mercredi 22 juin 2011

Quand les sites de rencontres n'existaient pas ... et bien, il y avait Emma!

Emma

Jane Austen

10/18, 1996.

Emma est la plus française des héroïnes de Jane Austen (1775-1817), qui, à juste titre, craignait que personne ne puisse l'aimer. Elle est en effet aussi peu anglaise qu'une jeune fille intelligente, élégante, ironique et soucieuse des formes peut se permettre d'être. Emma aime l'intrigue et ignore la passion, elle est romanesque. Mais, à la différence de Marianne ou de Catherine, héroïnes respectives de Raison et sentiments et de Northanger Abbey, elle est romanesque intellectuellement et non émotivement. Et c'est en cela qu'elle est la rivale de son auteur.

Un seul mot : Délicieux!

Comme toujours, j'ai retrouvé Jane Austen avec un infini bonheur, un plaisir sans nom, un pur délice. Comment vous décrire réellement ce que je ressens en ouvrant un de ses romans? Emma est le cinquième roman de Jane Austen que je lis. Après avoir adoré Raison et sentiments, Orgueil et préjugés, Northanger Abbey et Persuasion, j'ai fondu pour Emma. Plus je lis cette grande dame de la littérature, plus je l'aime. C'est à chaque fois le même bonheur de plonger dans cet univers si délicat, envoûtant, drôle et intelligent.

Je dois pourtant avouer avoir eu une peu d'appréhension en ouvrant ce roman. Bien que commencer un livre de Jane Austen reste un geste sûr et fiable, j'ai entendu beaucoup de janéites avouer ne pas être fan d'Emma ainsi que de Mansfield park (le dernier roman achevé d'Austen qui me reste à lire). Tous ses romans sont considérés comme superbes par les amoureux de Jane Austen, mais Emma et Mansfield park ne sont jamais classés dans le peloton de tête. Et c'est en ça que résidait mon appréhension. J'avais entendu que le personnage d'Emma était très difficile à aimer ce qui rendait le roman moins passionnant que les autres. J'ai été agréablement surprise! Je n'ai pas trouvé Emma si antipathique, je l'ai même beaucoup aimé. Certes, j'ai moins d'affinité avec elle qu'avec Lizzie ou Catherine, mais elle m'a fait rire, m'a émue, m'a séduite. Je pensais rencontrer une jeune fille insupportable et impossible à aimer et pourtant, je l'ai prise en amitié rapidement ... malgré ses défauts. Elle est sûre d'elle, pourrie gâtée et égoïste mais elle est drôle, intelligente, gaie et elle possède un réel bon fond. Mais surtout elle est franche et reconnaît des qualités à tout le monde, même à ses ennemis. J'ai embarqué tout de suite dans ses aventures. Elle m'a prise par la main et je l'ai suivie. Comment peut-on dire qu'il ne se passe rien dans les romans de Jane Austen? Je trouve les intrigues palpitantes, les chapitres dynamiques, les rebondissements nombreux et efficaces. De vrais romans palpitants malgré leur apparente simplicité.

J'ai tout de suite deviné avec qui Emma allait se marier à la fin. Mais ça ne m'a pas gênée. Au contraire, je me suis amusée à observer ces deux protagonistes, leur jalousie, leur réaction face à certaines situations, leur aveuglement, ... J'ai aimé qu'ils soient amis avant de devenir amants. J'aime ces histoires d'amour commençant par une tendre amitié, une estime acquise sans sous-entendus.

J'ai adoré le personnage de Mr.Knightley. Quel homme! Quel charisme! Peut-être le plus séduisant gentleman austenien après Mr Darcy. J'ai aimé sa jalousie envers Franck Churchill, son sens de l'honneur, ses traits d'humour, sa franchise envers Emma, ... L'homme idéal, je vous dis!

Hormis les deux personnages principaux de cette histoire, nous faisons la connaissance de plusieurs figures croustillantes. A part l'horrible Mrs Elton (la scène de la poste avec Jane Fairfax m'a énervée au plus haut point), tous les personnages d'Emma sont attachants, parfois drôles, souvent émouvants. On retrouve les scènes cocasses dont Jane Austen est si friande, on rit de bon coeur, mais parfois aussi, une larme perle au coin de notre oeil tant elle est douée pour les instants littéraires pleins de grâce et de poésie.

