samedi 8 octobre 2011

Où l'on se perd autant que l'on s'y trouve ...

La danseuse d'Izu et autres nouvelles
Yasunari Kawabata

Le livre de poche, 2008.

Prix Nobel de littérature en 1968, Yasunari Kawabata ne révéla peut-être jamais aussi bien que dans les cinq nouvelles de La Danseuse d'Izu la poésie, l'élégance, le raffinement exquis et la cruauté du japon.
Est-ce là ce « délicat remue-ménage de l'âme » dont parlait le romancier et critique Jean Freustié ? Chacun de ces récits semble porter en lui une ombre douloureuse qui est comme la face cachée de la destinée.
Un vieillard s'enlise dans la compagnie d'oiseaux, un invalide contemple le monde dans un miroir, et ce miroir lui renvoie d'abord son propre visage dans une sorte de tête à tête avec la mort...
Rechercher le bonheur est aussi vain et aussi désespéré qu'apprivoiser une jeune danseuse, un couple de roitelets ou le reflet de la lune dans l'eau. Voici cinq textes limpides et mélancoliques, aussi pudiques sans doute dans l'expression que troublants dans les thèmes.

Bien que je connaisse Kawabata depuis longtemps l'ayant croisé régulièrement sur les étagères des librairies, des bibliothèques et du CDI de mon lycée, je n'avais encore jamais eu l'occasion de le lire. C'est chose faite! Et j'ai, ma foi, bien aimé.
J'aime énormément la littérature asiatique, pourtant, j'ai peu lu d'oeuvres japonaises. Chaque fois que j'en lis une, je suis bercée par la poésie, la douceur, la contemplation qui émanent de ces textes, mais je suis également totalement dépassée (en temps qu'occidentale) par les symboles, les références, les subtilités. Après la lecture de ce recueil de nouvelles, j'ai le même constat. J'ai aimé ma lecture, j'ai été bercée par les mots de Kawabata, par sa poésie et sa finesse d'analyse, mais je n'ai malheureusement pas tout saisi. Il a les sens cachés, les images, les métaphores, tout est subtil et parfois, je me suis un peu perdue.
La première nouvelle, intitulée La danseuse d'Izu, est pleine de beaux paysages et de poésie mais le sens m'a échappée. J'ai adoré la seconde, Elégie, que j'ai trouvé tout simplement sublime. Elle m'a beaucoup rappelée Lettre d'une inconnue de Zweig. J'ai trouvé Bestiaire, la troisième nouvelle, très glauque. Elle m'a rendue très mal à l'aise. Ces histoires de morts d'oiseaux m'a profondément dérangée. Je n'ai pas tout compris à Retrouvailles mais La lune dans l'eau, dernière nouvelle, est très belle. Le personnage féminin m'a émue.
Au final, je garde plusieurs images marquantes de ma lecture. Certaines sublimes comme les visions de l'héroïne de Elégie (cette nouvelle pourrait être un sujet de roman à part entière tant elle est riche), d'autres très dérangeantes comme la mort des roitelets de Bestiaires (j'ai des visions d'horreur encore maintenant ... J'aimerai vraiment lire une analyse de ce texte). Kawabata a gagné son pari, il m'a marquée. Je pense que je relirai un texte de cet auteur que j'ai trop longtemps ignoré. Certes, je n'ai pas toutes les clefs en mains pour comprendre toutes les subtilités de la littérature japonaise, mais je me suis laissée bercer par les mots et les images de ces belles (et parfois déstabilisantes) nouvelles.
Je me rends compte qu'il y aurait bien des choses à dire sur ce recueil si riche, mais malheureusement je n'en ai pas les moyens ...
A lire!

" Une nuit, dans la salle de bain, voici quatre ans, une senteur violente m'assaillit. Sans pouvoir la définir, je jugeai incongru de respirer un parfum si puissant alors que j'étais nue. J'eus alors un éblouissement ; je perdis connaissance. A ce moment précis, vous, dans un hôtel, aspergiez de parfum la couche blanche de votre nuit de noces. Vous veniez de vous marier, sans m'en avoir fait part, après m'avoir abandonnée. J'avais beau, sur le moment, tout ignorer de ce mariage, je me rendis compte plus tard, à la réflexion, que cela se produisit à ce moment précis. "
(Elégie in La danseuse d'Izu, Kawabata, Livre de poche, 2008, p 40)

(Source image : blue.fr)

mercredi 5 octobre 2011

" Monsieur Dickens est mort? Et le père Noël, est-ce qu'il va mourir aussi? "

Charles Dickens
Marie-Aude Murail

Belles vies, L'école des loisirs, 2005.

