Affichage des articles dont le libellé est Biographie/témoignage. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Biographie/témoignage. Afficher tous les articles

samedi 19 septembre 2020

" I'd rather be a hammer than a nail "

Wild

Cheryl Strayed

10/18, 2014.

Lorsque sur un coup de tête, Cheryl Strayed boucle son sac à dos, elle n'a aucune idée de ce qui l'attend. Tout ce qu'elle sait, c'est que sa vie est un désastre. Entre une mère trop aimée, brutalement disparue, un divorce douloureux et un lourd passé de junkie, Cheryl vacille. Pour tenir debout et affronter les fantômes de son passé, elle choisit de s'en remettre à la nature et de marcher. Elle part seule pour une randonnée de mille sept cents kilomètres sur le Chemin des crêtes du Pacifique, un parcours abrupt et sauvage de l'Ouest américain. Au fil de cette longue route, elle va surmonter douleurs et fatigue pour renouer avec elle-même et finalement trouver sa voie.
Franche, dynamique et un brin déjantée, Cheryl Strayed nous entraîne grâce à ce récit humain et bouleversant sur les chemins d'une renaissance.

Quelques jours avant l'annonce du confinement, je m'étais, un soir, installée devant l'écran pour regarder Wild. Ce film me faisait de l’œil depuis un moment, mais il est bien difficile de trouver le temps de se poser devant un bon film. Cette fois-ci, c'était bon! Je me suis installée confortablement et j'ai embarqué. Ce film fut une claque. Je suis une amoureuse de la nature et de la marche depuis toujours. Je crapahute très régulièrement dans mes montagnes pyrénéennes seule, ou avec mon mari et mes enfants. Pour notre famille, aller planter une tente au milieu des sommets pour y passer la nuit est une activité régulière. Les enfants savent choisir du bois pour le feu, installent le camp et apprécient les nombreux bruits de la vie nocturne. J'ai toujours voulu tenter l'expérience d'un voyage itinérant seule. Mais j'ai encore quelques barrières qui m'empêchent de réaliser ce projet. Suivre les pas de Cheryl sur le PCT fut un régal et Reese Witherspoon est incroyable. J'ai donc très rapidement acheté le livre. Je voulais absolument replonger très vite dans cette histoire

Wild est un livre vrai et juste. L'histoire de Cheryl est authentique, sans filtre,. Ce qui rend la attachante, ce sont ses failles, ses faiblesses, ses erreurs. Elle avoue tout à son lecteur ... même les choses dont elle n'est pas fière. J'ai écouté sa confession comme l'aurait fait une amie, sans jugement. J'aime cette femme cabossée qui a trouvé la force de se relever. L'un de mes personnages préférés est celui de la mère de Cheryl. J'ai senti sa perte comme l'a ressentie Cheryl. Une absence insupportable. J'ai été très émue quand Cheryl explique qu'elle s'est perdue, qu'elle aimerait redevenir la belle personne qu'elle était, celle que sa mère a élevée. J'ai compris que l'on pouvait se perdre et s'oublier lorsque le phare de notre vie s'éteignait. 

Wild est un roman qui peut séduire beaucoup de lecteurs, même ceux qui n'aiment pas les récits de voyage. Il est bien plus que cela. C'est avant tout l'histoire d'une femme. Cheryl nous raconte son parcours vers la résilience. Il est vrai qu'elle raconte ses heures sur le PCT et qu'il est question de soif, de pieds douloureux, de tente, etc ... mais l'ensemble du roman est dédié à un chemin intérieur, plus qu'à des kilomètres de marche et de souffrance. 

Wild est un texte très bien écrit. La plume de Cheryl Strayed est juste. J'ai corné de nombreuses pages. C'est une grande lectrice et cela se sent. Les parallèles qu'elle fait entre la route et sa propre vie sont très justes. Mais le plus réussi reste la construction du livre. L'histoire est décousue. Cheryl nous offre ses souvenirs par bribes. Le puzzle s'emboîte petit à petit. 

Wild est un texte que je relirai. Il m'accompagnera souvent ... tout comme son adaptation cinématographique. J'en grappillerai quelques pages ... quand j'aurai besoin de voyages, de marche, d'aventures, mais aussi lorsque je serai pleine de doute, que j'aurai l'impression de me perdre, de m'oublier.

Wild est un roman à découvrir. Je pense que toute femme y trouvera une vérité. 

 

" La peur est en grande partie due aux histoires qu’on se raconte, alors j’avais décidé de me raconter autres choses que ce qu’on répète aux femmes. J’avais décidé que je ne courais aucun danger. J’étais forte. Courageuse. Rien ne pourrait me vaincre. M’en tenir à cette histoire était une forme d’autopersuasion, mais, la plupart du temps, ça fonctionnait. Chaque fois que j’entendais un bruit d’origine inconnue ou que je sentais quelque chose d’horrible prendre forme dans mon imagination, je le repoussais. Je ne me laissais tout simplement pas impressionner. La peur engendre la peur. La puissance engendre la puissance. Alors j’avais opté pour la puissance."

 (Photos : romanza2020)

jeudi 28 février 2019

" Oh, ce n'est pas Dieu qui leur fait peur. Pas le diable non plus. Non, ils ont peur des hommes ... "

La nuit du bûcher
Sandor Marai
Le livre de poche, 2017.

Rome, 1598. L'Inquisition sévit contre les hérétiques. Enfermés, torturés, ces derniers reçoivent à la veille de leur exécution la visite d'inquisiteurs pour les inciter à se repentir. Venu prendre des « leçons d'Inquisition », un carme d'Avila demande à suivre la dernière nuit d'un condamné. On lui accorde. L’hérétique, qui résiste depuis sept ans, s’appelle Giordano Bruno. L'Espagnol assiste aux dernières exhortations, vaines, des inquisiteurs, puis accompagne au petit matin le prisonnier au bûcher. Saisi par la violence de cette expérience, il voit toutes ses certitudes vaciller...

Nourri de l'expérience de la guerre, du fascisme, et du stalinisme qui poussera Márai à l'exil, ce roman, écrit en 1974, expose le regard lucide d'un homme sur l'idéologie totalitaire, conçue pour broyer la volonté et la dignité humaines.