Bref, j'ai dévoré ce roman. Comme chaque fois que j'ouvre un texte de Jane Austen, je me suis retrouvée dans une autre époque, dans un autre monde. Dès que j'ouvrais Emma, je trouvais le même bonheur, le même plaisir à parcourir les mots de dame Austen. Certes, la fin est très "bisounours" mais ça fait du bien. Tout est parfait ... un vrai délice!


"Belle, intelligente et riche, jouissant d'une confortable demeure et d'un heureux caractère, Emma Woodhouse semblait dotée des plus précieux avantages de l'existence : et depuis près de vingt et un ans qu'elle était sur cette terre, elle n'avait guère connu le chagrin ou la contrariété. Fille cadette d'un père excessivement affectueux et indulgent, elle avait très tôt tenu le rôle de maîtresse de maison, du fait du mariage de sa sœur. Sa mère était morte depuis trop longtemps pour qu'Emma pût conserver de ses caresses autre chose qu'un vague souvenir, et à Mrs. Woodhouse s'était substituée la gouvernant, une excellente femme dont l'affection était quasiment celle d'une mère."
(Emma, Jane Austen, 10/18, p 7)

(Source image : Mollands.net)

lundi 13 juin 2011

Souvenirs .... larmoyants!

La lecture de L'assassin royal m'a rappelée (même si je le savais déjà) à quel point les romans peuvent nous chambouler. Lorsque l'on a la sensation de vivre, de ressentir ce qui se passe à l'intérieur des personnages comme si on ne faisait qu'un. L'empathie fait partie des joyaux que nous offre la littérature.
En refermant La reine solitaire, je me suis rappelée tout ces moments littéraires qui m'ont bouleversée ... et ils sont nombreux.

- Dans Une vie de Maupassant, la scène où le curé écrase des petits chiots venant de naître et encore collés à leur mère. J'étais une toute jeune adolescente. J'ai relu 5 fois la scène de suite. N'y croyant pas!

- Pierre et Jean du même auteur. J'ai lu deux fois ce roman à la fac' et la fin m'a toujours bouleversée. Une tragédie silencieuse! Magnifique!

- Quand Scarlett parcourt la liste des personnes tués durant la guerre et que l'on voit tous les noms de ces jeunes gens insouciants qui la courtisaient quelques mois avant (Autant en emporte le vent).

- La fin de La pitié dangereuse de Zweig (et tous ses autres romans d'ailleurs).

- L'exécution de
De la Môle et Coconnas dans
La reine Margot de Dumas. Je ne voyais même plus les lignes de mon roman à force de pleurer. Cette scène aussi je l'ai relu un nombre incalculable de fois.
Et puis, tous les autres romans de Dumas qui possèdent leurs scènes tragiques auxquelles je ne résiste pas!

- La dame aux Camélias de Dumas fils, lorsqu'Armand, fou de jalousie, envoie de l'argent à Marguerite pour payer ses faveurs. J'ai ressenti ce coup de poignard comme s'il m'était adressée.

- Jane Eyre de Charlotte Brontë, presque tout le roman, mais la scène de la déclaration reste la plus sublime. Tout comme la scène du mariage, les retrouvailles de Jane et Rochester à la fin, ... et aussi ... bon OK, j'arrête!

- Rebecca de Du Maurier, la scène du bal costumé où l'héroïne descend avec la même robe que l'ex-femme défunte de son mari ... sans le savoir. J'en tremble encore!

- La petite cloche au son grêle de P. Vacca dans son intégralité.

- Le dieu des petits riens d'Arundhati Roy, les dernières pages. Crise de larmes incontrôlable.

- Pavillon de femmes de P.Buck lorsqu'elle apprend la mort de son fils. Et puis, tous les autres de Buck.

- La scène finale sur le vélo de Billie le bègue dans ça de Stephen King.

- Les dernières pages des Dames du lac de M.Z Bradley.

- Quand Harry Potter apprend que Sirius Black est son parrain. J'ai ressenti la chaleur de son coeur en apprenant la nouvelle. Enfin une famille.

- Dans Belle du seigneur lorsque le mari d'Ariane est sur le point de se suicider après la fuite de celle-ci avec Solal. Le génie de Cohen qui nous faire entrer dans la tête de ses personnages comme personne.

