vendredi 30 septembre 2011

Je radote ... Et alors?

Je le dis chaque année ... mais tant pis, je le dis quand même : je suis ravie de voir revenir l'automne!


Douces lectures au coin du feu, tasse de thé brûlant à la main, plaid jeté sur les épaules, pulls douillets, balade dans la nature orangée bien emmitouflée, chasse aux champignons, bonheur de rentrer chez soi après une promenade sous la pluie, vent qui claque les carreaux, goût de la soupe maison, plaisir de cuisiner de bonnes et réconfortantes pâtisseries, bruit de la pluie qui ruisselle, moments créatifs, dessins, herbiers et coutures, cueillette des châtaignes, lectures victoriennes, livres gardés depuis un an pour ces premiers jours de froid, plaisir d'un rayon de soleil entre deux averses ....
Oui, j'aime l'automne et j'assume ...


(Source image : jpporshe.wordpress Germaine Bouret)
Tout comme celles de Sarah Kay, les illustrations de Germaine Bouret m'évoquent mes lectures d'enfant ...

dimanche 4 septembre 2011

Hey!

Non non je ne suis pas portée disparue ... Je suis là!
Travaillant en décalé des autres, je ne sors pas la tête du travail durant tout l'été. Maintenant que septembre est là, je peux souffler. Grand nettoyage "d'automne" dans tout l'appartement, tri des vêtements de Pti Romanzino (c'est fou comme elles grandissent vite ces petites bêtes là!), etc etc ... Bref, prête pour commencer cette rentrée!
Côté lecture, je suis toujours dans le gros pavé d'Anne-Marie Garat Dans la main du diable. J'aime beaucoup pour le moment, mais le manque de temps fait que je traîne un peu. Normalement, ça devrait s'arranger dans les jours qui viennent!


Sinon, voilà les nouveaux habitants (principalement des cadeaux) :

- Mille jours en Toscane de Marlena de Blasi : Roman contemporain italien qui a l'air de sentir bon le basilic et l'huile d'olive.

- Tu verras de Nicolas Fargues : Roman contemporain que je ne connais pas du tout, élu livre de l'année par France culture.

- Une odeur de gingembre d'Oswald Wynd : Je rêvais de le lire, on me l'a offert.

- Oeil ouvert et coeur battant de François Cheng : Des méditations sur la beauté qui ont l'air magnifiques.
- Les derniers jours de Stefan Zweig de Laurent Seksik : Pour en savoir un peu plus sur un de mes écrivains chouchous.
- Mrs Palfrey, Hôtel Claremont d'Elizabeth Taylor : Je ne connais pas du tout cette dame anglaise, mais j'en ai entendu le plus grand bien (nb : non, ce n'est pas l'actrice de Cléopâtre, c'est juste son homonyme).

- La peur et autres nouvelles de Stefan Zweig : Offert par Romanzo (il me connaît bien!)

- Contes du rivage de Simone Roger Vercel : Un vieux livre inconnu, trouvé par mon frère et ma belle-soeur dans une bouquinerie, parsemé d'illustrations faites à la main ... Une merveille!

- La fille du capitaine de Pouchkine : Dans une vieille et magnifique collection illustrée. Je me suis offerte également il n'y a pas longtemps La dame de pique du même auteur. Adorant la littérature russe, je ne voulais pas rester ignorante de la plume de Pouchkine.

- Les diaboliques de Barbey d'Aurevilly : Pour découvrir un peu plus cet auteur que je connais peu.
- Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll illustrée par Rebecca Dautremer : Magnifique! Bien que je connaisse déjà le roman, je me fais une joie de le relire dans cette sublime édition.


jeudi 11 août 2011

La femme ou la bête??

La chatte
Colette
Livre de poche, 1957.

