jeudi 26 mai 2011

Lâcher prise!

L'assassin royal Tome 3
La nef du crépuscule
Robin Hobb

France loisirs, Piment, 2006.

Dans le château de Castelcerf, la lutte pour la succession du vieux roi Subtil est ouverte. Le prince héritier, Vérité, consacre ses forces à éloigner les pirates rouges. Son frère, le prince Royal, cherche à l'éliminer à son profit. Mais dans sa conquête du trône, il doit affronter le courageux Fitz, la reine et le maître assassin qui connaît tout de l'âme humaine. Leur loyauté au prince Vérité suffira-t-elle à sauver le royaume des Six-Duchés?

Je viens de refermer le troisième tome des aventures de Fitz et je suis toujours aussi emballée. Ce roman n'a rien à envier aux deux premiers : aventure, émotion, suspense, les mêmes ingrédients sont au rendez-vous sans jamais, pour autant, tomber dans la répétition. Par contre, moi, je vais être brève car je risque de tomber en plein dedans.
Vérité m'a manquée dans ce tome. Ce personnage charismatique part de Castelcerf et j'ai ressenti cruellement son absence ... tout comme Fitz. Je déteste Royal (bien que je trouve ce personnage fascinant. Il est si bien décrit par l'auteur que je ne peux m'empêcher de le voir se dandiner devant mes yeux!). Kettricken, Patience, Brodette, le fou, Burrich, Umbre, Subtil (comme il m'a fait de la peine), tous ces personnages me ravissent. Je les vois bouger et parler comme s'ils vivaient réellement. Je vois Castelcerf, je vois le château, ses écuries, ses couloirs, la chambre de Fitz, la cachette d'Umbre, je ressens l'Art et le Vif, ... Une vraie lecture-immersion.
Un troisième tome toujours aussi intelligent, fin, bien écrit, prenant, révoltant, efficace.
J'ai déjà entamé le quatrième tome et je suis déjà bien embarquée. La situation à Castelcerf a bien changé. Plus rien n'est comme avant et je ne sais pas comment va faire Fitz pour venger le roi.

" Ce massacre final fut empreint pour moi d'un bonheur violent et sauvage. J'ignorais où se trouvait la limite entre Œil-de-Nuit et moi.; je savais seulement que nous avions vaincu et que nous étions tous deux saufs. Nous nous désaltérâmes longuement au seau d'un puits communal et je lavai le sang de mes mains et de mon visage, puis nous nous assîmes, le dos contre la brique du puits, pour regarder le soleil se lever au dessus de l'épaisse brume qui recouvrait le sol. Œil-de-Nuit était chaud contre moi et nous ne pensions même pas."
(La nef du crepsucule, Robin Hobb, Piment, 2006)

(Source image : Amazon.fr. Rognage sur la jaquette de l'édition Pygmalion)

mardi 24 mai 2011

J'ai encore craqué!

Quelques achats :
- La ballade et la source de Rosamond Lehmann : Car j'adore la plume sensible, poétique et vraie de cette grande dame de la littérature. J'ai déjà dévoré L'invitation à la valse et Poussière, je possède également Le jour enseveli que je compte bien ouvrir rapidement.

- Grand hotel de Vicky Baum : Même si Lac aux dames du même auteur ne m'avait pas totalement convaincue, j'y ai trouvé tout de même un charme particulier. Et Grand hôtel me fait de l'oeil depuis un bout de temps.
- Tom Jones, enfant trouvé de Henry Fielding : Car j'aime la littérature du XVIIIème. Cela fait longtemps que je désire retrouver l'ambiance précieuse et désuète de Jacques le fataliste, La princesse de Cléves, Les liaisons dangereuses, ... Et puis, ce roman m'a l'air très agréable, drôle et croustillant. J'en ai entendu beaucoup de bien.

lundi 16 mai 2011

A pas de loup ...

L'assassin royal Tome 2
L'assassin du roi
Robin Hobb

France loisirs, Piment, 2006.