Gros coup de cœur pour ce roman! Dès les premières mots, je me suis laissée totalement embarquer dans la confession de ce prêtre. J'ai lu son récit, j'ai senti le froid, vu la faible lumière de sa bougie, entendu le crissement de la plume sur le papier.
J'ai découvert l'existence de ce roman récemment. Je venais de lire un court article sur la vie de Giordano Bruno. Sa vie m'avait totalement captivée ... autant qu'elle m'avait faite frissonner. Avant Galilée, il y a Giordano Bruno. L'obstination de Bruno jusqu'à la mort a guidé Galilée qui lui a choisi la prudence. J'étais triste en apprenant qu'une statue de Bruno est dressée place Campo dei fiori à Rome. J'y suis passée plusieurs fois lors de mon séjour là-bas il y a quelques années et je ne me souviens pas de cette statue. Si j'y retournais aujourd'hui, ça serait avec émotion que je regarderais cet homme. Aimant de plus en plus la plume de Sandor Marai et ayant découvert que son roman La nuit du bûcher parlait de Bruno, je l'ai acheté très rapidement. 
J'ai été surprise par ce roman. Je m'attendais à un long échange entre le narrateur et Giordano Bruno la veille de son exécution. Un long discours qui viendrait chambouler les idées du jeune prêtre. Mais non. Marai est bien plus subtile que ça. De Giordano Bruno, on n'entendra pas un mot. Il y aura son regard. Il va être très difficile pour moi de parler de ce roman qui aborde beaucoup de thèmes en moins de 300 pages. Marai n'a pas cherché la simplicité. En fermant ce livre, on ne sait pas quoi penser des paroles écrites par le narrateur. Quelle finesse dans l'écriture et la pensée! Il faudrait relire ce roman, le décrypter, aller au fond. A la lecture, souvent, on se scandalise. Parfois, on comprend. La nuit du bûcher est un texte extrêmement complexe, bien qu'ils se lisent très facilement et soit prenant. Complexe déjà dans son sujet, l'Inquisition. Marai n'a pas écrit un traité anti-clérical. Sa pensée est bien plus riche et quelque soit nos idées sur la religion, on trouvera de quoi réfléchir. Je tiens aussi à vous rassurer, il n'y a aucun voyeurisme, aucun sadisme. J'ai apprécié cette retenue de l'auteur. Vous pouvez lire ce roman sans crainte de tomber sur une description détaillée du supplice de Bruno. Complexe également par le discours très engagé des personnages. Chacune de leurs pensées peut être analysée, discutée, étudiée. Enfin, complexe par la double lecture de cette oeuvre. Chaque page est une critique virulente du fascisme. Ce roman terriblement moderne nous rappelle que Marai a connu la seconde guerre mondiale. Chaque mot prononcé par l'Inquisition pourrait être prononcé par le IIIème Reich : " Puis il voulait savoir si l'acte de dénonciation était obligatoire chez nous. Quand je lui eus répondu que, oui, chaque fidèle était tenu de signaler à l'Inquisition tout comportement suspect - par exemple, au cours d'une conversation, si quelqu'un ne manifestait pas assez d'enthousiasme concernant l’exécution d'un hérétique par le feu -, le consulteur approuva du chef cette démarche avisée. Après avoir réfléchi, il demanda si cette conduite s'appliquait aux membres de la famille. J'eus la satisfaction de le rassurer sur ce point également : en effet, chez nous en terre espagnole, où l'Inquisition veille sur l'ordre et la sécurité publique, les enfants et les parents ont obligation de s'espionner les uns les autres. " (p32). "Ces gens-là critiquent nos méthodes! ... Ils oublient que tout moyen, tout accessoire est justifié quand il s’agit d'atteindre le But Sacré ..." (p36). Les pages à double sens abondent. J'ai corné énormément de pages dans ce court livre, soit pour leur beauté, soit pour leur justesse, soit pour le questionnement qu'elle soulèvent
Il y a tant à dire que je ne sais plus quoi écrire. J'aimerais en discuter, reprendre chaque ligne pour en débattre. Marai nous offre un roman à l'ambiance fascinante, étouffante. Sa plume d'une finesse absolue traite avec intelligence de liberté, de savoir, de croyance. Un texte qui me hantera longtemps. Un très grand texte à découvrir!
"Arrivera une époque où l'on regroupera sans ambages ni perte de temps tous ceux qui seront soupçonnés de tomber un jour dans le péché d'hérésie, à cause de leur origine ou pour d'autres raisons, dans des champs clos par des barrières de fer, pour des périodes plus ou moins longues .... mais en général il vaudra mieux que ce soit pour longtemps. Un tel lieu de détention, ceinturé de barrières de fer, permettra de surveiller en même temps des groupes plus importants ..." 
" Il est à craindre que tant qu’un tel homme existe quelque part, il soit vain de faire frire les autres sur le gril, de les cuire dans l’huile et de les casser sur la roue. J’avais appris que la Sainte Cause était plus important que tout, qu’il fallait un Seul Berger et un Seul Troupeau. Mais c’était avant d’être frappé comme par la foudre par un doute effrayant : un homme peut compter plus qu’un troupeau."(La nuit du bûcher, Sandor Marai)
(Photos : Romanza2019)

Toujours plus loin et toujours plus haut

Mary Anne
Daphné du Maurier
Livre de poche, 1973.


 Nous sommes à Londres, dans les dernières années du XVIIIe siècle, et nous assistons à l’ascension d’une gamine partie quasi du ruisseau mais que son intelligence et sa volonté vont porter au premier rang : jusqu’entre les bras du duc d’York, fils du roi et chef des armées britanniques en lutte contre Napoléon. Trahie, elle défraiera la chronique à la faveur d’un procès mettant en cause son amant, sera traînée dans la boue par les bien-pensants, se battra la rage au coeur pour faire reconnaître ses droits. Daphné Du Maurier n’est jamais mieux inspirée que lorsqu’elle traite de sujets qui la touchent de près. De Mary Anne Clarke, qui fut sa trisaïeule, les dictionnaires nous apprennent qu’elle fut l’une des grandes courtisanes de son temps – et qu’elle incarne aujourd’hui encore, aux yeux des lecteurs du monde entier, l’une des formes les plus pathétiques de la révolte féminine.


Etant une grande fan de Daphné du Maurier, j'attendais beaucoup de ce roman narrant la vie de sa scandaleuse trisaïeule. J'ai pourtant été bien déçue et j'ai même peiné à le finir. 
L'histoire avait pourtant tout pour me plaire : une femme intelligente qui prend son destin en main, un roman écrit par une grande dame de la littérature anglaise, ... bref, le cocktail était parfait. Cependant, la magie n'a pas opéré. Si je reconnais la qualité de certains passages, je me suis globalement ennuyée. Impossible pour moi de m'attacher à Mary Anne. Je n'ai pas su l'aimer, ni l'apprécier, ni la comprendre. Je ne suis pourtant pas obligée d'apprécier l'héroïne pour aimer un roman (Scarlett O'Hara, petite dédicace!), mais là, rien à faire, je n'ai pas été touchée par son histoire, ni impliquée dans son combat. La grande qualité de la plume de Du Maurier est de créer une ambiance totalement envoûtante et addictive. A la lecture de Mary Anne, je suis restée totalement à l'écart. Je reconnais certaines qualités à cette histoire, elle mérite dans un certain sens d'être lue, le propos est intéressant et le contexte historique aussi. J'ai beaucoup aimé les premières pages. L'enfance de Mary Anne est très bien écrite et pleine de promesse. Mais mon intérêt s'est essoufflé au fur et a mesure de la lecture. Disons que ça n'a pas été la lecture immersion que j'attendais. 
Si vous êtes fan de Du Maurier, vous pouvez lire ce roman tout en sachant que ce n'est pas son meilleur. Ceux qui ne connaissent pas l'auteure, ne commencez pas par celui-ci!
" Les matins avaient toujours le même parfum frais et excitant, et la mer de Boulogne étincelait comme jadis à Brighton. Elle quittait ses souliers, sentit le sable sous ses pieds nus, l'eau entre ses orteils. "Mère !" s'écriaient les vierges et vestales accourues en agitant leurs ombrelles... mais c'était cela, la vie, cette exultation soudaine, cette joie sans cause qui vous animait le sang, à huit ans comme à cinquante-deux. Cela s'emparait d'elle à présent comme toujours, flot ardent, griserie. Ce moment compte. Ce moment et pas un autre". Mary Anne, Daphné du Maurier.
(Photos : Romanza2019)

