mercredi 13 juin 2012

" Véda me prouve que les crocodiles ont raison de manger leurs enfants à la naissance ... "

Mildred Pierce

Film américain de Michael Curtiz (1945) avec Joan Crawford.


La version cinématographique de Mildred Pierce instille habilement les codes du film noir dans l'univers familial du mélodrame. Joan Crawford y campe un personnage magnifique de mère tragique, victime de la cruauté de sa propre fille. L'oscar qu'elle remporta pour ce rôle permit de relancer la carrière de cette légende d'Hollywood auquel plus personne alors ne croyait.
(Tiré de l'édition Imaginaire Gallimard (roman + DVD)



De grandes libertés par rapport au roman ont été prises dans cette adaptation. L'histoire a en effet été extrêmement modifiées mais Michael Curtiz a gardé la profondeur et la noirceur du roman de James M. Cain ce qui rend ce film touchant, sombre et bouleversant malgré tout.


Outre le charme des films d'époque, du noir et blanc et de la VO, j'ai passé un peu plus d'une heure et demi agréable et j'ai pu prolonger quelques instants l’envoûtement du roman de James M. Cain. 
Les libertés prises par le réalisateur modifient de façon certaine l'histoire originale (j'ai été triste de ne pas retrouver plusieurs scènes particulièrement sublimes du roman) mais Michael Curtiz n'a pas touché à la noirceur de cette histoire. Réalisé comme un film policier (de façon assez hitchcockienne j'ai trouvé), ce film retrace merveilleusement bien l'univers du roman. Je n'ai pas eu la sensation de relire le livre en voyant le film (trop de différences) mais bel et bien de voir une histoire tout aussi noire et perturbante. 
Le personnage de Mildred Pierce est joué de façon très juste par Joan Crawford. Ses yeux extrêmement parlant nous livre toutes ses émotions, ses rages, ses déceptions. 
Monty est quant à lui assez fade par rapport au roman. Je l'imaginais avec davantage de prestance et de classe. Le caractère de son personnage a été quelque peu modifié et, pour le coup, j'ai trouvé ça dommage. Le Monty de James M. Cain est plus profond et complexe. Celui de Curtiz n'est qu'un dandy qui ne sait pas vraiment ce qu'il veut. 
J'ai beaucoup aimé Bert dans le roman. Chez Curtiz, il est assez absent et c'est bien dommage car c'est un être sensible. Dans la première scène, par a priori, on décide de ne pas l'aimer et de le mettre de côté. Il nous revient quelques pages plus loin très émouvant et bon. Dans l'adaptation, il paraît froid et distant. Je trouve que Curtiz est passé à côté de ce personnage. 
Véda, elle, a été très assagie. Où sont passés ses longues tirades immondes qui m'ont soulevée le coeur  durant la lecture du roman? La fin du film nous la rend pitoyable alors que le dénouement du roman nous la montre majestueusement perverse. Par contre, le visage de poupée diabolique de l'actrice est très juste et saisissant. 
La fait d'ajouter un crime réel à l'histoire ne m'a pas gênée bien que je préfère amplement les crimes silencieux et détournés du roman. Le livre est plus subtil, plus humain, plus profond. 
En bref, il est vrai que ce film n'a pas grand chose à voir avec le roman mais il est juste et très bien joué. C'est un beau film possédant des qualités certaines. Joan Crawford y est merveilleusement émouvante. Un beau moment! 
Je pense que l'adaptation récente avec Kate Winslet et beaucoup plus fidèle. Les bandes-annonces montrent plusieurs scènes du roman que l'adaptation de 1945 n'évoque même pas ...  Le format aidant! 
Un film à découvrir mais surtout un roman à lire absolument!


(Sources images : briandriveintheater.com ; filimadami.com ; hollywoodfashionvault.com ; livingcinema.com ; mildredpierce.alfgt.com)

mardi 12 juin 2012

Je t'aime ... Moi non plus!

 Mildred Pierce
James M. Cain

Imaginaire Gallimard, 2009.