Fitz, le bâtard royal, a survécu à sa première mission meurtrière qui a failli lui coûter la vie. Revenu à la cour, il retrouve celle qu'il a aimée mais ne peut lui déclarer sa flamme sous peine de la condamner. Autour du trône s'élaborent de complexes intrigues dont il pourrait être la victime. Fin stratège, il parvient à contrer certains desseins malveillants alors que les pirates rouges menacent le royaume ...

Voilà, j'ai terminé (tardivement malheureusement) le tome 2 de L'assassin royal. Je me souviens qu'à l'époque (je vous rappelle que j'avais déjà lu le tome 1 et 2 il y a quelques années), j'avais préféré ce tome 2 au premier. Aujourd'hui, c'est le contraire. J'ai vraiment craqué pour le premier tome et pour le moment, il n'a pas été détrôné. Ce tome 2 est tout de même superbe. Tous les ingrédients du premier tome sont présents : aventure, émotion, humanité, sensibilité, mystère, haine, amour. La magie opère toujours.

Dans ce tome, apparaît une certaine violence qui n'était pas (ou peu) présente dans le tome 1. Les passages avec les forgisés, par exemple, m'ont totalement terrifiés. Cette scène terrible où il tente de dévorer une petite fille m'a hantée durant plusieurs jours.

J'aime le Fitz adolescent. Le jeune Fitz me touchait beaucoup et j'avais peur de me détacher de lui maintenant qu'il devient un homme. Mais non. Fitz devient un ami, un frère. Robin Hobb a une écriture qui nous fait ressentir toutes les émotions de Fitz. Elles nous prennent aux tripes, on les ressent physiquement ... comme si Fitz nous les transmettait par l'Art. Son histoire avec Molly est touchante. Robin Hobb ne tombe pas dans le mélodramatique ou la mièvrerie. Fitz et Molly s'aiment comme deux adolescents. Il s'agit d'un premier amour avec tout ce qui l'accompagne : la naïveté, la spontanéité, la fougue.

J'ai été triste de l’absence d'Umbre dans ce tome. Il est peu présent et sa personnalité m'a manquée. Vérité est toujours aussi séduisant et émouvant (malgré ses faiblesses) et Kettricken est fascinante. J'ai aimé sa personnalité passionnée et forte. J'ai hâte de la retrouver. J'espère qu'elle et Vérité réussiront à se trouver et à s'aimer. Ils forment un si beau couple. Quant au fou, quel personnage superbe! Quelle imagination madame Hobb!

Je ne sais pas trop quoi rajouter ... à part que je me régale et que j'entame le tome 3 : La nef du crépuscule.

" Je fus soulagé quand le vent déchira enfin les nuages et que la lune éclaira le paysage de sa lumière cendrée. Notre allure s'en trouva accélérée malgré la neige fraîche dans laquelle Suie pataugeait. D'un bois de bouleaux clairsemé, nous débouchâmes sur le versant d'une colline incendiée par la foudre quelques années plus tôt; là, le vent était plus fort, sans rien pour l'arrêter, et je m'emmitouflai davantage dans mon manteau, le col relevé. Je savais qu'au sommet de l'éminence, j'apercevrais les lumières de Castelcerf et que, passé une autre colline, au fond d'une combe, il y aurait une route pour me ramener chez moi. C'est donc le moral ragaillardi que nous escaladâmes le flanc pelé de la butte. "
(L'assassin du roi, Piment, 2006, p205)

(Source image : atlantis.joueb.com)

mercredi 4 mai 2011

Il faut bien un début à tout …

L'assassin royal Tome 1
L'apprenti assassin
Robin Hobb

Piment, France Loisirs, 2002.

Dans le royaume des Six-Duchés, Fitz, bâtard d’un prince rejeté par sa famille, est élevé à la cour par le maître d’écurie de son père. Le roi décide de lui enseigner l’art de la magie et à devenir un assassin...