mercredi 23 janvier 2019

La femme au cerveau érotique

Gabriële
Anne et Claire Berest
Le livre de poche, 2018.


Septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient « la femme au cerveau érotique » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un xxe siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société.

Anne et Claire Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia.

La vie de Gabriële Buffet est impressionnante. Nous la suivons dans ses jeunes années et voyons défiler auprès d'elle de nombreux personnages célèbres : Francis Picabia, Guillaume Apollinaire, Marcel Duchamp, Pablo Picasso, ... Lire ce roman, c'est faire une plongée dans le Paris du début du XXème siècle, l'ancien se heurte aux idées nouvelles, la guerre chamboule les esprits et les cœurs. Bien que le style soit très simple et parfois même journalistique, j'ai apprécié cette lecture. J'ai retrouvé avec joie l'histoire des origines de l'art abstrait. Tout ce qui touche à l'art me fascine. Même si mon cœur et mes yeux sont plus sensibles à l'art figuratif qu'à l'art abstrait, je reste passionnée par les pensées des artistes modernes. Leur démarche est sublime et je la comprends sincèrement. J'ai énormément aimé croiser Duchamp, Apollinaire, tous ces artistes qui brisent les codes, créent de nouvelles idées et ne cherchent plus que le beau. Petit coup de cœur pour la personnalité si géniale d'Apollinaire. Je n'ai qu'une envie depuis que j'ai refermé ce roman, relire mon recueil Alcools qui dort dans ma bibliothèque. 
Gabriële est très particulière. Certains aspects de sa personnalité peuvent être perturbants, particulièrement son manque d'instinct maternel. Cela m'a rappelé le peu de choix de la femme à l'époque. Aujourd'hui, Gabriële Buffet aurait pu choisir de ne pas avoir d'enfants. Elle vit pour l'art. Elle donne tout pour lui. Cela a fait souffrir ses enfants et jusqu'à ses arrières-petits-enfants. Mais c'était une femme intelligente, curieuse, aventurière, féministe, une femme passionnante. Je comprends les auteures de ce roman, Anne et Claire Berest, qui ont eu besoin de parler de cette arrière-grand-mère si particulière, à la fois inspirante et choquante
Un roman à lire ... pour ceux qui aiment l'art, la vie artistique du XXème siècle, les destins de femmes fortes. 
[...] Il faut se rappeler ce que représente le fait d'être une jeune femme comme Gabriële dans la société de 1898 :
elle n'a pas le droit de porter un pantalon , sauf si elle tient dans sa main un vélo ou un cheval , elle n'a pas le droit de travailler sans l'autorisation d'un mari , elle n'a pas le droit d'exercer certaines professions , d'enseigner le latin , le grec ni la philosophie ; elle n'a pas le droit d'obtenir seule un passeport , de voter ni de faire de la politique , de disposer librement de son corps ni d'un salaire .
En revanche — et cela est vraiment une revanche — , Gabriële est autorisée , en cet automne 1898 , à entrer dans la classe de composition de la Schola Cantorum . Le début d'une révolution .[...]  L'école de la Schola Cantorum devient le lieu de l'avant-garde musicale .
(Gabriële, Le livre de poche, 2018, p41) 
(Photos : Romanza2019)

vendredi 4 novembre 2016

" La magie des livres est une drogue, un sortilège, une échappatoire, aussi puissante, aussi envoûtante que le Pays Imaginaire de Peter Pan. "

Manderley for ever
Tatiana de Rosnay

Albin michel, Héloïse d'Ormesson, 2015.


« J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley. » C’est par cette phrase que commence Rebecca, le roman de Daphné du Maurier porté à l’écran par Alfred Hitchcock. Depuis l’âge de douze ans, Tatiana de Rosnay, passionnée par la célèbre romancière anglaise, fait de Daphné du Maurier un véritable personnage de roman. Loin d’avoir la vie lisse d’une mère de famille, qu’elle adorait pourtant, elle fut une femme secrète dont l’œuvre torturée reflétait les tourments. Retrouvant l’écriture ardente qui fit le succès d’Elle s’appelait Sarah, vendu à plus de neuf millions d’exemplaires à travers le monde, Tatiana de Rosnay met ses pas dans ceux de Daphné du Maurier le long des côtes escarpées de Cornouailles, s’aventure dans ses vieux manoirs chargés d’histoire qu’elle aimait tant, partage ses moments de tristesse, ses coups de cœur, ses amours secrètes. Le livre refermé, le lecteur reste ébloui par le portrait de cette femme libre, bien certaine que le bonheur n’est pas un objet à posséder mais un état d’âme.
(Avant tout, pardon! Je suis peu présente sur la toile. J'ai 3 avis de lecture en attente et ces derniers ne seront pas très glorieux. Je suis dans une période de ma vie un peu particulière et surtout très chargée. Je lis toujours, mais moins et mes avis seront rédigés avec moins de soin que d'habitude). 