Mildred Pierce, petite femme aux yeux bleus limpides, décide de se séparer de son mari. Pour gagner sa vie, et celle de ses filles, elle vend les " pies " faits maison, travaille comme serveuse, puis, comme cela ne suffit pas aux yeux de sa fille aînée Véda, ouvre son propre restaurant. Mildred fait aussi la connaissance de Monty Beragon, un jeune et élégant oisif, devient sa maîtresse et, lorsqu'il est ruiné, l'entretient. Or, pendant ces années de lutte, Véda grandit et devient une rivale redoutable au caractère orgueilleux, cupide et méprisant... Mildred Pierce tient une place particulière dans l'oeuvre de James M. Cain : c'est un roman de moeurs, une critique sociale, et un portrait de femmes particulièrement réussi, émouvant et drôle.
(Edition vendue avec l’adaptation cinématographique de Michael Curtiz (1945) avec Joan Crawford.)

Voici un sublime roman, chers amis, et un gros coup de coeur. C'est dit!
Étoffons un peu cet avis certes spontané et sincère mais bien trop mince et ne rendant pas justice au bouleversant roman de James M. Cain.
Je deviens de plus en plus amoureuse de la littérature classique américaine. Je ne suis pas attirée par le territoire étasunien actuel et ce n'est que très récemment que l'Histoire et la société américaine m'ont intriguée et intéressée. En lisant Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Gatzby le magnifique, Le temps où nous chantions et d'autres textes, j'ai compris à quel point la littérature américaine possédait de vraies qualités et une véritable personnalité. Ma collection de romans étasuniens grandit de jour en jour et j'en suis ravie.
Je n'avais jamais entendu parlé de James M. Cain jusqu'au Salon du livre de mars dernier où une amie venant d'achever Mildred Pierce me le conseilla absolument. Elle m'a appris par la même qu'il était l'auteur du célèbre Le facteur sonne toujours deux fois. Je me suis laissée tenter et je l'ai ramené dans mes bagages. 
Mildred Pierce est un roman cruel, violent, dur. Pourtant, il commence comme une comédie. Le ton dans les premières pages est assez drôle, ironique, distant. On n'imagine pas à quel point l'histoire de Mildred Pierce sera tragique. Le roman s'ouvre sur une dispute fatale entre Mr et Mrs Pierce. Le couple se sépare. Mildred devra travailler pour vivre et faire vivre ses deux filles, Véda et Ray. Alors que la cadette est douce et souriante, l'aînée est capricieuse, cruelle et égoïste. Toute la vie de Mildred tournera autour de Véda. Ses choix, ses ambitions, ses sacrifices, elle fera tout pour rendre sa fille aînée heureuse et fière. En vain ... Rien ne sera suffisant! Cupide et égocentrique, Véda ne sera jamais satisfaite. Mildred Pierce, c'est l'histoire d'un amour passionné. Mais là où James M. Cain se détache d'une simple histoire sentimentale, c'est qu'il prend non pas deux amants comme protagonistes, mais une mère et sa fille. La question de l'amour maternel et filial est posée. Peut-on aimer malgré tout? Peut-on pardonner, fermer les yeux sur les actes de nos enfants? Est-on responsable de leurs choix, leurs agissements? L'amour d'un enfant pour sa mère est-il une chose naturelle, acquise, instinctive? Ce roman fait mal car il touche l'univers familial, les émotions les plus primaires, ... 
Mildred est profondément humaine. On s'attache à elle, on la prend en pitié malgré ses défauts évidents et ses multiples erreurs. Véda est une peste merveilleuse. La garce incarnée. Nellie Olson n'est rien comparée à elle. Ses tirades m'ont laissée sans voix, ses exigences m'ont sciée les jambes. J'ai eu envie de lui enfoncée très fort les pouces dans les yeux (oui, je sais, je suis cruelle ... mais elle le vaut bien). 
Ce roman se dévore, s'avale, se gobe. On l'engloutit d'une traite. Ce n'est pas un pavé et pourtant, lorsqu'on le referme, on a la sensation d'avoir vécu des années auprès de Mildred. C'est un roman riche. Je pense qu'il y aurait mille choses à dire sur la psychologie des personnages, sur la satire sociale, ... mais honnêtement, je ne me sens pas à la hauteur. Avec une écriture d'une extrême simplicité et une intrigue très prenante, James M. Cain nous conte une histoire complexe, profonde et dure. 
Avec Mildred Pierce, nous passons du rire ou larmes, de la rébellion à l'attendrissement, de la passion à la haine. Une sublime et tragique histoire. Inoubliable et géniale.