- La fin du Choix de Sophie, mais aussi la scène où elle évoque ce fameux choix, cette tragédie qui plane sur le roman.

- Roméo et Juliette. Et oui, que voulez-vous !!! Je suis sentimentale.

- La mort d'Esmeralda dans Notre-Dame de Paris et Quasimodo la suivant dans la tombe.

- Northanger Abbey quand Catherine croit qu'elle a perdu Henry Tilney pour toujours ... Lorsque Marianne se meurt dans Raison et sentiments, la lettre du capitaine dans Persuasion, la première déclaration de Darcy dans Orgueil et préjugés.

Merci à ces chers romans pour toutes ses émotions inoubliables ... Et savoir que d'autres m'attendent avec peut-être de tels moments en perspective, je suis aux anges.

dimanche 12 juin 2011

" Nous rêvons de sculpter notre propre dragon "

L'assassin royal Tome 6
La reine solitaire
Robin Hobb


France loisirs, Piment, 2001.

Dans les montagnes, Fitz, la reine Kettricken, le fou, Astérie la ménestrelle et la mystérieuse Caudron, poursuivis par le clan de Royal, cherchent désespérément Vérité. Est-il encore vivant? La contrée, habitée par d'étranges présences, est de plus en plus difficile à pénétrer. Et quelles sont ces statues gigantesques qui jalonnent leur route et paraissent vivantes?

ça y est! Je viens de tourner la dernière page de cette première partie de L'assassin royal. Je suis sur un nuage. Encore imprégnée d'Art et de Vif. Je suis encore auprès de Fitz rédigeant ses mémoires.
Quelle aventure! Que d'émotions! Je suis bouleversée par ce que je viens de vivre. Robin Hobb m'a emmenée dans un fabuleux voyage. Ces six tomes sont parfaits, rien n'est à changer. Il y a tout ce qu'il faut quand il faut et où il faut.
Ce sixième volume est, tout comme les autres, incroyable d'imagination, de poésie, de sensibilité, d'inventivité. La quête de Fitz et ses amis est devenue la mienne. J'ai vécu leurs doutes, leurs espoirs, leurs craintes comme s'il s'agissait des miens. Kettricken m'a émue, le fou m'a fait autant rire (qu'il est drôle, c'est dingue!) que parfois pleurer, Astérie est remontée dans mon estime et est devenue mon amie, Caudron m'a intriguée et Vérité, éblouie.
Une magnifique fin, à la fois grandiose et simple. Fitz est un héros parfait, profondément humain, possédant ses faiblesses et ses forces. La scène où il voit pour la dernière fois Molly et Burrich est tout simplement splendide. J'en ai eu le coeur retourné. Quelle noblesse dans sa décision!
Je suis heureuse de savoir que la série se poursuit. J'essaie d'imaginer ce qui se passera. Qui viendra déranger Fitz dans sa chaumière et sa nouvelle vie paisible? Pour quel motif? Reverra t-il Burrich, Molly, le fou et tous les autres? Même si je préfère faire une pause et ne pas poursuivre l'aventure tout de suite, je dois avouer avoir hâte de connaître les nouvelles aventures de Fitz. Pour le moment, je le laisse un peu tranquille, au calme (il l'a bien mérité quand même). Je reviendrai le chercher pour d'autres péripéties passionnantes dans quelques temps.

Une première partie qui se lit toute seule, passionnante, magnifique d'imagination et totalement addictive ... même si, comme moi, on n'est pas à la base une férue de fantasy.
A lire d'urgence!

"Évoquer ma propre mort me paraissait porteur de malchance, aussi ajoutai-je : "Naturellement, nous savons l'un comme l'autre que je survivrai. C'est prédit, non ?"

Il m'adressa un regard étrange. "Par qui ?".
Mon coeur se serra. " Par un quelconque Prophète blanc, du moins je l'espérais", marmonnai-je ; je m'aperçus que jamais je ne m'étais enquis auprès du fou d'une prédiction concernant ma survie. Tout le monde ne s'en sort pas indemne même quand on est victorieux. Je m'armai de courage. "Est-il prédit que le Catalyseur survivra ?"

(La reine solitaire, Robin Hobb, Piment, 2001)

(Source image : Amazon.fr. Rognage de la couverture de l'édition J'ai lu)

mercredi 8 juin 2011

Sur la route

L'assassin royal Tome 5
La voie magique
Robin Hobb

France loisirs, Piment, 2001.

