Affichage des articles dont le libellé est Les "bons gros romanesques". Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Les "bons gros romanesques". Afficher tous les articles

mardi 30 novembre 2021

Au pays des Fjords

Kristin Lavransdatter
Sigrid Undset


 La cosmopolite, Stock, 2014. 

Sigrid Undset s'empare du Moyen-Âge scandinave pour dépeindre la vie de Christine Lavransdatter, jeune femme qui ose vivre sans craindre de briser les tabous sociaux et religieux de son temps. Défiant l'autorité du père tant respecté, elle refuse en effet d'épouser l'homme que celui-ci lui destine car elle aime Erlend, le chevalier au passé scandaleux. Rien ne pourra désormais la séparer de cet homme à qui elle se donne sans hésiter. Mais le couple que forment Christine et Erlend va subir l'épreuve de la réalité. La jeune femme, amante passionnée à seize ans, épouse et mère à dix-sept, se retrouve maîtresse du domaine de Husaby. Très vite elle va apprendre à le diriger, à devenir celle sur qui tous et toutes se reposent.

Je possède cet énorme pavé depuis quelques années déjà. J'étais tombée sur un article de Lilly au sujet d'un autre roman de Sigrid Undset, Vigdis la farouche. J'ai ensuite rencontré ce gros roman en librairie, le plus connu de l'autrice, et je l'ai tout de suite ajouté à ma liste de Noël. J'aime les épopées, les sagas, les pavés qui nous embarquent dans d'autres univers. J'ai attendu un moment cependant avant de l'ouvrir. On ne se lance pas dans cette brique comme on se lance dans un gentil roman de 300 pages. J'ai attendu cet été et mon roadrip norvégien d'un mois et demi pour me lancer dans l'aventure. Lire ce roman au milieu des Fjords et de la toundra fut un moment unique

Cette lecture fut riche, très riche. Texte dense et complexe, il faut du temps pour s'attaquer à Kristin Lavransdatter. Mais les efforts sont récompensés. Oui, je vous le dis, ça en vaut la peine. Pour vous rassurer, ce roman n'est pas compliqué à lire. L'écriture est fluide, facile et l'intrigue tient le lecteur en haleine pendant les 1170 pages. On accompagne Kristin avec émotion dans sa vie difficile. Elle mérite d'être lue cette vie! Quelle leçon de courage! Kristin devra, toute sa vie, lutter contre le joug masculin. En vain. Cette héroïne paiera toute son existence le fait d'avoir épousé un homme un peu enfantin, immature et boudeur. Kristin a autant suscité chez moi le respect que la pitié. Mon âme de femme du XXIème siècle a souvent soupiré et eu envie de hurler " Quitte-le!". Mais nous sommes au Moyen âge, en Scandinavie ... et une femme ne part pas. 

Kristin et Erlend vont s'aimer (on pourrait discuter longuement de cette relation. J'y ai vu pour ma part une domination telle que Tess d'Urberville peut la vivre avec Alec chez Hardy. La jeune Kristin est, certes amoureuse, mais tombée dans les mains d'un homme plus âgé qui aurait pu faire preuve de patience et de maîtrise de soi!). Ils vont braver l'interdiction de se marier. Seule Kristin paiera toute sa vie cette décision. La culpabilité, le remord, les affronts, ... Erlend n'en sera pas ou peu accablé. Kristin sera la pêcheresse. Elle expiera sa faute jusqu'à la mort. Ce roman pourrait vous sembler très moralisateur. Je ne cache pas qu'il est très imprégné de religion, l'être humain est un pêcheur qui doit se repentir de ses fautes. Cependant, c'est le roman d'une femme qui lutte, qui se bat, qui s'oppose et qui essaie de s'en sortir envers et contre tous. Sigrid Undset prend partie pour son héroïne qui, dès son plus jeune âge, sera exposée au désir des hommes et qui paiera cher sa beauté et sa force. 

Kristin Lavransdatter est très complexe. J'ai choisi de le lire en immersion. De me laisser aller. Cependant, une lecture "crayon en main" aurait été intéressante. Une thèse ne suffirait pas pour aborder tous les thèmes de ce roman. J'aurais aimé le lire à l'université et pouvoir l'étudier. 

Une lecture marquante, passionnante, envoûtante. Une lecture qui soulève bien des débats. Il faut lire ce texte et ne pas se laisser intimider par ses 1700 pages. C'est un roman monde, bouleversant et révoltant. 