L'édition Gallimard accompagne ce roman de l'adaptation de Michael Curtiz de 1945. Je la regarde très rapidement et vous reviens avec un avis. 
Pour vous donner encore plus l'eau à la bouche et l'envie de vous jeter sur ce roman, voilà les deux trailers de la nouvelle adaptation (2011) avec l'excellente Kate Winslet : ici et là. Il faut absolument que je mette la main dessus. 

Mon avis sur les adaptations : celle de 1945 et celle de 2011.  

" - Tu avais raison, chérie, et j'avais tort. Ne fais pas attention à ce que je dis, à ce que les autres disent, n'abandonne jamais cet orgueil, cette manière que tu as d'envisager les choses! Je souhaiterais tant l'avoir ... Ne l'abandonne jamais. 
- Je n'y peux rien, maman. Je suis ainsi.
- Et puis, il y a autre chose ce soir.
- Raconte-moi.
- Rien à raconter. Seulement maintenant je sens, je sais qu'à partir de maintenant, tout va s'arranger pour nous. Nous aurons ce que nous voudrons. Peut-être ne serons-nous pas riches, mais ... nous réussirons. Et ce sera grâce à toi. Tout ce qui arrive d'heureux, c'est toujours grâce à toi, si maman avait assez de bon sens pour ne pas l'oublier.
-Oh, maman, je t'adore. C'est vrai, tu sais.
- Dis-le encore ... Dis-le, juste une fois .... "
(Mildred Pierce, James M.Cain, Imaginaire Gallimard, 2009, p122).


(Source image : Mildred Pierce de Michael Curtiz (1945). adwardscircuit.com)

lundi 4 juin 2012

Le vol à destination de Tchoungking va décoller dans quelques minutes ...

Destination Tchoungking
Han Suyin

 Livre de poche, 1966.

Destination Tchounking nous raconte les premières années de la vie d'adulte et d'épouse de Han Suyin. Etudiante sage-femme en Angleterre, elle décide avec son futur époux Pao de retourner en Chine afin d'aider son peuple à résister à l'envahisseur japonais. En direction de Tchoungking, Han et Pao connaîtront les horreurs de la guerre, mais également le pouvoir de l'amitié et de la solidarité. 


Je dois vous avouer avoir hésité un moment avant de suivre Pao et Han sur les chemins de Tchoungking. J'ai ouvert ce livre sans attendre quoique ce soit et au début, j'ai douté. Pourtant, au fur à mesure de ma lecture, j'ai fini par les suivre sur les routes dévastées de la Chine ... et je ne regrette pas. 
Il y a quelque chose de particulier dans ce roman. J'ai lu de façon distante , je n'étais pas toujours en totale immersion ou plongée physiquement dans le texte et pourtant, c'est une histoire qui nous suit même lorsque le livre est fermé. Une histoire que l'on rouvre avec plaisir, en se demandant ce que vont devenir Han et Pao. Ils deviennent des amis, des compagnons de galère. 
Je connaissais Han Suyin, sans jamais l'avoir lue pourtant, avec son célèbre Multiple splendeur. Sûrement à cause de ce roman jugé très romantique et par les couvertures de ses autres textes souvent très "fleur bleue", je pensais trouver un texte très romanesque, très lyrique. Je m'attendais à suivre une Han cheveux au vent, cherchant son Pao parmi les rescapés d'un bombardement ... Mais pas du tout! Et je dirai même tant mieux. Han Suyin nous explique de façon très sobre, très simple et absolument pas larmoyante (sans pour autant être dénuée d'émotion) la vie qu'elle a mené sur les routes chinoises pendant l'invasion japonaise. Ce roman est une suite d'anecdotes, de souvenirs. Elle a pris le temps de se poser avant d'évoquer cette époque, l'eau a coulé depuis, on la sent sereine face aux évènements, tendre avec elle-même et apaisée. Elle évoque son pays, ses frères chinois et son profond amour pour eux, ainsi que la jeune épouse qu'elle était.
Destination Tchoungking a, contre toute attente, un charme fou. Il est également très intelligent et instructif. Une agréable surprise! 
Je possède Multiple splendeur et La montagne est jeune de Han Suyin, tous les deux biographiques (ou partiellement) tout comme Destination Tchoungking et je serai ravie de les ouvrir. Le destin de Han m'intrigue énormément. Je veux connaître la suite de sa vie.  
A ramener dans son panier si vous le croisez sur un vide-grenier ... 
Une jolie rencontre!