Tout en me régalant depuis plusieurs années de ses romans, Daphné du Maurier restait pour moi un mystère. Malgré ma lecture de Maderley For ever, je crois qu'elle le restera toujours. Daphné du Maurier est une personnalité complexe. Femme étrange, masculine, parfois égoïste et pourtant si généreuse, adulée du public, boudée par la critique, un style d'écriture qui change radicalement d'un roman à l'autre, ... Daphné du Maurier est déroutante. 
Pour moi, elle est l'auteure fabuleuse de Rebecca, Les oiseaux, L'amour dans l'âme et tant d'autres textes qui m'ont tenus en haleine, le souffle court, la gorge serrée. Pour écrire ainsi, il fallait avoir un cœur énorme et une imagination débordante. 
J'aime les romans de cette grande dame anglaise injustement boudée par la critique. Ses romans sont intelligents, vifs, poignants, complexes. Tatiana de Rosnay nous éclaire un peu sur cette femme énigmatique et fascinante. Dans un style fluide et très agréable, elle nous embarque dans le quotidien de l'auteure. Enfance, passions, fièvre de l'écriture, angoisse de la page blanche, les difficultés de concilier la vie professionnelle et familiale, ... elle dresse un portrait sans concession d'une femme souriante pleine de vie, mais à l'humeur souvent noire. 
Cette biographie est un régal à lire. Chaque moment lecture était un plaisir. Intime, plein d'amour, ce texte est un bel hommage à Daphné du Maurier. Mon cœur était douloureux lorsque j'ai tourné la dernière page. Je suis heureuse d'en connaître plus sur sa vie (notamment sur son amour des maisons qui lui a inspiré la plupart de ses grands romans). 
J'aime dans les biographies d'écrivains les "voir" écrire les romans que j'ai tant aimés. J'ai envie de leur dire merci. Merci pour toutes ses émotions ... grâce à eux je ne me suis jamais sentie seule, j'ai pu vivre mille vies en une ...
Je suis bien évidemment décidée à lire tous les romans de Daphné du Maurier ... même ceux un peu à part dans son oeuvre. Je n'ai pas toujours trouvé Daphné sympathique dans ce texte, mais elle m'a touchée et sa personnalité me fascine. 
A lire absolument ... que l'on connaisse ou non les romans de Du Maurier. 
" Ces visages anonymes, ces yeux qui la détaillent, que peuvent-ils comprendre du processus d'écriture, eux qui n'ont jamais écrit de roman de leur vie ? Que savent-ils des doutes qui envahissent les écrivains ? Croient-ils, ces inconnus qui l'écoutent à présent dans le silence de cette pièce austère de la Cour fédérale de Foley Square, qu'un livre s'écrit d'un trait, qu'un roman se bâtit à partir d'une seule idée, que l'auteur n'a qu'à suivre cette idée comme un mouton placide, tirer un fil et le retranscrire ? Ils ne pourront jamais entrevoir à quel point la pensée d'un romancier est nébuleuse, complexe, tissée de contradictions et de non-dits, ni se douter comme c'est dégradant d'être debout, là, face à eux, à devoir décortiquer l'inspiration comme si c'était une vulgaire recette de cuisine, à démonter les rouages alambiqués de cette alchimie intime, le mécanisme à l'oeuvre dans les replis de son cerveau."(Maderley For ever, Albin Michel, 2015.)
(Photos Romanza2016)

vendredi 29 janvier 2016

" Je me disais que, tant qu’il y aurait des livres, le bonheur m’était garanti. "

Mémoires d'une jeune fille rangée
Simone de Beauvoir


Livre de poche, 1966.

Les Mémoires d'une jeune fille rangée décrivent les vingt et une premières années de l'auteur : de sa toute petite enfance à sa réussite à l'agrégation de philosophie en 1929.

Toute femme je pense (j'espère!) revendique l'égalité des sexes. Que cette revendication soit intérieure ou active, on ne peut rester froides face au sexisme. 
Le féminisme a été longtemps chez moi assez calme. Élevée avec deux grands frères, je ne me suis jamais sentie inférieure à eux et on m'a tout de suite éduquée dans l'idée que mon sexe n'était pas un frein. Mais il n'y avait pas non plus à la maison de parti-pris, de revendications et d’engagements réels. Puis quelque chose s'est passé en moi il y a bientôt un an et demi, lors de la naissance de ma fille. Ce sentiment, je ne l'ai pas vu venir. En parti parce que je ne connaissais pas le sexe de mon bébé durant ma grossesse. Même lorsque je me projetais avec une petite fille, je n'avais pas imaginé ressentir ça à la naissance. Lorsqu'on me l'a posé sur le ventre et qu'on m'a annoncé que c'était une fille, après l'émotion, les larmes, les premiers regards, je me suis dit que j'avais un rôle important. Celui d'être là pour lui rappeler chaque jour qu'une femme peut tout entreprendre, que son sexe n'est pas un obstacle et lui apprendre à se protéger contre les petites phrases doucement assassines du quotidien. Être une femme fière et savoir vivre avec les hommes et non contre eux. J'ai envie de lui parler des héroïnes courageuses et des femmes engagées. Des remarques que je ne soulevais pas avant me hérissent le poil désormais. Je ne veux plus de "Elle pleure vraiment comme une fille! ", " Elle est très intrépide, c'est un vrai garçon!?" , ... Ce n'est jamais vraiment méchant, ni réellement macho, mais ça sous-entend plein de choses et c'est irrespectueux autant pour la femme que pour l'homme. Car oui, à mon Romanzino je lui dis aussi qu'il a le droit d'avoir peur, de ne pas aimer la bagarre et de pleurer parfois. Il apprend à respecter sa sœur, à ne pas croire aux clichés et à accepter sa grande sensibilité. 
Cette longue introduction égocentrique pour dire que je n'avais jamais lu Simone de Beauvoir jusqu'à maintenant et j'en ressors bouleversée. Comme un écho à ce que je vis depuis que je suis mère d'une petite fille, ce texte m'a fascinée. Pourtant, il ne s'agit que des premières années de Simone de Beauvoir et son engagement est encore timide, mais son intelligence, sa volonté forcent l'admiration. Ce texte autobiographique est passionnant et toute femme devrait le lire. On s'attache à cette jeune Simone nous racontant son enfance, ses doutes, son amour pour les mots et les livres. Une vraie lecture immersion. Ce roman est un monde. On plonge dans le Paris du début du XXème, ses cafés, ses étudiants, ses écrivains. Les pages sur les études universitaires de Simone sont captivantes. J'ai fait partie de sa troupe d'amis, j'ai aimé Zaza, les discussions métaphysiques, les soirées frivoles à écouter du jazz. J'ai aimé lorsqu'elle parle de l'apprentissage, de l'enrichissement intellectuel, des livres (il y a des pages sublimes sur le pouvoir de la littérature), ... Il est très difficile de parler de ce texte puissant et intime. D'un écriture à la fois spontanée et profondément érudite, Simone de Beauvoir mêle émotion et intellect, naturel et enseignement. 
Les Mémoires d'une jeune fille rangée, c'est une citation culte à chaque page, une description parfaite de l'instant présent, l'évocation pure d'un sentiment, ... 
Comme toujours lorsqu'il s'agit d'une oeuvre coup de cœur, je n'arrive pas à en parler convenablement. 
Je découvrirai avec passion et émotion la suite des Mémoires de cette grande dame. 


(Et lorsqu'on voit de nos jours ce genre de choses ... et les commentaires qui en découlent. On se dit qu'on a plus que tout besoin de relire Simone de Beauvoir).