" Cela lui fit l'effet d'un réveil, quand ils sortirent de la forêt et traversèrent les prairies au-dessus des Martestokker. Le soleil était bas, et la ville et la baie s'étendaient à leurs pieds dans une lumière claire et pâle. Dans le calme du soir, les bruits arrivaient de loin comme s'ils sortaient de la fraîcheur des bas-fonds. La roue d'une voiture grinçait quelque part sur un chemin ; des chiens aboyaient en se répondant, dans les fermes, à travers la ville. Mais, dans la forêt, derrière eux, les oiseaux faisaient entendre à pleins gosiers leurs trilles et leurs chants. Le soleil, maintenant, était couché. "

(Photo : Romanza2021) 

lundi 3 octobre 2011

Peut-on toucher un souvenir du bout des doigts?

Dans la main du diable
Anne-Marie Garat

Babel, 2007

Automne 1913. A Paris et ailleurs - de Budapest à la Birmanie en passant par Venise -, une jeune femme intrépide, Gabrielle Demachy, mène une périlleuse enquête d'amour, munie, pour tout indice, d'un sulfureux cahier hongrois recelant tous les poisons - des secrets de cœur au secret-défense. Habité par les passions, les complots, le crime, l'espionnage, et par toutes les aventures qu'en ce début du XXe siècle vivent simultanément la science, le cinéma ou l'industrie, Dans la main du diable est une ample et voluptueuse fresque qui inscrit les destinées sentimentales de ses personnages dans l'histoire d'une société dont la modernité est en train de bouleverser les repères. En 1913, Gabrielle Demachy s'avance, lumineuse et ardente, dans les rues de Paris, sur les chemins du Mesnil ; entre l'envol et la chute, entre eaux et sables, la voici qui s'engage dans le roman de sa vie..

Ouf! 1300 pages et 2 mois de lecture, cela faisait longtemps qu'un roman ne m'avait pas suivi durant autant de temps ...
J'ai énormément apprécié ce roman. Certes, il n'est pas sans défauts, mais je suis restée 2 mois en totale immersion dans les lignes de ce beau roman.
Je pense que beaucoup de personnes ayant lu ce texte ont pensé qu'il y avait beaucoup trop de pages, que l'intrigue pouvait tenir en 500 pages, pas plus. J'ai trouvé au contraire que ce roman prenait son temps et que c'était fort agréable. Dans notre époque où les romanciers enchaînent les chapitres, les révélations, toujours plus vite, toujours plus et plus, j'ai aimé cette sensation de lenteur, ces longues pages décrivant les paysages, les sentiments des héros, la vie quotidienne dans la campagne du Mesnil. Je dois reconnaître que dans les toutes premières pages, je me suis dit "Arrête Anne-Marie, tu fais trop de blabla, là!". Je trouvais les longues envolées poétiques et lyriques de l'auteur très surfaites et manquant de naturel. Puis, je me suis faite à l'écriture que j'ai finalement trouvé belle et agréable. Je crois que le gros défaut de ce roman est de vouloir être trop parfait : parfaitement poétique, une héroïne parfaite, une intrigue parfaite, du romantisme paaaaarfaaiiitt!! .... Tout doit être parfaitement parfait!! Alors certes, cela donne un texte passionnant, bouleversant, enivrant, Dans la main du diable chamboule le coeur (et le corps) ... Mais hélas, parfois, on a envie d'hurler "du naturel, que diable!".
Mais après vous avoir dévoilé le défaut principal de ce roman, je ne peux que vous conseillez mille fois de le lire. Vous allez découvrir un roman intelligent, fouillé, palpitant. Certes, il faut avoir un minimum le coeur romantique, mais ce n'est pas un roman à l'eau de rose pour autant (sinon, il ne m'aurait pas plu). On plonge dans une époque, l'avant premier guerre mondiale, la montée de l'industrie, les débuts des guerres modernes et de leurs horreurs, on plonge dans un secret d'état, dans le monde de la presse, de la médecine, du cinéma, ... Un voyage passionnant, enrichissant, fabuleux. Gabrielle est parfois (comme je le disais plus haut) bien trop parfaite, mais elle reste un personnage de roman magnifique, que j'ai aimé de tout coeur. J'ai ressenti ses joies comme ses peines ... Elle m'a labourée l'âme. Anne-Marie Garat nous offre une galerie de personnages inoubliable : le mystérieux et séduisant Pierre, l'émouvante Sophie, l'antipathique Blanche, la terrible Mme Mathilde, l'horrible Michel Terrier, tous les habitants du Mesnil, la petite Millie, Mme Victor, Sassette, Mauranne, ... Les pages parlant du Mesnil sont sans hésitation mes préférées. La vie à la campagne, l'éducation de Millie, la rencontre de Gabrielle et Pierre.
En ouvrant ce roman, on plonge dans un roman policier, un roman classique, un roman d'amour ... On découvre plusieurs romans en un. On ne s'ennuie pas en lisant les 1300 pages de ce texte! Parsemé d'alinéas, il se lit facilement, doucement, en dégustant.
Je pense que Dans la main du diable est un texte que l'on adore ou que l'on déteste ... et je comprends l'un comme l'autre. L'adorer car il est tout simplement passionnant et le détester car il peut paraître long et parfois trop poétique.
En tout cas, ne vous arrêtez pas sur le nombre de pages, ni sur la quatrième de couverture bien trop mièvre, ouvrez Dans la main du diable et faites la connaissance de Gabrielle. Je ne peux que vous conseillez mille fois de lire ce texte envoûtant. J'ai la tête encore imprégnée du Mesnil, de Gabrielle, de Millie, du cahier hongrois, de Venise, .... De beaux instant vous attendent!
La suite (car c'est une trilogie) est déjà sortie (L'enfant des ténèbres, suivi de Pense à demain), je compte bien dévorer les deux autres romans un jour. Je veux savoir ce que devient Gabrielle ... et les autres!

