Comme si on avait échangé sa propre vie contre une vie étrangère toute neuve, fabriquée dans un atelier, chaque nuit; avant de s'endormir, chaque matin, après son réveil, il se répétait son nouveau grade et son nouvel état, se plantait devant son miroir et s'assurait qu'il avait toujours le même visage. Pris entre la familiarité maladroite dont usaient ses camarades pour essayer d'effacer la distance qu'une incompréhensible destinée avait soudain établie entre eux et lui, et ses propres efforts pour afficher devant tout le monde son habituelle désinvolture, le capitaine Trotta, nouveau noble, sembla perdre son équilibre. "La marche de Radetzky, Joseph Roth, p 13.
Bienvenue sur mon blog littéraire. Mes lectures, mes bonheurs, ...
jeudi 9 mai 2019
" Vis heureux et libre! "
vendredi 17 août 2018
Le temps des cathédrales
Un roman à découvrir.
" La vie de moine était la plus étrange et la moins naturelle qu'on pût imaginer. Les moines passaient la moitié de leur vie à s'imposer des souffrances et un inconfort qu'ils auraient pu facilement éviter, et l'autre moitié à marmonner à toutes les heures du jour et de la nuit des prières dans des églises vides. Ils renonçaient délibérément à tout ce qui était agréable : les filles, le sport, les fêtes et la vie de famille. Jack avait bien remarqué que les plus heureux d'entre eux avaient trouvé une activité qui leur apportait de grandes satisfactions : enluminer des manuscrits, écrire l'histoire, faire la cuisine, étudier la philosophie ou - par exemple Philip - transformer un village endormi comme Kingsbridge en une ville prospère. "
(Les piliers de la terre, K. Follett)
dimanche 29 juillet 2018
En cours de route
" On a vu, par la proclamation du roi, l'état dans lequel la nouvelle du passage de la flotte française dans la Méditerranée avait mis la cour de Palerme. Nous consacrerons ce chapitre à mettre sous les yeux de nos lecteurs des lettres de la reine. Elles compléteront le tableau des craintes roayales et, en même temps, donneront une idée exacte de la façon dont Caroline, de son côté, envisageait les choses. "Le destin de la San Felice, A. Dumas.
dimanche 27 mai 2018
Phénix
Tout lire lui avait donné le vertige et une faim grandissante du monde. Elle y avait perdu le peu de déférence qu'on lui avait inculquée. Les livres lui avaient enseigné l'irrévérence et leurs auteurs, à aiguiser son regard sur ses semblables; à percevoir, au delà des apparences, le subtil mouvement des êtres, ce qui s'échappait d'eux à leur insu et découvrait des petits morceaux d'âme à ceux qui savaient les voir. Mais la lecture avait aussi précipité sa chute.
(La part des flammes, Gaëlle Nohant)
mardi 1 août 2017
Du sang dans la neige
Et la vérité qu’Agnes voudrait pouvoir faire entendre alors que personne ne semble prêt à l’écouter.
" Ils disent que je dois mourir. Ils disent que j'ai volé à ces hommes leur dernier souffle et qu'ils doivent voler le mien.Comme si nous étions des bougies - je vois palpiter leurs flammes graisseuses dans l'obscurité et le mugissement du vent. Et je crois entendre des pas déchirer le silence. D'horribles pas qui viennent à moi, qui viennent pour éteindre et emporter ma pauvre vie dans un ruban de fumée grise. Je me disperserai dans l'air nocturne. Ils nous éteindront tous, un à un, jusqu'à ce qu'ils ne s'éclairent plus qu'à la lueur de leurs propres bougies. Où serai-je alors ? "
A la grâce des hommes, Hannah Kent.
dimanche 27 septembre 2015
"Je suis née pour être votre rivale et vous la mienne. Nous sommes sœurs, n'est-ce pas? "
"- Anne, commença le roiElle se tourna vers lui.- L'on versa dans votre oreille mensonges et poisons contre moi, l'interrompit-elle en hâte. J'ai droit à meilleur traitement. Je vous fus bonne épouse, je vous aimai comme nulle autre femme.- Anne...- Certes , je ne portai point de mâle en son terme, mais ce n'est guère ma faute, poursuivit-elle avec passion. Catherine non plus. L'appelâtes-vous sorcière pour autant ?Un murmure réprobateur s'éleva; j'aperçu un poing se former, pouce entre l'index et le majeur, exécutant le signe de croix qui conjurait la sorcellerie.- Je vous ai donné une princesse, cria Anne, la plus belle qui fût jamais, avec vos cheveux, vos yeux. A sa naissance, vous affirmâtes qu'il était encore tôt encore et que nous avions le temps d'avoir des fils. Vous ne craigniez pas votre ombre alors, Henri !Elle avait à demi dévêtu Elizabeth, la tenant à bout de bras. Henri recula, bien que la petite appelât "papa!" en lui ouvrant les bras.- Sa peau est parfaite, sans marque d'aucune sorte ! Personne n'osera nier qu'il s'agit d'une enfant bénie de Dieu, qu'elle sera la plus grande princesse que ce pays ait jamais connue ! Pouvez-vous regarder votre fille sans savoir qu'elle aura des frères et des sœurs aussi forts et beaux qu'elle ?"