Fitz, "l'assassin royal", a fini par échapper aux soldats du cruel prince Royal. Parvenu à Lac-bleu, il traverse le fleuve, mais est repris par ses poursuivants. Il réussit à s'évader et n'a plus qu'une idée en tête : retrouver son maître, le prince vérité, l'héritier légitime du trône.

Ce tome est tout simplement palpitant. Pas une seconde de repos, de l'action, de l'aventure, de la magie, de la poésie, de l'amitié. Un régal! J'ai eu la gorge serrée et j'ai bien failli verser ma petite larme lors des retrouvailles du fou et de Fitz. Il m'avait tant manquée le fou. Quel superbe personnage! Et les scènes avec Umbre ou encore Kettricken, que d'émotions!
J'aime le personnage mystérieux de Caudron. Par contre, Astérie m'a vite énervée. Je l'ai bien aimé dans les premières lignes, sa personnalité franche et atypique était agréable (et puis, la scènes des doigts brisés nous la rend sympathique), mais très vite, son égoïsme la rend insupportable.
La quête de ses 5 (6 en comptant le loup) personnages est passionnante. Je me suis vite imaginée à leur côté dans la neige et le froid.
Un petit régal de lecture! Je me suis laissée prendre hier soir par ma lecture et j'ai retrouvé cette si agréable sensation de ne pas pouvoir s'arrêter de tourner les pages.
J'ai déjà ouvert le tome 6. J'ai hâte de connaître la fin.

"Demain, me dit-il d'un ton grave, nous serons de nouveau nous-mêmes : le fou et le bâtard, ou le Prophète Blanc et le Catalyseur, si tu préfères. Nous devons reprendre le cours de ces existences, même si nous ne les aimons pas, et accomplir tout ce que le destin nous impose. Mais en cet instant, ici, rien qu'entre nous, et pour le seul motif que je suis ce que je suis et que tu es ce que tu es, je te le dis : je suis heureux, heureux que tu sois vivant. Te voir respirer insuffle l'air dans mes poumons. Si mon sort doit être lié à celui de quelqu'un, je suis heureux que ce soit le tien."
(La voie magique, R. Hobb, Pimet,2001)

(Source image : Amazon.fr. Rognage de la couverture de l'édition Pygmalion)

dimanche 5 juin 2011

Devenir un homme?

L'assassin royal Tome 4
Le poison de la vengeance
Robin Hobb

France Loisirs, Piment, 2004.

Au royaume de Castelcerf, le prince Royal est parvenu à s'emparer du pouvoir, au détriment de l'héritier légitime, son frère aîné, le prince Vérité. Partagé entre des valeurs civilisatrices et la nature qu'incarne son vieux complice, le loup Oeil-de-nuit, Fitz décide de tuer l'usurpateurs. Mais au palais où il s'introduit, ses ennemies lui tendent un piège ...

Ce tome marque une rupture dans l'histoire de Fitz. Sa vie à Castelcerf prend fin. Il se retrouve seul à errer, face à ses souvenirs, ses questions, son destin.
Il y a certaines longueurs dans ce tome. Je suis toujours autant plongée dans l'histoire, mais c'est vrai que j'ai du m'habituer à ne plus voir Castelcerf et l'ancienne vie de Fitz. Malgré un rythme assez lent, j'ai aimé suivre Fitz dans son errance. Burrich me manque, ainsi qu'Umbre, le fou, Kettricken. Mais j'ai fait la connaissance d'autres personnages et je m'y attache progressivement. La fin de cette première partie de L'assassin royal approche et mon coeur se serre. Que va t-il se passer? J'ai hâte de retrouver Vérité.
Je vous laisse sur ce bref avis et je cours retrouver le tome 5 : La voie magique.

" J'allais m'asseoir sur la pierre d'âtre. Burrich ne me regardait pas : je me couchai sur le côté, puis roulai sur le dos et m'étirai. C'était bon. Je fermai les yeux et savourai la chaleur du feu sur mon flanc.
"Lève-toi et assieds-toi sur le tabouret, Fitz" dit Burrich.
Je soupirai mais j'obéis. Umbre ne me jeta pas un coup d'œil. Burrich se remit à parler.
"Je préfère lui éviter les chocs ; il a besoin de temps pour s'en sortir seul, c'est tout. Des souvenirs lui reviennent parfois, mais il les repousse ; je crois qu'il n'a pas envie de retrouver la mémoire, Umbre. Il n'a pas envie de redevenir Fitz Chevalerie ; peut-être a-t-il trop apprécié d'être un loup et ne reviendra-t-il jamais.
- Il faut qu'il revienne, murmura Umbre. nous avons besoin de lui."
(Le poison de la vengeance, Robin Hobb, Piment, 2004.)