" Le premier de mes bonheurs, c'était, au petit matin, de surprendre le réveil des prairies ; un livre à la main, je quittais la maison endormie, je poussais la barrière ; impossible de m'asseoir sur l'herbe embuée de gelée blanche ; je marchais sur l'avenue, le long du pré planté d'arbres choisis que grand-père appelait "le parc paysagé" ; je lisais, à petits pas, et je sentais contre ma peau la fraîcheur de l'air s'attendrir ; le mince glacis qui voilait la terre fondait doucement ; les hêtres pourpres, les cèdres bleus, les peupliers argentés brillaient d'un éclat aussi neuf qu'au premier matin du paradis : et moi j'étais seule à porter la beauté du monde, et la gloire de Dieu, avec au creux de l'estomac un rêve de chocolat et de pain grillé. "(Mémoires d'une jeune fille rangée, Simone de Beauvoir, Livre de poche, 1966)


jeudi 13 décembre 2012

" Je suis ennemie du ballet, que je considère comme un genre faux et absurde, hors du domaine de l'art. "

Ma vie
Isadora Duncan

 Folio, Gallimard, 2011.

Isadora Duncan n'est pas seulement la danseuse dont l'art, la vie et la mort stupéfièrent le monde. Son autobiographie est un livre savoureux, sincère où l'humour et la passion font un mélange acide. Isadora Duncan dit tout sur ses passions artistiques, morales, intellectuelles, et aussi physiques.
Le 14 septembre 1927, sa longue écharpe se prit dans la roue de sa voiture, sur la promenade des Anglais, à Nice, l'étranglant brutalement. Quelques mois plus tôt elle travaillait encore à ce livre.

Je fais de la danse classique depuis bientôt 18 ans. Découvrir la vie de la célèbre danseuse Isadora Duncan m'a beaucoup intéressée. Malgré la pauvreté du style et le caractère peu attachant de l'artiste, j'ai aimé découvrir cette nouvelle conception de la danse et de l'Art. Je me suis beaucoup questionnée à la lecture de cette oeuvre.
Isadora Duncan l'avoue elle-même dans sa préface, elle n'est pas écrivain et ça se sent. Les anecdotes s'enchaînent de façon décousue et il est difficile parfois de trouver le lien entre deux paragraphes. C'est vrai que l'oralité de ce roman donne une certaine fraîcheur, une jolie spontanéité, mais hélas, elle donne aussi un côté lourd et maladroit. Mais pour la défense d'Isadora, elle est décédée tragiquement avant d'avoir pu relire et corriger son texte. Hormis ce style assez bancale, nous plongeons avec délice dans la vie artistique de la fin du XIXème jusqu'au début du XXème siècle. 
Pour Isadora Duncan, la danse doit refléter l'âme. Chaque être humain danse naturellement. Il n'a pas besoin de torturer son corps par un apprentissage inhumain. La danse classique est, pour elle, complètement contre nature. Sans prendre aucun cours de danse, Isadora Duncan devient une danseuse mondialement reconnue. Elle participe à la création de la danse contemporaine. Le passage où elle assiste à une répétition de la célèbre Anna Pavlova est très parlante. A travers ses yeux, on se demande, nous aussi, pourquoi Pavlova se torture ainsi et s'obstine à se dresser sur ses pointes. Est-ce cela la danse de l'âme? : " Pendant trois heures je demeurai assise, au comble de l'étonnement, à suivre les prouesses extraordinaires de Pavlova. Elle semblait avoir un corps d'acier. Son beau visage avait les traits sévères d'une martyre. Elle ne s'arrêta pas un instant. Tout cet entraînement paraissait avoir pour but de séparer complètement les mouvements du corps de ceux de l'âme, mais l'âme ne peut que souffrir, ainsi tenue à l'écart de cette rigoureuse discipline musculaire. C'est juste le contraire de toutes les théories sur lesquelles j'avais fondé mon école, dans laquelle le corps devient transparent et n'est que le truchement de l'âme et de l'esprit" (p 208/209). Je suis une grande passionnée de danse classique et pourtant, j'ai compris sa pensée et j'y ai même parfois adhéré. Mais si nous devons aborder la question de l'esthétisme, alors mon adhésion s'arrête là. J'aime les pensées de Duncan, mais ses danses, non. Je trouve cela inesthétique au possible. Je dois être sadique car je préfère voir Pavlova souffrir sur pointes en dansant la mort du cygne (ici) que les chorégraphies d'Isadora Duncan sur Schubert (ici. Ce n'est pas elle sur la vidéo). Et pourtant ses théories sur la danse m'ont fascinée. 
J'ai été souvent mal à l'aise à la lecture de ce texte car Isadora nous conte son histoire au creux de l'oreille, on ne connaît rien d'elle, c'est elle qui nous apprend tous les détails de sa vie et pourtant, elle ignore une chose que l'on connaît, nous : sa mort. Et quelle mort! Tragique, théâtrale ... comme sa vie. J'ai eu la sensation d'être clairvoyante durant tout le roman. C'est un sentiment étrange. 
Un texte à lire si on aime la danse et l'Art. Une autobiographie maladroite, mais enrichissante. Une personnalité hors du commun à découvrir. 

" Il y a dans ces réunions au coin du feu, avec le thé noir, les tartines de pain beurré, le brouillard jaune au-dehors, et la lenteur civilisée des voix anglaises, un charme qui fait de Londres une ville séduisante, et si j'en avais auparavant deviné l'attrait, je l'aimai profondément à partir de ce jour. Il y avait dans cette maison une atmosphère magique de sécurité et de confort, de culture et de bien-être et j'avoue que je me sentis dans mon élément comme un poisson dans l'eau. La belle bibliothèque m'attirait elle aussi. "
(Ma vie, Isadora Duncan, Folio, 2011, p 72) 

(Source image : thecoloringbookofcemence.blogspot.com)

dimanche 2 septembre 2012

L'importance de la ligne

Le rêve Botticelli
Sophie Chauveau
Challenge L'art dans tous ses états

Folio, 2008.

Florence, quinzième siècle. Sous le règne de Laurent le Magnifique, jamais le sang, la beauté, la mort et la passion ne se sont autant mêlés dans la capitale toscane. Le plus doué des élèves de Fra Filippo Lippi, un certain Sandro Filipepi surnommé depuis l'enfance " botticello - le petit tonneau " va mener à son apogée la peinture de la Renaissance. Maître d'œuvre de la chapelle Sixtine, créateur bouleversant d'un Printemps inouï, il ressent intimement et annonce les soubresauts de son époque. Pendant que Savonarole enflamme la ville par ses prophéties apocalyptiques, il continue à peindre avec fougue. Il entretient alors avec Léonard de Vinci une relation faite de rivalité farouche et d'amitié profonde. Adulé puis oublié de tous, aussi secret que Florence est flamboyante, Botticelli habite un rêve connu de lui seul.


