dimanche 10 mai 2009

Une odeur de tabac mentholé

La petite fille de Monsieur Linh
Philippe Claudel

Le livre de poche, 2007.

Un vieil homme asiatique quitte son pays ravagé par la guerre avec sa petite fille. Il arrive dans son nouveau pays, perdu, ayant pour seule soutien, pour seule force, ce petit bébé qu'il tient dans ses bras.

Et oui! Déjà fini! Deux commentaires en une journée, je vais essayer de ne pas trop vous habituer à ça ... Je ne tiendrai pas le ryhtme et vous risquez d'y prendre goût! Non, mes journées ne se sont pas mises d'un coup à durer 48h au lieu de 24. Non, je vous rassure je fais d'autres trucs dans ma vie que lire. C'est juste que ce roman ne fait que 200 pages. Et puis, oui, c'est vrai, je suis un peu en période de boulimie livresque.
Mais revenons à nos moutons! C'est un bien beau livre que je viens de fermer. Avec une écriture simple et douce, Philippe Claudel nous embarque dans une histoire sensible, une histoire d'amitié, d'amour aussi, de tolérance. Le gros homme que monsieur Linh rencontre est bouleversant. J'ai retrouvé aussi les paysages d'Asie, ses senteurs et ses couleurs, qui me plaisent tant. Ce roman m'a donnée envie de me replonger dans un roman de ma chère Pearl Buck.
Une fin surprenante que j'ai tout de même découverte avant le dénouement, mais que 5 ou 6 pages avant, mon plaisir n'en a donc pas souffert.
Un petit roman sympathique et touchant à découvrir.
...
" C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu'il s'appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays,celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort. Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l'horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette. "
(La petite fille de monsieur Linh, Claudel, Le livre de poche, 2007, p9)


(Source de l'image : flickr.com)

jeudi 7 mai 2009

Fatalité!

Notre dame de Paris
Victor Hugo


Livre de poche, 2006.

Paris. Ses rues, sa cour des miracles, ses bourgeois, ses hommes d'église et Notre-Dame de Paris. Tout ce décor va bientôt être bouleversé par la belle Esmaralda, jeune gitane pure et vertueuse. Le capitaine Phoebus serait prêt à abandonner sa fiancée Fleur-de-Lys pour passer une nuit avec elle, le prêtre Frollo se damne pour la belle gitane et Quasimodo, le sonneur de cloche, la vénère du haut de Notre-Dame.

Victor Hugo est toujours une surprise pour moi. J'ouvre ses livres sans m'attendre à quoique ce soit. Je n'ouvre pas un Hugo comme j'ouvre un Zola, un Dumas ou un Zweig en me disant que je vais me régaler. Et pourtant, j'ai toujours adoré ces romans. Le dernier jour d'un condamné m'a bouleversée et j'ai dévoré Quatrevingt treize en quelques jours.
Notre-Dame de Paris m'a fait le même effet. En l'ouvrant, je me suis dit : "On verra!" et maintenant que je l'ai refermé, je lui voue un culte. Quel roman! J'en reste toute tremblante, passionnée, émue. J'ai vécu des heures extraordinaires. Je ne peux plus regardé le roman sans qu'un torrent d'images, d'odeurs, d'émotions envahissent mon cœur et mon esprit.
Comment raconter Notre-Dame de Paris? Cela me paraît impossible tant ce roman est grand et puissant. Sachez juste que dans ce roman il y a tout : de l'amour, de la haine, de l'action, de la romance, de la peur, de l'amitié, du sang et des larmes. Hugo a crée un univers impressionnant dans un cadre historique grandiose : le Paris du moyen âge. On se perd dans les rues de la capitale, on croise sa populace, pour ensuite arriver à la Cour des miracles et revenir place de Grève. On rencontre des bourgeois, des truands, des bohémiens, des gens d'église. On ne lit pas Notre-Dame de Paris, on vit Notre-Dame de Paris.
Et que dire des cruelles histoires d'amour de ce roman? Phoebus m'a exaspérée, Frollo m'a autant horrifiée qu'émue et Quasimodo (Ah! Quasimodo), il m'a mise à genou. C'est le seul qui aimera vraiment Esmaralda. Le monstre, celui qui n'a rien d'humain sera le seul à l'aimer d'un amour d'homme, d'un amour sincére.
Esmeralda! Comme j'ai pu verser des larmes sur son sort. Elle, si jeune, si belle qui ne demandait pas tant de haine, pas tant de souffrances. J'ai tant pleuré que j'en frémis encore.
Je pourrais continuer ainsi durant des heures, mais je vais conclure sinon je ne m'arrêterais jamais. Lisez ce roman! A part deux chapitres sur le Paris du moyen âge et sur la cathédrale de Notre-Dame un peu long, chaque chapitre apporte son rebondissement, son suspense, son émotion. On ne s'ennuie pas une seule seconde. C'est un roman fort, magnifique, que j'ai presque déjà envie de relire ... Une histoire à couper le souffle que vous devez lire absolument!