Ce roman relate la passion d'un jeune homme, Alain, pour son animal de compagnie, Saha, une fascinante chatte de la race des chartreux. Jeune marié, il reste impénétrable aux yeux de sa femme, Camille, qui se prend de jalousie pour la chatte, favorite insurpassable.
(Résumé de wikipedia.org)

Je ne sais absolument pas quoi dire de ce roman. L'ayant commencé dans une période de travail intense, je n'ai pas vraiment réussi à me plonger dans ce livre ... qui, au final, me laisse dubitative.
J'avais envie de découvrir Colette depuis longtemps. Quelque chose dans les titres de ses romans m'évoque le bonheur des choses simples de la vie, le plaisir de la contemplation. J'ai trouvé La chatte intéressant et bien écrit, mais je n'ai pas pour autant été totalement emballée. Pas assez de douces descriptions comme je m'y attendais. Parfois trop lent, parfois trop rapide. Bref, un je-ne-sais-quoi qui ne m'a pas séduite. Pourtant, je dois admettre que c'est un texte totalement maîtrisé, original et intelligent. Ce triangle amoureux est très bien mené et saisissant. J'ai aimé participé aux échanges entre Camille et Alain, Alain et Saha, Camille et Saha. Ce texte est profond et mérite une grande analyse que je suis incapable de faire. Ce n'était pas le moment d'ouvrir ce texte je crois. J'ai du mal à le critiquer négativement car je sais qu'il ne le mérite pas. C'est un bon texte ... sincèrement. Mais je crois que je suis passée à côté ... et je ne sais pas pourquoi.
Après ce bref et décevant avis, je ne peux dire qu'une chose, La chatte est un roman à lire ... mais qui, pourtant, ne me laisse pas un souvenir inoubliable ... malheureusement. Je compte bien lire Chéri pour rattraper ce demi-échec.

" L'œil au loin, immobile, Camille lui tournait le dos. Pourtant la chatte regardait le dos de Camille, et son souffle s'accélérait. Elle se leva, tourna deux ou trois fois sur elle-même, interrogea la porte close... Camille n'avait pas bougé. Saha gonfla ses narines, montra une angoisse qui ressemblait à la nausée, un miaulement long, désolé, réponse misérable à un dessein imminent et muet, lui échappa, et Camille fit volte-face. "
(La chatte, Colette, Livre de poche, 1957)

(Source image : jacquier.org)

jeudi 4 août 2011

Je file ...

... pour dix jours de vacances!
J'aurai peut-être une connexion internet ... peut-être!


(Source image : alcentiel.free.fr)

mercredi 27 juillet 2011

Histoire de la vie ordinaire

Gatzby le magnifique
Francis Scott Fitzgerald

Les cahiers rouges, 1984.

Certains personnages de roman semblent plus vivants que les vivants parce qu'ils sont le double fraternel de l'auteur, qui les a pourvus de ce qu'il avait de plus secret, de plus désiré. Ainsi James Gatz, le héros de Gatsby le Magnifique. Ancien pauvre avant mystérieusement tait fortune, décoré de guerre, n'appartenant à aucun milieu, plus riche que les riches, l'outsider de Fitzgerald donne des fêtes fastueuses dans sa propriété de Long Island. Au bal des gouffres et des ambitions, son sourire cache une fêlure. Il aime une femme mariée, et l'aime depuis trop longtemps pour ne pas en mourir. Gatsby le Magnifique est un roman magique qui coupe le cœur en deux. Bienvenue dans les ors et les souffrances du dernier grand romantique.