Le rêve Botticelli fait parti, avec La passion Lippi et L'obsession Vinci, du "Siècle de Florence" de Sophie Chauveau. Il s'agit ici du second tome, le 1er parlant de Lippi et le 3ème de Vinci. Même si les trois romans forment un tout, ils peuvent se lire séparément. Commencer par le second tome ne m'a donc pas dérangée. Même si cela m'a donnée envie de lire le 1er tome et même le dernier de cet intéressant "Siècle de Florence". 
Malgré des défauts certains, Le rêve Botticelli m'a fait passer de bons moments. Sandro Botticelli est un peintre que j'ai toujours beaucoup aimé. Principalement ses oeuvres païennes. Pourtant, je ne connaissais rien à sa vie. J'ai donc beaucoup appris en lisant ce roman. J'ai aimé l'ambiance Renaissance de Florence, son faste, son vice, ses excès. C'est un roman très intéressant, qui se lit vite, les pages défilent, Sophie Chauveau nous embarque dans son histoire d'art, d'amour, de violence, de haine et de jalousie. J'ai aimé me perdre dans les rues de Florence, poser devant les yeux passionnés de Botticelli, suivre ses espoirs et surtout ses doutes, ses craintes, ses tourments. Rechercher sur internet tous les tableaux évoqués dans le roman fut agréable et prenant. 
Lippi était le maître de Botticelli, il y a plusieurs allusions à lui dans ce tome. J'ai envie de connaître la vie de ce peintre que je ne connais absolument pas et suivre les premières années de Botticelli en lisant La passion Lippi. Dans le tome que je vous présente, Botticelli a déjà 27 ans. Ses débuts sont narrés dans La passion Lippi. Tout comme l'on croise Leonard de Vinci dans Le rêve Botticelli avant de le retrouver déjà âgé dans L'obsession Vinci. Les trois peintres s'influencent, s'aiment, se jalousent. Ils ont trois existences différentes, mais ils sont liés. Vinci terminera ce qu'a commencé Lippi et Botticelli. 
Bien que Le rêve Botticelli soit un roman agréable et intéressant, je dois reconnaître que la plume de Sophie Chauveau est parfois maladroite. J'ai buté plusieurs fois sur des tournures de phrases lourdes et sur des expressions totalement anachroniques, décalées. Parfois il y aussi une envie d'utiliser un vocabulaire pointu, mais malheureusement, ça ne passe pas, trop surfait : " Sitôt qu'elle sait la trahison, la ville s'ébroue. Des foules en colère se massent autour du palais où se terre Piero. C'est l'émeute. Si la seigneurie le destitue légalement, la foule le chasse sans ménagement. Et c'est un euphémisme. Il fuit la ville, nuitamment, sans emporter le tiers de ses biens. " (p339). Le roman de Sophie Chauveau est écrit dans un style simple et agréable, mais ces apparitions brusques de mots pédants coupent le rythme, ne font pas naturelles. Les ellipses narratives m'ont parfois gênée également parce que trop fréquentes et assez malvenues. On commence un nouveau chapitre et on apprend brusquement au bout de 2 pages que l'action se passe 3 ans après le chapitre précédent. 
Malgré ses défauts dans le style et la forme, Le rêve Botticelli est un roman que j'ai apprécié et qui me donne envie de connaître la genèse et le dénouement du "Siècle de Florence" en lisant le 1er et le dernier tome de cette trilogie. 
A suivre!

" Botticelli voit alors s'animer les vases grecs. S'envoler littéralement ces fameux personnages nus ou drapés, devant qui chacun s'extasie quand on les exhume, et qui l'ont toujours ennuyé. Là, elles exécutent ce qui est gravé sur les poteries antiques. Les vases grecs n'ont jamais représenté autre chose qu'une danse de printemps.
Enlacées, elles dansent. Elles glissent. Elles ondulent, ondoient comme la brise sur les airs mystérieux de Léonard. Le regard de Simonetta se perd vers les collines comme si elle cherchait à imiter les flexions souples des oliviers, la fragilité des fleurs de cosmos, que la brise caresse, l'élégance des cyprès qui ont l'air de s'incliner eux aussi devant tant de beauté. "
(Le rêve Botticelli, Sophie Chauveau, Folio, 2008, p 71-72)

(Source image : La naissance de Vénus, Sandro Botticelli. Wikipedia.org)

lundi 4 juin 2012

Le vol à destination de Tchoungking va décoller dans quelques minutes ...

Destination Tchoungking
Han Suyin

 Livre de poche, 1966.

Destination Tchounking nous raconte les premières années de la vie d'adulte et d'épouse de Han Suyin. Etudiante sage-femme en Angleterre, elle décide avec son futur époux Pao de retourner en Chine afin d'aider son peuple à résister à l'envahisseur japonais. En direction de Tchoungking, Han et Pao connaîtront les horreurs de la guerre, mais également le pouvoir de l'amitié et de la solidarité. 


Je dois vous avouer avoir hésité un moment avant de suivre Pao et Han sur les chemins de Tchoungking. J'ai ouvert ce livre sans attendre quoique ce soit et au début, j'ai douté. Pourtant, au fur à mesure de ma lecture, j'ai fini par les suivre sur les routes dévastées de la Chine ... et je ne regrette pas. 
Il y a quelque chose de particulier dans ce roman. J'ai lu de façon distante , je n'étais pas toujours en totale immersion ou plongée physiquement dans le texte et pourtant, c'est une histoire qui nous suit même lorsque le livre est fermé. Une histoire que l'on rouvre avec plaisir, en se demandant ce que vont devenir Han et Pao. Ils deviennent des amis, des compagnons de galère. 
Je connaissais Han Suyin, sans jamais l'avoir lue pourtant, avec son célèbre Multiple splendeur. Sûrement à cause de ce roman jugé très romantique et par les couvertures de ses autres textes souvent très "fleur bleue", je pensais trouver un texte très romanesque, très lyrique. Je m'attendais à suivre une Han cheveux au vent, cherchant son Pao parmi les rescapés d'un bombardement ... Mais pas du tout! Et je dirai même tant mieux. Han Suyin nous explique de façon très sobre, très simple et absolument pas larmoyante (sans pour autant être dénuée d'émotion) la vie qu'elle a mené sur les routes chinoises pendant l'invasion japonaise. Ce roman est une suite d'anecdotes, de souvenirs. Elle a pris le temps de se poser avant d'évoquer cette époque, l'eau a coulé depuis, on la sent sereine face aux évènements, tendre avec elle-même et apaisée. Elle évoque son pays, ses frères chinois et son profond amour pour eux, ainsi que la jeune épouse qu'elle était.
Destination Tchoungking a, contre toute attente, un charme fou. Il est également très intelligent et instructif. Une agréable surprise! 
Je possède Multiple splendeur et La montagne est jeune de Han Suyin, tous les deux biographiques (ou partiellement) tout comme Destination Tchoungking et je serai ravie de les ouvrir. Le destin de Han m'intrigue énormément. Je veux connaître la suite de sa vie.  
A ramener dans son panier si vous le croisez sur un vide-grenier ... 
Une jolie rencontre!