« Insensible, désertée de sentiments et de pensées, elle dut se regarder dans le miroir pour vérifier qu’elle n’était pas disparue, effacée, en cendres, et elle se vit seule. Une qu’elle ne reconnaissait pas, mais qui la connaissait. Assez bien pour la haïr dans un hérissement de toute sa peau, des cheveux horripilés. Sa figure de jeune fille convenable, coiffée et vêtue de dentelles, comme un épouvantail de théâtre, masquée et fardée, barbouillée d’apparences. Sauvagement, elle arracha ses vêtements, se mit nue. Se serait arraché la peau pour être plus nue encore, mais nue elle n’était pas nue. Dans les dédales de son corps, il y avait une nudité plus grande, une capacité plus grande de dépouillement que son corps n’avouait pas, où elle était seule, désaimée et seule.
Elle se regardait comme de longtemps elle ne l’avait fait. Peut-être depuis un de ces matins, […] où elle avait admiré et convoité dans le miroir la chrysalide de son corps, ses seins menus et ses hanches de garçonne, sa peau mate, fluide et soyeuse à la lumière du matin, sa grâce juvénile en majesté […] ! Fière et amoureuse d’elle-même, sans crainte, sans pudeur ! Ce soir, comme celle-là était loin ! Son corps avait grandi et mûri, les courbes plus pleines, ses seins plus lourds à l’attache fine des clavicules, son ventre mince évasé des hanches à l’aine, un peu renflé en son centre, que le nombril creusait étrangement. De sa toison brune aux mamelons de café, cela semblait un visage au triangle étiré, mystérieuse expression pleine d’étonnement. Elle toucha avec crainte l’intérieur de ses cuisses, la longue plage de peau douce jusqu’au creux du genou, remonta à ses épaules, son cou, sa bouche qu’elle palpait sans la sentir sous ses doigts. Elle était femme, mais en vain […] Elle enfila vite sa chemise de nuit et se coucha, ivre de nostalgie pour la jeune fille perdue […]. »
(Dans la main du diable, Anne-Marie Garat, Babel)

(Source image : John_Singer_Sargent_-_Lady_Diana_Manners.en.academic.ru)

jeudi 25 novembre 2010

Elle est où la sortie???

Le docteur Jivago
Boris Pasternak
(Défi Une année en Russie)
Livre de poche, 1966.

Iouri Jivago n'a que 10 ans lorsqu'il enterre sa mère. Quant à son père, il ne le connaît pas et ignore presque tout de lui. Iouri est placé dans la famille du professeur Groméko où il trouve une ambiance agréable et sereine. Il y rencontre Tonia, la fille de la maison, sa future femme. Bientôt, la Révolution éclate.