Les avis d' Erzébeth , Karine , ...

Ps : Je n'aime pas les comédies musicales modernes (celles qu'ils nous pondent tous les ans). J'aime les anciennes comme West side story ou Chantons sous la pluie, mais pas Cléôpatre, Cindy et compagnie. Enfin, tout ça pour dire que je ne suis pas une fan non plus de Notre-Dame de Paris créee il y a quelques années. Et pourtant, je dois reconnaître que la dernière chanson du spectacle est magnifique. Ayant terminé le roman, je suis allée l'écouter sur internet et je n'ai pu retenir mes larmes. Si vous ne connaissez pas la fin de Notre-Dame de Paris, n'y allez pas! Si vous faites partis des nombreuses personnes dont la fin n'est plus un mystère, c'est ici. Si ça peut vous donner envie de lire le roman, alors foncez!!

" Il la vit en effet monter rapidemment l'échelle. La colère et le dépit le suffoquaient. Il eût voulu pouvoir faire crouler le pilori, et si l'éclair de son oeil eût pu foudroyer, l'égyptienne eût été mise en poudre avant d'arriver sur la plate-forme.

Elle s'approcha, sans dire une parole, du patient qui se tordait vainement pour lui échapper, et, détachant une gourde de sa ceinture, elle la porta doucement aux lèvres arides du misérable.

Alors dans cet oeil jusque-là si sec et si brûlé, on vit rouler une grosse larme qui tomba lentement le long de ce visage difforme et longtemps contracté par le desespoir. C'était la première peut-être que l'infortuné eût jamais versée. "

(Notre-Dame de Paris, Livre de poche, 2006, p353,354)

(Source image : herodote.net)

mercredi 6 mai 2009

Un peu d'égocentrisme fait parfois du bien ...

Je m'auto-tague (et oui, c'est horriblement vantard!) ...
Au lieu de répondre aux questions dans ma tête en voyant passer le tag sur la blogosphère, je me suis dit que j'allais tout simplement le faire sur mon blog ...
Un plaisir des yeux ?
En ce moment, voir pousser jour après jour les graines de violettes semées récemment par mes petites mains. Je ressemble à une enfant de 3 ans découvrant la magie de Dame Nature.
Un plaisir que l'on partage ?
Une promenade. Moment de détente, moment intime où les langues se délient pour aborder de fabuleuses discussions, mais aussi un moment où l'on arrive à se taire pour apprécier les sons et les odeurs.
Un plaisir d'enfance ?
Le son de l'accordéon de papa, la caresse de maman sur la joue pour me réveiller le matin, mes fous rires partagés avec mes deux grands frères, la première après-midi à l'école sans manteau lorsque l'été revenait, les bruits de cordes à sauter, les rires des enfants dans la cour, ...
Un plaisir odorant ?
Une baguette de pain encore chaude.
Un plaisir égoïste ?
Me poser pour lire et ne penser à rien d'autre qu'à être bien installée, se laisser aller et boire un bon thé.
Un plaisir inconnu ?
Avoir des enfants (j'espère que ce plaisir ne restera pas trop longtemps inconnu!!)
Un plaisir du goût ?
Un verre de vin blanc moelleux.
Un plaisir anachronique ?
Etre une belle femme du XIXème siècle. Même si je sais pertinament que je ne supporterai pas longtemps d'être considérée comme une moins que rien tout simplement parce que je suis une femme, je rêverai rien qu'une soirée de me retrouver dans un salon ou dans un bal et d'être courtisée par de beaux hommes galants et éperdus d'amour. Etre le temps d'une soirée, Anna Karenine au bras de Vronski, Lizzie jasant avec Darcy, Jane près de son Mr Rochester, .... aaah!!! C'est bon de rêver!
Un plaisir qui ne coûte rien ?
Fermer les yeux sur un petit rayon de soleil éphémére.
Un plaisir honteux ?
Le chocolat ... partout, tout le temps, toujours.
Un plaisir hors de prix ?
Un violoncelle (en tout cas, hors de prix pour moi en ce moment!)
Un plaisir défendu ?
Ne pas aller travailler, appeler le boulot pour dire que je suis malade et rester dormir en ayant pleinement conscience que beaucoup d'autres personnes se lèvent et pas moi ...
Un plaisir à venir ?
5 jours de congés. Cela fait 5 mois que je n'ai pas eu plus de deux jours (que des week-end quoi!!)pour me reposer et faire des choses que j'aime. Je les attends avec une impatience folle. Dormir, lire, me balader, prendre le temps, .... aaah!
Un plaisir de l'esprit ?
Une bonne discussion sur un roman avec une de mes grandes copines, prof de français, dans un salon de thé.
Un plaisir narcissique ?
La danse classique et jazz que je pratique depuis 15 ans.
Un plaisir simple ?
Un DVD au lit avec Romanzo qui (si son humeur est bonne) me masse le dos.
Un plaisir littéraire ?
Lire jusque tard dans la nuit. Chose qui ne m'est pas arrivée depuis un bout de temps. Commençant très tôt le matin, mes pauvres yeux ont du mal à rester ouverts. Même les meilleurs livres lus cette année n'ont pas réussi à me garder éveillée.
Je rêve de bouquiner dans mon lit lorsque tout le monde dort ... d'où peut-être mon impatience à être en congé.