Marche, petit Charles. Marche dans les rues de Londres puantes et enfumées, faufile-toi entre les rats. Marche jusqu'à la fabrique de cirage où tu colles des étiquettes dix heures par jour, puis marche vers la prison pour dettes rendre visite à ton père et marche encore à la nuit tombée, rentre seul dans ta chambre. Galope, Charles. Galope en rêve et en imagination. Invente-toi une autre vie, théâtre, aventures, passions, demeures luxueuses... Cours Dickens. Deviens reporter, dénonce les injustices. Cours vers la gloire que tu mérites par ta verve et ton cœur. Cours à travers le monde, de Paris à New York, lis tes romans à voix haute devant un public abasourdi, et cours écrire le suivant que des centaines de milliers attendent semaine après semaine. Cours si vite, si bine, si loin que la mort même ne pusse t'atteindre, et vis éternellement, Charles Dickens, à travers tes romans et dans cette biographie écrite par celle qui t'a élu, un jour de ses dix-sept ans, son " père céleste ", et qui te ressemble tant.

J'ai dévoré ce tout petit bijou ...
Je connaissais déjà Marie-Aude Murail grâce à son sublime Miss Charity et je désirais lire un autre de ses romans. Je me suis laissée séduire par cette biographie de Dickens car JE VEUX connaître davantage ce grand auteur qui m'intimide tant. Après avoir lu Oliver Twist, Un chant de Noël et Un conte de deux villes, Dickens prend de plus en plus de place dans mon petit coeur tout mou. Je compte me lancer dans très très peu de temps dans Les grandes espérances et j'ai tout petit peu peur. Pour me conforter dans mon idée de me lancer dans ce monument, j'ai donc décidé d'en apprendre plus sur Dickens et également de lire les mots d'une personne amoureuse de cet auteur. Je ne me suis pas trompée en ouvrant la biographie de Marie-Aude Murail. Elle aime Charles Dickens et elle le crie.
Ce texte est une toute petite biographie, qui va à l'essentiel et qui est, je pense, une très bonne première approche. Idéale pour une personne voulant se donner le dernier coup de pied aux fesses avant d'ouvrir un texte de Dickens, mais également pour les inconditionnels qui vont pouvoir entendre parler de leur auteur chouchou avec passion.
Je ne connaissais absolument rien de Charles Dickens donc autant dire que j'ai appris beaucoup en lisant ce petit texte. Je ne savais pas qu'il avait connu à ce point le succès de son vivant. J'ai adoré les pages parlant des lecteurs accro à Dickens, attendant avec impatience chaque nouvelle publication, pleurant sur certaines pages, riant sur d'autres. Les lectures publiques de l'auteur m'ont ravie. J'imaginais ce grand homme, parfait conteur, tenir en haleine toute une assemblée. Marie-Aude Murail a un talent fou pour faire apparaître devant nos yeux Monsieur Dickens. J'ai une envie terrible de lire tous les romans cités dans le livre (surtout La maison d'Apre Vent).
Je crois que le défaut principal de cette biographie est qu'elle est trop courte. J'ai aimé la plume de Marie-Aude Murail, j'ai aimé son cri d'amour, sa passion, j'ai aimé en apprendre plus sur Dickens, découvrir des extraits de ses oeuvres, ... et j'en aurai aimé plus.
Un livre à lire vite!

"De même, alors qu'il vieillit à vue d'oeil, il suffit d'un enfant pour lui faire retrouver son propre coeur d'enfant. Ainsi, cette petite fille qui s'approche de lui :

- C'est vous, monsieur Dickens ? Oh, j'aime tant vos livres ! Mais bien sûr, je passe les parties ennuyeuses, pas les parties ennuyeuses courtes. Mais les longues !

Charles éclate de rire puis sort son calepin, l'air très soucieux :

- Bon, dites-moi un peu où se trouvent ces parties ennuyeuses ?"

(Charles Dickens, Marie-Aude Murail, L'école des loisirs, 2005)

(Le rêve de Dickens, R.W. Buss. Wikipedia.org)

lundi 3 octobre 2011

Peut-on toucher un souvenir du bout des doigts?