Bon ... Autant vous dire tout de suite que ce fut très laborieux! Pas que ce roman soit nul ... non ... mais ce fut rude par moment!
Il y a de très belles scènes, c'est vrai, mais elles ne m'ont pas totalement emballées. Je n'ai pas vraiment réussi à m'attacher aux personnages également. Bref, ce roman est intéressant, fouillé, intelligent ... mais je ne l'ai pas vraiment trouvé sensible et humain. Il est un peu froid, distant. Malgré une grande finesse, un sujet touchant et une certaine poésie. J'ai lu les lignes de ce texte, tout en restant très distante, sans jamais réellement embarquer.
Les premiers chapitres sont très décourageants. Il y a un nombre impressionnant de personnages, on ne sait pas qui est qui, on ne comprend rien à l'histoire. Bref! On lutte! Au bout d'un moment, miracle, le sujet se précise et on commence à embarquer. Malheureusement, bien vite le ton trop distant et le manque d'intrigue épuisent notre enthousiasme. On vogue entre deux eaux durant tout le roman. Intérêt et ennui ont ryhtmé ma lecture.
En bref, ce roman m'a épuisée et j'ai été ravie de le finir. Je n'ai pas envie de critiquer ce roman, car je sais qu'il s'agit d'un livre intelligent et important dans l'histoire de la Littérature russe, mais je dois avouer qu'il ne m'a pas convaincue, qu'il m'a même souvent ennuyée .... et j'en suis bien malheureuse!
Je n'ai pas tiré un trait sur mon amour de la littérature russe ... pas le moins du monde ... Le coup de foudre n'a juste pas eu lieu entre Jivago et moi! C'est tout!
...
" Devant eux, soulevant des nuages de poussière brûlante et comme blanchie à la chaux par le soleil, défilait la Russie, champs et steppes, villes et bourgs. Des convois de charrettes s'étiraient sur les routes, obliquaient lourdement vers les chemins de traverse et, à les voir du train lancé à une folle allure, on avait l'impression que les charrettes ne bougeaient pas et que les chevaux piétinaient sur place. "
(Le dr Jivago, Pasternak, Livre de poche, 1966, p23)
(Source image : agora.virtualmuseum.ca)

lundi 28 juin 2010

" Revivre, les faire revivre "

Le pain noir (L'intégrale)
Georges-Emmanuel Clancier
France loisirs, 2009.


A 7 ans, Cathie gagne son pain comme servante. La guerre de 1870 s'achève ; personne n'a les moyens de nourrir une bouche inutile. Puis, les années filent, avec leur lot d'épreuves et de petits bonheurs. Les générations se succèdent ... La petite Limousine illettrée ne le sait pas encore, mais elle aura un petit-fils écrivain!


Cette édition nous présente les 4 tomes composant la série du Pain noir (intégrale disponible également chez Omnibus). Les 4 tomes séparés sont disponibles d'occasion dans la collection J'ai lu (années 70). Les titres des 4 tomes de cette série sont : Le pain noir ; La fabrique du roi ; Les drapeaux de la ville ; La dernière saison.


Je viens de passer un mois entier (soit 1123 pages) avec Cathie, Francet, Aurélien, Martial, Julie et tous les autres ... et je dois avouer que je me suis régalée.

J'ai connu cette série grâce à une ancienne collègue et amie. Amoureuse des livres comme moi, nous avions souvent de belles discussions passionnées. Un jour, je lui ai demandée quel roman avait le plus marqué sa vie de lectrice. Elle m'a répondue : "La série Le pain noir de Clancier ... Comme j'ai pleuré, enfouie sous mes draps! Je n'oublierai jamais la famille Charron!". Il n'en fallait pas davantage pour me donner envie. Je me suis donc, quelques années après cette discussion avec ma collègue, lancée dans Le pain noir.
Clancier nous conte la vie de Catherine Charron, personnage inspiré de sa grand-mère. De la fin de la guerre de 1870, il nous emmènera jusqu'aux années 50. Cathie connaîtra les beaux jours à la campagne, la misère, les deux guerres mondiales, les premières grèves et les premiers mouvements sociaux, la vie à l'usine, ... Cette vie, bien que simple et pudique, est riche, pleine de joies, de drames, de rires et de pleurs. Sans jamais rentrer dans la tragédie larmoyante, Clancier nous parle avec tendresse de ces personnages si proches de ses ancêtres. On l'écoute comme s'il s'agissait de notre propre histoire. Il la murmure à notre oreille. On se prend à imaginer nos propres grands-parents, nos grands-oncles ... On voit bouger toutes ces figures que l'on aime, souvent, ou que l'on déteste parfois. Dans les dernières pages, le personnage de Pierre (double de Clancier) dit à Cathie, sa grand-mère : "Je voudrais qu'on t'aime, qu'on vous aime, qu'on vous reconnaisse à travers d'autres qui vous ressemblent ... Je voudrais, ceux qui vous ont fait du mal, qu'on les méprise, et avec eux tous ceux qui leur ressemble" (p1120).