lundi 4 mai 2009

La vita é bella

Et oui, c'est un fait! Parfois bien que le temps soit plus que gris, que la pluie menace, que la fatigue pèse progressivement sur nos épaules, on se dit tout de même que cette journée n'est pas si mal.
Lilly m'avait donnée envie de me précipiter sur la trilogie fantastique de Mervyn Peake Gormenghast. Mais voilà! Autant les deux derniers tomes sont très facilement trouvables dans cette belle édition qu'est Phébus libretto, mais le premier ... impossible à trouver. Pas réédité, introuvable d'occasion, ... bref! Mission impossible.
La collection Point vient de le rééditer, mais vu l'horrible couverture choisie, je préférais presque ne pas le lire.
Mais, la vie nous réserve parfois des surprises. Ce matin, durant ma petite pause, je suis allée dans l'espace culturel d'un grand magasin et contre toute attente, sans même m'y attendre, je suis tombée sur le premier tome de Gormenghast : Titus d'enfer. Ce livre introuvable est désormais à moi et rien qu'à moi.
Et je ne rajouterai qu'une chose : merci la vie et merci Lilly!
Mervyn Peake, 1-Titus d'enfer ; 2- Gormenghast ; 3- Titus errant, édition Phébus libretto.

lundi 27 avril 2009

"Qu'il est difficile de faire le bien! Il n'y a que le mal de facile à faire."

Paul et Virginie
Bernardin de Saint-Pierre
Librio, 1995.

Deux cabanes au bord de l'eau, sur le rivage de l'île de France, aujourd'hui l'île Maurice ... C'est là qu'ont grandi Paul et Virginie. Leurs mères, rejetées par la société, ont jadis trouvé refuge en ce paradis. Depuis ce jour, ils vivent ici le plus simplement du monde, en parfaite harmonie avec la nature qui les entoure.
Ils se nourrissent de mangues, de papayes, de goyaves, s'offrent des bouquets exotiques et se reposent à l'ombre du lilas de Perse ... Ils n'ont qu'à tendre les mains pour cueillir le bonheur. Pourquoi conquérir ailleurs ce qui leur est ici offert?
Mais l'horizon s'assombrit ... Leur amour est menacé. L'hypocrisie, la jalousie, la cupidité du monde civilisé les rattrapent. Tels de nouveaux Adam et Eve, les voilà chassés de ce merveilleux Eden. Arrachés l'un à l'autre ... Séparés à jamais par les flots d'un océan déchaîné ...