Dans la main du diable
Anne-Marie Garat

Babel, 2007

Automne 1913. A Paris et ailleurs - de Budapest à la Birmanie en passant par Venise -, une jeune femme intrépide, Gabrielle Demachy, mène une périlleuse enquête d'amour, munie, pour tout indice, d'un sulfureux cahier hongrois recelant tous les poisons - des secrets de cœur au secret-défense. Habité par les passions, les complots, le crime, l'espionnage, et par toutes les aventures qu'en ce début du XXe siècle vivent simultanément la science, le cinéma ou l'industrie, Dans la main du diable est une ample et voluptueuse fresque qui inscrit les destinées sentimentales de ses personnages dans l'histoire d'une société dont la modernité est en train de bouleverser les repères. En 1913, Gabrielle Demachy s'avance, lumineuse et ardente, dans les rues de Paris, sur les chemins du Mesnil ; entre l'envol et la chute, entre eaux et sables, la voici qui s'engage dans le roman de sa vie..

Ouf! 1300 pages et 2 mois de lecture, cela faisait longtemps qu'un roman ne m'avait pas suivi durant autant de temps ...
J'ai énormément apprécié ce roman. Certes, il n'est pas sans défauts, mais je suis restée 2 mois en totale immersion dans les lignes de ce beau roman.
Je pense que beaucoup de personnes ayant lu ce texte ont pensé qu'il y avait beaucoup trop de pages, que l'intrigue pouvait tenir en 500 pages, pas plus. J'ai trouvé au contraire que ce roman prenait son temps et que c'était fort agréable. Dans notre époque où les romanciers enchaînent les chapitres, les révélations, toujours plus vite, toujours plus et plus, j'ai aimé cette sensation de lenteur, ces longues pages décrivant les paysages, les sentiments des héros, la vie quotidienne dans la campagne du Mesnil. Je dois reconnaître que dans les toutes premières pages, je me suis dit "Arrête Anne-Marie, tu fais trop de blabla, là!". Je trouvais les longues envolées poétiques et lyriques de l'auteur très surfaites et manquant de naturel. Puis, je me suis faite à l'écriture que j'ai finalement trouvé belle et agréable. Je crois que le gros défaut de ce roman est de vouloir être trop parfait : parfaitement poétique, une héroïne parfaite, une intrigue parfaite, du romantisme paaaaarfaaiiitt!! .... Tout doit être parfaitement parfait!! Alors certes, cela donne un texte passionnant, bouleversant, enivrant, Dans la main du diable chamboule le coeur (et le corps) ... Mais hélas, parfois, on a envie d'hurler "du naturel, que diable!".
Mais après vous avoir dévoilé le défaut principal de ce roman, je ne peux que vous conseillez mille fois de le lire. Vous allez découvrir un roman intelligent, fouillé, palpitant. Certes, il faut avoir un minimum le coeur romantique, mais ce n'est pas un roman à l'eau de rose pour autant (sinon, il ne m'aurait pas plu). On plonge dans une époque, l'avant premier guerre mondiale, la montée de l'industrie, les débuts des guerres modernes et de leurs horreurs, on plonge dans un secret d'état, dans le monde de la presse, de la médecine, du cinéma, ... Un voyage passionnant, enrichissant, fabuleux. Gabrielle est parfois (comme je le disais plus haut) bien trop parfaite, mais elle reste un personnage de roman magnifique, que j'ai aimé de tout coeur. J'ai ressenti ses joies comme ses peines ... Elle m'a labourée l'âme. Anne-Marie Garat nous offre une galerie de personnages inoubliable : le mystérieux et séduisant Pierre, l'émouvante Sophie, l'antipathique Blanche, la terrible Mme Mathilde, l'horrible Michel Terrier, tous les habitants du Mesnil, la petite Millie, Mme Victor, Sassette, Mauranne, ... Les pages parlant du Mesnil sont sans hésitation mes préférées. La vie à la campagne, l'éducation de Millie, la rencontre de Gabrielle et Pierre.
En ouvrant ce roman, on plonge dans un roman policier, un roman classique, un roman d'amour ... On découvre plusieurs romans en un. On ne s'ennuie pas en lisant les 1300 pages de ce texte! Parsemé d'alinéas, il se lit facilement, doucement, en dégustant.
Je pense que Dans la main du diable est un texte que l'on adore ou que l'on déteste ... et je comprends l'un comme l'autre. L'adorer car il est tout simplement passionnant et le détester car il peut paraître long et parfois trop poétique.
En tout cas, ne vous arrêtez pas sur le nombre de pages, ni sur la quatrième de couverture bien trop mièvre, ouvrez Dans la main du diable et faites la connaissance de Gabrielle. Je ne peux que vous conseillez mille fois de lire ce texte envoûtant. J'ai la tête encore imprégnée du Mesnil, de Gabrielle, de Millie, du cahier hongrois, de Venise, .... De beaux instant vous attendent!
La suite (car c'est une trilogie) est déjà sortie (L'enfant des ténèbres, suivi de Pense à demain), je compte bien dévorer les deux autres romans un jour. Je veux savoir ce que devient Gabrielle ... et les autres!