" C'est de cette façon que Pao racontait son voyage quand il voulait bien en parler. Stoïque, précis, sans allusion à la peur ou à la fatigue, au chagrin pour ses camarades, à l'horreur, à la solitude ou au désarroi. Il ne voyait rien d'exceptionnel à cet exploit. 
Pourtant, tant d'années après, j'ai encore la gorge serrée en pensant à ce jeune garçon sûr de lui, qui tourna le dos aux portes massives, aux murailles grises de Pékin, pour marcher vers l'exil, sans un regard en arrière."
(Destination Tchougking, Han Suyin, Livre de poche, 1966, page 38)


(Source image : Photo de Han Suyin. Site : theinkbrain literary and other thoughts)

vendredi 25 mai 2012

Attrapée ... comme une débutante ...

Ethan Frome
Edith Wharton

Imaginaire Gallimard, 1996.

Ethan Frome, dans une petite ferme du Massachusettes, est sous la domination de sa femme Zenobia, une mègère hypocondriaque qui dépense tout l'argent du ménage à soigner des maladies imaginaires. L'arrivée de Mattie Silver, une cousine de Zenobia, illumine la vie d'Ethan en lui apportant de la douceur et de la compréhension.
Edith Wharton, grande romancière, la meilleure disciple d'Henry James, a écrit avec cette tragique histoire l'oeuvre la plus représentative de la littérature régionaliste de la Nouvelle-Angleterre. 

J'ai découvert Edith Wharton avec Chez les heureux du monde il y a quelques temps et j'avais été éblouie par la plume vive et émotionnellement saisissante de cette grande dame de la littérature. Après la lecture d'Ethan Frome, je peux ajouter Edith Wharton à mon panthéon livresque. J'ai été bouleversée (pas moins) par cette si sublime et terrible histoire. J'ai tourné la dernière page ce matin et depuis impossible de me détacher de l'image d'Ethan et Mattie. 
Edith Wharton nous emmène dans un pays de neige et de glace. Un pays froid où les coeurs tentent de se réchauffer comme ils peuvent. Après la solitude de Lily dans Chez les heureux du monde, on rencontre Ethan, perdu, noyé, enseveli ... Nous ne sommes plus dans le monde de la richesse et des apparences comme dans Chez les heureux du monde. Nous sommes dans les émotions humaines les plus pures. Pourtant, on retrouve les même désillusions, les mêmes souffrances, les même sacrifices. Les romans d'Edith Wharton ne sont pas gais. En tout cas, c'est deux là ne le sont pas. C'est assez déprimant, disons-le! Mais quelle beauté mon Dieu! Quelle poésie! Ethan Frome est un long et douloureux poème. Comment Edith Wharton a t-elle pu imaginer une histoire aussi dure, aussi terrible? La chute finale et tout ce qu'elle implique pour Ethan, Mattie et Zenobia me hante. Je les vois devant moi ... avec leur douleur, leurs regrets ... Une seule question! Pourquoi? J'en rage ... 
Je ne remercierai jamais assez les blogueurs qui ayant lu Ethan Frome ont prévenu de ne surtout pas lire la 4ème de couverture de l'édition Imaginaire Gallimard. Merci mille fois! Je fais d'ailleurs comme eux : NE LISEZ PAS LA 4EME DE COUVERTURE! Je l'ai lu une fois le roman terminé et j'ai été scandalisée. Ils font un résumé entier du livre tuant tout suspense. De plus, ce résumé est si vulgaire et mauvais qu'il ne donne même pas envie d'ouvrir cette si bouleversante histoire. Alors surtout, ne lisez pas le dos de votre livre! Vous risquerez de passer à côté de cette oeuvre. Bien que l'intérêt d'Ethan Frome de réside pas que dans l'attente de ce qui va se passer, l'émotion est si forte, on n'y croit tellement pas, on imagine tellement de choses, que connaître la fin de l'histoire d'Ethan, Zenobia et Mattie avant la lecture est un sacrilège.  
Un GROS coup de coeur! Des personnages profonds et terriblement complexes, des émotions pures qui serrent la gorge, des paysages et une ambiance glacée mais envoûtante ... Une merveille! 
A lire absolument ... sans oublier de ne surtout pas lire la quatrième de couverture!!!!! 