C'est vrai que ce roman est plein de bons sentiments. Tout le monde est beau, jeune et bon, sauf les très très gros méchants qui sont vraiment très méchants. Bernardin de Saint-Pierre m'a un peu exaspérée en répétant je ne sais combien de fois que Paul et Virginie vivaient en harmonie avec la nature, qu'ils étaient heureux, qu'ils s'aimaient, aimaient leurs mères, aimaient la vie, aimaient les oiseaux, le soleil, les arbres, .... Une fois, deux fois, trois fois ... ça passe! Mais dix-neuf fois ... ça commence à peser! Et pourtant, c'est bien ce qui m'a séduite dans ce livre (J'en suis sûre que vous ne me suivez plus là! Je me trompe?). Je m'explique. J'aime ces romans du XVIIIème siècle un peu désuets, au style élégant et précieux. Oui, les héros vivent dans une île tellement utopique que ça en devient rageant. Oui, ils pleurent d'émotion toutes les cinq secondes juste parce qu'un oiseau s'est posé sur une branche. Oui, mille fois oui! Mais j'aime bien. ça me touche (et ça me fait sourire aussi!!). Je m'imagine telle une femme du XVIIIème pleurant le soir près du feu de cheminée sur la triste histoire de Paul et de Virginie.
Ce roman m'a rappelée La princesse de Clèves, Manon Lescault, Les lettres portugaises, tous ces romans un peu "démodés" mais qui apportent un je-ne-sais-quoi de douceur, de bonté dans mon petit monde littéraire. Comme une sorte de pause, d'immersion dans un monde parallèle avec d'autres senteurs, d'autres émotions, d'autres couleurs.
Cependant, j'ai regretté la mise en place trop longue de l'intrigue (oui, on sait ils sont beaux et heureux!!) et la fin trop précipitée. J'aurai aimé en savoir plus sur la vie de Virginie en Europe. J'aurai aimé une fin plus détaillée.
A part cela, ma foi, j'ai passé un bon petit moment, assez nunuche par moment (je dois l'admettre), mais agréable. Je continuerai, de temps à autre, à lire un petit roman de cet époque avec grand plaisir.

"Vous autres Européens, dont l'esprit se remplit dès l'enfance de tant de préjugés contraires au bonheur, vous ne pouvez concevoir que la nature puisse donner tant de lumières et de plaisirs. Votre âme, circonscrite dans une petite sphère de connaissances humaines atteint bientôt le terme de ses jouissances artificielles : mais la nature et le coeur sont inépuisables. Paul et Virginie n'avaient ni horloges, ni almanachs, ni livres de chronologie d'histoire, et de philosophie. Les périodes de leur vie se réglaient sur celles de le nature. Ils connaissaient les heures du jour par l'ombre des arbres; les saisons, par le temps où ils donnent leurs fleurs ou leurs fruits; et les années, par leur nombre de leurs récoltes. "
(Paul et Virginie, librio, 1995, p35)



(Source image : cano.lagravure.com)

dimanche 26 avril 2009

" Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle, ... "

Best love Rosie
Nuala O'Faolain
(Blog-o-trésors 2009)
Sabine Wespieser, 2008.


Dans ce roman lumineux, Nuala O'Faolain met en scène une femme généreuse, tourmentée et attachante, qui fait siennes toutes les interrogations de l'écrivain. Best love Rosie est un grand livre sur l'âge, la solitude, l'exil, le sentiment maternel et les chimères de l'amour.
Après avoir vécu et travaillé dans le monde entier, Rosie décide de rentrer à Dublin pour s'occuper de Min, la vieille tante qui l'a élévée. Rien n'a changé dans le quartier populaire où elle a grandi, et la cohabitation avec Min, dépresssive et alcoolique, n'a rien d'exaltant. En feuilletant pour sa tante des ouvrages de développement personnel, l'idée vient à Rosie de s'oocuper utilement en rédigeant un manuel pour les plus de cinquante ans. Sa seule relation dans l'édition vivant aux Etats-Unis, elle se frottera, non sans heurts, au marché américain …
Le roman s'emballe quand Rosie voit débarquer à New-York la tante Min, qu'elle avait laissée, le temps d'un aller-retour, dans une maison de repos. La vieille dame est galvanisée par sa découverte de l'Amérique : elle se fait des amies, trouve un travail, et pour rien au monde ne voudrait renouer avec son ancienne vie. Encore moins pour reprendre possession de la maison de son enfance, que l'armée veut lui restituer. Rosie, elle, tombe amoureuse de ce lieu magique de la côte irlandaise, et va, dans une osmose avec la nature enchanteresse et les animaux qu'elle adopte, s'y laisser pousser des racines.
La lucidité de Nuala O'Faolain, sa tendresse pour ses personnages, font merveille une fois de plus dans ce livre, où l'on suit avec jubilation souvent, le coeur serré parfois, les tribulations de ces deux femmes que lie la complexité d'un amour maternel qui ne dit pas son nom.