Il s'agit ici d'une relecture. Je me suis déjà lancée dans la série de L'assassin royal il y a plusieurs années, mais je n'avais lu que les deux premiers tomes (mon avis de l'époque est ICI). La raison? La trouille de m'attaquer aux 13 tomes de cette énoooorme série. J'ai pris une bonne résolution cette année : prendre mon courage à deux mains et me lancer dans les aventures de Fitz … sans reculer cette fois. Mais bon, vu que je suis une jeune maman et que cette série est décidément trop longue, je vais y aller doucement. La série de L'assassin royal se divise en deux temps : un premier allant du tome 1 à 6, le second allant du tome 7 à 13, et entre les deux se glisse une série parallèle du même auteur Les aventuriers de la mer composée de 9 tomes. Je suis bien décidée à tout lire. Lire tout d'un coup, c'est un peu raide. En lire un de temps en temps par ci par là, je ne trouve pas ça tip top niveau immersion, donc je vais diviser ma lecture en 3 temps. Cette année, je me lance dans la première partie de L'assassin royal (du tome 1 au 6) que je vais lire d'une traite. Après une pause, dans quelques mois (voire un an), j'attaquerai Les aventuriers de la mer, et enfin, dans encore plus de temps, je finirai cette expérience en lisant les 7 derniers tomes de L'assassin royal. Peut-être que ça me prendra 3 ans, mais en tout cas, je suis bien décidée à les lire.

Bon, après cette intro barbante, parlons de ce premier tome.

Ma première lecture m'avait plu, cette seconde lecture m'a totalement charmée. Je ne me souvenais quasiment de rien. J'ai lu ce roman comme si je le découvrais pour la première fois. Lorsque je l'ai lu il y a quelques temps, j'avais trouvé ce livre très agréable, bien écrit, intelligent. Cette nouvelle lecture m'a révélée un roman palpitant, émouvant, profondément humain, captivant. J'ai adoré! Contrairement à ma première lecture, j'ai une envie folle et viscérale de retrouver Fitz et de découvrir ce qui lui arrive. Même si j'avais trouvé ce personnage vraiment attachant à ma première lecture, je dois avouer qu'aujourd'hui, je le trouve tout simplement géniallissime. Je me suis énormément attachée à lui, il fait parti de moi comme nombre de personnages de romans que j'ai rencontré jusqu'à maintenant.

Je ne suis pas une grande fan de Fantasy à proprement parler. J'aime beaucoup, j'adore m'y plonger de temps en temps, mais je ne suis pas une inconditionnelle pour autant. J'ai longtemps hésité avant de m'attaquer à cette série. Même après avoir lu les premières pages, même si j'étais totalement plongée dans l'histoire, j'ai plusieurs fois failli reculer par peur des nombreux tomes de cette série. Mais non, j'ai continué. J'ai envie de suivre Fitz durant plusieurs heures passionnantes de lecture, j'ai envie qu'il m'accompagne pendant plusieurs mois, j'ai envie d'être plongée dans ce monde superbe qu'a crée Robin Hobb.

Sous ses faux airs simplistes, l'histoire est passionnante. Robin Hobb ne brusque pas, elle prend son temps, installe l'atmosphère, nous fait connaître petit à petit les personnages. Je n'avais pas suffisamment remarqué le talent de conteuse de Madame Hobb la première fois. Si vous n'êtes pas un adepte de genre fantastique comme moi, n'ayez crainte, cette série est parfaitement accessible. Pas de noms tordus, d'intrigues totalement sorties de nulle part. Non. On se retrouve dans le monde de l'Assassin royal comme si on y vivait depuis toujours. Tout déborde de superbes idées : les prénoms des personnages, leur personnalité (le fou est tout simplement superbe, je suis amoureuse de Vérité et je désire plus que tout être formée par Umbre à l'art de l'assassinat), le Vif et l'Art (géniales inventions), les forgisés, ... Bref! Que d'imagination!