(Source image : Amazon.fr. rognage de la couverture de l'édition J'ai lu!)

jeudi 26 mai 2011

Lâcher prise!

L'assassin royal Tome 3
La nef du crépuscule
Robin Hobb

France loisirs, Piment, 2006.

Dans le château de Castelcerf, la lutte pour la succession du vieux roi Subtil est ouverte. Le prince héritier, Vérité, consacre ses forces à éloigner les pirates rouges. Son frère, le prince Royal, cherche à l'éliminer à son profit. Mais dans sa conquête du trône, il doit affronter le courageux Fitz, la reine et le maître assassin qui connaît tout de l'âme humaine. Leur loyauté au prince Vérité suffira-t-elle à sauver le royaume des Six-Duchés?

Je viens de refermer le troisième tome des aventures de Fitz et je suis toujours aussi emballée. Ce roman n'a rien à envier aux deux premiers : aventure, émotion, suspense, les mêmes ingrédients sont au rendez-vous sans jamais, pour autant, tomber dans la répétition. Par contre, moi, je vais être brève car je risque de tomber en plein dedans.
Vérité m'a manquée dans ce tome. Ce personnage charismatique part de Castelcerf et j'ai ressenti cruellement son absence ... tout comme Fitz. Je déteste Royal (bien que je trouve ce personnage fascinant. Il est si bien décrit par l'auteur que je ne peux m'empêcher de le voir se dandiner devant mes yeux!). Kettricken, Patience, Brodette, le fou, Burrich, Umbre, Subtil (comme il m'a fait de la peine), tous ces personnages me ravissent. Je les vois bouger et parler comme s'ils vivaient réellement. Je vois Castelcerf, je vois le château, ses écuries, ses couloirs, la chambre de Fitz, la cachette d'Umbre, je ressens l'Art et le Vif, ... Une vraie lecture-immersion.
Un troisième tome toujours aussi intelligent, fin, bien écrit, prenant, révoltant, efficace.
J'ai déjà entamé le quatrième tome et je suis déjà bien embarquée. La situation à Castelcerf a bien changé. Plus rien n'est comme avant et je ne sais pas comment va faire Fitz pour venger le roi.

" Ce massacre final fut empreint pour moi d'un bonheur violent et sauvage. J'ignorais où se trouvait la limite entre Œil-de-Nuit et moi.; je savais seulement que nous avions vaincu et que nous étions tous deux saufs. Nous nous désaltérâmes longuement au seau d'un puits communal et je lavai le sang de mes mains et de mon visage, puis nous nous assîmes, le dos contre la brique du puits, pour regarder le soleil se lever au dessus de l'épaisse brume qui recouvrait le sol. Œil-de-Nuit était chaud contre moi et nous ne pensions même pas."
(La nef du crepsucule, Robin Hobb, Piment, 2006)

(Source image : Amazon.fr. Rognage sur la jaquette de l'édition Pygmalion)

mardi 24 mai 2011

J'ai encore craqué!

Quelques achats :
- La ballade et la source de Rosamond Lehmann : Car j'adore la plume sensible, poétique et vraie de cette grande dame de la littérature. J'ai déjà dévoré L'invitation à la valse et Poussière, je possède également Le jour enseveli que je compte bien ouvrir rapidement.

- Grand hotel de Vicky Baum : Même si Lac aux dames du même auteur ne m'avait pas totalement convaincue, j'y ai trouvé tout de même un charme particulier. Et Grand hôtel me fait de l'oeil depuis un bout de temps.
- Tom Jones, enfant trouvé de Henry Fielding : Car j'aime la littérature du XVIIIème. Cela fait longtemps que je désire retrouver l'ambiance précieuse et désuète de Jacques le fataliste, La princesse de Cléves, Les liaisons dangereuses, ... Et puis, ce roman m'a l'air très agréable, drôle et croustillant. J'en ai entendu beaucoup de bien.

lundi 16 mai 2011

A pas de loup ...