Lorsqu'on lit les premières pages de ce roman, on ne sait pas où nous emmène Nuala O'Faolain. On rentre dans la vie de Rosie sans rien connaître de son histoire. On la suit dans son présent, femme d'une cinquantaine d'années dynamique et indépendante, tout en ignorant son histoire et son passé. On peut donc être déstabilisé durant quelques pages (très peu, je vous rassure). Puis, on embarque follement dans ce roman et il est très dur (affreusement dur!) de poser ce livre. Même quand cela devient vital, comme une envie terrible de courir aux toilettes ou de manger quelque chose. Non! Impossible de le poser.
On a vraiment l'impression d'avoir rencontrer une nouvelle personne. On fait la connaissance de Rosie, comme si on la croisait un jour dans la rue. On parle un peu, on apprend le métier de l'autre, l'âge. Mais ce n'est qu'au bout de quelques temps (comme dans beaucoup de relations) que l'on évoque le passé, les souffrances, les joies et les peines de l'autre. Ce n'est qu'au fil des pages que les images de son passé nous arrivent. Petit à petit, on apprend à connaître cette dame touchante et sensible. Rosie devient notre amie. Une femme que l'on connaît, qui partage notre vie et dont on veut avoir des nouvelles régulièrement.

Ce roman est à la fois terriblement émouvant (la fin m'a laissée toute tremblante ...) et drôle, doux, simple. Plusieurs émotions nous bousculent, nous chamboullent, Nuala O'Faolain joue avec nos sentiments et on aime ça. On en redemande même encore un peu.

J'ai aimé les questionnements de Rosie, sa relation avec Min, avec ses amies, avec les hommes, avec son pays, j'ai aimé les scènes magnifiques de simplicité lorsqu'elle vit dans la vieille maison abandonnée, celles de son enfance, celles qui parle de sa relation aux livres. Ce roman raconte la vie presque dans sa globalité. C'est riche, prenant, bouleversant.

Je suis sûre que je relirai ce roman dans quelques années. Rosie m'a énormément émue lorsqu'elle réfléchissait au temps qui passe, à sa vieillesse prochaine, ... Mais en tant que jeune femme encore dans le printemps de sa vie, je n'ai sûrement pas été aussi chamboullée qu'une femme de cinquante ans. Et pourtant, comme je la comprenais, comme je ressentais sa panique! Nuala O'Faolain a le don de s'adresser à toutes les femmes dans ce roman. Pas qu'aux femmes d'âge mûr, non! Mais à toutes. Aux jeunes, aux moins jeunes, aux libérées, comme aux "sages", ... Chaque femme trouvera son bonheur à la lecture de ce magnifique roman.

La fin! Ah! La fin! On ne s'attend pas à ça. On attend quelque chose de plus complexe, de plus rocambolesque, et pourtant ... On est pas déçu. C'est une fin parfaite, sublimissime; toute en beauté, en douceur, ... Des mots superbes, des émotions pures et vraies, ... Sublime!
...
Les avis de Keisha , Cuné , Chiffonnette , ...
...
(Le titre de mon commentaire est tiré d'un poéme de Ronsard)
...
" C'était mon problème. Moi seule trimballais le souvenir de ce qui avait été - la gloire du monde tel que je l'imaginais quand j'étais jeune, quand la passion semblait me faire accéder à un immense royaume, quand, parfois, j'avais l'impression de quitter la Terre pour m'élancer dans l'univers et y scintiller de tout mon être. Quand je ne me posais aucune question sur moi-même. Quabd j'avais foi en tout.
Oh, rendez-moi cela! ai-je supplié la pièce obscure et silencieuse. Oh, rendez-le moi! Que je puisse revivre ma vie avec ce que je sais maintenant! Rendez-moi un commencement! "
(Best love Rosie, Nuala O'Faolain, Sabine Wespieser, p 520, 521)


(Source image : memoclic.com)

dimanche 19 avril 2009

Partir là-bas!

Ponyo sur la falaise


Film d'animation japonais de Hayao Miyazaki



Oui, ça y est, je l'ai vu! Comme pour chaque Miyazaki, j'ai couru au cinéma pour voir ce petit bijou de poésie et de douceur. Et comme à chaque fois, je suis sortie enchantée.