J'ai passé un bon moment avec ce roman. Je découvre petit à petit la littérature classique américaine et je dois avouer que pour le moment, je n'ai que de bonnes surprises.
Pourtant, je n'ai pas trouvé que des qualités à ce texte. Les personnages ne sont pas attachants, on se sent détaché de cette histoire comme si on la vivait de très loin, alors qu'une de mes exigences en lecture est de réussir à m’immerger totalement dans le texte et de m’identifier aux personnages.
Mais ce roman a un je-ne-sais-quoi de réellement passionnant. Déjà, F.S Fitzgerald a une belle écriture. A certains moments, il laisse sa sensibilité, sa poésie resurgir. Durant ces merveilleux passages, Fitzgerald m'a fait pensé à mon chouchou d'amour : Zweig. J'ai trouvé l'histoire assez touchante malgré cette impression de mise à distance. En fait, c'est surtout Daisy qui m'a attendri. Cette femme condamnée à être malheureuse et trompée par un mari raciste est attendrissante. C'est vrai que je ne me suis pas vraiment attachée à elle mais j'ai lu son histoire avec émotion.
La critique de la haute société américaine est assez vive ici. Corruption, malheur, apparence, vice, hypocrisie, mensonge, Fitzgerald n'est pas tendre avec ses riches compatriotes. C'est un roman très pessimiste, très sombre. Le bonheur semble ne pas avoir sa place ou, en tout cas, n'être qu'un bref instant, une joie éphémère. C'est le thème qui m'a le plus interpellée et que j'ai le plus apprécié.
J'ai vraiment aimé la plume de Fitzgerald. J'ai trouvé ce roman passionnant, absolument pas ennuyeux, plutôt beau et sensible mais également intelligent et pertinent. J'ai aimé l'ambiance "année 20", mélange de fête et de dépression, les années d'après-guerre où une génération de désenchantés tente de trouver un bonheur qui semble inatteignable.
Un roman que je recommande chaudement.

"A mesure que la Terre se détache à regret du soleil, l'éclat des lumières s'amplifie. L'orchestre joue des arrangements de musique brillante et légère et le concert des voix monte vers l'aigu. Les rires se font plus francs de minute en minute et jaillissent au moindre jeu de mot avec plus d'abandon. Les groupes changent plus vite, se gonflent au passage de nouveaux arrivants, se désagrègent et se reforment, en une même respiration - et déjà se détachent les téméraires, les femmes sûres d'elles-mêmes, qui louvoient çà et là, entre les ilôts les plus stables et les mieux ancrés, y deviennent pour un temps très bref le centre d'une excitation joyeuse, puis, fières de leur triomphe, reprennent leur navigation, portées par le courant des voix, des couleurs, des visages, dans une lumière qui change sans cesse."
(Gatzby le magnifique, Fitzgerald, Cahiers rouges, 1984)

(Source image : Rognage de la couverture de Grand Hôtel de Vicky Baum édition Libretto)

dimanche 17 juillet 2011

J'ai trouvé ma vocation : chasseuse de fossiles.

Prodigieuses créatures
Tracy Chevalier

Folio, 2011.

« La foudre m'a frappée toute ma vie. Mais une seule fois pour de vrai ».
Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces « prodigieuses créatures » qui remettent en question les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d'un milieu modeste se heurte à la communauté scientifique, exclusivement composée d'hommes. Elle trouve une alliée inattendue en Elizabeth Philpot, vieille fille intelligente et acerbe qui l'accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double de rivalité, elle reste, face à l’hostilité générale, leur meilleure arme.
Avec une finesse qui rappelle Jane Austen, Tracy Chevalier raconte, dans Prodigieuses Créatures, l'histoire d'une femme qui, bravant sa condition et sa classe sociale, fait l'une des plus grandes découvertes du XIXe siècle.