L'assassin royal Tome 2
L'assassin du roi
Robin Hobb

France loisirs, Piment, 2006.


Fitz, le bâtard royal, a survécu à sa première mission meurtrière qui a failli lui coûter la vie. Revenu à la cour, il retrouve celle qu'il a aimée mais ne peut lui déclarer sa flamme sous peine de la condamner. Autour du trône s'élaborent de complexes intrigues dont il pourrait être la victime. Fin stratège, il parvient à contrer certains desseins malveillants alors que les pirates rouges menacent le royaume ...

Voilà, j'ai terminé (tardivement malheureusement) le tome 2 de L'assassin royal. Je me souviens qu'à l'époque (je vous rappelle que j'avais déjà lu le tome 1 et 2 il y a quelques années), j'avais préféré ce tome 2 au premier. Aujourd'hui, c'est le contraire. J'ai vraiment craqué pour le premier tome et pour le moment, il n'a pas été détrôné. Ce tome 2 est tout de même superbe. Tous les ingrédients du premier tome sont présents : aventure, émotion, humanité, sensibilité, mystère, haine, amour. La magie opère toujours.

Dans ce tome, apparaît une certaine violence qui n'était pas (ou peu) présente dans le tome 1. Les passages avec les forgisés, par exemple, m'ont totalement terrifiés. Cette scène terrible où il tente de dévorer une petite fille m'a hantée durant plusieurs jours.

J'aime le Fitz adolescent. Le jeune Fitz me touchait beaucoup et j'avais peur de me détacher de lui maintenant qu'il devient un homme. Mais non. Fitz devient un ami, un frère. Robin Hobb a une écriture qui nous fait ressentir toutes les émotions de Fitz. Elles nous prennent aux tripes, on les ressent physiquement ... comme si Fitz nous les transmettait par l'Art. Son histoire avec Molly est touchante. Robin Hobb ne tombe pas dans le mélodramatique ou la mièvrerie. Fitz et Molly s'aiment comme deux adolescents. Il s'agit d'un premier amour avec tout ce qui l'accompagne : la naïveté, la spontanéité, la fougue.

J'ai été triste de l’absence d'Umbre dans ce tome. Il est peu présent et sa personnalité m'a manquée. Vérité est toujours aussi séduisant et émouvant (malgré ses faiblesses) et Kettricken est fascinante. J'ai aimé sa personnalité passionnée et forte. J'ai hâte de la retrouver. J'espère qu'elle et Vérité réussiront à se trouver et à s'aimer. Ils forment un si beau couple. Quant au fou, quel personnage superbe! Quelle imagination madame Hobb!

Je ne sais pas trop quoi rajouter ... à part que je me régale et que j'entame le tome 3 : La nef du crépuscule.

" Je fus soulagé quand le vent déchira enfin les nuages et que la lune éclaira le paysage de sa lumière cendrée. Notre allure s'en trouva accélérée malgré la neige fraîche dans laquelle Suie pataugeait. D'un bois de bouleaux clairsemé, nous débouchâmes sur le versant d'une colline incendiée par la foudre quelques années plus tôt; là, le vent était plus fort, sans rien pour l'arrêter, et je m'emmitouflai davantage dans mon manteau, le col relevé. Je savais qu'au sommet de l'éminence, j'apercevrais les lumières de Castelcerf et que, passé une autre colline, au fond d'une combe, il y aurait une route pour me ramener chez moi. C'est donc le moral ragaillardi que nous escaladâmes le flanc pelé de la butte. "
(L'assassin du roi, Piment, 2006, p205)

(Source image : atlantis.joueb.com)

mercredi 4 mai 2011

Il faut bien un début à tout …

L'assassin royal Tome 1
L'apprenti assassin
Robin Hobb

Piment, France Loisirs, 2002.

Dans le royaume des Six-Duchés, Fitz, bâtard d’un prince rejeté par sa famille, est élevé à la cour par le maître d’écurie de son père. Le roi décide de lui enseigner l’art de la magie et à devenir un assassin...

