, après son réveil, il se répétait son nouveau grade et son nouvel état, se plantait devant son miroir et s'assurait qu'il avait toujours le même visage. Pris entre la familiarité maladroite dont usaient ses camarades pour essayer d'effacer la distance qu'une incompréhensible destinée avait soudain établie entre eux et lui, et ses propres efforts pour afficher devant tout le monde son habituelle désinvolture, le capitaine Trotta, nouveau noble, sembla perdre son équilibre. "La marche de Radetzky, Joseph Roth, p 13. 
(Photos : Romanza2019)

vendredi 17 août 2018

Le temps des cathédrales

Les piliers de la terre
Ken Follett

Le livre de poche, 2007.

Dans l'Angleterre du XIIe siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent pour s'assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l'amour, ou simplement de quoi survivre.

Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle.
La haine règne, mais l'amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.

Abandonnant le monde de l'espionnage, Ken Follet, le maître du suspense, nous livre avec "Les Piliers de la Terre" une œuvre monumentale dont l'intrigue, aux rebonds incessants, s'appuie sur un extraordinaire travail d'historien. Promené de pendaisons en meurtres, des forêts anglaises au cœur de l'Andalousie, de Tours à Saint-Denis, le lecteur se trouve irrésistiblement happé dans le tourbillon d'une superbe épopée romanesque dont il aimerait qu'elle n'ait pas de fin.


Bon et bien voilà! Ces deux dernières semaines, j'ai été occupée à lire Les piliers de la terre qui dormait sur mes étagères depuis bien longtemps. J'ai passé de bons moments en sa compagnie. Cette lecture fut, sur certains points, tout à fait satisfaisante. Cependant, j'ai un avis plus mesuré sur d'autres aspects du roman. Ce fut une lecture agréable, mais ce fut loin d'être un coup de cœur. 
J'aime les romans historiques ... et malheureusement, je n'en lis pas assez. Il faudrait que j'y remédie sérieusement. Je dois reconnaître que j'ai apprécié d'en lire un. Apprendre un fait de l'Histoire d’Angleterre que je ne connaissais pas (le naufrage du Vaisseau blanc et ce qui a suivi) m'a enthousiasmée. Même si Ken Follett ne creuse pas assez le sujet selon moi. 
L'aspect que j'ai le plus aimé reste l'histoire des constructions de cathédrales. Etant déjà fascinée par les édifices religieux, j'avoue que je les regarderai encore plus intensément maintenant. En regardant une cathédrale ou une église, je ne pourrai pas ne pas penser aux centaines de personnes qui ont versé sang et sueur dans sa construction. J'ai également apprécié les pages parlant de la vie des moines et de l'organisation du clergé. 
J'ai suivi avec intérêt les aventures des personnages. J'ai parfois tourné les pages avec avidité. Je me suis prise au jeu et j'étais heureuse de les retrouver dès que j'avais un moment. Malgré ses 1050 pages, j'ai lu ce roman assez rapidement. Il a eu l'effet que je cherchais : me sentir plonger dans un autre monde pendant quelques jours
Mais (... par ce qu'il y a un mais ...) certains points ne m'ont pas plu. Notamment, l'écriture de Follett. Elle n'est pas mauvaise. Je dirai même qu'elle est efficace. Cependant, j'ai été ennuyée par son manque de caractère, d'empreinte. Il raconte des faits de façon agréable, mais il n'y a presque aucune figure de style, de non-dits, de sous-entendus, de finesse. J'ai souvent pensé qu'un Dumas ou un Dickens aurait réussi à soulever cette écriture trop plate et conventionnelle. L'autre aspect qui m'a dérangé, c'est le côté très téléphoné de l'intrigue : 100 pages où les méchants gagnent, 100 pages où les gentils se relèvent plus forts, 100 pages où les méchants répliquent violemment, 100 pages où les gentils trouvent une solution pour se défendre, etc ... etc ... Au bout d'un moment, ce  roulement perpétuel m'a agacée. 
Je mentirai en vous disant que je n'ai pas apprécié ce roman, car j'ai passé deux semaines très agréables. Je pensais très souvent dans ma journée à Tom, Jack et Aliéna. J'ai été émue, terrifiée et en colère. Mais je trouve que ce roman manque de qualité. Il manque quelque chose dans l'écriture et dans l'intrigue qui aurait pu le rendre bien meilleur. C'est trop simple, trop plat parfois. Ça marche plutôt bien certes ... mais ça marche comme une saga d'été diffusée à la télévision pour laquelle on se passionne tout en sachant pertinemment qu'elle est pleine de défauts.
Je ne sais pas encore si je m'attaquerais à Un monde sans fin du même auteur. Peut-être un jour ... si j'ai envie d'une longue lecture pleine de rebondissements ... tout en ayant pleinement conscience que je n'aurai pas d'illumination littéraire et que le style risquera sûrement de m'agacer parfois. 
Un roman à découvrir.
" La vie de moine était la plus étrange et la moins naturelle qu'on pût imaginer. Les moines passaient la moitié de leur vie à s'imposer des souffrances et un inconfort qu'ils auraient pu facilement éviter, et l'autre moitié à marmonner à toutes les heures du jour et de la nuit des prières dans des églises vides. Ils renonçaient délibérément à tout ce qui était agréable : les filles, le sport, les fêtes et la vie de famille. Jack avait bien remarqué que les plus heureux d'entre eux avaient trouvé une activité qui leur apportait de grandes satisfactions : enluminer des manuscrits, écrire l'histoire, faire la cuisine, étudier la philosophie ou - par exemple Philip - transformer un village endormi comme Kingsbridge en une ville prospère. "
(Les piliers de la terre, K. Follett)
(Photos : Romanza2018)

dimanche 29 juillet 2018

En cours de route

Le destin de la San Felice
Alexandre Dumas

Livre club des Champs Elysées, Baudelaire éditions, 1966.