" C'est de cette façon que Pao racontait son voyage quand il voulait bien en parler. Stoïque, précis, sans allusion à la peur ou à la fatigue, au chagrin pour ses camarades, à l'horreur, à la solitude ou au désarroi. Il ne voyait rien d'exceptionnel à cet exploit. 
Pourtant, tant d'années après, j'ai encore la gorge serrée en pensant à ce jeune garçon sûr de lui, qui tourna le dos aux portes massives, aux murailles grises de Pékin, pour marcher vers l'exil, sans un regard en arrière."
(Destination Tchougking, Han Suyin, Livre de poche, 1966, page 38)


(Source image : Photo de Han Suyin. Site : theinkbrain literary and other thoughts)

dimanche 20 mai 2012

" Cette enfant ne sera pas un ange ... "

Quand j'étais Jane Eyre
Sheila Kohler

 Quai Voltaire, 2012.

Sheila Kohler se glisse dans la tête de Charlotte Brontë et de son entourage afin de décrire les méandres de la création. Sans se départir du style cristallin de ses précédents ouvrages, elle restitue avec finesse le climat qui a donné naissance aux oeuvres des soeurs Brontë : Jane Eyre, bien sûr, mais aussi Les Hauts de Hurlevent et Agnes Grey, trois joyaux de la littérature anglaise (présentation de l'éditeur). 

Voilà un roman que je ne pouvais pas ne pas lire. Jane Eyre et moi, c'est une magnifique histoire d'amour. Il y a tellement de "JaneEyre-maniaks" sur la blogosphère (et ailleurs) que je ne vais pas m'étaler sur ce sublime roman. Je tenais seulement à vous dire que je ne pouvais que lire ce livre au titre si évocateur. C'était impossible de faire autrement. 
Emmené dans mes bagages pour mon week-end prolongé, j'ai lu rapidement ce roman qui me laisse au final un souvenir ... mitigé. 
La grande qualité de ce texte est de nous faire revivre, redécouvrir Jane Eyre. Quand on aime ce roman, rien que l'évocation d'une scène, du nom d'un lieu ou autre nous fait tomber en pâmoison. Sheila Kolher a réussi son pari : je veux relire Jane Eyre (... encore plus qu'avant!). J'ai aimé réentendre cette si splendide et envoûtante histoire et ce fut l'intérêt principal du roman ... en ce qui me concerne. Le second point que j'ai apprécié est celui de découvrir la vie des trois soeurs Brontë, de les voir vivre, discuter, s'aimer. Je ne connaissais rien de la vie de Charlotte à part l'existence   tumultueuse de son frère, sa relation avec ses soeurs, ses romans et son mariage tardif. Mais c'est de là que vient mon chagrin. C'est que je n'ai pas eu la sensation d'en apprendre davantage. Sheila Kohler survole. Son roman prend du début à la fin un ton de résumé. Et c'est bien dommage. J'en voulais davantage. Plus de détails, plus de sentiments, plus de pages. Je reste sur ma faim. Certes, j'ai appris à connaître un peu mieux ces trois soeurs que j'aime tant (surtout Anne, l'oubliée, qui m'avait beaucoup touchée avec son Agnes Grey et que j'ai hâte de retrouver dans La recluse de Wildfell hall), mais tout est trop simple (Charlotte écrit Jane Eyre en un clignement de cils ... tout va trop vite ... Elle est à la scène de la déclaration, que quelques pages plus tard, son roman est déjà achevé). Il manque un je-ne-sais-quoi de finesse, de profondeur. Cela tient peut-être à l'écriture que j'ai trouvé parfois un peu faible, contenant peu de subtilités. Autant certains passages (surtout ceux évoquant la création des soeurs) sont beaux et donnent envie de se jeter sur l'oeuvre des Brontë, autant d'autres ressemblent à de vulgaires résumés d'ouvrages biographiques lus par l'auteur. Il y a un manque de rigueur dans l'ensemble. 
Mais malgré cela, Sheila Kohler aime Charlotte, Emily et Anne et elle nous le fait sentir; nous le fait partager. Ce roman parfois maladroit reste une belle déclaration d'amour .. que je n'ai pu que comprendre. 
Un roman à lire pour retrouver un peu l'univers de Jane Eyre (il me semble indispensable de l'avoir lu avant de se lancer dans le texte de Sheila Kohler) et voir évoluer avec bonheur les soeurs Brontë mais qui manque cruellement de profondeur, qui survole plus qu'il ne renseigne, qui résume plus qu'il ne raconte ... 

" Dans sa lettre de refus, l'éditeur trouvait que l'intrigue manquait de ressort. Elle lui en donnera. Elle lui donnera du mystère. Elle resserrera, plongera dans l'action avec le minimum d'explications. Surtout, pas de lamentations. Elle laissera parler sa rage contre l'injustice, l'arrogance, les faux dévots, les exploiteurs. 
Elle travaille la première scène, écrit vite, tout se dessine vivement, le tableau d'abord flou émerge rapidement de l'obscurité de son esprit, de la pénombre de la pièce : la grise et pluvieuse journée de novembre, les mots si durs pour l'enfant ... "
(Quand j'étais Jane Eyre, Sheila Kohler, Quai Voltaire, 2012, page 35)



(Source image : soeursbronte.wordpress.com)

dimanche 11 mars 2012

" Nous avons décidé, unis dans l'amour, de ne pas nous quitter."

Les derniers jours de Stefan Zweig
Laurent Seksik

 J'ai lu, 2011.


Le 22 février 1942, en exil au Brésil, Stefan Zweig et sa femme Lotte mettent fin à leurs jours, dans un geste désespéré, mûri au coeur de la tourmente. Des fastes de Vienne à l'appel des ténèbres, ce roman restitue les six derniers mois du grand humaniste devenu paria et de son épouse. Deux êtres emportés par l'épouvante de la guerre : Lotte, éprise jusqu'au sacrifice ultime, et Stefan Zweig, inconsolable témoin du " monde d'hier ".


