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dimanche 14 octobre 2012

« Beauty is truth, truth beauty,-that is all Ye know on earth and all ye need to know »

Poèmes et poésie
John Keats
Challenge Thrusday next

Poésie Gallimard, 2010.

John Keats est un poète romantique anglais né en 1795 et mort en 1821. 

Comme je l'ai souvent dit, je suis une bien mauvaise lectrice de poésie. Malgré mes études de Lettres, je n'arrive pas à lire les poèmes avec un regard littéraire. Je ne sais pas vraiment juger le style ou le talent. Je suis exclusivement sur le ressenti. Je lis de belles phrases qui me bercent ou m'émeuvent, c'est tout ce que je sais. Il n'y a que mes émotions à l'instant où je lis qui comptent, je ne garde rien en mémoire par la suite. 
Ces poèmes et poésie de John Keats m'ont chantée de bien douces mélodies. Romantique exacerbé, le poète écrit des textes passionnés et mélancoliques, tendres à l'oreille, agréables à lire à haute voix. De jolies allégories, des descriptions merveilleuses de paysages envoûtants, ... Du romantisme à l'état pur.
Mon attention parfois s'égare lorsque je lis des poèmes, il m'a donc été difficile de suivre les quelques longues poésies de ce recueil. J'aime les poèmes courts et John Keats nous en offre de bien beaux. 
Ces poésies sont des chansons à lire au milieu de la nature, à murmurer rien que pour nous, à grignoter par ci par là. 

" La poésie de la terre ne meurt jamais : 
Quand tout les oiseaux abattus par la chaleur du soleil 
Se cachent sous la fraîcheur des arbres , une voix courra 
de haie en haie le long des prés nouvellement fauchés ; 
C’est celle de la sauterelle - qui conduit le concert 
Dans la volupté de l’été ; inépuisables 
Sont ses délices ; et , lorsqu’elle est lassée de ses jeux . 
Elle se repose à l’aise , abrité sous quelques roseau hospitalier .
La poésie de la terre ne cesse jamais : 
Par une solitaire soirée hivernale , quand la gelée 
A imposé un silence général , dans l’âtre grince 
Le cri du grillon , donc la chaleur augmente l’acuité ; 
Il semble au dormeur à moitié assoupi .
La voix de la sauterelle parmi les collines herbues ."
 John Keats
(Sur la sauterelle et le grillon In Poèmes et poésies, Poésie Gallimard, 2010, p57)


(Source image : Tirée du film Bright star, 200movies.org)

mardi 8 juin 2010

Journal intime

Poèmes
Emily Brontë
NRF, Poésie Gallimard, 1999.

Un recueil des poèmes d'Emily Brontë, seconde des célèbres soeurs Brontë et auteur des Hauts de Hurlevent. Ses poèmes sont arrivés jusqu'à nous surtout grâce à sa soeur aînée, Charlotte.

D'Emily Brontë, je ne pensais pas lire autre chose que son célèbre Les hauts de Hurlevent. Elle fait partie de ces auteurs au roman unique. J'ignorais que ces poémes étaient publiés et qu'ils avaient été recueillis par sa soeur, Charlotte, auteur d'un de mes romans favoris, Jane Eyre. N'étant pas une experte en poésie (loin de là!), j'ai trouvé ce recueil très beau. Certes, c'est assez simple! Je ne pense pas que les accros de la poésie trouveraient leur bonheur dans ces petits poèmes courts et accessibles. Mais moi, j'ai aimé. Emily écrit spontanément, sa plume est vraie, passionnée, éprise de liberté. Je me suis régalée. Ce qu'elle compose est souvent très sombre. On sent derrière ces lignes une jeune femme qui hurle, qui souffre parfois, mais aussi qui aime. On retrouve avec bonheur ce qui fait le charme des Hauts de Hurlevent : les descriptions de la lande anglaise, cette passion pour les âmes sombres et torturées, les ambiances romantiques et gothiques, ... On reconnaît dans ces vers Heathcliff et Cathy.

La préface est à lire d'urgence. On apprend énormément sur Emily Brontë. Grâce à des témoignages, on apprend comment Emily était physiquement, mais on a également des indices sur son comportement, son caractère. De très belles pages à lire!

J'ai adoré découvrir une autre facette de l'auteur des Hauts de Hurlevent. On se rend vite compte que l'auteur des poémes est, en tout point, celle qui a écrit ce roman sombre et violent. Une très belle découverte, une plongée au fond d'une âme angoissée et d'un coeur passionné ...

Il devrait n'être point de désespoir pour toi

Tant que brûlent la nuit les étoiles,

Tant que le soir répand sa rosée silencieuse,

Que le soleil dore le matin.

Il devrait n'être point de désespoir, même si les larmes

Ruissellent comme une rivière :

Les plus chères de tes années sont-elles pas

Autour de ton coeur à jamais?

Ceux-ci pleurent, tu pleures, il doit en être ainsi;

Les vents soupirent comme tu soupires,

Et l'hiver en flocons déverse son chagrin

Là où gisent les feuilles d'automne.