Prodigieuses créatures est un roman très agréable. Se situant à Lyme regis (où se déroule certaines scènes de Persuasion de Jane Austen), j'ai embarqué rapidement dans ce beau roman. Ayant pour décors les plages anglaises et les falaises battues par les vents, Prodigieuses créatures est un livre efficace et passionnant. Il m'a donnée envie de partir à la chasse aux fossiles et ça, ce n'est pas donné à tous les romans.
On ne s'ennuie pas auprès de Mary Annings et Elizabeth Philpot. J'ai retrouvé les ambiances anglaises qui me sont chères et l'histoire que nous compte Tracy Chevalier est touchante. Ces deux femmes que tout oppose vont se soutenir, s'aimer, s'aider. J'ai particulièrement aimé le personnage de Miss Philpot, cette vieille fille m'a vraiment séduite. J'ai aimé sa vie à Morley Cottage avec ses deux soeurs. Je devrais les plaindre d'être vieilles filles et pourtant j'ai adoré les pages narrant leur existence paisible rythmée par leurs diverses passions. Margaret et ses romans, Louise et ses fleurs et Elizabeth et ses fossiles. J'ai aimé l'idée que ses trois femmes, n'ayant ni mari ni enfants, se sauvaient grâce à leur passion : " ... j'avais vingt-cinq ans, peu de chances de me marier un jour, et besoin d'un passe-temps pour occuper mes journées. " (p33)
A côté de l'ambiance agréable de ce roman, on retrouve un vrai plaidoyer contre la condition féminine de l'époque. Mary ne sera reconnue que tardivement comme une véritable experte des fossiles. En tant que femme, elle sera une grande partie de sa vie totalement décrédibilisée. Tout comme Elizabeth qui doit en permanence s'accompagner de son frère ou de son neveu. Etre toujours sous tutelle devait être insupportable.
En quelques mots, je dirai que Prodigieuses créatures est un roman de détente à l'ambiance agréable et envoûtante mais que c'est également un roman intelligent et instructif. Il se lit d'une traite et donne envie d'aller sur la plage à la recherche de fossiles.

" Si Morley Cottage n'avait rien de remarquable, il offrait cependant une vue extraordinaire sur la baie de Lyme, et sur la chaîne de collines qui bordait la côte en direction de l'est. Dominée par Golden Cap, son plus haut sommet, elle aboutissait à l'île de Portland que l'on distinguait par temps clair, tapie au large tel un crocodile dont seule émergeait la longue tête plate. Souvent, le matin de bonne heure, je me postais à la fenêtre avec mon thé, regardant le soleil se lever et parer Golden Cap, le bien nommé, de ses reflets dorés. Ce spectacle adoucissait la douleur que je ressentais encore d'avoir dû m'installer dans ce malheureux trou perdu du sud-ouest de l'Angleterre, loin de l'univers fébrile et débordant de vie de la capitale. Quand le soleil inondait les collines, je me disais que je pouvais accepter notre exil, et même y trouver avantage. Mais quand il y avait des nuages, que le vent soufflait fort ou que le temps était simplement d'un gris monotone, l'espoir m'abandonnait. "
(Prodigieuses créatures, T.Chevalier, Folio, 2011, p 32/33)

(Source image : scientificamerican.com)

lundi 11 juillet 2011

L'horrible veuve!

Un conte de deux villes (ou Le marquis de Saint Evremont)
Charles Dickens

Edition Marabout

Dans A tale of two cities, paru en 1859, Dickens semble avoir voulu utiliser dans des personnages pleins de vie, dans une action allègre, dans une atmosphère authentique, toutes les impressions, tous les jugements qu'il s'est formés sur la France et sur la Révolution française.
Le pivot de l'intrigue est le marquis de Saint Evremont qui, sous ses trois visages, incarne tour à tour le despotisme, la liberté et le sacrifice héroïque. Dickens, en nous transportant par bonds de Paris à Londres, l'a entouré de nombreux personnages : la douce Lucie, l'émouvant Dr-Manette, l'impitoyable ménage Defarge, l'ombre tragique de Dame Guillotine ...