Bon ... Je vais arrêter de palabrer et je file retrouver Fitz et le second tome ...

" Ma plume hésite, puis échappe à ma main noueuse, laissant une bavure d'encre sur le papier de Geairepu. Encore une feuille de ce fin matériau gâchée, dans une entreprise que je soupçonne fort d'être vaine. Je me demande si je puis écrire cette histoire ou si, à chaque page transparaîtra un peu de cette amertume que je croyais éteinte depuis longtemps. Je m'imagine guéri de tout dépit mais, quand je pose ma plume sur le papier, les blessures d'enfance saignent au rythme de l'écoulement de l'encre née de la mer, et je finis par voir une plaie rouge vif sous chaque caractère soigneusement moulé."

(L'apprenti assassin, Robin Hobb, Piment, page 10)

(Source image : ici-japon.com)

samedi 16 avril 2011

« … une éponge imbibée d'émotions humaines. »

La promenade au phare

Virginia Woolf


Le livre de poche, 2009.

Fera-t-il beau demain pour la promenade au phare? Cette question plane sur la famille réunie un soir de mi-septembre dans la grande maison de vacances des îles Hébrides. Tout au long du livre s'insinue la pulsation de la mer. L'eau entrave les pensées. La vie se déverse et la mort surprend. Les années passent. La maison est abandonnée. Demeurent les petits miracles quotidiens, ces « allumettes inopinément frottées dans le noir ». Ce sont eux qui donnent un sens aux choses, un mouvement à la vie.

Ma première rencontre avec Virginia Woolf fut en partie loupée. Il faut dire que j'ai lu Mrs Dalloway sur la côté méditerranéenne pleine de touristes, de la famille tous les jours, des sorties, une chaleur étouffante, ... bref! pas l'idéal. J'avais trouvé l'écriture magnifique mais la monotonie de l'ensemble me faisait décrocher régulièrement.

Après cette intro, je peux enfin vous avouer que je me suis réconciliée avec Virginia Woolf. La promenade au phare est une petite merveille. Il ne s'y passe presque rien et pourtant, j'ai dévoré ce roman. C'est beau. Voilà, tout est dit. C'est un roman sur le temps qui passe, sur ce qu'on pense mais qu'on ne dit jamais, sur la vie, sur la mort. Il y a très peu d'échanges réels entre les personnages. Ce roman est basé sur leurs pensées. Le lecteur connaît leurs sentiments, mais est le seul. C'est un roman des non-dits. Virginia Woolf a une écriture sublime. Elle décrit à merveille ces petites (et parfois grandes) idées, pensées qui traversent notre esprit. Elles cheminent, se croisent, se mêlent, se contredisent, se réunissent. Un bijou! Elle décrit également comme personne ces petites sensations qui viennent nous assaillir quand on ne s'y attend pas. Comme cet extrait où je me suis totalement retrouvée : " … de même qu'un voyageur dans un train express lève les yeux de la page qu'il est en train de lire et voit dans une ferme, un arbre, un groupe de chaumières, l'illustration, la confirmation du texte imprimé auquel il revient satisfait et fortifié ... " (p53). Elle rentre dans la tête de ses personnages pour nous faire entendre cette petite voix qui est en chacun de nous.

" Il était maintenant nécessaire de franchir une étape. Un pied posé sur le seuil de la porte, elle demeura un instant encore dans une scène de sa vie qui s'évanouissait pendant le temps même qu'elle le considérait; puis lorsqu'elle avança et quitta la salle à manger au bras de Minta, cette scène changea, altéra sa forme; Mrs Ramsay, lui donnant un dernier regard en tournant la tête, savait qu'elle était déjà devenue le passé. " (p151). Cette oeuvre est saisissante. L'évocation du temps qui passe, ces sublimes scènes où Lily Briscoe revit les choses passées à travers le tableau qu'elle peint, tout ça prend aux tripes. Il plane une certaine nostalgie, une tristesse, une envie de retenir le temps qui s'écoule.