Le destin de la San Felice est le dernier roman d'une trilogie composée de La San Felice, Emma Lyonna et Le destin de la San Felice
Elle met en scène une idylle amoureuse entre un espion à la solde des Français, Salvato Palmieri, et la femme d'un officier napolitain, Luisa San Felice du renversement de Ferdinand 1er de Naples par les troupes françaises (1798) à la reconquête du royaume par le cardinal Ruffo (1800). (wikipedia.org)

Etant une grande fan de Dumas, j'ai eu envie de le retrouver cet été. Je ne l'avais pas lu depuis un moment (Le comte de Monte Cristo en 2013). J'ai donc ouvert un roman que je possédais dans ma bibliothèque : Le destin de la San Felice. Malheureusement, à peine ouvert, j'ai compris qu'il s'agissait d'une suite. Rien ne l'indiquait sur mon édition. Je n'ai cependant pas eu le cœur d'abandonner ma lecture. J'ai donc continué en essayant tant bien que mal de me retrouver dans l'histoire (et l'Histoire aussi!). 
Je dois avouer qu'à ce jour ce roman est celui qui m'a le moins emballé dans l'oeuvre de Dumas. Je pense que cela vient du fait que je n'ai pas commencé l'histoire du début, que je l'ai prise en cours de route. Cependant, je ne pense pas que cela vienne uniquement de ça. Je me suis finalement assez rapidement installée dans l'histoire et j'ai compris les liens qui existaient entre les personnages. Mon manque d'enthousiasme vient principalement du fait que Dumas écrit de manière très historienne. L'histoire est très romancée bien sûr, mais le ton de l'auteur m'a fait beaucoup penser à un ouvrage d'Histoire. Je n'ai pas retrouvé la plume vive et flamboyante de mon cher Alexandre. J'ai eu du mal à prendre en pitié les protagonistes ou à m’immerger dans le texte. Ce qui est rare (voire impossible) lorsque je lis une oeuvre de cet auteur. Normalement, je suis totalement dedans. 
Ce roman ne m'a donc pas convaincu. J'en suis un peu attristée car Dumas est un de mes écrivains favoris. Cependant, j'ai tout de même découvert une période de l'Histoire italienne que je ne connaissais pas. J'ai fouillé un peu sur la libération de Naples et sur Ferdinand 1er à la suite de cette lecture. C'est ce que j'aime avec Dumas, apprendre des choses. J'ai toujours beaucoup aimé l'Histoire et Dumas offre toujours une superbe leçon qui vaut tous les cours magistraux du monde.
Bref ... Lisez Dumas ... Mais peut-être pas cette oeuvre. Préférez Les trois mousquetaires, Le comte de Monte Cristo ou La reine Margot
" On a vu, par la proclamation du roi, l'état dans lequel la nouvelle du passage de la flotte française dans la Méditerranée avait mis la cour de Palerme. Nous consacrerons ce chapitre à mettre sous les yeux de nos lecteurs des lettres de la reine. Elles compléteront le tableau des craintes roayales et, en même temps, donneront une idée exacte de la façon dont Caroline, de son côté, envisageait les choses. "Le destin de la San Felice, A. Dumas.

(Photos : Romanza2018)

dimanche 27 mai 2018

Phénix

La part des flammes
Gaëlle Nohant

 Livre de poche,2016.

Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale  ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.

J'ai commencé ma lecture de ce roman sur des chapeaux de roue. Entamé un soir sous ma couette, j'ai lu jusqu'à 3h du matin, éclairée par une lampe frontale pour ne pas réveiller ma moitié. Autant dire qu'avec deux enfants en bas âge et une vie professionnelle bien remplie, ça ne m'arrive plus très souvent. J'ai été tenue en haleine durant plusieurs pages et ce fut jouissif. Le début de ce roman est très prometteur et la scène de l'incendie du Bazar est captivante (et traumatisante aussi). Malheureusement, les jours qui ont suivi, ma vie a été très occupée et je n'ai pu garder un rythme de lecture convenable. Du coup, mon enthousiasme s'est essoufflé. C'est bien dommage car La part des flammes est un excellent roman que je vais conseiller partout autour de moi. 
Je reconnais que la première moitié du roman est bien meilleure que la seconde, mais l'ensemble est superbement bien écrit et passionnant. J'ai aimé la finesse et la retenue de Gaëlle Nohant. Elle nous offre un roman intelligent et crédible, là où elle aurait pu écrire qu'un page turner téléphoné et sentimental.  Gaëlle Nohant ne cherche pas à tout prix à plaire à son lecteur. Elle ne fait ni dans le pathos, ni dans l'exagération. Son histoire est bouleversante tout en restant sobre. 
L'incendie du Bazar de la Charité reste pour moi la scène la plus réussie du roman. J'ignorais l'existence de cette tragédie et je savais encore moins que la petite sœur de Sissi y était liée.  J'ai appris beaucoup de choses à la lecture de ce roman et j'ai adoré ça. Quant aux personnages, je les ai trouvés crédibles et humains. 
La fin du roman ne m'a pas totalement convaincue, je le reconnais. J'ai aimé les dernières pages très en retenue, mais la scène de délivrance est trop tirée par les cheveux. Je n'y ai pas cru. 
Toujours est-il que La part des flammes est un excellent roman historique. J'ai aimé l'écriture très travaillée de Gaëlle Nohant. L'incendie du Bazar restera très longtemps gravé en moi.
Tout lire lui avait donné le vertige et une faim grandissante du monde. Elle y avait perdu le peu de déférence qu'on lui avait inculquée. Les livres lui avaient enseigné l'irrévérence et leurs auteurs, à aiguiser son regard sur ses semblables; à percevoir, au delà des apparences, le subtil mouvement des êtres, ce qui s'échappait d'eux à leur insu et découvrait des petits morceaux d'âme à ceux qui savaient les voir. Mais la lecture avait aussi précipité sa chute.
(La part des flammes, Gaëlle Nohant)
(Photos : Romanza2018)

mardi 1 août 2017

Du sang dans la neige

A la grâce des hommes
Hannah Kent

Pocket, 2016.

Islande, 13 mars 1828. Agnes Magnúsdóttir est reconnue coupable de l’assassinat de Natan Ketilsson, son amant, et condamnée à mort. En attendant son exécution, la prisonnière est placée comme servante dans une ferme reculée. Horrifiés à l’idée d’héberger une meurtrière, le fermier, sa femme et leurs deux filles évitent tout contact avec Agnes, qui leur inspire autant de peur que de dégoût. Au fil des mois, elle devra apprendre à vivre au sein de cette famille hostile. Malgré les peurs réciproques, la violence, les préjugés, les colères et la mort annoncée.
Et la vérité qu’Agnes voudrait pouvoir faire entendre alors que personne ne semble prêt à l’écouter.