dimanche 12 juillet 2015
" Franchement, vu la façon dont j'ai été traitée par les gens dits "civilisés", il me tarde finalement d'aller vivre chez les sauvages. "
dimanche 10 mai 2015
Ô! Quel ennui!
Je reconnais être heureuse d'avoir enfin lu ce classique de la littérature française qui traînait depuis 8 siècles chez moi.
(Source image : wikipedia.org. Salammbô Gaston Bussière)
samedi 26 avril 2014
Roule! Et surtout, tais-toi!
On retrouve les thèmes chers à Du Maurier. Le général du roi nous plonge dans des péripéties addictives, des mystères attendent d'être révélés, on loge dans une demeure pleine de secrets, on croise des personnages troubles nous laissant un sentiment mitigé, ami ou ennemi?
J'ai adoré le personnage de Honor. Elle refuse que l'on s’apitoie sur son sort et parle très peu de son accident et de son infirmité. Elle est fière, digne, combative. On ne peut que, je pense, se sentir admirative et respectueuse devant une telle personnalité. Nous vivons l'histoire entièrement à travers ses yeux, ce qui la rend proche, intime. Elle nous livre ses désirs les plus secrets, ses envies de femme, ses frustrations et ses doutes. Daphné du Maurier sait créer comme personne ces personnages féminins humains, forts et indépendants, même si elles ne le sont pas de corps, tout comme Honor, elles restent indépendantes d'esprit et de volonté.
Richard est un peu un Rhett Butler anglais. Assez antipathique, imbu de lui-même, égoïste et prétentieux, il m'a énervé assez régulièrement durant ma lecture voire même choqué. Mais étrangement, tout comme Honor, on ne peut pas ne pas être un brin séduite. Que voulez-vous? Esprit tordu de femme. J'ai compris ce sentiment que ressent Honor. Elle est consciente de la violence et des terribles défauts du caractère de Richard, mais elle l'aime, c'est ainsi. Les moments où elle sent la volupté l'envahir sans pouvoir la combattre sont très parlant. D'ailleurs, j'ai trouvé leur relation extrêmement sensuelle ... et physique. Pourtant Honor est infirme et ses désirs sont emprisonnés dans son corps immobile. Il y a une forte tension sensuelle entre Honor et Richard.
Pour les autres personnages, je me suis (je l'avoue) un peu mêlée les pinceaux par moment, certains membres de la même famille portant des prénoms identiques et Honor ayant un assez grand nombre de frères et soeurs. Mais ça n'entrave pas la lecture et la fluidité de l'ensemble. Les personnages les plus marquants sont, par leur prestance et leur personnalité, bien identifiables. C'est le cas, entre autre, de Gartred, la soeur de Richard. J'ai adoré ce personnage. Pour le coup, elle serait une sorte de Scarlett O'Hara ... en moins frivole et superficielle. Elle est prête à tout pour son confort et sa réussite, use allègrement de ses charmes, ne connaît que très peu la pitié et la compassion. Un personnage complexe que j'ai beaucoup apprécié. J'ai eu du mal à détester ce personnage de "méchant" pourtant terrifiant.
Comme tous les autres romans de Du Maurier que j'ai lu, Le général du roi est à découvrir. C'est un roman très fort qui soulève beaucoup de questions sur la place de la femme dans la société et son rôle dans l'Histoire ... surtout si la femme en question est infirme et refuse de rester cloîtrer dans sa chambre en laissant les événements glisser sur elle. Encore un roman nous prouvant que l'horizon des femmes était limité à ce que leurs yeux pouvaient voir et que tout leur avenir ne dépendait que des hommes, maris, frères, pères. Révoltant!