Cathie vit comme elle respire, pleinement, passionnément, avec un espoir et une force incroyable. Elle ira jusqu'au bout d'elle-même. C'est bien entendu le personnage qui nous hante le plus. On la suit dès ses 6 ans. On connaît ses doutes, ses craintes, ses peines et ses joies. J'ai aimé la Cathie enfant du tome 1, l'adolescente du tome 2, la jeune femme du 3ème et la femme mûre devenant vieille du dernier tome. Elle a fait partie de moi-même durant 1 mois. Cathie est profondément humaine. On l'aime avec ses faiblesses et ses erreurs. Tous les personnages de ce roman sont extrêmement vivants. J'ai vu chacun d'eux. Ce cher Francet et sa soif de vivre, Julie qui parfois m'énervait, Aurélien qui a été mon chouchou durant toute la série surtout dans les deux premiers tomes (je l'aime d'amour!), le père et la mère touchants, Mariette et sa beauté, le bouleversant Ragemont et tous les autres ...

L'écriture de Clancier est parfaite. Elle est discrète, simple, sensible, intime. Malgré certains moments bouleversants, Clancier n'en rajoute pas. Même dans les scènes de joie. Il aime également prendre son temps, parler des petits riens du quotidien. Une écriture coulante, délicate et vraie. Il écrit de sublimes scènes. Certaines me reviennent en mémoire et j'ai du mal à ne pas être émue. Difficile de me taire sur certains élèments magnifiques de cette série ...

J'ai refermé cet intégrale de coeur gros. J'ai laissé des amis ... ma famille. Les dernières scènes sont si nostalgiques que l'on ne peut s'empêcher de penser aux premières lignes de la série et de notre petite Cathie de 6 ans. J'aime ces romans qui nous donnent la sensation d'avoir vécu une vie entière. On a de tendres souvenirs, des chagrins enfouis, des amours encore présents ... comme s'il s'agissait de notre propre vie.

Cathie est inoubliable. Tout comme Francet, Julie, Marianne, Le père, La mère, Martial, Aubin, Aurélien, Emilienne, Xavier, Pierrot, Toinon, Clothilde, Mariette, Le parrain, Frédéric, Louisette, Amélie, Ragemont, .... et tous les autres!

" Oui, regarde-moi, mon fils, pensait Catherine, regarde, regarde, tu ne me voyais pas, tu ne me voyais plus avant ce nuage noir qui est passé dans tes yeux, et maintenant regarde-moi, regarde mes premières rides, regarde mes mains abîmées par le travail. Ne me trouve pas trop laide, pas trop vieille, pas trop sotte. Ton petit, je suis sûre qu'avant tu le voyais à peine, tu ne découvrais pas cette fleur ou ce ciel dans ses yeux - tu ne savais pas qu'il avait la bouche de ta femme, tu ne savais rien, Frédéric, savais-tu cette fragilité, cette douceur, cet éclat de la peau, sur le visage de ton enfant? Oui, regarde, regarde de tous tes yeux. "

(Le pain noir - L'intégrale, France loisirs, 2009, Tome 4 - La dernière saison, p975)

(Source image : Les glaneurs de Georges Laugée sur georges-laugee.com)

lundi 17 novembre 2008

" Je penserai à tout cela demain "

Autant en emporte le vent
Magaret Mitchell





Tome 1 et 2, Livre de poche, 1968/1969
Editions récentes : Tome 1, 2 et 3, folio, 1976


Scarlett O'Hara est une jeune fille fougeuse et passionnée. Menant une existence heureuse en Georgie, dans le sud des Etats-Unis, elle passe ses journées entourées de nombreux soupirants bien que son coeur ne rêve qu'à Ashley Wilkes, un homme timide et vertueux. Sa vie est bouleversée par l'annonce de la guerre de Secession. L'heureux monde qu'elle a connu s'effondre et plus rien ne sera jamais pareil ... Tout ce qu'elle croyait éternel et inébranlable prend fin brutalement.

Il y a tant de choses à dire que je ne sais pas vraiment par quoi commencer.