Un très très beau moment. J'ai adoré parcourir les mots de Virginia Woolf durant ces premiers jours de printemps. Un régal! La promenade au phare me donne envie de découvrir d'autres textes de cette plume envoûtante, humaine et si touchante.

" Et c'est fini!" dit-elle. Puis elle vit dans les yeux de son fils, au moment où s'éteignait l'intérêt suscité par l'histoire, quelque chose d'autre qui en prenait la place : une sorte d'étonnement pâle, semblable à la réflexion d'une lumière, qui donnait à son regard comme un émerveillement immobile. Elle se tourna et voici qu'en effet, de l'autre côté de la baie, elle aperçut la lumière du Phare qui envoyait régulièrement par-dessus les vagues, d'abord deux éclairs rapides, puis un long faisceau fixe. On l'avait allumé. "

(La promenade au phare, Virginia Woolf, livre de poche, 2009, p88/89)


(Source image : newlynschoolpainterst)

lundi 4 avril 2011

" ... voici qu'était venu mon amour et mon seigneur, et hélas! j'étais défigurée! "

Sarn

Mary Webb

Livre de poche, 1962.

Sarn est le nom d'un étang, d'une ferme, d'une famille, dans une province reculée de l'Angleterre où les superstitions ancestrales, la sorcellerie ont plus de présence que la réalité des guerres napoléoniennes. A travers l'histoire de Gédéon Sarn, ambitieux et cupide, et de sa sœur, la douce Prue que défigure un bec-de-lièvre, ce roman plein de bruit et de fureur, d'incendies, de poisons, d'enfants abandonnés, est une fable morale où l'ordre triomphe du désordre, où l'amour universel l'emporte sur la passion égoïste.

Sarn reposait dans ma bibliothèque depuis un bout de temps. J'ai entendu parler de ce livre auprès de plusieurs personnes amoureuses des romans classiques anglais. J'ai découvert une ambiance douce, poétique, une plume à la Elizabeth Goudge avec un côté sombre et violent en plus.

Sarn est une réelle belle histoire. On se perd dans la campagne anglaise près du lac obscure de Sarn, on suit Prue à travers la Lande, on retrouve cette ambiance si typiquement anglaise, si envoûtante.

Prue m'a énormément touchée. Cette femme passionnée et passionnante, pas belle, mais attirante, est tout simplement magnifique. Cette" Jane Eyre" campagnarde gagne tout de suite notre coeur pour ne jamais le perdre jusqu'au mot fin. Autre personnage géniallissime, Gédéon, le frère de Prue. Homme sombre, violent, ambitieux, fier, un "Heathcliff" dans l'âme, a quelque chose d'attirant, de touchant. J'ai adoré ce personnage. Il m'a fait autant frémir de peur que pleurer de tendresse : " Peut-être avez-vous surpris une libellule sortant de son fourreau? Elle lutte, elle se débat de telle façon qu'on croirait qu'elle va mourir. J'en ai vu qui, dans leur agonie, faisaient des bonds d'acrobates. Il leur faut passer par là pour être libres; c'est une souffrance comme celle de la mise au monde, très pénible à voir. Chez notre Gédéon, c'était bien pire. Il était assis là, près du bon feu qui faisait briller comme du sang noir la bière renversée sur les dalles, et pendant plus d'une heure il ne dit pas un mot. " (p83). Autour de ces deux personnages principaux évolue Jancis, une belle jeune fille, promise à Gédéon, douce et adorable. Mary Webb aurait pu la faire belle, mais stupide et méchante afin de valoriser Prue, mais non, Jancis est attachante. On aime cet être fragile et tendre. Quant à Kester, le tisserand, je pense que l'on ne peut que tomber amoureuse de cet homme fort, tolérant et doux (Aah! La scène finale! J'en tremble encore ... et celle des libellules!*soupir*. Quel romantisme ... et même pas nian-nian en plus ... juste ce qu'il faut!).