« Insensible, désertée de sentiments et de pensées, elle dut se regarder dans le miroir pour vérifier qu’elle n’était pas disparue, effacée, en cendres, et elle se vit seule. Une qu’elle ne reconnaissait pas, mais qui la connaissait. Assez bien pour la haïr dans un hérissement de toute sa peau, des cheveux horripilés. Sa figure de jeune fille convenable, coiffée et vêtue de dentelles, comme un épouvantail de théâtre, masquée et fardée, barbouillée d’apparences. Sauvagement, elle arracha ses vêtements, se mit nue. Se serait arraché la peau pour être plus nue encore, mais nue elle n’était pas nue. Dans les dédales de son corps, il y avait une nudité plus grande, une capacité plus grande de dépouillement que son corps n’avouait pas, où elle était seule, désaimée et seule.
Elle se regardait comme de longtemps elle ne l’avait fait. Peut-être depuis un de ces matins, […] où elle avait admiré et convoité dans le miroir la chrysalide de son corps, ses seins menus et ses hanches de garçonne, sa peau mate, fluide et soyeuse à la lumière du matin, sa grâce juvénile en majesté […] ! Fière et amoureuse d’elle-même, sans crainte, sans pudeur ! Ce soir, comme celle-là était loin ! Son corps avait grandi et mûri, les courbes plus pleines, ses seins plus lourds à l’attache fine des clavicules, son ventre mince évasé des hanches à l’aine, un peu renflé en son centre, que le nombril creusait étrangement. De sa toison brune aux mamelons de café, cela semblait un visage au triangle étiré, mystérieuse expression pleine d’étonnement. Elle toucha avec crainte l’intérieur de ses cuisses, la longue plage de peau douce jusqu’au creux du genou, remonta à ses épaules, son cou, sa bouche qu’elle palpait sans la sentir sous ses doigts. Elle était femme, mais en vain […] Elle enfila vite sa chemise de nuit et se coucha, ivre de nostalgie pour la jeune fille perdue […]. »
(Dans la main du diable, Anne-Marie Garat, Babel)

(Source image : John_Singer_Sargent_-_Lady_Diana_Manners.en.academic.ru)

vendredi 30 septembre 2011

Je radote ... Et alors?

Je le dis chaque année ... mais tant pis, je le dis quand même : je suis ravie de voir revenir l'automne!


Douces lectures au coin du feu, tasse de thé brûlant à la main, plaid jeté sur les épaules, pulls douillets, balade dans la nature orangée bien emmitouflée, chasse aux champignons, bonheur de rentrer chez soi après une promenade sous la pluie, vent qui claque les carreaux, goût de la soupe maison, plaisir de cuisiner de bonnes et réconfortantes pâtisseries, bruit de la pluie qui ruisselle, moments créatifs, dessins, herbiers et coutures, cueillette des châtaignes, lectures victoriennes, livres gardés depuis un an pour ces premiers jours de froid, plaisir d'un rayon de soleil entre deux averses ....
Oui, j'aime l'automne et j'assume ...


(Source image : jpporshe.wordpress Germaine Bouret)
Tout comme celles de Sarah Kay, les illustrations de Germaine Bouret m'évoquent mes lectures d'enfant ...

dimanche 4 septembre 2011

Hey!

Non non je ne suis pas portée disparue ... Je suis là!
Travaillant en décalé des autres, je ne sors pas la tête du travail durant tout l'été. Maintenant que septembre est là, je peux souffler. Grand nettoyage "d'automne" dans tout l'appartement, tri des vêtements de Pti Romanzino (c'est fou comme elles grandissent vite ces petites bêtes là!), etc etc ... Bref, prête pour commencer cette rentrée!
Côté lecture, je suis toujours dans le gros pavé d'Anne-Marie Garat Dans la main du diable. J'aime beaucoup pour le moment, mais le manque de temps fait que je traîne un peu. Normalement, ça devrait s'arranger dans les jours qui viennent!