A la grâce des hommes prend son lecteur par la main et l'emmène loin. Dans cette Islande glaciale, rude, mais aux foyers chaleureux. 
A la grâce des hommes nous conte l'histoire d'Agnes, la dernière femme condamnée à mort en Islande. Sans tomber dans le pathos, le roman revient sur les derniers mois de cette femme secrète et tourmentée. Bien que l'écriture ne soit pas transcendante, je lui reconnais beaucoup de justesse. Le texte est agréable à lire, le style est fluide et rigoureux
Je suis totalement plongée dans cette ambiance alternant huis clos étouffant, confidences à la lueur d'une bougie et étendue nue, froide, soufflée par les vents. Le point fort de ce texte est vraiment l'évocation de l'Islande et de ses habitants. J'ai beaucoup appris à la lecture de ce roman qui me donne, encore plus qu'avant, envie de découvrir cette île.  
L'histoire est émouvante. On s'attache à Agnes et c'est en frissonnant que l'on voit venir le dénouement. Si certains aspects sont un peu trop romanesques, A la grâce des hommes est dans l'ensemble un roman intelligent, très fin et bouleversant. Certaines scènes sont très bien écrites et j'ai de nombreuses images en tête.
On plonge dans ce roman et il est assez dur de s'en sortir. 
Un texte à découvrir. 
" Ils disent que je dois mourir. Ils disent que j'ai volé à ces hommes leur dernier souffle et qu'ils doivent voler le mien.Comme si nous étions des bougies - je vois palpiter leurs flammes graisseuses dans l'obscurité et le mugissement du vent. Et je crois entendre des pas déchirer le silence. D'horribles pas qui viennent à moi, qui viennent pour éteindre et emporter ma pauvre vie dans un ruban de fumée grise. Je me disperserai dans l'air nocturne. Ils nous éteindront tous, un à un, jusqu'à ce qu'ils ne s'éclairent plus qu'à la lueur de leurs propres bougies. Où serai-je alors ? "
A la grâce des hommes, Hannah Kent. 

(Photos : Romanza2017)

dimanche 27 septembre 2015

"Je suis née pour être votre rivale et vous la mienne. Nous sommes sœurs, n'est-ce pas? "

Deux soeurs pour un roi
Philippa Gregory


" Je serai sombre, française, à la mode et difficile ; vous serez douce, ouverte, anglaise et belle. Quelle paire nous formerons ! Quel homme pourra nous résister ? " Tels sont les premiers mots prononcés par Anne Boleyn à l'endroit de sa soeur Marie quand elle la rejoint, en 1522, à la cour d'Angleterre. Introduite au palais de Westminster, à l'âge de 14 ans, Marie Boleyn séduit le roi Henri VIII auquel elle donnera deux enfants. D'abord éblouie par le souverain, elle comprend qu'elle sert d'appât au milieu des complots dynastiques. Quand l'intérêt du roi pour elle s'émousse, Anne est chargée de le séduire à son tour. Désir, haine, ambitions, trahisons. Se déroulant sur quinze ans, cette fresque historique, racontée à la première personne par Marie Boleyn, dépeint les rivalités au sein de la dynastie des Tudor. Une histoire qui se terminera dans le sang.

J'aime l'Histoire. J'ai toujours été passionnée par les récits historiques, les histoires de rois et de successions, de conquêtes, de bouleversements politiques et religieux. Je trouve impressionnant comment certains événements, à première vue sans importances, peuvent amener des changements considérables. Comment donc ne pas être fasciné par l'histoire d'Anne Boleyn d'Angleterre? Pour une histoire de désir non assouvi, l'Angleterre est devenue protestante. Certes, d'autres raisons rentrent en compte, mais pour cette femme, Anne Boleyn, Henri VIII rompra avec le pape et deviendra chef de l’église d'Angleterre. Je trouve cela incroyable. 
Les romans historiques sont un passionnant outil pour apprendre l'Histoire. Ils nous transportent hors du temps et, d'une façon agréable, arrivent à nous apprendre des tas de choses. Merci Dumas, Tolstoï et tant d'autres. 
Deux sœurs pour un roi est très romanesque. Il est avant tout fait pour se divertir et s'évader. Certains faits politiques ou personnages importants (Thomas More, Thomas Cromwell par exemple) sont un peu mis à la trappe au profit de scènes inventées, fantasmées. Philippa Gregory se penche sur la relation entre Marie et Anne Boleyn. Dans les faits, on ne sait que peu de choses sur Marie. On sait cependant qu'elle n'a pas eu l'importance que lui donne ici Philippa Gregory. Elle fut la maîtresse de Henri VIII, mais ce ne fut jamais officiel et jamais ses deux enfants n'ont été déclarés bâtards du roi. L'auteur se sert donc de l'Histoire et de Marie pour inventer le récit d'une jeune femme manipulée par les hommes et leurs ambitions. 
Je me suis prise au jeu du roman. Le contexte est juste ainsi que l'atmosphère et les grandes lignes historiques et j'ai accepté le romanesque de l'histoire de Marie. Le style du roman, sans être particulièrement fascinant, est agréable. C'est un texte bien écrit et très prenant. J'ai été surprise par l'ambiance de la vie de cour très bien rendue et vivante. Une chose est sûre, je n'aurai jamais pu survivre là-bas. Tout comme Marie, je préfère une vie campagnarde simple et douce. Comment supporter ces complots, ces messes basses, ces luttes d'intérêt? Quelle horreur! Ce roman m'a vraiment terrifié. Jusqu'où les Hommes peuvent aller pour assouvir leur soif de pouvoir? Les dernières pages sont glaçantes. Tout comme la reine Anne, j'ai senti le vent tourner et ma chute arriver. Anne est un personnage égoïste, supérieur, terrible. Pourtant, quand arrive la fin, on ne peut qu'avoir pitié d'elle. Être à la merci des hommes et de leurs désirs était la seule voie envisageable pour une femme noble. En quelques années de règne seulement, Anne passe de femme aimée par son roi à reine déchue et abandonnée. Quelle pression ces pauvres femmes devaient-elles subir! Comment ne pas angoisser lorsqu'on voit son ventre rester plat et stérile? Quant on sait que notre vie dépend de la naissance d'un héritier? C'est aussi le tourment d'un autre personnage envoûtant, Catherine d'Aragon, première épouse du roi, femme imposante et bonne, qui sera elle aussi sacrifiée. 
Ironie du sort, c'est la fille unique d'Anne qui deviendra une des plus grandes reines d'Angleterre, la reine Elizabeth Ier.
Un roman qui se lit vite et qui est prenant. Une vision très romanesque de l'Histoire, mais qui s'assume comme tel. Une partie de l'Histoire de l'Angleterre qui nous fascinera encore longtemps.