"  Quand vint la fin, ce fut elle qui dut lui dire d'atteler et d'aller chercher l'entrepreneur des pompes funèbres, et elle trouva "drôle" qu'il n'eût pas décidé d'avance à qui devaient aller les vêtements et la machine à coudre de sa mère. Après l'enterrement, quand il vit qu'elle se préparait à partir, il fut saisi d'une crainte irraisonnée de rester seul à la ferme; et avant de savoir ce qu'il faisait, il lui demanda de rester avec lui. Il pensa souvent ensuite que cela ne serait pas arrivé i sa mère était morte au printemps au lieu de mourir en hiver ... "
(Ethan Frome, Edith Wharton, Imaginaire Gallimard, 1996, p86) 


(Source image : livegallerie.com. Maryze Wenger)

mardi 22 mai 2012

Vers l'infini et au delà ... (dixit Buzz l'éclair)

 L'homme au complet marron
Agatha Christie

Club des masques, 1930.

Londres. Un homme se tient au bord du quai du métro. Soudain, il recule et tombe sur les rails. Accident ? Suicide ? La police retrouve dans ses poches un permis de visite pour une maison à louer dans la banlieue de Londres. Le corps d'une inconnue est découvert dans une villa déserte. La villa du Moulin. Coïncidence ? Difficile à admettre. D'autant qu'en ces deux occasions, un même suspect semble s'être trouvé sur les lieux. Signalement : grand, bien bâti, bronzé, yeux gris. Autre détail : l'homme porte un complet marron...
(présentation de l'édition Le club des masques 1975)

Comme toujours Mrs Christie m'a fait passer un bien agréable moment. Ses romans sont une valeur sûre. Lorsque l'on a besoin de souffler un peu dans nos lectures, que l'on veut quelque chose d'efficace, passionnant, qui se lit vite et avec intensité, on est sûr de ne pas se tromper en choisissant un Agatha Christie.
J'ai découvert cette grande dame tard pour tout vous dire. Il y a seulement 5 ans. Alors que dame Agatha est souvent découverte à l'adolescence. Ses romans sont une excellente manière d'amener certains jeunes lecteurs au plaisir de lire. Ma mère m'a souvent tendue Les dix petits nègres dans mon adolescence, mais allez savoir pourquoi, je l'ai toujours repoussé. Je lisais d'autres choses. Jusqu'à ce que j'ouvre il y a 5 ans Le crime de l'Orient Express. Une illumination. Il restera à jamais mon roman préféré d'Agatha Christie. Puis ce sont enchaînés le fameux Dix petits nègres, Mort sur le Nil, La fête du potiron et La maison biscornue. Même si certains romans sont plus intenses, plus complexes, plus époustouflants que d'autres, je n'ai jamais été déçue et ai toujours pris un plaisir immense à les lire. 
Donc je me suis lancée il y a quelques jours dans les premières lignes de L'homme au complet marron. J'en ressors ravie. Il ne détrône toujours pas Le crime de l'Orient Express, mais je l'ai trouvé à part dans tous les autres romans d'Agatha que j'ai lu. L'héroïne y est pour beaucoup. C'est une jeune fille très attachante, une "Catherine Morland" détective. J'aurai aimé découvrir ce texte adolescente, l’identification à Anne doit être plus forte. Déjà que moi, jeune femme et maman, je me suis imaginée cheveux au vent enquêtant sur la mort d'une inconnue et lancée corps perdu dans l'aventure, alors jeune adolescente de 15 ans, je me demande ce que ça aurait donné. C'est un roman que je mettrai entre les mains de ma fille ... si j'en ai une un jour. 
L'enquête en elle-même, bien que complexe, n'est pas originale ou extraordinaire. L'intérêt réside dans l'écriture et l'imagination d'Agatha Christie. Les personnages tout particulièrement imaginatifs. Mr Pedler m'a faite beaucoup rire, Harry m'a émue, ... Comme dans tous les romans de cette grande dame, on s'attache aux personnages (ou on les déteste)  très vite malgré le nombre de pages assez réduit.
Enfin, les lieux choisis par Agatha Christie sont parfaits. Un bateau, un train, le tumulte des rues sud-africaines, une île perdue. Tout ceci. est envoûtant ... On s'y croirait. Tiens, moi aussi, je vais m'embarquer dans une affaire de meurtre horrible pour la peine! Rien que pour y rencontrer un bel inconnu comme Anne. 
Un texte à lire comme tous les Christie ... Une héroïne particulièrement attachante et inoubliable. 