Il s'agit ici d'une relecture. Je me suis déjà lancée dans la série de L'assassin royal il y a plusieurs années, mais je n'avais lu que les deux premiers tomes (mon avis de l'époque est ICI). La raison? La trouille de m'attaquer aux 13 tomes de cette énoooorme série. J'ai pris une bonne résolution cette année : prendre mon courage à deux mains et me lancer dans les aventures de Fitz … sans reculer cette fois. Mais bon, vu que je suis une jeune maman et que cette série est décidément trop longue, je vais y aller doucement. La série de L'assassin royal se divise en deux temps : un premier allant du tome 1 à 6, le second allant du tome 7 à 13, et entre les deux se glisse une série parallèle du même auteur Les aventuriers de la mer composée de 9 tomes. Je suis bien décidée à tout lire. Lire tout d'un coup, c'est un peu raide. En lire un de temps en temps par ci par là, je ne trouve pas ça tip top niveau immersion, donc je vais diviser ma lecture en 3 temps. Cette année, je me lance dans la première partie de L'assassin royal (du tome 1 au 6) que je vais lire d'une traite. Après une pause, dans quelques mois (voire un an), j'attaquerai Les aventuriers de la mer, et enfin, dans encore plus de temps, je finirai cette expérience en lisant les 7 derniers tomes de L'assassin royal. Peut-être que ça me prendra 3 ans, mais en tout cas, je suis bien décidée à les lire.

Bon, après cette intro barbante, parlons de ce premier tome.

Ma première lecture m'avait plu, cette seconde lecture m'a totalement charmée. Je ne me souvenais quasiment de rien. J'ai lu ce roman comme si je le découvrais pour la première fois. Lorsque je l'ai lu il y a quelques temps, j'avais trouvé ce livre très agréable, bien écrit, intelligent. Cette nouvelle lecture m'a révélée un roman palpitant, émouvant, profondément humain, captivant. J'ai adoré! Contrairement à ma première lecture, j'ai une envie folle et viscérale de retrouver Fitz et de découvrir ce qui lui arrive. Même si j'avais trouvé ce personnage vraiment attachant à ma première lecture, je dois avouer qu'aujourd'hui, je le trouve tout simplement géniallissime. Je me suis énormément attachée à lui, il fait parti de moi comme nombre de personnages de romans que j'ai rencontré jusqu'à maintenant.

Je ne suis pas une grande fan de Fantasy à proprement parler. J'aime beaucoup, j'adore m'y plonger de temps en temps, mais je ne suis pas une inconditionnelle pour autant. J'ai longtemps hésité avant de m'attaquer à cette série. Même après avoir lu les premières pages, même si j'étais totalement plongée dans l'histoire, j'ai plusieurs fois failli reculer par peur des nombreux tomes de cette série. Mais non, j'ai continué. J'ai envie de suivre Fitz durant plusieurs heures passionnantes de lecture, j'ai envie qu'il m'accompagne pendant plusieurs mois, j'ai envie d'être plongée dans ce monde superbe qu'a crée Robin Hobb.

Sous ses faux airs simplistes, l'histoire est passionnante. Robin Hobb ne brusque pas, elle prend son temps, installe l'atmosphère, nous fait connaître petit à petit les personnages. Je n'avais pas suffisamment remarqué le talent de conteuse de Madame Hobb la première fois. Si vous n'êtes pas un adepte de genre fantastique comme moi, n'ayez crainte, cette série est parfaitement accessible. Pas de noms tordus, d'intrigues totalement sorties de nulle part. Non. On se retrouve dans le monde de l'Assassin royal comme si on y vivait depuis toujours. Tout déborde de superbes idées : les prénoms des personnages, leur personnalité (le fou est tout simplement superbe, je suis amoureuse de Vérité et je désire plus que tout être formée par Umbre à l'art de l'assassinat), le Vif et l'Art (géniales inventions), les forgisés, ... Bref! Que d'imagination!

Bon ... Je vais arrêter de palabrer et je file retrouver Fitz et le second tome ...

" Ma plume hésite, puis échappe à ma main noueuse, laissant une bavure d'encre sur le papier de Geairepu. Encore une feuille de ce fin matériau gâchée, dans une entreprise que je soupçonne fort d'être vaine. Je me demande si je puis écrire cette histoire ou si, à chaque page transparaîtra un peu de cette amertume que je croyais éteinte depuis longtemps. Je m'imagine guéri de tout dépit mais, quand je pose ma plume sur le papier, les blessures d'enfance saignent au rythme de l'écoulement de l'encre née de la mer, et je finis par voir une plaie rouge vif sous chaque caractère soigneusement moulé."