Je connais Dickens depuis bien longtemps. Pourtant, j'ai ouvert mon premier roman de cet auteur il n'y a que trois années environ. C'était Oliver Twist. Je me souviens que j'avais ressenti des choses bien différentes. J'avais aimé l'ambiance du roman, la plume de Dickens, l'histoire, les personnages, pourtant, j'avais eu une sensation de longueur. Ce roman m'avait paru bien trop lent. J'ai retenté l'expérience avec Un chant de Noël. Je l'avais dévoré et j'avais adoré.
Dickens m'évoque un monstre de la littérature qui m'attire autant qu'il m’impressionne. J'ai terriblement envie de lire Les grands espérances, David Copperfield et même de m'acheter les pléiades pour avoir ses romans introuvables. Mais chaque fois que je suis tentée d'en ouvrir un, la même boule au ventre me saisit. Intimidée? Effrayée? Je ne saurai pas trop expliquer ce qui se passe en moi. Toujours est-il que je n'ai pas pu résister à Fashion lorsqu'elle parle des ses torrents de larmes lorsqu'elle a terminé Un conte de deux villes. Même si par cet avis, Fashion révélait la fin du roman, j'ai voulu que Dickens me frappe en plein coeur moi aussi. Et oui. Il a réussi. Bien que je connaissais le dénouement, j'ai été happée par cette fin incroyable. Mais également par tout le reste du roman.
Le terme crescendo n'a jamais été aussi bien employé que pour qualifier Un conte de deux villes. On entre naïvement dans l'histoire, on ne comprend pas trop où veut nous emmener Dickens, on suit le mouvement, on est même parfois assez sceptique. Puis d'un coup, sans s'y attendre, on plonge dans un roman plein de fureur, passionnant et dramatique. Dès que Charles Darnay arrive en France, on ne respire plus jusqu'au mot "fin". Et quelle fin! Mon Dieu, j'en tremble encore. Quel homme ce Sydney Carton! Dickens a une plume d'une poésie rare. Ces dernières pages entre Carton et la jeune fille sont sublimes et ce saut final dans l'esprit de Carton, magnifique!
J'ai aimé les personnages de cette histoire. Tous si bien travaillés qu'ils prennent vie devant nos yeux. Les Defarge, surtout la femme, m'a terrifiée, symbole de l’extrémité dans laquelle est tombé le peuple miséreux de Paris. Les pages sur la folie des parisiens et sur l'ombre de la guillotine sont terribles. Je me suis vue, terrée et apeurée, croisant chaque jour des dizaines de condamnés et craignant d'être la suivante, partagée entre mon soutien au peuple et mon horreur de la Terreur. Les rues pleines de bruits et de haine prennent vie devant nous. On frissonne, on est terrifié, on craint que la lame de la guillotine vienne nous aussi nous raser de près.
Je ne remercierai jamais assez Fashion de m'avoir ainsi donné l'envie de lire Un conte de deux villes. Grâce à elle, plus qu'un moment de lecture, j'ai (re)découvert un auteur sublime et je suis bien décidée à retrouver rapidement ce génie de Dickens.

" Dans la lugubre prison de la Conciergerie, les condamnés du jour attendaient leur destin. Ils étaient cinquante-deux, qui, dans l'après-midi, allaient être emportés vers la mer sans rivage de l'éternité. Déjà, avant même qu'ils ne quittassent leurs cellules, d'autres locataires avaient été désignés pour les remplacer. Déjà avant même que leur sang ne se mêlât au sang répandu la veille, le sang qui, le lendemain, se mêlerait au leur s'apprêtait à couler.
Cinquante-deux êtres allaient mourir, cinquante-deux êtres de toute condition, depuis le fermier-général de soixante-dix ans, dont les richesses n'auraient pu racheter la vie, jusqu'à l'humble couturière de vingt ans que sa pauvreté était impuissante à sauver. Les maux physiques, provoqués par les vices et la négligence des hommes, frappent au hasard dans considération d'âge ni de caste ; il en est de même des terribles désordres moraux et sociaux qu'engendrent les souffrances indicibles, l'oppression intolérable et l'indifférence cruelle."
(Un conte de deux villes (Le marquis de saint Evremont), C. Dickens, Marabout, p297)

(Source image : ponderingsofallthings.blospot.com)

mercredi 22 juin 2011

Quand les sites de rencontres n'existaient pas ... et bien, il y avait Emma!

Emma

Jane Austen

10/18, 1996.

Emma est la plus française des héroïnes de Jane Austen (1775-1817), qui, à juste titre, craignait que personne ne puisse l'aimer. Elle est en effet aussi peu anglaise qu'une jeune fille intelligente, élégante, ironique et soucieuse des formes peut se permettre d'être. Emma aime l'intrigue et ignore la passion, elle est romanesque. Mais, à la différence de Marianne ou de Catherine, héroïnes respectives de Raison et sentiments et de Northanger Abbey, elle est romanesque intellectuellement et non émotivement. Et c'est en cela qu'elle est la rivale de son auteur.