" Je les entendis rire sous ma fenêtre, puis monter sur leurs chevaux et galoper dans l'avenue. J'étais sur mon lit, contemplant le plafond. Il me semblait que mon poirier, si longtemps d'un blanc pur, éblouissant, avait perdu un peu de son éclat, qu'il était redevenu, après tout, un poirier ordinaire; mais cette idées qui 'eût jetée plus tôt dans un abîme de tourments, je pouvais, à trente-quatre ans, la supporter avec sérénité. "
(Le général du roi, Daphné du Maurier, Livre de poche, 1969, p 240).
(Source image : Jeune fille lisant, Franz Eylb. Linternaute.com)
dimanche 6 avril 2014
Les murs n'ont pas que des oreilles ... Ils ont des bouches aussi!
Un joli roman-détente qui se lit vite. A découvrir!
" Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l'oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. Mais n'imaginez pas que ce massacre des contes a chassé la peur ! Non, vous tremblez toujours sans même savoir pourquoi ".
(Du domaine des murmures, C. Martinez, Folio, 2013)
(Source image : Ophelia de William Waterhouse. artsrtlettres.ing.com)
dimanche 5 août 2012
" Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi! "
Autant vous dire que j'ai passé les quelques semaines qui viennent de s'écouler en bien bonne compagnie (et pas que grâce à Lagardère, mauvaises langues! Le vif et pétillant bossu y est pour quelque chose aussi). Je travaille beaucoup depuis le début du mois de juillet, je n'ai malheureusement que très peu de temps pour bouquiner (ce qui explique ma lenteur à lire Le bossu), mais ce fut chaque soir un régal d'ouvrir ce bouillonnant, ce foisonnant roman de Paul Féval.
Je connais l'histoire du Bossu comme beaucoup par les adaptations cinématographiques. Deux d'entre elles, pour être précise. Celle avec Jean Marais et celle avec Daniel Auteuil. Cette histoire me touchait beaucoup d'abord enfant puis adolescente où j'appris qu'il s'agissait à la base d'un roman. Il a fallu le swap Cape et épée (d'il y a quelques temps) pour que ce roman tombe enfin entre mes mains (le 1er qui me dit que j'ai mis un temps infini à l'ouvrir sera obligé de disserter sur le dernier roman de Marc Lévy ... non mais!). Sur le coup, j'ai douté : "Ma vieille, ouvrir un pavé de 800 pages écrit petit, ce n'est peut-être pas judicieux sachant que tu n'auras qu'une pauvre demi-heure au plus de lecture chaque soir et que tu seras dans un état de coma avancé ... ". Mais au bout de 3 pages j'étais piégée. Je suis tombée sous le charme de cette plume si proche de mon cher Dumas, une plume drôle, ironique, émouvante, énergique, ingénieuse ... Dumas reste Dumas, il est indétrônable, mais franchement, Paul Féval n'est pas loin. J'ai beaucoup ri (Aah! Passepoil et Cocardasse), j'ai été émue aussi ... Je suis passée par plusieurs émotions. J'ai cru à cette belle histoire d'amitié. Ce lien si soudain, si pur, si spontané entre Philippe de Nevers et Henri de Lagardère ainsi que le serment de ce dernier m'ont tirée les larmes aux yeux : " Oui, s'écria t-il, voici la fille de Nevers! Viens donc la chercher derrière mon épée, assassin! toi qui as commandé le meurtre, toi qui l'as achevé lâchement par-derrière! Qui que tu sois, ta main gardera ma marque. Je te reconnaîtrai. Et, quand il sera temps, si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi! " (p138).
Henri de Lagardère est un héros de roman comme on les aime. Courageux, beau, combattant hors pair, fidèle, ... Il a toutes les qualités que l'on peut rechercher chez un damoiseau. Trop parfait? Non. Le génie de Féval le rend également profondément humain. Oui, Henri de Lagardère a des défauts, il est faillible, sensible, méfiant, un peu névrosé et disons-le un brin rancunier, mais il n'en est que plus touchant : "J'arrivais confiant, heureux, plein d'espérance. Cette parole m'a glacé le coeur, madame. Sans cette parole, votre fille serait déjà dans vos bras. Quoi! s'interrompit-il avec une chaleur nouvelle, cette pensée est venue la première de toutes! Avant même d'avoir vu votre fille, votre unique enfant, l'orgueil parlait déjà plus haut en vous que l'amour! La grande dame me montrait son écusson quand je cherchais le coeur de la mère! Je vous le dis, j'ai peur; parce que je ne suis pas femme, moi, madame, mais parce que je parce que je comprends autrement l'amour des mères, parce que si l'on me disait : "Votre fille est là; votre fille, l'enfant unique de l'homme que vous avez adoré, elle va mettre son front dans votre sein, vos larmes de joies vont se confondre ... " si l'on me disait cela, madame, il me semble que je n'aurais qu'une pensée, une seule, qui me rendrait ivre et folle, embrasser, embrasser mon enfant! " (p475).