Au début, j'étais anxieuse. Je craignais d'être déçue par ce roman qui a tant passionnés de lecteurs. J'avoue même avoir fortement freiné des deux pieds pour retarder le moment d'ouvrir ce roman. Mais dès que j'ai lu la première ligne, c'est un violent vent romanesque qui m'a emportée pour me reposer au sol qu'aux derniers mots de ces 1 400 pages.

Ce que j'ai préféré dans ce roman : la nostalgie. La nostalgie de mes années d'adolescente qui ont subitement ressurgi dans mon esprit. Les couvertures un peu vieillottes (mais si envoûtantes) de mes éditions et leur odeur de bibliothèque ; l'histoire de cette jeune fille désappointée par la vie et les hommes ; les bals ; les scènes romanesques et si belles (mais pas nian-nian ...); ... J'ai eu la sensation de revivre mes lectures d'adolescente lorsque je lisais Les quatre filles du Dr March et que je me prenais pour Joe March ou encore les Sissi ou les romans de la comtesse de Ségur. Tout le roman a chamboullé mes souvenirs et mes rêves de petite fille : crinoline, bal, soupirant, ... Un vrai moment de fraîcheur!

La seconde chose que j'ai aimé : la richesse du roman. Richesse des personnages (magnifique Rhett avec ses répliques croustillantes ; Une Mélanie dont je suis littéralement tombée en amour ; ...), des descriptions (Ah! Tara ... et Atlanta!), des ambiances surtout (La garden party aux Douze Chêne ; L'arrivée des Yankees ; Le bal de bienfaisance où la veuve Scarlett ose danser avec Rhett Butler ; ...) ... Margaret Mitchell a le don de nous faire voyager comme jamais. Elle nous prend par la main et nous transporte loin, dans un monde qui n'est pas le nôtre et pourtant que l'on semble connaître par coeur.

Je ne me suis pas ennuyée un seul instant malgré l'épaisseur de ce roman. C'est fort, intelligent, bien écrit et j'ai véritablement passé un magnifique et splendide moment. A la fois romanesque, facile et agréable, mais tout aussi complexe, violent et dur.

Si seulement Margarel Mitchell n'était pas si profondement sudiste. Un gros bémol! Les remarques racistes et pro-esclavagistes m'ont particulièrement choquée. Je voulais crier et dire :"Pourquoi? Ton roman aurait pu être si parfait!"; J'ai essayé de prendre cet aspect là du livre comme un témoignage historique ou les pensées de l'époque et cela m'a beaucoup aidée et j'ai réussi à relativiser. Mais ce ne fut pas simple ...

En tous les cas, ce roman m'a appris beaucoup et surtout m'a faite rêver comme une jeune fille de 15 ans et ça, j'avoue, ça ne m'était pas arrivée depuis longtemps ... Comme j'ai pleuré, tremblé, espéré, ... Comme j'ai ressenti cette nostalgie, cet attachement au passé que Scarlett ressent si violemment! ... La fin m'a bouleversée ...

Un grand merci à ce roman pour ce grand moment d'émotion et de souvenirs ...

Les avis d' Erzébeth, Charlotte, ...

" Elle avait les yeux rivés sur son assiette et croquait un biscuit avec une élégance et un manque d'appétit qui lui eussent attiré les félicitations de Mama. Elle avait beau avoir plus de soupirants qu'il ne lui en fallait, elle ne s'était jamais sentie aussi désemparée. Sans qu'elle ait pu comprendre pourquoi, les plans qu'elle avait élaborés au cours de la nuit avaient complètement échoué, tout au moins en ce qui concernait Ashley. Elle avait attiré dans ses filets des admirateurs à la douzaine, mais pas Ashley, et toutes ses craintes de la veille lui revenaient. Tour à tour son coeur s'affolait et cessait presque de battre, ses joues s'empourpraient et blémissaient."

(Autant en emporte le vent, tome 1, 1968, p140)



(Source image : cinemovies.com)

jeudi 6 novembre 2008

"Je viens de la lune et vous êtes une étoile"

La colline aux gentianes
Elizabeth Goudge
(Défi Le nom de la rose 2008)