" À cet instant l'homme se retourna comme pour reprendre sa promenade le long du quai. Il me regarda une seconde, puis ses yeux se fixèrent sur je ne sais quoi qui se trouvait derrière moi, et son visage changea, soudain convulsé par une peur panique. Il recula d'un pas pour fuir un danger subit, mais oubliant qu'il se trouvait sur le bord du quai, il culbuta et s'écroula sur la voie.
Une étincelle et un crépitement jaillirent des rails. Je jetai un cri. Des passagers accoururent, deux employés s'empressaient. Je restai clouée au sol par une sorte de fascination horrible. Une partie de mon moi était terrifiée par le désastre subit, une autre observait froidement et avec intérêt la façon dont on soulevait le corps étendu sur les rails et le transportait sur le quai.
- Laissez-moi passer je suis médecin.
Un homme de grande taille avec une barbe châtain, passa devant moi et se pencha sur le corps immobile."

(L'homme au complet marron, A. Christie, Le Masque, 1930, page 31)



(Source image : bestmarques.com)

dimanche 20 mai 2012

" Cette enfant ne sera pas un ange ... "

Quand j'étais Jane Eyre
Sheila Kohler

 Quai Voltaire, 2012.

Sheila Kohler se glisse dans la tête de Charlotte Brontë et de son entourage afin de décrire les méandres de la création. Sans se départir du style cristallin de ses précédents ouvrages, elle restitue avec finesse le climat qui a donné naissance aux oeuvres des soeurs Brontë : Jane Eyre, bien sûr, mais aussi Les Hauts de Hurlevent et Agnes Grey, trois joyaux de la littérature anglaise (présentation de l'éditeur). 

Voilà un roman que je ne pouvais pas ne pas lire. Jane Eyre et moi, c'est une magnifique histoire d'amour. Il y a tellement de "JaneEyre-maniaks" sur la blogosphère (et ailleurs) que je ne vais pas m'étaler sur ce sublime roman. Je tenais seulement à vous dire que je ne pouvais que lire ce livre au titre si évocateur. C'était impossible de faire autrement. 
Emmené dans mes bagages pour mon week-end prolongé, j'ai lu rapidement ce roman qui me laisse au final un souvenir ... mitigé. 
La grande qualité de ce texte est de nous faire revivre, redécouvrir Jane Eyre. Quand on aime ce roman, rien que l'évocation d'une scène, du nom d'un lieu ou autre nous fait tomber en pâmoison. Sheila Kolher a réussi son pari : je veux relire Jane Eyre (... encore plus qu'avant!). J'ai aimé réentendre cette si splendide et envoûtante histoire et ce fut l'intérêt principal du roman ... en ce qui me concerne. Le second point que j'ai apprécié est celui de découvrir la vie des trois soeurs Brontë, de les voir vivre, discuter, s'aimer. Je ne connaissais rien de la vie de Charlotte à part l'existence   tumultueuse de son frère, sa relation avec ses soeurs, ses romans et son mariage tardif. Mais c'est de là que vient mon chagrin. C'est que je n'ai pas eu la sensation d'en apprendre davantage. Sheila Kohler survole. Son roman prend du début à la fin un ton de résumé. Et c'est bien dommage. J'en voulais davantage. Plus de détails, plus de sentiments, plus de pages. Je reste sur ma faim. Certes, j'ai appris à connaître un peu mieux ces trois soeurs que j'aime tant (surtout Anne, l'oubliée, qui m'avait beaucoup touchée avec son Agnes Grey et que j'ai hâte de retrouver dans La recluse de Wildfell hall), mais tout est trop simple (Charlotte écrit Jane Eyre en un clignement de cils ... tout va trop vite ... Elle est à la scène de la déclaration, que quelques pages plus tard, son roman est déjà achevé). Il manque un je-ne-sais-quoi de finesse, de profondeur. Cela tient peut-être à l'écriture que j'ai trouvé parfois un peu faible, contenant peu de subtilités. Autant certains passages (surtout ceux évoquant la création des soeurs) sont beaux et donnent envie de se jeter sur l'oeuvre des Brontë, autant d'autres ressemblent à de vulgaires résumés d'ouvrages biographiques lus par l'auteur. Il y a un manque de rigueur dans l'ensemble. 
Mais malgré cela, Sheila Kohler aime Charlotte, Emily et Anne et elle nous le fait sentir; nous le fait partager. Ce roman parfois maladroit reste une belle déclaration d'amour .. que je n'ai pu que comprendre. 
Un roman à lire pour retrouver un peu l'univers de Jane Eyre (il me semble indispensable de l'avoir lu avant de se lancer dans le texte de Sheila Kohler) et voir évoluer avec bonheur les soeurs Brontë mais qui manque cruellement de profondeur, qui survole plus qu'il ne renseigne, qui résume plus qu'il ne raconte ... 