Cette histoire est à la fois d'une douceur magnifique (la belle plume de Mary Webb aidant) et violente et cruelle. Elle est simple et complexe, mystique et réaliste, poétique et humaine, elle est tout, elle est rien.

Rentrer dans Sarn, c'est rentrer dans une bulle. Mary Webb nous offre de véritables peintures, de magnifiques tableaux. La nature est omniprésente. Une plume qui la décrit avec merveille, qui la fait vivre, on sent Sarn, on goûte Sarn. Nous sommes auprès de Prue, la passionnée, la révoltée, la douce, la forte, la fragile dans cette campagne magique et merveilleuse : "Quand la brise vint, les feuilles lapèrent le silence comme fait la langue des petits animaux en buvant. On voyait dans le ciel des nuages semblables à la dentelle qui ornait la rode de mariage de mère, et une lune déclinante aussi verte qu'une jeune feuille de hêtre. Sous l'eau unie étaient une autre lune, un peu moins brillante, d'autres nuages un peu moins dentelés, et l'ombre du clocher, vague et mystérieuse, dont la pointe se tendait vers nous. " (p52/53)

Cette découverte de la plume de Mary Webb fut un pur plaisir. J'y ai retrouvé cet amour de la nature que j'aime tant chez Elizabeth Goudge, ainsi que cette évocation du monde magique, du monde merveilleux rencontrant le monde réel. Je possède La renarde de cette dame à la plume captivante et je compte bien m'y plonger rapidement ... et avec passion.


"Quand, à la barrière, je passai près du buisson d'aubépines, la rosée, jaillissant des pétales, tomba en averse sur ma robe. Tout était si calme que je pouvais entendre les moutons brouter dans la glèbe, à l'autre bout de l'étang, les poissons sauter à la surface, et l'eau clapoter contre les grandes feuilles raides des roseaux.

Vêtue de mes plus beaux effets un jour de semaine, je m'imaginais être une dame. Il ne m'arrivait pas souvent de pouvoir m'échapper, et cela devait m'arriver plus rarement encore par la suite. Aussi étais-je contente que Gédéon voulût bien faire de moi une personne instruite, car, une fois par semaine, je pourrais sortir l'après-midi et le soir. "

(Sarn, Mary Webb, Livre de poche, 1962, p52)
(Source image : precious-bane.com)

dimanche 27 mars 2011

Nostalgie quand tu nous tiens ...


Je viens de faire un bon de 10 ans en arrière ... et ça fait un bien fou!
Pour une fois, cet après-midi, j'ai allumé la télé. Je suis tombée pile au début d'un téléfilm en 2 parties : Les brumes d'Avalon d'Uli Edel (2001), l'adaptation des Dames du lac de Marion Zimmer Bradley. J'ai prié pour que mon Romanzino soit sage durant les 3 prochaines heures (et c'est ce qu'il a fait) et je me suis laissée bercer par cette si belle histoire.

Je me suis revue il y a 10 ans, lycéenne, dévorant avidement les 3 tomes des Dames du lac. J'ai retrouvé la touchante et si humaine Morgane, la troublante Viviane, Guenièvre la torturée et toutes ces autres femmes qui composent cette fabuleuse légende.
Je ne peux pas dire réellement si cette adaptation est fidèle car ma lecture remonte à trop longtemps. Mais j'ai retrouvé l'ambiance, la tristesse, la fatalité, la passion, j'ai retrouvé les personnages que j'ai aimé ou détesté. J'ai fait un plongeon dans mes souvenirs de lecture et c'était délicieux!
J'avais déjà déclaré ma flamme à Marion Zimmer Bradley ICI, donc c'est inutile que je m'épanche ici aussi. Mais j'avais envie de vous faire partager ma joie de redécouvrir cette histoire que je conseille à tous de lire ...
J'ai passé un bien agréable moment à regarder cette adaptation. L'émotion est restée intacte!