Livre de poche, 1969.
Edition récente Phébus 2008.
...
Anthony est un jeune orphelin engagé dans la marine. La vie qu'il méne à bord est intenable. Il décide de déserter lorsqu'il aperçoit au loin un paysage envoûtant et enchanteur. Ce jeune homme errant se rebaptise Zacharie. Un soir, il croise Stella, une petite fille pétillante et pleine de vie ...
...
Les romans d'Elizabeth Goudge sont définitivement de purs bonheurs littéraires.
J'ai particulièrement apprécié cette belle histoire simple et passionnée. Stella et Zacharie m'ont énormément touchée et je me surprenais à penser régulièrement à eux dans la journée tant ils avaient pris vie dans mon coeur.
La plume d'Elizabeth Goudge est un mélange de douceur, de réalisme, de magie, de poésie, ... Elle écrit avec tant de tendresse que ces romans sont tout simplement ressourçants, reposants, apaisants.
Comme j'aime son univers! Ces descriptions sont toujours envoûtantes : paysages entre terre et mer, falaises fouettées par le vent et collines verdoyantes et romantiques. Et puis, son amour pour les mondes magiques est un régal. On croise entre les lignes de son roman des fées, des nains ou des mandragores.
J'ai passé un magnifique moment aux côtés de Stella et de Zacharie. J'ai aimé cette belle histoire aux doux accents légendaires. Un beau conte pastoral qui met le sourire aux lèvres et apaise l'âme.
Les avis de Morwenna et de Suzanne.
...
"Les collines qui couronnaient la baie et les vallées boisées resplendissaient d'un éclat doré. Le ciel rayonnant luisait derrière les coteaux; par-delà les flots étincelants, un village de pêcheurs reposait dans un vallon comme dans une coupe, baigné d'une parfaite quiétude. Sans doute était-ce le village qu'on nommait Torquay. Derrière la plage en forme de faucille s'étandait un champ verdoyant, bordé d'un mur de pierre bas; au loin, dans des jardins fleuris, s'élevait une demi douzaine de cottages dont les cheminées laissaient échapper une fumée nonchalante. Sur la droite, un ruisseau, qu'enjambait un pont de pierre, traversait ce champ pour se perdre dans la mer. "
(La colline aux gentianes, Livre de poche, 1969, p18)

(Source image : desire-laugee.com)

mardi 10 juin 2008

"Peut-être que cela n'irait pas si mal après tout"

Le pays du dauphin vert
Elizabeth Goudge
(Défi Le nom de la rose 2008)

Phébus, 2007.


Marianne, Marguerite … William Ozanne a toujours eu tendance à confondre ces deux prènoms depuis le jour où un coup de vent fit apparaître dans le couloir de sa maison, rue du Dauphin-vert, le chapeau de Marguerite, puis Marguerite elle-même, rose et rieuse, suivie de sa sœur aînée. Les demoiselles Le Patourel.
Voilà pourquoi, bien des années plus tard, devenu exploitant de bois dans une île de Nouvelle Zélande, il voit débarquer non pas la fiancée qu’il attend, mais l’élégante et laide Marianne. La pitié n’est pas toujours bonne conseillère, et le cœur de William se serre à l’idée de ce qui arriverait s’il lui disait qu’il s’était trompé de prénom quand il a écrit de venir le rejoindre.
Peut-on bâtir une vie heureuse sur pareil quiproquo ? William en tente la gageure. Les débuts sont durs, mais Marianne ne manque pas de courage, et sa volonté la soutient au fil des multiples aventures de cet ample roman situé dans le cadre poétique des îles anglo-normandes et de la Nouvelle-Zélande.
(Edition livre de poche, 1970).


En refermant ce livre, j'étais si enthousiaste et si passionnée que je me suis précipitée sur l'ordinateur en me disant que j'avais mille choses à vous dire. Mais en fait, arrivée devant l'écran ... trou noir. J'avais tant sur le coeur que je ne savais pas par quoi commencer. Entre envie dévastatrice de parler de ce superbe roman et cerveau totalement embrumé, le vainqueur fut à ma grande honte, mon cher cerveau (lâcheur!). Mais bon, une bonne nuit de sommeil plus tard (et une journée bien fatiguante, oups!), je vais peut-être réussir à vous en parler ...

Comment raconter Le pays du dauphin vert ? Je dirai, certes de façon basique mais si vraie, que l’on ne peut pas raconter un roman qui se vit avec autant de passion. Car oui, j’ai vécu au pays du dauphin vert, j’ai voyagé sur des voiliers et j’ai lutté pour ma survie au milieu du peuple maori. Même si à l’heure actuelle je ne sais pas comment je vais pouvoir vous « raconter » ce roman, je vais tout de même essayer de le faire le mieux possible.

Tout d'abord, parlons de l'écriture. Même si ma Pearl Buck reste inégalable dans la description de la beauté de la vie, de la sérénité des paysages et le bonheur des petits riens de l'existence, Elizabeth Goudge a également la palme d'or. Une plume délicate, optimiste, joyeuse et vive. Un petit bonheur!