Sinon, voilà les nouveaux habitants (principalement des cadeaux) :

- Mille jours en Toscane de Marlena de Blasi : Roman contemporain italien qui a l'air de sentir bon le basilic et l'huile d'olive.

- Tu verras de Nicolas Fargues : Roman contemporain que je ne connais pas du tout, élu livre de l'année par France culture.

- Une odeur de gingembre d'Oswald Wynd : Je rêvais de le lire, on me l'a offert.

- Oeil ouvert et coeur battant de François Cheng : Des méditations sur la beauté qui ont l'air magnifiques.
- Les derniers jours de Stefan Zweig de Laurent Seksik : Pour en savoir un peu plus sur un de mes écrivains chouchous.
- Mrs Palfrey, Hôtel Claremont d'Elizabeth Taylor : Je ne connais pas du tout cette dame anglaise, mais j'en ai entendu le plus grand bien (nb : non, ce n'est pas l'actrice de Cléopâtre, c'est juste son homonyme).

- La peur et autres nouvelles de Stefan Zweig : Offert par Romanzo (il me connaît bien!)

- Contes du rivage de Simone Roger Vercel : Un vieux livre inconnu, trouvé par mon frère et ma belle-soeur dans une bouquinerie, parsemé d'illustrations faites à la main ... Une merveille!

- La fille du capitaine de Pouchkine : Dans une vieille et magnifique collection illustrée. Je me suis offerte également il n'y a pas longtemps La dame de pique du même auteur. Adorant la littérature russe, je ne voulais pas rester ignorante de la plume de Pouchkine.

- Les diaboliques de Barbey d'Aurevilly : Pour découvrir un peu plus cet auteur que je connais peu.
- Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll illustrée par Rebecca Dautremer : Magnifique! Bien que je connaisse déjà le roman, je me fais une joie de le relire dans cette sublime édition.


jeudi 11 août 2011

La femme ou la bête??

La chatte
Colette
Livre de poche, 1957.

Ce roman relate la passion d'un jeune homme, Alain, pour son animal de compagnie, Saha, une fascinante chatte de la race des chartreux. Jeune marié, il reste impénétrable aux yeux de sa femme, Camille, qui se prend de jalousie pour la chatte, favorite insurpassable.
(Résumé de wikipedia.org)

Je ne sais absolument pas quoi dire de ce roman. L'ayant commencé dans une période de travail intense, je n'ai pas vraiment réussi à me plonger dans ce livre ... qui, au final, me laisse dubitative.
J'avais envie de découvrir Colette depuis longtemps. Quelque chose dans les titres de ses romans m'évoque le bonheur des choses simples de la vie, le plaisir de la contemplation. J'ai trouvé La chatte intéressant et bien écrit, mais je n'ai pas pour autant été totalement emballée. Pas assez de douces descriptions comme je m'y attendais. Parfois trop lent, parfois trop rapide. Bref, un je-ne-sais-quoi qui ne m'a pas séduite. Pourtant, je dois admettre que c'est un texte totalement maîtrisé, original et intelligent. Ce triangle amoureux est très bien mené et saisissant. J'ai aimé participé aux échanges entre Camille et Alain, Alain et Saha, Camille et Saha. Ce texte est profond et mérite une grande analyse que je suis incapable de faire. Ce n'était pas le moment d'ouvrir ce texte je crois. J'ai du mal à le critiquer négativement car je sais qu'il ne le mérite pas. C'est un bon texte ... sincèrement. Mais je crois que je suis passée à côté ... et je ne sais pas pourquoi.
Après ce bref et décevant avis, je ne peux dire qu'une chose, La chatte est un roman à lire ... mais qui, pourtant, ne me laisse pas un souvenir inoubliable ... malheureusement. Je compte bien lire Chéri pour rattraper ce demi-échec.

" L'œil au loin, immobile, Camille lui tournait le dos. Pourtant la chatte regardait le dos de Camille, et son souffle s'accélérait. Elle se leva, tourna deux ou trois fois sur elle-même, interrogea la porte close... Camille n'avait pas bougé. Saha gonfla ses narines, montra une angoisse qui ressemblait à la nausée, un miaulement long, désolé, réponse misérable à un dessein imminent et muet, lui échappa, et Camille fit volte-face. "
(La chatte, Colette, Livre de poche, 1957)

(Source image : jacquier.org)

jeudi 4 août 2011

Je file ...