"- Anne, commença le roiElle se tourna vers lui.- L'on versa dans votre oreille mensonges et poisons contre moi, l'interrompit-elle en hâte. J'ai droit à meilleur traitement. Je vous fus bonne épouse, je vous aimai comme nulle autre femme.- Anne...- Certes , je ne portai point de mâle en son terme, mais ce n'est guère ma faute, poursuivit-elle avec passion. Catherine non plus. L'appelâtes-vous sorcière pour autant ?Un murmure réprobateur s'éleva; j'aperçu un poing se former, pouce entre l'index et le majeur, exécutant le signe de croix qui conjurait la sorcellerie.- Je vous ai donné une princesse, cria Anne, la plus belle qui fût jamais, avec vos cheveux, vos yeux. A sa naissance, vous affirmâtes qu'il était encore tôt encore et que nous avions le temps d'avoir des fils. Vous ne craigniez pas votre ombre alors, Henri !Elle avait à demi dévêtu Elizabeth, la tenant à bout de bras. Henri recula, bien que la petite appelât "papa!" en lui ouvrant les bras.- Sa peau est parfaite, sans marque d'aucune sorte ! Personne n'osera nier qu'il s'agit d'une enfant bénie de Dieu, qu'elle sera la plus grande princesse que ce pays ait jamais connue ! Pouvez-vous regarder votre fille sans savoir qu'elle aura des frères et des sœurs aussi forts et beaux qu'elle ?


(Deux soeurs pour un roi, Philippa Gregory, Archipoche, p617)


(Source image : wikipedia.org)

dimanche 12 juillet 2015

" Franchement, vu la façon dont j'ai été traitée par les gens dits "civilisés", il me tarde finalement d'aller vivre chez les sauvages. "

Mille femmes blanches
Jim Fergus

Petit bac 2015

 Pocket, 2011.

En 1874, à Washington, le président Grant accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l'intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart vient en réalité des pénitenciers et des asiles... L'une d'elles, May Dodd, apprend sa nouvelle vie de squaw et les rites des Indiens.Aux côtés de femmes de toutes origines, elle assiste alors à la lente agonie de son peuple d'adoption...

Alors que beaucoup d'entre nous prennent le chemin des vacances, de mon côté, l'été est synonyme de longues journées de travail. Je prends le temps d'apprécier mes courts, mais agréables, instants de lecture. Tôt le matin devant mon petit déjeuner lorsque toute la maisonnée dort encore et le soir, dans mon lit avant de me laisser sombrer dans le sommeil. 
J'ai attaqué Mille femmes blanches (noté depuis un bout de temps), lors d'un week-end en famille dans un tipi traditionnel indien. Oui, je sais, je suis un brin compulsive. J'ai refermé ce roman vendredi soir et je dois avouer être assez partagée.
Le sujet m'a beaucoup intéressé. Ne connaissant que peu de choses sur les amérindiens (mais étant de plus en plus sensible à l'Histoire et la littérature étasuniennes), j'ai aimé apprendre les us et coutumes de ce peuple. On ne peut qu'être touché par un tel sujet. Le génocide "silencieux" du peuple amérindien est terrible et je n'en connaissais pas jusqu'alors toutes les horreurs. La façon sournoise avec laquelle le gouvernement américain a mis en place des interdictions chassant progressivement le peuple indien de ses terres fait froid dans le dos. J'ai appris beaucoup de choses en lisant ce roman. J'aurai aimé tout de même que ce sujet soit traité de façon plus intelligente. Le gros reproche que je fais à ce roman c'est d'être trop "romanesque". Dès les premières pages, j'ai eu la sensation d'être plongée dans un feuilleton de l'été sur TF1. Mille femmes blanches se lit vite, l'histoire est intéressante et j'ai appris beaucoup de choses, mais le style est fade et le tout ressemble trop à un téléfilm de série B. Je n'ai pas réussi à m'attacher à May que j'ai trouvé trop lisse et prévisible. Dans sa globalité, Mille femmes blanches manque de substance et de complexité. Le roman est bourré de caricatures et je n'ai pas réussi à trouver les personnages et les situations crédibles. 
Je n'ai pas détesté ce roman, j'ai même pris plaisir à le lire. J'ai parfois ri, pleuré et frémi. J'ai eu la gorge nouée en lisant les dernières pages. J'étais ravie le soir d'ouvrir le roman et de me retrouver dans la plaine américaine. Mais je dois avouer avoir trop souffert du manque de profondeur et de l'absence de style. 
Un roman à découvrir tout de même ... à condition de vouloir une lecture sans prises de tête.

" Le visage peint de mystérieux motifs, un grand nombre de nos visiteurs étaient vêtus de jambières et de tuniques de cuir resplendissantes, ornées de toutes sortes de parures fantastiques. Certains avaient les jambes et le torse nus, parcourus de curieuses peintures. D'autres, armés de lances décorées de couleurs vives, arboraient des plumes, parfois une coiffe entière. Leurs cheveux tressés étaient embellis de perles et de pièces d'argent frappé, ils portaient des colliers d'os et de dents d'animaux, mais aussi des boutons de cuivre et des clochettes d'argent, de sorte que leur magnifique apparition était accompagnée d'un tintinnabule mélodieux qui ne fit qu'ajouter au sentiment général d'irréalité. "
(Mille femmes blanches, Jim Fergus, Pocket, 2011, p117)


dimanche 10 mai 2015

Ô! Quel ennui!

Salammbô
Gustave Flaubert
Challenge Petit bac 2015


Livre de poche, 1970.

Salammbô nous raconte la rébellion des mercenaires à Carthage contre Hamilcar. N'ayant pas eu leur solde promise après la première guerre punique, les Barbares envahissent la ville de Salammbô, fille de Hamilcar. 

Dieu que j'ai souffert!
Je lis pourtant beaucoup de classiques, mais là ce n'est pas passé. J'avais adoré Madame Bovary, mais Salammbô m'a torturée. 
Tout d'abord charmée par l'ambiance mythologique, je me suis vite lassée du style surfait et des descriptions interminables des batailles. C'est long. Beaucoup trop long. J'ai pris ce roman à contre cœur chaque jour durant une semaine et j'ai maudit mon incapacité à abandonner mes lectures. Je reconnais que certaines scènes sont belles, mais le roman dans son ensemble manque de naturel et d'humanité. Trop de romantisme, trop de sang, trop de passion. Je finissais par ne plus supporter les dialogues bourrés de " Ô! ". Quant à la violence, j'en étais écœurée (la scène de cannibalisme! Rien que d'y penser, j'en ai l'estomac retourné).
Je ne peux pas réellement critiquer ce roman qui, après tout, traite d'un sujet intéressant et qui est écrit par un grand écrivain français dont je connais le talent, mais Salammbô n'est tout simplement pas pour moi. J'ai poussé un soupir de soulagement au mot "fin". 
Je reconnais être heureuse d'avoir enfin lu ce classique de la littérature française qui traînait depuis 8 siècles chez moi. 
J'ai lu Ovide et Homère avec délice, mais là, Flaubert et sa bataille de Carthage ne m'ont pas convaincue. 