Il y a aussi le sublime style de cette auteure. Cette façon de mêler la magie à l'existence est sublimissime. Les romans d'Elizabeth Goudge sont réalistes, l'histoire, ici, se passe au XIXème siècle dans des lieux connus et pourtant, les enfants croisent des fées, les légendes et les contes jalonnent l'île du dauphin vert et les personnages sont décrits toujours de façon étrange : " C'est alors que lui étaient apparus dans un petit canot qui se balançait calmement sur les eaux brillantes du port, William et Marianne, un magnifique garçon aux cheveux clairs et aux joues roses, dans un costume bleu déchiré et un menu brin de fille, habillée de vert comme une petite fée."(p341).

Le récit. Que dire? A travers les îles anglo-normandes fouettées par le vent en passant par la sauvage Nouvelle-Zélande, ce roman m'a faite vivre tant de choses. La peur, l'amour, l'angoisse, l'amitié, la jalousie. Ce roman est humain, c'est ce qui le rend puissant. J'ai pleuré, j'ai souri. J'ai véritablement "vécu" ce livre. A la fois roman d'aventure avec des marins, des naufrages, des attaques de maoris et des mises à mort, mais aussi, roman psychologique, roman fantastique, ... et tant d'autres choses.

Les personnages. Aaah! Marguerite la joyeuse et heureuse blonde joufflue ; Marianne, l'insatisfaite parfois énervante, mais si touchante, digne, qui nous fait pleurer toutes les larmes de notre corps ; William, mari faible, homme fort et père touchant ; Le capitaine O'Hara, le vieux loup de mer si atypique ; Tai Haruru, magnifiquement sensuel et envoûtant, et Nat, Samuel, Old Nick le perroquet, Véronique .... Une galerie de personnages incroyables, tous humains et touchants, hauts en couleur et qui m'accompagneront encore longtemps dans ma vie.

Et puis, les descriptions, les falaises balayées par l'air vif, les forêts luxuriantes néo-zélandaises, les plages mystérieuses, les grottes étranges. Les paysages sont sublimes, ils m'ont bouleversée. Les scènes sont toutes mythiques. Tout est bouleversant.

Juste quelques mots pour finir : Lisez-le!

Edit du 12 à 09h53 : Là je relis mon avis et je suis frustrée. J'aurai tellement de choses à dire en plus, mais rien à faire, je n'arrive pas à les formuler. Bref! Je suis muette d'admiration. Vous ne pouvez pas savoir tout ce que contient ce roman, c'est fou! L'histoire, certes attirante, ne laisse pas imaginer la profondeur du récit. Bon allez! Je me tais!

Nb : Petites choses à noter! Ce roman fut écrit en 1944 et l'on se doute aisément que la connaissance du monde était plus vague qu'aujourd'hui. Elizabeth Goudge en a conscience et invite le lecteur à être indulgent quant à ses connaissances sur la Nouvelle-Zélande et le peuple Maori. Je trouve cela important car je doute de certaines choses écrites dans le livre, mais cela n'entâche en rien ce sublime roman.

"Papa et elle avaient deux mondes merveilleux dans lesquels ils vivaient ensemble, deux mondes qui étaient réels pour eux, et décidement plus agréables que le monde dans lequel ils mangeaient, s'habillaient, allaient au lit et se levaient, faisaient des bêtises et étaient grondés par maman, et ne se sentaient jamais en sécurité à cause des Maoris. Lorsqu'elle était au lit, papa racontait à Véronique des histoires qui se passaient dans ces deux mondes, mais ce n'était pas le seul moment où ils y vivaient. Ils étaient réellement toujours dans l'un ou dans l'autre, dans leurs rêves, la nuit, ou dans les rêveries auxquelles ils s'abandonnaient, papa lorsqu'il travaillait dans la forêt, et Véronique lorsqu'elle travaillait à son canevas sous les yeux de maman. C'est ainsi que bien qu'ils fuissent presque toujours séparés, ils étaient spirituellement toujours réunis. Même pendant les mois où Véronique avait été à Wellington, elle n'avait pas eu l'impression s'être séparée de papa; elle n'avait qu'à courir vers l'un ou l'autre de ces mondes : elle était sûre de l'y trouver."

(Le pays du dauphin vert, livre de poche, 1970, p 412)


(Image : cinemovies.fr "La veuve de Saint Pierre")