(L'apprenti assassin, Robin Hobb, Piment, page 10)

(Source image : ici-japon.com)

samedi 16 avril 2011

« … une éponge imbibée d'émotions humaines. »

La promenade au phare

Virginia Woolf


Le livre de poche, 2009.

Fera-t-il beau demain pour la promenade au phare? Cette question plane sur la famille réunie un soir de mi-septembre dans la grande maison de vacances des îles Hébrides. Tout au long du livre s'insinue la pulsation de la mer. L'eau entrave les pensées. La vie se déverse et la mort surprend. Les années passent. La maison est abandonnée. Demeurent les petits miracles quotidiens, ces « allumettes inopinément frottées dans le noir ». Ce sont eux qui donnent un sens aux choses, un mouvement à la vie.

Ma première rencontre avec Virginia Woolf fut en partie loupée. Il faut dire que j'ai lu Mrs Dalloway sur la côté méditerranéenne pleine de touristes, de la famille tous les jours, des sorties, une chaleur étouffante, ... bref! pas l'idéal. J'avais trouvé l'écriture magnifique mais la monotonie de l'ensemble me faisait décrocher régulièrement.

Après cette intro, je peux enfin vous avouer que je me suis réconciliée avec Virginia Woolf. La promenade au phare est une petite merveille. Il ne s'y passe presque rien et pourtant, j'ai dévoré ce roman. C'est beau. Voilà, tout est dit. C'est un roman sur le temps qui passe, sur ce qu'on pense mais qu'on ne dit jamais, sur la vie, sur la mort. Il y a très peu d'échanges réels entre les personnages. Ce roman est basé sur leurs pensées. Le lecteur connaît leurs sentiments, mais est le seul. C'est un roman des non-dits. Virginia Woolf a une écriture sublime. Elle décrit à merveille ces petites (et parfois grandes) idées, pensées qui traversent notre esprit. Elles cheminent, se croisent, se mêlent, se contredisent, se réunissent. Un bijou! Elle décrit également comme personne ces petites sensations qui viennent nous assaillir quand on ne s'y attend pas. Comme cet extrait où je me suis totalement retrouvée : " … de même qu'un voyageur dans un train express lève les yeux de la page qu'il est en train de lire et voit dans une ferme, un arbre, un groupe de chaumières, l'illustration, la confirmation du texte imprimé auquel il revient satisfait et fortifié ... " (p53). Elle rentre dans la tête de ses personnages pour nous faire entendre cette petite voix qui est en chacun de nous.

" Il était maintenant nécessaire de franchir une étape. Un pied posé sur le seuil de la porte, elle demeura un instant encore dans une scène de sa vie qui s'évanouissait pendant le temps même qu'elle le considérait; puis lorsqu'elle avança et quitta la salle à manger au bras de Minta, cette scène changea, altéra sa forme; Mrs Ramsay, lui donnant un dernier regard en tournant la tête, savait qu'elle était déjà devenue le passé. " (p151). Cette oeuvre est saisissante. L'évocation du temps qui passe, ces sublimes scènes où Lily Briscoe revit les choses passées à travers le tableau qu'elle peint, tout ça prend aux tripes. Il plane une certaine nostalgie, une tristesse, une envie de retenir le temps qui s'écoule.

Un très très beau moment. J'ai adoré parcourir les mots de Virginia Woolf durant ces premiers jours de printemps. Un régal! La promenade au phare me donne envie de découvrir d'autres textes de cette plume envoûtante, humaine et si touchante.

" Et c'est fini!" dit-elle. Puis elle vit dans les yeux de son fils, au moment où s'éteignait l'intérêt suscité par l'histoire, quelque chose d'autre qui en prenait la place : une sorte d'étonnement pâle, semblable à la réflexion d'une lumière, qui donnait à son regard comme un émerveillement immobile. Elle se tourna et voici qu'en effet, de l'autre côté de la baie, elle aperçut la lumière du Phare qui envoyait régulièrement par-dessus les vagues, d'abord deux éclairs rapides, puis un long faisceau fixe. On l'avait allumé. "

(La promenade au phare, Virginia Woolf, livre de poche, 2009, p88/89)


(Source image : newlynschoolpainterst)