Pourtant elles revivent, et de leur sort ton sort

Ne saurait être séparé :

Poursuis donc ton voyage, sinon ravi de joie,

Du moins jamais le coeur brisé.


Novembre 1839

(Poèmes, Emily Brontë, 1999, Gallimard, p87)


(Source image : Becoming Jane. oeildurideau.com)

vendredi 19 mars 2010

RElecture : Un peu de poésie dans ce monde de brut!

Poèmes saturniens
Paul Verlaine

Le livre de poche, 2004.

Des Poèmes saturniens, entendons qu'ils sont placés sous le signe de Saturne. Ils seront donc inspirés : il n'était pas inutile de l'affirmer alors que régnaient encore des versificateurs parnassiens. Ils seront aussi baignés d'une rêverie douce et savante, tandis que le poète tournera son regard vers l'intérieur. Point ou peu de récits ou d'anecdotes. Ici l'on se souvient, l'espace d'un sonnet - et non d'un interminable poème-, sur un air de chanson grise. Et il n'est pas jusqu'à celle que l'on aime qui ne prenne une forme incertaine.
Tout semble simple. Tout est savant, mais d'une technique si maîtrisée qu'elle a cessé d'être visible, au point que beaucoup s'y sont trompés. Verlaine est un poète à la fois immédiat et difficile. Il exige donc une annotation riche et précise (combien de parodies qui avaient échappé jusqu'à cette édition à l'attention des lecteurs ?), une attention à la langue et à la prosodie, alors, mais alors seulement, comme l'avait dit à peu près Ovide : Maintenant, va mon livre, où le hasard te mène !

J'ai eu une envie soudaine, il y a quelques jours, d'ouvrir un recueil de poésies. J'ai eu envie d'en lire comme ça de temps à autre, en piocher une, le reposer, en reprendre une autre, la déguster. J'ai choisi Poèmes saturniens de Verlaine que j'avais déjà ouvert il y a quelques années avec plaisir. Et cette fois-ci aussi ce fut un régal!
Je dois avouer que je ne suis pas une pro de la poésie. La versification et les théories stylistiques sur les poèmes n'ont jamais été mon fort. Autant me prendre la tête sur un roman, j'y arrive et ça me plaît. Autant, la poésie pour moi, c'est d'abord une question de sensations. J'aime me laisser aller, me laisser voguer sur la magie des mots. Même si je ne comprends pas tout, peu importe. Ça me détend, ça m'apaise, c'est beau. Je n'ai pas envie de me laisser culpabiliser par les champions de la versification qui trouveraient choquant de me voir lire des textes sans en comprendre la moitié. Tant pis! Je comprends l'ambiance, les sensations, les odeurs, les couleurs. Ça me suffit! J'ai adoré ces derniers jours où la première chose que je faisais en me réveillant, c'était de prendre le temps, pas plus de cinq minutes, pour lire un ou deux poèmes.
Bon ... Revenons à Verlaine! Ce que je préfère ce sont ses descriptions de paysages. J'aime comment il parle de la Nature. On a la sensation de pouvoir toucher du doigt ces paysages . Chanson d'automne, Un dahlia, ... sont de pures petites merveilles! Ce sont des poèmes faciles d'accès, agréables à lire, doux et sensibles. Même si je n'ai pas toujours tout compris, je me suis laissée aller ... et j'ai aimé ça!
Un recueil qui m'a donnée envie de me racheter quelques textes de poètes, de recommencer cette agréable expérience de lire une petite poésie en se réveillant le matin ... J'ai envie (enfin) de lire un recueil des quatrains de Louise Labé, mais aussi découvrir la poésie asiatique.
Suite au prochain épisode!

Dans les bois

D'autres, ― des innocents ou bien des lymphatiques, ―
Ne trouvent dans les bois que charmes langoureux,
Souffles frais et parfums tièdes. Ils sont heureux !
D'autres s'y sentent pris ― rêveurs ― d'effrois mystiques.

Ils sont heureux ! Pour moi, nerveux, et qu'un remords
Épouvantable et vague affole sans relâche,
Par les forêts je tremble à la façon d'un lâche
Qui craindrait une embûche ou qui verrait des morts.

Ces grands rameaux jamais apaisés, comme l'onde,
D'où tombe un noir silence avec une ombre encor
Plus noire, tout ce morne et sinistre décor
Me remplit d'une horreur triviale et profonde.

Surtout les soirs d'été : la rougeur du couchant
Se fond dans le gris bleu des brumes qu'elle teinte
D'incendie et de sang ; et l'angélus qui tinte
Au lointain semble un cri plaintif se rapprochant.


Le vent se lève chaud et lourd, un frisson passe
Et repasse, toujours plus fort, dans l'épaisseur
Toujours plus sombre des hauts chênes, obsesseur,
Et s'éparpille, ainsi qu'un miasme, dans l'espace.

La nuit vient. Le hibou s'envole. C'est l'instant
Où l'on songe aux récits des aïeules naïves...
Sous un fourré, là-bas, là-bas, des sources vives
Font un bruit d'assassins postés se concertant.

(Poèmes saturniens, Verlaine, Livre de poche, 2004, p97,98)

(Source image : Bright Star de Jane Campion sur parismatch.com)