... pour dix jours de vacances!
J'aurai peut-être une connexion internet ... peut-être!


(Source image : alcentiel.free.fr)

mercredi 27 juillet 2011

Histoire de la vie ordinaire

Gatzby le magnifique
Francis Scott Fitzgerald

Les cahiers rouges, 1984.

Certains personnages de roman semblent plus vivants que les vivants parce qu'ils sont le double fraternel de l'auteur, qui les a pourvus de ce qu'il avait de plus secret, de plus désiré. Ainsi James Gatz, le héros de Gatsby le Magnifique. Ancien pauvre avant mystérieusement tait fortune, décoré de guerre, n'appartenant à aucun milieu, plus riche que les riches, l'outsider de Fitzgerald donne des fêtes fastueuses dans sa propriété de Long Island. Au bal des gouffres et des ambitions, son sourire cache une fêlure. Il aime une femme mariée, et l'aime depuis trop longtemps pour ne pas en mourir. Gatsby le Magnifique est un roman magique qui coupe le cœur en deux. Bienvenue dans les ors et les souffrances du dernier grand romantique.

J'ai passé un bon moment avec ce roman. Je découvre petit à petit la littérature classique américaine et je dois avouer que pour le moment, je n'ai que de bonnes surprises.
Pourtant, je n'ai pas trouvé que des qualités à ce texte. Les personnages ne sont pas attachants, on se sent détaché de cette histoire comme si on la vivait de très loin, alors qu'une de mes exigences en lecture est de réussir à m’immerger totalement dans le texte et de m’identifier aux personnages.
Mais ce roman a un je-ne-sais-quoi de réellement passionnant. Déjà, F.S Fitzgerald a une belle écriture. A certains moments, il laisse sa sensibilité, sa poésie resurgir. Durant ces merveilleux passages, Fitzgerald m'a fait pensé à mon chouchou d'amour : Zweig. J'ai trouvé l'histoire assez touchante malgré cette impression de mise à distance. En fait, c'est surtout Daisy qui m'a attendri. Cette femme condamnée à être malheureuse et trompée par un mari raciste est attendrissante. C'est vrai que je ne me suis pas vraiment attachée à elle mais j'ai lu son histoire avec émotion.
La critique de la haute société américaine est assez vive ici. Corruption, malheur, apparence, vice, hypocrisie, mensonge, Fitzgerald n'est pas tendre avec ses riches compatriotes. C'est un roman très pessimiste, très sombre. Le bonheur semble ne pas avoir sa place ou, en tout cas, n'être qu'un bref instant, une joie éphémère. C'est le thème qui m'a le plus interpellée et que j'ai le plus apprécié.
J'ai vraiment aimé la plume de Fitzgerald. J'ai trouvé ce roman passionnant, absolument pas ennuyeux, plutôt beau et sensible mais également intelligent et pertinent. J'ai aimé l'ambiance "année 20", mélange de fête et de dépression, les années d'après-guerre où une génération de désenchantés tente de trouver un bonheur qui semble inatteignable.
Un roman que je recommande chaudement.

"A mesure que la Terre se détache à regret du soleil, l'éclat des lumières s'amplifie. L'orchestre joue des arrangements de musique brillante et légère et le concert des voix monte vers l'aigu. Les rires se font plus francs de minute en minute et jaillissent au moindre jeu de mot avec plus d'abandon. Les groupes changent plus vite, se gonflent au passage de nouveaux arrivants, se désagrègent et se reforment, en une même respiration - et déjà se détachent les téméraires, les femmes sûres d'elles-mêmes, qui louvoient çà et là, entre les ilôts les plus stables et les mieux ancrés, y deviennent pour un temps très bref le centre d'une excitation joyeuse, puis, fières de leur triomphe, reprennent leur navigation, portées par le courant des voix, des couleurs, des visages, dans une lumière qui change sans cesse."
(Gatzby le magnifique, Fitzgerald, Cahiers rouges, 1984)

(Source image : Rognage de la couverture de Grand Hôtel de Vicky Baum édition Libretto)

dimanche 17 juillet 2011

J'ai trouvé ma vocation : chasseuse de fossiles.

Prodigieuses créatures
Tracy Chevalier

Folio, 2011.