Il faut vraiment que je relise les romans!

(Sources images : ozap.com ; karminette.easyforum.fr ; ...)

samedi 26 mars 2011

Mon Salon du livre à moi!

Vu que la récente naissance de mon Romanzino ne m'a pas permise d'aller au Salon du livre de Paris cette année (alors que j'y vais tous les ans depuis 2007), j'ai décidé ce matin de me venger et de me faire comme même des cadeaux. J'ai filé, avec mon Bout'de'chou, dans la grande librairie du coin et je me suis offert 3 romans que je voulais depuis un bout de temps.

La promenade au phare de Virginia Woolf : Ma première (et unique) lecture de Virginia Woolf (Mrs Dalloway) fut assez partagée. J'y avais trouvé de magnifiques phrases, une sublime plume, une sensibilité prenante, mais je m'y étais un peu paumée. Je ne m'avoue pas vaincue. Je suis décidée à relire Virginia Woolf. C'est pour cela que je me suis offerte La promenade au phare, le roman qui m'attire le plus de cette écrivain.



- Gatsby le magnifique de F.S Fitzgerald : J'ai envie de combler depuis quelques temps mon inculture totale en littérature classique américaine. Celui-là me fait de l'oeil depuis un bon bout de temps.
- Bellefleur de J.C Oates : Je ne connais pas cette plume de la littérature américaine qui pourtant réunit de nombreux adeptes. Je suis tombée (par hasard) sur cette belle édition et j'ai craqué. J'ai entendu dire que ce roman était un peu complexe et étrange, mais malgré ça, j'ai envie de me plonger dans cette histoire gothique où se mêlent ambiances noires et secrets de famille.

Voilà les achats d'une jeune maman toujours accro aux livres!!

mardi 22 mars 2011

Au coin de la rue ...

Le gentil petit diable et autres contes de la rue Broca
Pierre Gripari

Folio junior, 1982.

Dans cette 2nde et dernière série des Contes de la rue Broca, Monsieur Pierre va raconter aux enfants de Papa Saïd des histoires très très vraies et très très sérieuses.
Celle du petit diable qui faisait le désespoir de sa famille parce qu'il voulait être gentil.
Celle de l'avare qui aimait tellement son argent qu'il ne s'apercevait même pas qu'il était mort.
Celle du prince qui épousa la sirène, celle du petit cochon qui avala l'étoile polaire, et celle enfin du jeune nigaud qui alla chercher "je ne sais quoi", le rapporta, le partagea et rendit tout le monde heureux.


Pierre Gripari nous offre des petits contes plein de bonne humeur. Simples, courts, sans prétention, ces histoires nous emménent en enfer, à l"heure de la création du monde, sous la mer, ... Pierre Gripari nous prend par la main et on le suit. Ce ne sont pas les plus beaux, ni les plus drôles ou les plus émouvants contes que j'ai lu, mais ils sont touchants et très agréables à lire. Mon préféré est Je-ne-sais-qui, je-ne-sais-quoi. J'ai trouvé ce conte très intelligent et malin. Sous une apparente simplicité, Pierre Gripari nous apprend que nous avons tous le droit de choisir notre vie, que nous sommes tous libres et que le Bien et le Mal ne sont pas figés. On peut faire des erreurs et être pourtant quelqu'un de bien ... et vice versa.

Des petits contes agréables à lire ... A découvrir!

" Il était une fois un riche marchand qui avait trois fils : les deux premiers étaient intelligents, et le troisième idiot - mais tellement idiot qu'on l'appelait Manque-de-chance. Chaque fois qu'il portait quelque chose, il le laissait tomber. Chaque fois qu'il ouvrait la bouche, il disait une sottise. Chaque fois qu'il prenait un outil, il faisait un malheur. Et les gens du pays, qui le conaissaient bien, préféraient le nourrir gratis, plutôt que le laisser toucher à quoi que ce soit. "

(Je-ne-sais-qui,je-ne-sais-quoi, Les contes de la rue Broca, folio junior, 1982, p96)

(Source image : mediatheque-poissy.fr)

dimanche 20 mars 2011

" Qu'on lui coupe la tête!"