" Dans sa lettre de refus, l'éditeur trouvait que l'intrigue manquait de ressort. Elle lui en donnera. Elle lui donnera du mystère. Elle resserrera, plongera dans l'action avec le minimum d'explications. Surtout, pas de lamentations. Elle laissera parler sa rage contre l'injustice, l'arrogance, les faux dévots, les exploiteurs. 
Elle travaille la première scène, écrit vite, tout se dessine vivement, le tableau d'abord flou émerge rapidement de l'obscurité de son esprit, de la pénombre de la pièce : la grise et pluvieuse journée de novembre, les mots si durs pour l'enfant ... "
(Quand j'étais Jane Eyre, Sheila Kohler, Quai Voltaire, 2012, page 35)



(Source image : soeursbronte.wordpress.com)

mercredi 16 mai 2012

Respirez, expirez!


On profite du week-end prolongé pour aller se vider l'esprit ... Rien de tel pour oublier les cartons, la peinture et autres hostilités 
... 
4 jours de lectures, de balades, de partages et de découvertes.


mardi 15 mai 2012

Têtue comme une Bette!

La cousine Bette
Honoré de Balzac
Challenge Gilmore girls


Livre de poche, 1997.

Lisbeth Fischer, surnommée la cousine Bette est appelée à Paris par Adeline Hulot (sa cousine), femme admirable qui supporte les infidélités de son vieux mari le baron Hulot, libertin éperdu. Aigrie, laide, sèche, maladivement jalouse d’Adeline et de sa beauté, Lisbeth s’acharnera au malheur de la baronne Hulot et de sa fille Hortense.
wikipedia.org

Mon déménagement m'ayant pris quasiment tout mon temps depuis 1 mois, j'ai lu ce roman à une vitesse d'escargot sous morphine. Pourtant, mes amis, ce fut du grand Balzac! J'ai aimé partagé 1 mois de ma vie avec tous les personnages de ce succulent roman et ce fut un plaisir d'ouvrir La cousine Bette même pour 3 minutes. 
Je crois bien qu'avec Le père Goriot et Eugénie Grandet, La cousine Bette a une place de choix dans mon Panthéon balzacien. Ce roman se lit à la fois comme un drame et comme un vaudeville. On est bouleversé, ça remue les tripes, on se rebelle, on crie à l'injustice, mais on rit aussi, on excuse, on pardonne. Mari infidèle, maîtresses aux multiples amants, épouse trompée, pièges sournois, plans diaboliques, alliances improbables ... Bref! Il s'en passe des choses chez Balzac. 
L'histoire de la pauvre Adeline Hulot m'a attristée comme jamais. Certes, elle est un peu bornée dans sa fidélité et sa compréhension (ce qui n'arrange pas sa situation), mais elle est si bonne et aimante qu'on lui pardonne bien vite et on est réellement ému par ce qui lui arrive. La fin m'a laissée toute chagrinée (ou totalement en colère ... ça dépend de quel personnage je parle!).
Bette n'est en fait qu'une ombre planant sur le roman. C'est un personnage physiquement assez absent mais qui pourtant a un rôle déterminant. Avec Valérie Marneffe (Quel démon! Mais quel classe, quelle intelligence!), Bette est celle qui fera tout pour détruire la famille Hulot et se hisser au-dessus d'elle. Jalouse depuis l'enfance de la belle et pieuse Adeline, elle ne rêve que de se venger de celle qui a tout, beauté, richesse, vertus. J'ai été assez compréhensive vis à vis de la cousine Bette. Certes, c'est une femme cruelle et égoïste, mais j'ai ressenti de l'empathie pour elle surtout lorsqu'on lui retire sa seule joie au début du roman, le comte Wenceslaw. 
C'est un roman vraiment palpitant qui nous met dans plusieurs états différents. On passe de la colère en voyant l'attitude de cet obsédé de baron Hulot, puis nous versons une larme devant la fidélité d'Adeline. On hait cette peste de Valérie pour ensuite la plaindre et l'absoudre ... Du très grand Balzac, je vous dis! 
Chose incroyable (pourquoi incroyable d'ailleurs? Après tout, Balzac est un précurseur), Balzac parle ouvertement de sexualité, de sensualité dans ce texte. Je dirai même qu'il ne s'agit QUE de ça. La question du sexe jalonne La cousine Bette (sans vilain jeu de mot). Le baron Hulot est un DSK en puissance, Bette (disons-le clairement) une frustrée,  Adeline une frigide, Valérie ..... (aucun terme élégant ne me vient à l'esprit ... passons!) ... Bref, Balzac nous conte une véritable et gigantesque histoire de ... sexe. Mais attention, c'est joliment dit, c'est bien tourné, ce n'est qu'en sous-entendus adroits et délicats. C'est grandiose!
Balzac n'en finira jamais de me surprendre. C'est la 11ème fois que je le lis et il me fait toujours autant rire, pleurer, crier. Chapeau bas!