Cette histoire, vous vous en doutez, est bien plus riche que ce que les adaptations cinématographiques nous ont offerts. En 800 pages, Paul Féval a de quoi raconter. Des personnages très importants apparaissent (je pense notamment à Dona Cruz), des personnalités simplifiées par les films sont bien plus complexes ici (la veuve de Nevers en est l'exemple le plus flagrant. Sans compter Gonzague qui n'est qu'un agneau dans les adaptations comparé au loup du roman), ... Mais les films rendent bien l'ambiance, l'intrigue principale et l'humour du roman. Si vous aviez aimé regarder Le bossu, vous adorerez le lire. C'est passionnant, c'est envoûtant. On se bat à l'épée (et on gagne à chaque fois vu que l'on connaît la botte de Nevers), on aime le bienfaiteur d'Aurore (non, je ne me répète pas!), on tremble devant l'esprit machiavélique de Gonzague (quel vilain celui-là!), ... Bref! On referme le livre toujours avec regret!
Le fils de Paul Féval (Paul Féval fils ... original!) a écrit plusieurs suites au texte de son père. Pour cela, il a modifié la fin écrite par son père, fin qui n’amenait naturellement pas de suite. Peut-être que les romans écrits par Paul Féval fils sont passionnants, mais en ce qui me concerne l'histoire écrite par Paul Féval père est parfaite comme cela. Je n'ai ni l'envie, ni la curiosité de lire les suites. Il n'y a pas d'autres fins que celle écrite par Paul Féval pour moi.
lundi 11 juillet 2011
L'horrible veuve!

dimanche 20 mars 2011
" Qu'on lui coupe la tête!"
Zweig est une valeur sûre. Même si j'ai une large préférence pour ses romans, j'aime bien parfois le retrouver avec ses biographies. J'avais beaucoup aimé Marie-Antoinette, j'ai également beaucoup apprécié Marie Stuart.
De cette femme autant dire que j'ignorais absolument tout. A part une vague idée du contexte historique, j'ai ouvert ce roman sans idées précises de ce qui s'y trouvait. Je me suis retrouvée plongée au début de la Renaissance, dans cette période trouble des guerres de religions, à l'époque de la triste et célébre Saint Barthélémy française (ça m'a rappelé l'ambiance du geniallissime La reine Margot de Dumas). Nous sommes en Ecosse et Marie Stuart devient reine alors qu'elle n'a que 6 jours. Commence alors une histoire passionnante. L'Histoire (avec un grand H) regorge de scénarii bouleversants. Celui de Marie Stuart est un vrai drame théâtral. Haine, jalousie, intrigue amoureuse, ambition, pouvoir, trahison. Tout y est!
Marie Stuart n'est pas très attachante. On l'admire dans une certaine mesure (surtout au moment de sa chute finale), mais elle reste un personnage assez étrange, paradoxale. J'ai eu beaucoup de mal à la cerner. Quant à la reine Elisabeth, j'ai aimé voir ce si grand personnage prendre vie devant mes yeux. Elle m'a intimidée, fascinée, impressionnée.
J'aime les romans historiques. J'aime cette sensation d'apprendre des choses tout en parcourant un récit génial et palpitant. Quand en plus le roman est écrit par un géni comme Zweig, tout est dit.
Je vous conseille fortement les biographies de Zweig. J'ai préféré Marie-Antoinette (sûrement parce qu'il traite de notre Histoire), mais Marie Stuart est également palpitant. Si vous voulez un roman intelligent, agréable, instructif, passionnant, facile à lire, alors lisez Marie Stuart. Si vous voulez lire une plume magnifique, sensible, profondément humaine, alors lisez Zweig (c'est un ordre ... et ce n'est pas négociable!).
" A l'âge de six jours Marie Stuart est reine d'Ecosse : dès le commencement de sa vie s'accomplit la loi de son destin qui veut qu'elle reçoive tout trop tôt de la fortune pour pouvoir en jouir consciemment. Lorsqu'elle vient au monde au château de Linlithgow, en ce sombre jour de décembre 1542, son père Jacques V agonise dans un château voisin, à Falkland ; il n'a que trente et un ans et cependant il est déjà écrasé par la vie, las de la lutte, las de la couronne. "
(Marie Stuart, Zweig, Livre de poche, 2001, p17)
(Source image : guide-site-touristique.com)

















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