« Il arriva juste au pied de la terrasse. Salammbô était penchée sur la balustrade ; ces effroyables prunelles la contemplaient, et la conscience lui surgit de tout ce qu'il avait souffert pour elle. Bien qu'il agonisât, elle le revoyait dans sa tente, à genoux, lui entourant la taille de ses bras, balbutiant des paroles douces ; elle avait soif de les sentir encore, de les entendre ; elle ne voulait pas qu'il mourût ! À ce moment-là, Mâtho eut un grand tressaillement ; elle allait crier. Il s'abattit à la renverse et ne bougea plus. »
(Salammbô, Gustave Flaubert, Livre de poche, 1970, p423)


(Source image : wikipedia.org. Salammbô Gaston Bussière)

samedi 26 avril 2014

Roule! Et surtout, tais-toi!

Le général du roi
Daphné du Maurier
Challenge Myself 2014

Livre de poche, 1969.

Quel rôle reste-t-il à la femme quand les hommes sont en guerre ? C'est à cette question, vieille comme Homère. que répond ce roman violemment secoué par l'Histoire (nous sommes dans l'Angleterre du XVIIe siècle, en pleine guerre civile). Un livre publié en 1945 et composé dans l'urgence... au sortir d'une tout autre guerre. Soit une sorte de récit de cape et d'épée subtilement dévoyé... L'héroïne en est une femme, et les hommes - même quand ils sont dans le " bon camp " - sont loin d'y avoir le beau rôle. Mieux (ou pis), la jeune femme en question, qui cultive un goût de la liberté ignorant toute entrave, se trouve dès le début du livre et jusqu'à la fin de tout condamnée à l'immobilité d'un fauteuil d'infirme... Une troublante méditation sur la fidélité et l'honneur, qui poussés à leur extrême n'hésitent pas à courir le plus beau risque : celui de l'indignité. L'un des plus grands Du Maurier.
(Quatrième de couverture de l'édition Libretto, Phébus)

Première lecture de mon challenge Myself ... et quelle lecture! Je sais que Daphné du Maurier est une valeur sûre, mais elle arrive encore à m'épater. Chaque roman possède un souffle puissant et unique.
C'est la première fois que je lis Daphné du Maurier dans un genre historique. Je ne connaissais absolument rien des révolutions anglaises et j'ai appris beaucoup en lisant son roman. Je suis allée fouiller sur le net pour trouver des informations et grâce à elle, j'ai découvert une période de l'Histoire anglaise qui m'était totalement inconnue. J'ai toujours aimé les romans historiques et retrouver Daphné du Maurier dans ce genre m'a ravie. Difficile de souffler avec ce récit fougueux et passionné. Les pages se tournent et s'enchaînent sans laisser de répit au lecteur. 
On retrouve les thèmes chers à Du Maurier. Le général du roi nous plonge dans des péripéties addictives,  des mystères attendent d'être révélés, on loge dans une demeure pleine de secrets, on croise des personnages troubles nous laissant un sentiment mitigé, ami ou ennemi? 
J'ai adoré le personnage de Honor. Elle refuse que l'on s’apitoie sur son sort et parle très peu de son accident et de son infirmité. Elle est fière, digne, combative. On ne peut que, je pense, se sentir admirative et respectueuse devant une telle personnalité. Nous vivons l'histoire entièrement à travers ses yeux, ce qui la rend proche, intime. Elle nous livre ses désirs les plus secrets, ses envies de femme, ses frustrations et ses doutes. Daphné du Maurier sait créer comme personne ces personnages féminins humains, forts et indépendants, même si elles ne le sont pas de corps, tout comme Honor, elles restent indépendantes d'esprit et de volonté.  
Richard est un peu un Rhett Butler anglais. Assez antipathique, imbu de lui-même, égoïste et prétentieux, il m'a énervé assez régulièrement durant ma lecture voire même choqué. Mais étrangement, tout comme Honor, on ne peut pas ne pas être un brin séduite. Que voulez-vous? Esprit tordu de femme. J'ai compris ce sentiment que ressent Honor. Elle est consciente de la violence et des terribles défauts du caractère de Richard, mais elle l'aime, c'est ainsi. Les moments où elle sent la volupté l'envahir sans pouvoir la combattre sont très parlant. D'ailleurs, j'ai trouvé leur relation extrêmement sensuelle ... et physique. Pourtant Honor est infirme et ses désirs sont emprisonnés dans son corps immobile. Il y a une forte tension sensuelle entre Honor et Richard. 
Pour les autres personnages, je me suis (je l'avoue) un peu mêlée les pinceaux par moment, certains membres de la même famille portant des prénoms identiques et Honor ayant un assez grand nombre de frères et soeurs. Mais ça n'entrave pas la lecture et la fluidité de l'ensemble. Les personnages les plus marquants sont, par leur prestance et leur personnalité, bien identifiables. C'est le cas, entre autre, de Gartred, la soeur de Richard. J'ai adoré ce personnage. Pour le coup, elle serait une sorte de Scarlett O'Hara ... en moins frivole et superficielle. Elle est prête à tout pour son confort et sa réussite, use allègrement de ses charmes, ne connaît que très peu la pitié et la compassion. Un personnage complexe que j'ai beaucoup apprécié. J'ai eu du mal à détester ce personnage de "méchant" pourtant terrifiant. 
Comme tous les autres romans de Du Maurier que j'ai lu, Le général du roi est à découvrir. C'est un roman très fort qui soulève beaucoup de questions sur la place de la femme dans la société et son rôle dans l'Histoire ... surtout si la femme en question est infirme et refuse de rester cloîtrer dans sa chambre en laissant les événements glisser sur elle. Encore un roman nous prouvant que l'horizon des femmes était limité à ce que leurs yeux pouvaient voir et que tout leur avenir ne dépendait que des hommes, maris, frères, pères. Révoltant!

" Je les entendis rire sous ma fenêtre, puis monter sur leurs chevaux et galoper dans l'avenue. J'étais sur mon lit, contemplant le plafond. Il me semblait que mon poirier, si longtemps d'un blanc pur, éblouissant, avait perdu un peu de son éclat, qu'il était redevenu, après tout, un poirier ordinaire; mais cette idées qui 'eût jetée plus tôt dans un abîme de tourments, je pouvais, à trente-quatre ans, la supporter avec sérénité. "
(Le général du roi, Daphné du Maurier, Livre de poche, 1969, p 240).