« La foudre m'a frappée toute ma vie. Mais une seule fois pour de vrai ».
Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces « prodigieuses créatures » qui remettent en question les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d'un milieu modeste se heurte à la communauté scientifique, exclusivement composée d'hommes. Elle trouve une alliée inattendue en Elizabeth Philpot, vieille fille intelligente et acerbe qui l'accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double de rivalité, elle reste, face à l’hostilité générale, leur meilleure arme.
Avec une finesse qui rappelle Jane Austen, Tracy Chevalier raconte, dans Prodigieuses Créatures, l'histoire d'une femme qui, bravant sa condition et sa classe sociale, fait l'une des plus grandes découvertes du XIXe siècle.

Prodigieuses créatures est un roman très agréable. Se situant à Lyme regis (où se déroule certaines scènes de Persuasion de Jane Austen), j'ai embarqué rapidement dans ce beau roman. Ayant pour décors les plages anglaises et les falaises battues par les vents, Prodigieuses créatures est un livre efficace et passionnant. Il m'a donnée envie de partir à la chasse aux fossiles et ça, ce n'est pas donné à tous les romans.
On ne s'ennuie pas auprès de Mary Annings et Elizabeth Philpot. J'ai retrouvé les ambiances anglaises qui me sont chères et l'histoire que nous compte Tracy Chevalier est touchante. Ces deux femmes que tout oppose vont se soutenir, s'aimer, s'aider. J'ai particulièrement aimé le personnage de Miss Philpot, cette vieille fille m'a vraiment séduite. J'ai aimé sa vie à Morley Cottage avec ses deux soeurs. Je devrais les plaindre d'être vieilles filles et pourtant j'ai adoré les pages narrant leur existence paisible rythmée par leurs diverses passions. Margaret et ses romans, Louise et ses fleurs et Elizabeth et ses fossiles. J'ai aimé l'idée que ses trois femmes, n'ayant ni mari ni enfants, se sauvaient grâce à leur passion : " ... j'avais vingt-cinq ans, peu de chances de me marier un jour, et besoin d'un passe-temps pour occuper mes journées. " (p33)
A côté de l'ambiance agréable de ce roman, on retrouve un vrai plaidoyer contre la condition féminine de l'époque. Mary ne sera reconnue que tardivement comme une véritable experte des fossiles. En tant que femme, elle sera une grande partie de sa vie totalement décrédibilisée. Tout comme Elizabeth qui doit en permanence s'accompagner de son frère ou de son neveu. Etre toujours sous tutelle devait être insupportable.
En quelques mots, je dirai que Prodigieuses créatures est un roman de détente à l'ambiance agréable et envoûtante mais que c'est également un roman intelligent et instructif. Il se lit d'une traite et donne envie d'aller sur la plage à la recherche de fossiles.

" Si Morley Cottage n'avait rien de remarquable, il offrait cependant une vue extraordinaire sur la baie de Lyme, et sur la chaîne de collines qui bordait la côte en direction de l'est. Dominée par Golden Cap, son plus haut sommet, elle aboutissait à l'île de Portland que l'on distinguait par temps clair, tapie au large tel un crocodile dont seule émergeait la longue tête plate. Souvent, le matin de bonne heure, je me postais à la fenêtre avec mon thé, regardant le soleil se lever et parer Golden Cap, le bien nommé, de ses reflets dorés. Ce spectacle adoucissait la douleur que je ressentais encore d'avoir dû m'installer dans ce malheureux trou perdu du sud-ouest de l'Angleterre, loin de l'univers fébrile et débordant de vie de la capitale. Quand le soleil inondait les collines, je me disais que je pouvais accepter notre exil, et même y trouver avantage. Mais quand il y avait des nuages, que le vent soufflait fort ou que le temps était simplement d'un gris monotone, l'espoir m'abandonnait. "
(Prodigieuses créatures, T.Chevalier, Folio, 2011, p 32/33)

(Source image : scientificamerican.com)

lundi 11 juillet 2011

L'horrible veuve!

Un conte de deux villes (ou Le marquis de Saint Evremont)
Charles Dickens

Edition Marabout

Dans A tale of two cities, paru en 1859, Dickens semble avoir voulu utiliser dans des personnages pleins de vie, dans une action allègre, dans une atmosphère authentique, toutes les impressions, tous les jugements qu'il s'est formés sur la France et sur la Révolution française.
Le pivot de l'intrigue est le marquis de Saint Evremont qui, sous ses trois visages, incarne tour à tour le despotisme, la liberté et le sacrifice héroïque. Dickens, en nous transportant par bonds de Paris à Londres, l'a entouré de nombreux personnages : la douce Lucie, l'émouvant Dr-Manette, l'impitoyable ménage Defarge, l'ombre tragique de Dame Guillotine ...