Un seul mot : Délicieux!

Comme toujours, j'ai retrouvé Jane Austen avec un infini bonheur, un plaisir sans nom, un pur délice. Comment vous décrire réellement ce que je ressens en ouvrant un de ses romans? Emma est le cinquième roman de Jane Austen que je lis. Après avoir adoré Raison et sentiments, Orgueil et préjugés, Northanger Abbey et Persuasion, j'ai fondu pour Emma. Plus je lis cette grande dame de la littérature, plus je l'aime. C'est à chaque fois le même bonheur de plonger dans cet univers si délicat, envoûtant, drôle et intelligent.

Je dois pourtant avouer avoir eu une peu d'appréhension en ouvrant ce roman. Bien que commencer un livre de Jane Austen reste un geste sûr et fiable, j'ai entendu beaucoup de janéites avouer ne pas être fan d'Emma ainsi que de Mansfield park (le dernier roman achevé d'Austen qui me reste à lire). Tous ses romans sont considérés comme superbes par les amoureux de Jane Austen, mais Emma et Mansfield park ne sont jamais classés dans le peloton de tête. Et c'est en ça que résidait mon appréhension. J'avais entendu que le personnage d'Emma était très difficile à aimer ce qui rendait le roman moins passionnant que les autres. J'ai été agréablement surprise! Je n'ai pas trouvé Emma si antipathique, je l'ai même beaucoup aimé. Certes, j'ai moins d'affinité avec elle qu'avec Lizzie ou Catherine, mais elle m'a fait rire, m'a émue, m'a séduite. Je pensais rencontrer une jeune fille insupportable et impossible à aimer et pourtant, je l'ai prise en amitié rapidement ... malgré ses défauts. Elle est sûre d'elle, pourrie gâtée et égoïste mais elle est drôle, intelligente, gaie et elle possède un réel bon fond. Mais surtout elle est franche et reconnaît des qualités à tout le monde, même à ses ennemis. J'ai embarqué tout de suite dans ses aventures. Elle m'a prise par la main et je l'ai suivie. Comment peut-on dire qu'il ne se passe rien dans les romans de Jane Austen? Je trouve les intrigues palpitantes, les chapitres dynamiques, les rebondissements nombreux et efficaces. De vrais romans palpitants malgré leur apparente simplicité.

J'ai tout de suite deviné avec qui Emma allait se marier à la fin. Mais ça ne m'a pas gênée. Au contraire, je me suis amusée à observer ces deux protagonistes, leur jalousie, leur réaction face à certaines situations, leur aveuglement, ... J'ai aimé qu'ils soient amis avant de devenir amants. J'aime ces histoires d'amour commençant par une tendre amitié, une estime acquise sans sous-entendus.

J'ai adoré le personnage de Mr.Knightley. Quel homme! Quel charisme! Peut-être le plus séduisant gentleman austenien après Mr Darcy. J'ai aimé sa jalousie envers Franck Churchill, son sens de l'honneur, ses traits d'humour, sa franchise envers Emma, ... L'homme idéal, je vous dis!

Hormis les deux personnages principaux de cette histoire, nous faisons la connaissance de plusieurs figures croustillantes. A part l'horrible Mrs Elton (la scène de la poste avec Jane Fairfax m'a énervée au plus haut point), tous les personnages d'Emma sont attachants, parfois drôles, souvent émouvants. On retrouve les scènes cocasses dont Jane Austen est si friande, on rit de bon coeur, mais parfois aussi, une larme perle au coin de notre oeil tant elle est douée pour les instants littéraires pleins de grâce et de poésie.

Bref, j'ai dévoré ce roman. Comme chaque fois que j'ouvre un texte de Jane Austen, je me suis retrouvée dans une autre époque, dans un autre monde. Dès que j'ouvrais Emma, je trouvais le même bonheur, le même plaisir à parcourir les mots de dame Austen. Certes, la fin est très "bisounours" mais ça fait du bien. Tout est parfait ... un vrai délice!