(Source image : Jeune fille lisant, Franz Eylb. Linternaute.com)

dimanche 6 avril 2014

Les murs n'ont pas que des oreilles ... Ils ont des bouches aussi!

Du domaine des murmures
Carole Martinez

 Folio, 2013.


En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire «oui» : elle veut faire respecter son vœu de s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe... 
Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte. 
Carole Martinez donne ici libre cours à la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience à la fois mystique et charnelle, à la lisière du songe. Elle nous emporte dans son univers si singulier, rêveur et cruel, plein d'une sensualité prenante.

Le coeur cousu m'avait bouleversée il y a quelques années. Même si, je dois bien l'avouer, aujourd'hui, il ne me reste que peu de choses de ce roman, ce fut tout de même une belle découverte et un agréable moment de lecture.
J'ai découvert avec grand plaisir le curieux Du domaine des murmures offert par ma chère Lou
On y retrouve tout ce qui fait le talent de Carole Martinez, l'art du conte, le merveilleux, un "réalisme magique" à la manière de Gabriel Garcia Marquez. C'est ce que j'aime chez cette femme. Elle nous susurre des histoires fabuleuses, des légendes envoûtantes, elle nous prend la main et nous emmène dans son monde. Alors, c'est vrai que la magie n'opère pas longtemps et que j'ai vite oublié l'intrigue de son premier roman. Mais j'ai gardé des sensations, des émotions, des images. Du domaine des murmures me laissera sûrement le même sentiment dans quelques temps. 
Les chapitres se dévorent, l'histoire d'Esclarmonde est touchante, tragique, passionnante. J'ai été émue par le destin de cette jeune fille et du peu de choix qui s'offrait à elle (un écho intéressant à ma précédente lecture traitant aussi de la condition féminine). Je ne dévoilerai pas tous les secrets de ce roman, mais je peux juste dire que certains passages ont su toucher mon cœur de façon très sensible. Et je ne serais sûrement pas la seule en tant que femme et en tant que mère dans ce cas. 
J'aime les romans se passant au Moyen âge et j'ai apprécié vivre dans ce monde plein de croyances et de superstitions. La domination des hommes et de leurs envies, le poids de la religion, la terreur des hérésies, ... bien que ce roman soit court, j'ai trouvé ces sujets assez bien traités et de façon fine et subtile. 
Un roman facile et simple à lire avec une pointe d'originalité dans l'écriture, pleine de poésie et de merveilleux. Un contexte historique intéressant malgré un nombre de pages réduit qui ne permet pas de fouiller le sujet à fond. Une héroïne atypique et humaine. Un message profond et émouvant. 
Un joli roman-détente qui se lit vite. A découvrir!

" Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l'oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. Mais n'imaginez pas que ce massacre des contes a chassé la peur ! Non, vous tremblez toujours sans même savoir pourquoi ".
(Du domaine des murmures, C. Martinez, Folio, 2013)


(Source image : Ophelia de William Waterhouse. artsrtlettres.ing.com)

dimanche 5 août 2012

" Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi! "

 Le bossu
Paul Féval

GF Flammarion, 1997.

Qui est le Bossu, cet être contrefait que l'on croise dans le Paris populaire comme à la cour du Régent ? Quels liens étranges l'unissent au chevalier de Lagardère, fine lame incomparable, cœur généreux, idole des dames et du petit peuple ? Les bonnes gens s' étonnent de voir l'un rendre si souvent à l'autre, sans que jamais on ne les voie ensemble. Pour accomplir son œuvre de justicier, pour venger Philippe de Nevers assassiné dix-huit ans plus tôt par le ténébreux prince de Gonzague, le beau Lagardère ne recule devant aucune audace.
(Pour ceux qui ne connaissent pas cette si célèbre histoire, ne lisez pas la suite de la 4ème de couverture de la présente édition si vous l'avez un jour entre les mains ... Je l'ai ici raccourcie).

Oui, je sais le titre de mon billet est facile! Mais cette phrase est si grandiose et fait tellement frissonner lorsque Henri de Lagardère la prononce dans les gorges de Caylus que je ne pouvais pas ne pas la mettre. C'est tout!
Autant vous dire que j'ai passé les quelques semaines qui viennent de s'écouler en bien bonne compagnie (et pas que grâce à Lagardère, mauvaises langues! Le vif et pétillant bossu y est pour quelque chose aussi). Je travaille beaucoup depuis le début du mois de juillet, je n'ai malheureusement que très peu de temps pour bouquiner (ce qui explique ma lenteur à lire Le bossu), mais ce fut chaque soir un régal d'ouvrir ce bouillonnant, ce foisonnant roman de Paul Féval. 
Je connais l'histoire du Bossu comme beaucoup par les adaptations cinématographiques. Deux d'entre elles, pour être précise. Celle avec Jean Marais et celle avec Daniel Auteuil. Cette histoire me touchait beaucoup d'abord enfant puis adolescente où j'appris qu'il s'agissait à la base d'un roman. Il a fallu le swap Cape et épée (d'il y a quelques temps) pour que ce roman tombe enfin entre mes mains (le 1er qui me dit que j'ai mis un temps infini à l'ouvrir sera obligé de disserter sur le dernier roman de Marc Lévy ... non mais!). Sur le coup, j'ai douté : "Ma vieille, ouvrir un pavé de  800 pages écrit petit, ce n'est peut-être pas judicieux sachant que tu n'auras qu'une pauvre demi-heure au plus de lecture chaque soir et que tu seras dans un état de coma avancé ... ". Mais au bout de 3 pages j'étais piégée. Je suis tombée sous le charme de cette plume si proche de mon cher Dumas, une plume drôle, ironique, émouvante, énergique, ingénieuse ... Dumas reste Dumas, il est indétrônable, mais franchement, Paul Féval n'est pas loin. J'ai beaucoup ri (Aah! Passepoil et Cocardasse), j'ai été émue aussi ... Je suis passée par plusieurs émotions. J'ai cru à cette belle histoire d'amitié. Ce lien si soudain, si pur, si spontané entre Philippe de Nevers et Henri de Lagardère ainsi que le serment de ce dernier m'ont tirée les larmes aux yeux : Oui, s'écria t-il, voici la fille de Nevers! Viens donc la chercher derrière mon épée, assassin! toi qui as commandé le meurtre, toi qui l'as achevé lâchement par-derrière! Qui que tu sois, ta main gardera ma marque. Je te reconnaîtrai. Et, quand il sera temps, si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi! " (p138)
Henri de Lagardère est un héros de roman comme on les aime. Courageux, beau, combattant hors pair, fidèle, ... Il a toutes les qualités que l'on peut rechercher chez un damoiseau. Trop parfait? Non. Le génie de Féval le rend également profondément humain. Oui, Henri de Lagardère a des défauts, il est faillible, sensible, méfiant, un peu névrosé et disons-le un brin rancunier, mais il n'en est que plus touchant : "J'arrivais confiant, heureux, plein d'espérance. Cette parole m'a glacé le coeur, madame. Sans cette parole, votre fille serait déjà dans vos bras. Quoi! s'interrompit-il avec une chaleur nouvelle, cette pensée est venue la première de toutes! Avant même d'avoir vu votre fille, votre unique enfant, l'orgueil parlait déjà plus haut en vous que l'amour! La grande dame me montrait son écusson quand je cherchais le coeur de la mère! Je vous le dis, j'ai peur; parce que je ne suis pas femme, moi, madame, mais parce que je parce que je comprends autrement l'amour des mères, parce que si l'on me disait : "Votre fille est là; votre fille, l'enfant unique de l'homme que vous avez adoré, elle va mettre son front dans votre sein, vos larmes de joies vont se confondre ... " si l'on me disait cela, madame, il me semble que je n'aurais qu'une pensée, une seule, qui me rendrait ivre et folle, embrasser, embrasser mon enfant! " (p475)
Cette histoire, vous vous en doutez, est bien plus riche que ce que les adaptations cinématographiques nous ont offerts. En 800 pages, Paul Féval a de quoi raconter. Des personnages très importants apparaissent (je pense notamment à Dona Cruz), des personnalités simplifiées par les films sont bien plus complexes ici (la veuve de Nevers en est l'exemple le plus flagrant. Sans compter Gonzague qui n'est qu'un agneau dans les adaptations comparé au loup du roman), ... Mais les films rendent bien l'ambiance, l'intrigue principale et l'humour du roman. Si vous aviez aimé regarder Le bossu, vous adorerez le lireC'est passionnant, c'est envoûtant. On se bat à l'épée (et on gagne à chaque fois vu que l'on connaît la botte de Nevers), on aime le bienfaiteur d'Aurore (non, je ne me répète pas!), on tremble devant l'esprit machiavélique de Gonzague (quel vilain celui-là!), ... Bref! On referme le livre toujours avec regret!
La structure même du roman le rend agréable à lire. Il est composé de deux parties : Le petit parisien et Lagardère!. Celles-ci sont divisées chacune en trois temps, redivisés eux-même en plusieurs petits chapitres (soixante-deux en tout). Ce découpage rend le récit énergique, vivant, jamais ennuyant. 800 pages qui se dévorent. 
Je ne peux que vous conseiller mille fois d'ouvrir ce texte plein de charme ... Un GRAND roman de cape et d'épée, mais aussi un GRAND roman d'amitié, de loyauté, de cruauté, de pouvoir, d'amour, ... Un GRAND roman, quoi!