Je connais Dickens depuis bien longtemps. Pourtant, j'ai ouvert mon premier roman de cet auteur il n'y a que trois années environ. C'était Oliver Twist. Je me souviens que j'avais ressenti des choses bien différentes. J'avais aimé l'ambiance du roman, la plume de Dickens, l'histoire, les personnages, pourtant, j'avais eu une sensation de longueur. Ce roman m'avait paru bien trop lent. J'ai retenté l'expérience avec Un chant de Noël. Je l'avais dévoré et j'avais adoré.
Dickens m'évoque un monstre de la littérature qui m'attire autant qu'il m’impressionne. J'ai terriblement envie de lire Les grands espérances, David Copperfield et même de m'acheter les pléiades pour avoir ses romans introuvables. Mais chaque fois que je suis tentée d'en ouvrir un, la même boule au ventre me saisit. Intimidée? Effrayée? Je ne saurai pas trop expliquer ce qui se passe en moi. Toujours est-il que je n'ai pas pu résister à Fashion lorsqu'elle parle des ses torrents de larmes lorsqu'elle a terminé Un conte de deux villes. Même si par cet avis, Fashion révélait la fin du roman, j'ai voulu que Dickens me frappe en plein coeur moi aussi. Et oui. Il a réussi. Bien que je connaissais le dénouement, j'ai été happée par cette fin incroyable. Mais également par tout le reste du roman.
Le terme crescendo n'a jamais été aussi bien employé que pour qualifier Un conte de deux villes. On entre naïvement dans l'histoire, on ne comprend pas trop où veut nous emmener Dickens, on suit le mouvement, on est même parfois assez sceptique. Puis d'un coup, sans s'y attendre, on plonge dans un roman plein de fureur, passionnant et dramatique. Dès que Charles Darnay arrive en France, on ne respire plus jusqu'au mot "fin". Et quelle fin! Mon Dieu, j'en tremble encore. Quel homme ce Sydney Carton! Dickens a une plume d'une poésie rare. Ces dernières pages entre Carton et la jeune fille sont sublimes et ce saut final dans l'esprit de Carton, magnifique!
J'ai aimé les personnages de cette histoire. Tous si bien travaillés qu'ils prennent vie devant nos yeux. Les Defarge, surtout la femme, m'a terrifiée, symbole de l’extrémité dans laquelle est tombé le peuple miséreux de Paris. Les pages sur la folie des parisiens et sur l'ombre de la guillotine sont terribles. Je me suis vue, terrée et apeurée, croisant chaque jour des dizaines de condamnés et craignant d'être la suivante, partagée entre mon soutien au peuple et mon horreur de la Terreur. Les rues pleines de bruits et de haine prennent vie devant nous. On frissonne, on est terrifié, on craint que la lame de la guillotine vienne nous aussi nous raser de près.
Je ne remercierai jamais assez Fashion de m'avoir ainsi donné l'envie de lire Un conte de deux villes. Grâce à elle, plus qu'un moment de lecture, j'ai (re)découvert un auteur sublime et je suis bien décidée à retrouver rapidement ce génie de Dickens.

" Dans la lugubre prison de la Conciergerie, les condamnés du jour attendaient leur destin. Ils étaient cinquante-deux, qui, dans l'après-midi, allaient être emportés vers la mer sans rivage de l'éternité. Déjà, avant même qu'ils ne quittassent leurs cellules, d'autres locataires avaient été désignés pour les remplacer. Déjà avant même que leur sang ne se mêlât au sang répandu la veille, le sang qui, le lendemain, se mêlerait au leur s'apprêtait à couler.
Cinquante-deux êtres allaient mourir, cinquante-deux êtres de toute condition, depuis le fermier-général de soixante-dix ans, dont les richesses n'auraient pu racheter la vie, jusqu'à l'humble couturière de vingt ans que sa pauvreté était impuissante à sauver. Les maux physiques, provoqués par les vices et la négligence des hommes, frappent au hasard dans considération d'âge ni de caste ; il en est de même des terribles désordres moraux et sociaux qu'engendrent les souffrances indicibles, l'oppression intolérable et l'indifférence cruelle."
(Un conte de deux villes (Le marquis de saint Evremont), C. Dickens, Marabout, p297)

(Source image : ponderingsofallthings.blospot.com)