Marie Stuart
Stefan Zweig

Le livre de poche, 2001.

Reine d'Ecosse à l'âge de six jours, en 1542, puis reine de France à dix-sept ans par son mariage avec François II, Marie Stuart est veuve en 1560. Elle rentre alors en Ecosse et épouse lord Darnley avant de devenir la maîtresse du comte Bothwell. Lorsque ce dernier assassine Darnley, Marie doit se réfugier auprès de sa rivale, Elisabeth Ier, reine d'Angleterre. Celle-ci la retiendra vingt ans captive, avant de la faire condamner à mort. Son courage devant le supplice impressionnera les témoins, au point de métamorphoser celle que l'on disait une criminelle en une martyre de la foi catholique ...
Sur cette figure fascinante et controversée de l'histoire britannique, Stefan Zweig, le biographe de Marie-Antoinette, a mené une enquête rigoureuse. Ce récit passionné et critique nous la restitue avec ses ombres et ses lumières, ses faiblesses et sa grandeur.

Zweig est une valeur sûre. Même si j'ai une large préférence pour ses romans, j'aime bien parfois le retrouver avec ses biographies. J'avais beaucoup aimé Marie-Antoinette, j'ai également beaucoup apprécié Marie Stuart.

De cette femme autant dire que j'ignorais absolument tout. A part une vague idée du contexte historique, j'ai ouvert ce roman sans idées précises de ce qui s'y trouvait. Je me suis retrouvée plongée au début de la Renaissance, dans cette période trouble des guerres de religions, à l'époque de la triste et célébre Saint Barthélémy française (ça m'a rappelé l'ambiance du geniallissime La reine Margot de Dumas). Nous sommes en Ecosse et Marie Stuart devient reine alors qu'elle n'a que 6 jours. Commence alors une histoire passionnante. L'Histoire (avec un grand H) regorge de scénarii bouleversants. Celui de Marie Stuart est un vrai drame théâtral. Haine, jalousie, intrigue amoureuse, ambition, pouvoir, trahison. Tout y est!

Marie Stuart n'est pas très attachante. On l'admire dans une certaine mesure (surtout au moment de sa chute finale), mais elle reste un personnage assez étrange, paradoxale. J'ai eu beaucoup de mal à la cerner. Quant à la reine Elisabeth, j'ai aimé voir ce si grand personnage prendre vie devant mes yeux. Elle m'a intimidée, fascinée, impressionnée.

J'aime les romans historiques. J'aime cette sensation d'apprendre des choses tout en parcourant un récit génial et palpitant. Quand en plus le roman est écrit par un géni comme Zweig, tout est dit.

Je vous conseille fortement les biographies de Zweig. J'ai préféré Marie-Antoinette (sûrement parce qu'il traite de notre Histoire), mais Marie Stuart est également palpitant. Si vous voulez un roman intelligent, agréable, instructif, passionnant, facile à lire, alors lisez Marie Stuart. Si vous voulez lire une plume magnifique, sensible, profondément humaine, alors lisez Zweig (c'est un ordre ... et ce n'est pas négociable!).

" A l'âge de six jours Marie Stuart est reine d'Ecosse : dès le commencement de sa vie s'accomplit la loi de son destin qui veut qu'elle reçoive tout trop tôt de la fortune pour pouvoir en jouir consciemment. Lorsqu'elle vient au monde au château de Linlithgow, en ce sombre jour de décembre 1542, son père Jacques V agonise dans un château voisin, à Falkland ; il n'a que trente et un ans et cependant il est déjà écrasé par la vie, las de la lutte, las de la couronne. "

(Marie Stuart, Zweig, Livre de poche, 2001, p17)

(Source image : guide-site-touristique.com)