" Ces malheurs de famille, la disgrâce du baron Hulot, une certitude d'être peu de chose dans cet immense mouvement d'hommes, d'intérêts et d'affaires, qui fait de Paris un enfer et un paradis, domptèrent la Bette. Cette fille perdit alors toute idée de lutte et de comparaison avec sa cousine, après en avoir senti les diverses supériorités ; mais l'envie resta cachée dans le fond du coeur, comme un germe de peste qui peut éclore et ravager une ville, si l'on ouvre le fatal ballot de laine où il est comprimé. De temps en temps, elle se disait bien : "- Adeline et moi, nous sommes du même sang, nos pères étaient frères, elle est dans un hôtel et je suis dans une mansarde." Mais, tous les ans, à sa fête et au jour de l'An, Lisbeth recevait des cadeaux de la baronne et du baron ; le baron, excellent pour elle, lui payait son bois pour l'hiver ; le vieux général Hulot [frère du baron] la recevait un jour à dîner, son couvert était toujours mis chez sa cousine. On se moquait bien d'elle mais on n'en rougissait jamais. On lui avait enfin procuré son indépendance à Paris, où elle vivait à sa guise."
(La cousine Bette, Balzac, livre de poche, 97)


(Source image : maisonarts.forumgratuit.org)

lundi 14 mai 2012

L'Art dans tous ses états ...

Avec l'arrivée du printemps, l'envie de m'inscrire à un petit challenge m'a titillée ... surtout en voyant la sublime idée de Shelbylee. 


Toutes les infos ICI . 
Je possède Le rêve Botticelli dans ma bibliothèque ... ça tombe bien! On verra si d'autres romans me sauteront innocemment dans les bras ... 

- Le rêve Botticelli de Sophie Chauveau (Lu!)

Bonnes lectures à tous ... 



dimanche 13 mai 2012

TOC! TOC! TOC! Qui est là?

Perdu? Retrouvé!
Oliver Jeffers

Kaleidoscope, 2005.

Si vous trouvez un jour un pingouin devant votre porte, réfléchissez bien avant de le raccompagner chez lui, au Pôle Nord. L'oiseau a peut-être une autre envie derrière la tête...


Voici le second livre que je présente dans la rubrique La bibliothèque de Romanzino. Après La grande ourse d'Ikomo, voilà Perdu? Retrouvé!, un petit bijou parlant d'amitié, de solitude et de voyages. 
 Un petit garçon trouve un pingouin devant sa porte. Il décide de le raccompagner jusqu'au Pôle Nord ... mais le pingouin désire t-il réellement rentrer chez lui?


Les illustrations de ce livre sont tout simplement sublimes. J'aimerai pouvoir les avoir sur toile pour orner les murs de la chambre de Romanzino. Un régal pour les yeux. L'histoire est tout autant magnifique. Un brin d'humour, une bonne dose de poésie et un soupçon d'aventure font de ce livre un pur moment de douceur. L'histoire de ce petit pingouin et de ce garçon est très touchante. On a le coeur qui se serre à la fin. C'est beau tout simplement! Deux petites êtres solitaires vont se trouver et s'aimer. 
A lire à nos bambins de toute urgence ... ou à lire ... juste pour nous! 

 (Sources images : amazon.fr ; momes.net ; leslecturesdekik.blogspot.com)