Le fils de Paul Féval (Paul Féval fils ... original!) a écrit plusieurs suites au texte de son père. Pour cela, il a modifié la fin écrite par son père, fin qui n’amenait naturellement pas de suite. Peut-être que les romans écrits par Paul Féval fils sont passionnants, mais en ce qui me concerne l'histoire écrite par Paul Féval père est parfaite comme cela. Je n'ai ni l'envie, ni la curiosité de lire les suites. Il n'y a pas d'autres fins que celle écrite par Paul Féval pour moi.

" Un nom, une bosse, deux fardeaux qui n'écrasent que les pauvres d'esprits! Je suis un trop petit personnage pour être comparé à un financier d'importance comme M. Oriol. Si son nom l'écrase, tant pis pour lui; ma bosse ne me gêne pas. Le maréchal de Luxembourg est bossu! L'ennemi a t-il vu son dos à la bataille de Nerwinde? Le héros des comédies napolitaines, l'homme invincible à qui personne ne résiste, Pulcinella, est bossu par derrière et par devant. Tyrtée était boiteux et bossu; bossu et boiteux était Vulcain, le forgeron de la foudre; Esope dont vous me donnez le nom glorieux, avait sa bosse, qui était sa sagesse. La bosse du géant Atlas était le monde. Sans placer la mienne au même niveau que toutes ces illustres bosses, je dis qu'elle vaut, au cours du jour, cinquante mille écus de rente. Que serais-je sans elle? J'y tiens. Elle est d'or! "
(Le bossu, GF Flammarion, 1997, p557)

(Source image : bibliothèque nationale de France)

lundi 11 juillet 2011

L'horrible veuve!

Un conte de deux villes (ou Le marquis de Saint Evremont)
Charles Dickens

Edition Marabout

Dans A tale of two cities, paru en 1859, Dickens semble avoir voulu utiliser dans des personnages pleins de vie, dans une action allègre, dans une atmosphère authentique, toutes les impressions, tous les jugements qu'il s'est formés sur la France et sur la Révolution française.
Le pivot de l'intrigue est le marquis de Saint Evremont qui, sous ses trois visages, incarne tour à tour le despotisme, la liberté et le sacrifice héroïque. Dickens, en nous transportant par bonds de Paris à Londres, l'a entouré de nombreux personnages : la douce Lucie, l'émouvant Dr-Manette, l'impitoyable ménage Defarge, l'ombre tragique de Dame Guillotine ...