"Belle, intelligente et riche, jouissant d'une confortable demeure et d'un heureux caractère, Emma Woodhouse semblait dotée des plus précieux avantages de l'existence : et depuis près de vingt et un ans qu'elle était sur cette terre, elle n'avait guère connu le chagrin ou la contrariété. Fille cadette d'un père excessivement affectueux et indulgent, elle avait très tôt tenu le rôle de maîtresse de maison, du fait du mariage de sa sœur. Sa mère était morte depuis trop longtemps pour qu'Emma pût conserver de ses caresses autre chose qu'un vague souvenir, et à Mrs. Woodhouse s'était substituée la gouvernant, une excellente femme dont l'affection était quasiment celle d'une mère."
(Emma, Jane Austen, 10/18, p 7)

(Source image : Mollands.net)

lundi 13 juin 2011

Souvenirs .... larmoyants!

La lecture de L'assassin royal m'a rappelée (même si je le savais déjà) à quel point les romans peuvent nous chambouler. Lorsque l'on a la sensation de vivre, de ressentir ce qui se passe à l'intérieur des personnages comme si on ne faisait qu'un. L'empathie fait partie des joyaux que nous offre la littérature.
En refermant La reine solitaire, je me suis rappelée tout ces moments littéraires qui m'ont bouleversée ... et ils sont nombreux.

- Dans Une vie de Maupassant, la scène où le curé écrase des petits chiots venant de naître et encore collés à leur mère. J'étais une toute jeune adolescente. J'ai relu 5 fois la scène de suite. N'y croyant pas!

- Pierre et Jean du même auteur. J'ai lu deux fois ce roman à la fac' et la fin m'a toujours bouleversée. Une tragédie silencieuse! Magnifique!

- Quand Scarlett parcourt la liste des personnes tués durant la guerre et que l'on voit tous les noms de ces jeunes gens insouciants qui la courtisaient quelques mois avant (Autant en emporte le vent).

- La fin de La pitié dangereuse de Zweig (et tous ses autres romans d'ailleurs).

- L'exécution de
De la Môle et Coconnas dans
La reine Margot de Dumas. Je ne voyais même plus les lignes de mon roman à force de pleurer. Cette scène aussi je l'ai relu un nombre incalculable de fois.
Et puis, tous les autres romans de Dumas qui possèdent leurs scènes tragiques auxquelles je ne résiste pas!

- La dame aux Camélias de Dumas fils, lorsqu'Armand, fou de jalousie, envoie de l'argent à Marguerite pour payer ses faveurs. J'ai ressenti ce coup de poignard comme s'il m'était adressée.

- Jane Eyre de Charlotte Brontë, presque tout le roman, mais la scène de la déclaration reste la plus sublime. Tout comme la scène du mariage, les retrouvailles de Jane et Rochester à la fin, ... et aussi ... bon OK, j'arrête!

- Rebecca de Du Maurier, la scène du bal costumé où l'héroïne descend avec la même robe que l'ex-femme défunte de son mari ... sans le savoir. J'en tremble encore!

- La petite cloche au son grêle de P. Vacca dans son intégralité.

- Le dieu des petits riens d'Arundhati Roy, les dernières pages. Crise de larmes incontrôlable.

- Pavillon de femmes de P.Buck lorsqu'elle apprend la mort de son fils. Et puis, tous les autres de Buck.

- La scène finale sur le vélo de Billie le bègue dans ça de Stephen King.

- Les dernières pages des Dames du lac de M.Z Bradley.

- Quand Harry Potter apprend que Sirius Black est son parrain. J'ai ressenti la chaleur de son coeur en apprenant la nouvelle. Enfin une famille.

- Dans Belle du seigneur lorsque le mari d'Ariane est sur le point de se suicider après la fuite de celle-ci avec Solal. Le génie de Cohen qui nous faire entrer dans la tête de ses personnages comme personne.

- La fin du Choix de Sophie, mais aussi la scène où elle évoque ce fameux choix, cette tragédie qui plane sur le roman.

- Roméo et Juliette. Et oui, que voulez-vous !!! Je suis sentimentale.