Le rencontre entre Stefan Zweig et moi fut un coup de foudre. Et jusqu'à ce jour, la flamme de la passion ne s'est pas éteinte. Avec Pearl Buck, Zola, Balzac, ... Stefan Zweig est l'écrivain que j'ai le plus lu. Tout a commencé lors d'un cours de français en 3ème. Ma prof était une vraie amoureuse de littérature et à la fin de l'année, avant notre brevet, elle nous avait donnés quelques titres des romans qui l'avaient émue aux larmes. Dans cette liste se trouvait La pitié dangereuse. Je n'avais jamais entendu le nom de Stefan Zweig, ne connaissais même pas l'histoire de ce roman. Le titre me plaisait, c'est tout. Je me suis empressée de le trouver et de le lire. J'ai dévoré ce sublime roman. Je suis tombée amoureuse de cette plume si sensible, si vraie, qui a su me parler, m'émouvoir. Depuis, il y a eu Le joueur d'échecs, Marie-Antoinette, Vingt quatre heures de la vie d'une femme, Le voyage dans la passé, Marie Stuart et Lettre d'une inconnue
De la vie de Stefan Zweig, je ne sais quasiment rien. A part sa fin tragique, je ne connais pas son caractère, ses engagements, ses amours ... Le beau roman de Laurent Seksik m'en a donnée un aperçu et il me tarde d'en savoir plus. 
J'ai beaucoup apprécié ce texte. Cette déclaration d'amour de Laurent Seksik à Stefan Zweig est extrêmement émouvante. J'ai eu la gorge serrée du début à la fin. J'ai découvert un Zweig doutant de lui, profondément humain, terrifié par son époque. J'ai aimé le voir vivre, bouger, parler, songer comme s'il était un proche, un ami. Les émotions, les pensées que lui prêtent Laurent Seksik sont extrêmement poignantes. J'ai ressenti cette douleur de se sentir inutile et lâche, cet instinct de survie qui nous fait culpabiliser d'être encore en vie alors que d'autres sont morts. J'ai réussi à comprendre le geste de Zweig. J'ai compris sa peine, sa fatigue, sa peur. 
Autre point passionnant de ce roman, le personnage de Lotte. Je ne savais strictement rien de la seconde épouse de Zweig. Elle m'a attendrie. J'ai ressenti tout l'amour qu'elle avait pour son époux, mais aussi ce sentiment qu'elle n'est et ne sera toujours que l'ombre du grand homme, qu'elle ne sera jamais "Madame Zweig" comme l'avait été Friderike, la première épouse de l'écrivain. Les dernières pages m'ont bouleversée. Le calme de Stefan, la confiance absolue de Lotte ... 
Une biographie de Zweig écrite par Dominique Bona m'attend dans ma bibliothèque, j'ai hâte d'en savoir plus. Il y a aussi La peur et autres nouvelles, ainsi que Brûlant secret qui me saluent du haut de leur étagère. Et je compte bien m'offrir Clarissa, Le monde d'hier et tous les fabuleux autres textes de ce sublime conteur de l'âme humaine. 

" Il sortit les livres, un à un. Lentement, pour chacun d'eux, il contemplait la couverture, effleurait la tranche. Puis, longuement, éperdument, de manière un peu risible, il plongeait le nez dans les pages; reniflait l'odeur qui s'en dégageait. Ces livres n'avaient pas vu la lumière depuis la fuite de la maison d'Autriche. Le dernier endroit qu'ils avaient connu était la bibliothèque du domaine de Kapuzinerberg. Le temps, la traversée des continents et des océans n'avaient pas dissipé leur parfum. Ils exhalaient l'odeur de la maison de Salzbourg. "
(Les derniers jours de Stefan Zweig, L. Seksik, J'ai lu, 2011, page 17)

(Source image : lefigaro.fr)

mercredi 5 octobre 2011

" Monsieur Dickens est mort? Et le père Noël, est-ce qu'il va mourir aussi? "

Charles Dickens
Marie-Aude Murail

Belles vies, L'école des loisirs, 2005.

Marche, petit Charles. Marche dans les rues de Londres puantes et enfumées, faufile-toi entre les rats. Marche jusqu'à la fabrique de cirage où tu colles des étiquettes dix heures par jour, puis marche vers la prison pour dettes rendre visite à ton père et marche encore à la nuit tombée, rentre seul dans ta chambre. Galope, Charles. Galope en rêve et en imagination. Invente-toi une autre vie, théâtre, aventures, passions, demeures luxueuses... Cours Dickens. Deviens reporter, dénonce les injustices. Cours vers la gloire que tu mérites par ta verve et ton cœur. Cours à travers le monde, de Paris à New York, lis tes romans à voix haute devant un public abasourdi, et cours écrire le suivant que des centaines de milliers attendent semaine après semaine. Cours si vite, si bine, si loin que la mort même ne pusse t'atteindre, et vis éternellement, Charles Dickens, à travers tes romans et dans cette biographie écrite par celle qui t'a élu, un jour de ses dix-sept ans, son " père céleste ", et qui te ressemble tant.

J'ai dévoré ce tout petit bijou ...
Je connaissais déjà Marie-Aude Murail grâce à son sublime Miss Charity et je désirais lire un autre de ses romans. Je me suis laissée séduire par cette biographie de Dickens car JE VEUX connaître davantage ce grand auteur qui m'intimide tant. Après avoir lu Oliver Twist, Un chant de Noël et Un conte de deux villes, Dickens prend de plus en plus de place dans mon petit coeur tout mou. Je compte me lancer dans très très peu de temps dans Les grandes espérances et j'ai tout petit peu peur. Pour me conforter dans mon idée de me lancer dans ce monument, j'ai donc décidé d'en apprendre plus sur Dickens et également de lire les mots d'une personne amoureuse de cet auteur. Je ne me suis pas trompée en ouvrant la biographie de Marie-Aude Murail. Elle aime Charles Dickens et elle le crie.
Ce texte est une toute petite biographie, qui va à l'essentiel et qui est, je pense, une très bonne première approche. Idéale pour une personne voulant se donner le dernier coup de pied aux fesses avant d'ouvrir un texte de Dickens, mais également pour les inconditionnels qui vont pouvoir entendre parler de leur auteur chouchou avec passion.
Je ne connaissais absolument rien de Charles Dickens donc autant dire que j'ai appris beaucoup en lisant ce petit texte. Je ne savais pas qu'il avait connu à ce point le succès de son vivant. J'ai adoré les pages parlant des lecteurs accro à Dickens, attendant avec impatience chaque nouvelle publication, pleurant sur certaines pages, riant sur d'autres. Les lectures publiques de l'auteur m'ont ravie. J'imaginais ce grand homme, parfait conteur, tenir en haleine toute une assemblée. Marie-Aude Murail a un talent fou pour faire apparaître devant nos yeux Monsieur Dickens. J'ai une envie terrible de lire tous les romans cités dans le livre (surtout La maison d'Apre Vent).
Je crois que le défaut principal de cette biographie est qu'elle est trop courte. J'ai aimé la plume de Marie-Aude Murail, j'ai aimé son cri d'amour, sa passion, j'ai aimé en apprendre plus sur Dickens, découvrir des extraits de ses oeuvres, ... et j'en aurai aimé plus.
Un livre à lire vite!

"De même, alors qu'il vieillit à vue d'oeil, il suffit d'un enfant pour lui faire retrouver son propre coeur d'enfant. Ainsi, cette petite fille qui s'approche de lui :

- C'est vous, monsieur Dickens ? Oh, j'aime tant vos livres ! Mais bien sûr, je passe les parties ennuyeuses, pas les parties ennuyeuses courtes. Mais les longues !

Charles éclate de rire puis sort son calepin, l'air très soucieux :

- Bon, dites-moi un peu où se trouvent ces parties ennuyeuses ?"

(Charles Dickens, Marie-Aude Murail, L'école des loisirs, 2005)

(Le rêve de Dickens, R.W. Buss. Wikipedia.org)