Je connais Dickens depuis bien longtemps. Pourtant, j'ai ouvert mon premier roman de cet auteur il n'y a que trois années environ. C'était Oliver Twist. Je me souviens que j'avais ressenti des choses bien différentes. J'avais aimé l'ambiance du roman, la plume de Dickens, l'histoire, les personnages, pourtant, j'avais eu une sensation de longueur. Ce roman m'avait paru bien trop lent. J'ai retenté l'expérience avec Un chant de Noël. Je l'avais dévoré et j'avais adoré.
Dickens m'évoque un monstre de la littérature qui m'attire autant qu'il m’impressionne. J'ai terriblement envie de lire Les grands espérances, David Copperfield et même de m'acheter les pléiades pour avoir ses romans introuvables. Mais chaque fois que je suis tentée d'en ouvrir un, la même boule au ventre me saisit. Intimidée? Effrayée? Je ne saurai pas trop expliquer ce qui se passe en moi. Toujours est-il que je n'ai pas pu résister à Fashion lorsqu'elle parle des ses torrents de larmes lorsqu'elle a terminé Un conte de deux villes. Même si par cet avis, Fashion révélait la fin du roman, j'ai voulu que Dickens me frappe en plein coeur moi aussi. Et oui. Il a réussi. Bien que je connaissais le dénouement, j'ai été happée par cette fin incroyable. Mais également par tout le reste du roman.
Le terme crescendo n'a jamais été aussi bien employé que pour qualifier Un conte de deux villes. On entre naïvement dans l'histoire, on ne comprend pas trop où veut nous emmener Dickens, on suit le mouvement, on est même parfois assez sceptique. Puis d'un coup, sans s'y attendre, on plonge dans un roman plein de fureur, passionnant et dramatique. Dès que Charles Darnay arrive en France, on ne respire plus jusqu'au mot "fin". Et quelle fin! Mon Dieu, j'en tremble encore. Quel homme ce Sydney Carton! Dickens a une plume d'une poésie rare. Ces dernières pages entre Carton et la jeune fille sont sublimes et ce saut final dans l'esprit de Carton, magnifique!
J'ai aimé les personnages de cette histoire. Tous si bien travaillés qu'ils prennent vie devant nos yeux. Les Defarge, surtout la femme, m'a terrifiée, symbole de l’extrémité dans laquelle est tombé le peuple miséreux de Paris. Les pages sur la folie des parisiens et sur l'ombre de la guillotine sont terribles. Je me suis vue, terrée et apeurée, croisant chaque jour des dizaines de condamnés et craignant d'être la suivante, partagée entre mon soutien au peuple et mon horreur de la Terreur. Les rues pleines de bruits et de haine prennent vie devant nous. On frissonne, on est terrifié, on craint que la lame de la guillotine vienne nous aussi nous raser de près.
Je ne remercierai jamais assez Fashion de m'avoir ainsi donné l'envie de lire Un conte de deux villes. Grâce à elle, plus qu'un moment de lecture, j'ai (re)découvert un auteur sublime et je suis bien décidée à retrouver rapidement ce génie de Dickens.

" Dans la lugubre prison de la Conciergerie, les condamnés du jour attendaient leur destin. Ils étaient cinquante-deux, qui, dans l'après-midi, allaient être emportés vers la mer sans rivage de l'éternité. Déjà, avant même qu'ils ne quittassent leurs cellules, d'autres locataires avaient été désignés pour les remplacer. Déjà avant même que leur sang ne se mêlât au sang répandu la veille, le sang qui, le lendemain, se mêlerait au leur s'apprêtait à couler.
Cinquante-deux êtres allaient mourir, cinquante-deux êtres de toute condition, depuis le fermier-général de soixante-dix ans, dont les richesses n'auraient pu racheter la vie, jusqu'à l'humble couturière de vingt ans que sa pauvreté était impuissante à sauver. Les maux physiques, provoqués par les vices et la négligence des hommes, frappent au hasard dans considération d'âge ni de caste ; il en est de même des terribles désordres moraux et sociaux qu'engendrent les souffrances indicibles, l'oppression intolérable et l'indifférence cruelle."
(Un conte de deux villes (Le marquis de saint Evremont), C. Dickens, Marabout, p297)

(Source image : ponderingsofallthings.blospot.com)

dimanche 20 mars 2011

" Qu'on lui coupe la tête!"

Marie Stuart
Stefan Zweig

Le livre de poche, 2001.

Reine d'Ecosse à l'âge de six jours, en 1542, puis reine de France à dix-sept ans par son mariage avec François II, Marie Stuart est veuve en 1560. Elle rentre alors en Ecosse et épouse lord Darnley avant de devenir la maîtresse du comte Bothwell. Lorsque ce dernier assassine Darnley, Marie doit se réfugier auprès de sa rivale, Elisabeth Ier, reine d'Angleterre. Celle-ci la retiendra vingt ans captive, avant de la faire condamner à mort. Son courage devant le supplice impressionnera les témoins, au point de métamorphoser celle que l'on disait une criminelle en une martyre de la foi catholique ...
Sur cette figure fascinante et controversée de l'histoire britannique, Stefan Zweig, le biographe de Marie-Antoinette, a mené une enquête rigoureuse. Ce récit passionné et critique nous la restitue avec ses ombres et ses lumières, ses faiblesses et sa grandeur.

Zweig est une valeur sûre. Même si j'ai une large préférence pour ses romans, j'aime bien parfois le retrouver avec ses biographies. J'avais beaucoup aimé Marie-Antoinette, j'ai également beaucoup apprécié Marie Stuart.

De cette femme autant dire que j'ignorais absolument tout. A part une vague idée du contexte historique, j'ai ouvert ce roman sans idées précises de ce qui s'y trouvait. Je me suis retrouvée plongée au début de la Renaissance, dans cette période trouble des guerres de religions, à l'époque de la triste et célébre Saint Barthélémy française (ça m'a rappelé l'ambiance du geniallissime La reine Margot de Dumas). Nous sommes en Ecosse et Marie Stuart devient reine alors qu'elle n'a que 6 jours. Commence alors une histoire passionnante. L'Histoire (avec un grand H) regorge de scénarii bouleversants. Celui de Marie Stuart est un vrai drame théâtral. Haine, jalousie, intrigue amoureuse, ambition, pouvoir, trahison. Tout y est!

Marie Stuart n'est pas très attachante. On l'admire dans une certaine mesure (surtout au moment de sa chute finale), mais elle reste un personnage assez étrange, paradoxale. J'ai eu beaucoup de mal à la cerner. Quant à la reine Elisabeth, j'ai aimé voir ce si grand personnage prendre vie devant mes yeux. Elle m'a intimidée, fascinée, impressionnée.

J'aime les romans historiques. J'aime cette sensation d'apprendre des choses tout en parcourant un récit génial et palpitant. Quand en plus le roman est écrit par un géni comme Zweig, tout est dit.

Je vous conseille fortement les biographies de Zweig. J'ai préféré Marie-Antoinette (sûrement parce qu'il traite de notre Histoire), mais Marie Stuart est également palpitant. Si vous voulez un roman intelligent, agréable, instructif, passionnant, facile à lire, alors lisez Marie Stuart. Si vous voulez lire une plume magnifique, sensible, profondément humaine, alors lisez Zweig (c'est un ordre ... et ce n'est pas négociable!).

" A l'âge de six jours Marie Stuart est reine d'Ecosse : dès le commencement de sa vie s'accomplit la loi de son destin qui veut qu'elle reçoive tout trop tôt de la fortune pour pouvoir en jouir consciemment. Lorsqu'elle vient au monde au château de Linlithgow, en ce sombre jour de décembre 1542, son père Jacques V agonise dans un château voisin, à Falkland ; il n'a que trente et un ans et cependant il est déjà écrasé par la vie, las de la lutte, las de la couronne. "

(Marie Stuart, Zweig, Livre de poche, 2001, p17)

(Source image : guide-site-touristique.com)