- La mort d'Esmeralda dans Notre-Dame de Paris et Quasimodo la suivant dans la tombe.

- Northanger Abbey quand Catherine croit qu'elle a perdu Henry Tilney pour toujours ... Lorsque Marianne se meurt dans Raison et sentiments, la lettre du capitaine dans Persuasion, la première déclaration de Darcy dans Orgueil et préjugés.

Merci à ces chers romans pour toutes ses émotions inoubliables ... Et savoir que d'autres m'attendent avec peut-être de tels moments en perspective, je suis aux anges.

dimanche 12 juin 2011

" Nous rêvons de sculpter notre propre dragon "

L'assassin royal Tome 6
La reine solitaire
Robin Hobb


France loisirs, Piment, 2001.

Dans les montagnes, Fitz, la reine Kettricken, le fou, Astérie la ménestrelle et la mystérieuse Caudron, poursuivis par le clan de Royal, cherchent désespérément Vérité. Est-il encore vivant? La contrée, habitée par d'étranges présences, est de plus en plus difficile à pénétrer. Et quelles sont ces statues gigantesques qui jalonnent leur route et paraissent vivantes?

ça y est! Je viens de tourner la dernière page de cette première partie de L'assassin royal. Je suis sur un nuage. Encore imprégnée d'Art et de Vif. Je suis encore auprès de Fitz rédigeant ses mémoires.
Quelle aventure! Que d'émotions! Je suis bouleversée par ce que je viens de vivre. Robin Hobb m'a emmenée dans un fabuleux voyage. Ces six tomes sont parfaits, rien n'est à changer. Il y a tout ce qu'il faut quand il faut et où il faut.
Ce sixième volume est, tout comme les autres, incroyable d'imagination, de poésie, de sensibilité, d'inventivité. La quête de Fitz et ses amis est devenue la mienne. J'ai vécu leurs doutes, leurs espoirs, leurs craintes comme s'il s'agissait des miens. Kettricken m'a émue, le fou m'a fait autant rire (qu'il est drôle, c'est dingue!) que parfois pleurer, Astérie est remontée dans mon estime et est devenue mon amie, Caudron m'a intriguée et Vérité, éblouie.
Une magnifique fin, à la fois grandiose et simple. Fitz est un héros parfait, profondément humain, possédant ses faiblesses et ses forces. La scène où il voit pour la dernière fois Molly et Burrich est tout simplement splendide. J'en ai eu le coeur retourné. Quelle noblesse dans sa décision!
Je suis heureuse de savoir que la série se poursuit. J'essaie d'imaginer ce qui se passera. Qui viendra déranger Fitz dans sa chaumière et sa nouvelle vie paisible? Pour quel motif? Reverra t-il Burrich, Molly, le fou et tous les autres? Même si je préfère faire une pause et ne pas poursuivre l'aventure tout de suite, je dois avouer avoir hâte de connaître les nouvelles aventures de Fitz. Pour le moment, je le laisse un peu tranquille, au calme (il l'a bien mérité quand même). Je reviendrai le chercher pour d'autres péripéties passionnantes dans quelques temps.

Une première partie qui se lit toute seule, passionnante, magnifique d'imagination et totalement addictive ... même si, comme moi, on n'est pas à la base une férue de fantasy.
A lire d'urgence!

"Évoquer ma propre mort me paraissait porteur de malchance, aussi ajoutai-je : "Naturellement, nous savons l'un comme l'autre que je survivrai. C'est prédit, non ?"

Il m'adressa un regard étrange. "Par qui ?".
Mon coeur se serra. " Par un quelconque Prophète blanc, du moins je l'espérais", marmonnai-je ; je m'aperçus que jamais je ne m'étais enquis auprès du fou d'une prédiction concernant ma survie. Tout le monde ne s'en sort pas indemne même quand on est victorieux. Je m'armai de courage. "Est-il prédit que le Catalyseur survivra ?"

(La reine solitaire, Robin Hobb, Piment, 2001)

(Source image : Amazon.fr. Rognage de la couverture de l'édition J'ai lu)