Miyazaki est un magicien. Durant ses films, on est passionné, attendri, on rit, on pleure, on frissonne. Juste à la fin du film, on est heureux, joyeux, bien, tout simplement. Mais là où la magie est à son apogée, c'est durant les jours suivants. On repense aux magnifiques musiques du géniallissime Joe Hisaishi (non, il n'y a pas trop de compliments!), on repense à certaines scènes splendides, on revit les moments sublimes du film et l'on sourit de nouveau. Miyazaki est un anti-dépresseur longue durée. Même plusieurs jours après le visionnage du film, notre coeur est encore en joie.

L'histoire de Ponyo est, il faut avouer, assez complexe. Comme beaucoup de Miyazaki (c'est le choc des cultures!!), on passe (nous occidentaux!) à côté de certains signes, symboles. Maintenant que j'ai lu l'analyse du film sur le site buta-connection (je vous conseille fortement d'aller faire un tour là-bas!), mes interrogations ont été comblées et je peux me concentrer sur l'essentiel, c'est à dire sur la magnifique poésie de ce film. Les images sont splendides, l'univers merveilleux et fantastique, l'histoire (La petite siréne revisitée) est belle et pleine de douceur. On y retrouve encore et toujours ces scènes qui me tiennent tant à coeur, celles de la vie quotidienne, des joies simples de la vie, des instants précieux. Sosuke et Ponyo sont mignons à croquer et nous font sourire tendrement. Un baume au coeur, un bonbon de film, de la joie dans le coeur pour plusieurs jours.
Que dire d'autre? Que je me suis déjà offerte la bande originale, que je rêve de le revoir, que j'adore les films des studios Ghibli, qu'il faut mieux que je me taise et que je vous dise juste de vous précipiter au cinéma? Oui, peut-être qu'il faudrait que je vous dise tout ça ...


Le petit Sosuke, cinq ans, habite un village construit au sommet d'une falaise qui surplombe la Mer Intérieure. Un beau matin, alors qu'il joue sur la plage en contrebas, il découvre une petite fille poisson rouge nommée Ponyo, piégée dans un pot de confiture. Sosuke la sauve, et décide de la garder avec lui dans un seau.Ponyo est aussi fascinée par Sosuke que ce dernier l'est par elle. Le petit garçon lui promet de la protéger et de s'occuper d'elle, mais le père de Ponyo, Fujimoto - un sorcier autrefois humain qui vit tout au fond de la mer - la force à revenir avec lui dans les profondeurs. Bien décidée à devenir humaine, Ponyo s'échappe pour retrouver Sosuke.

(Allocine.fr)

(Source images : buta connection)

dimanche 12 avril 2009

"En avant!"

Sans famille
Hector Malot
(Défi Au délà des mots 2008/2009)

Livre de poche jeunesse, 2007.

Rémi n'a qu'une dizaine d'années mais sa vie est déjà bien mouvementée: enfant abandonné, recueilli par des paysans, il est cédé à un saltimbanque, Vitalis. Les voilà partis avec des animaux savants sur les routes de France. Une longue errance commence alors pour Rémi, semée de rencontres, de coups durs et d'espoirs insensés. Rémi parviendra-t-il enfin à retrouver ses vrais parents ?

J'ai, comme beaucoup de personnes de ma génération, pleuré devant le dessin animé Rémi sans famille. Mais cependant, je ne m'étais jamais attardée sur la vraie histoire, celle de Hector Malot. Je dois bien avouer avoir eu un peu d'appréhension. J'avais peur de trouver un récit larmoyant et pathétique au possible. J'ai eu la joie de constater qu'il n'en est rien. Oui, le sort s'acharne sur le pauvre Rémi. Oui, la vie n'est pas facile. Oui, c'est triste et l'on pleure. Mais ce n'est pas du tout exagéré. Malot ne cherche absolument pas à nous tirer les larmes des yeux. Les événements se produisent, on se s'attarde pas dessus, on essaie d'oublier et de suivre à nouveau la route du destin.

J'ai la chance d'avoir déterré une vieille édition de ce roman (1958), en deux tomes, où se trouve de nombreuses belles aquarelles. J'ai pu m'attarder sur les dessins, prendre le temps de regarder autant que de lire. Ce fut un réel plaisir ces moment avec le petit Rémi. Je crois fortement que mon édition à participer à ce grand bonheur de lecture.

On ne s'ennuie pas auprés de Rémi. Les courts chapitres apportent tous leurs rebondissements, leurs joies et leurs peines. Il se passerait presque trop de choses parfois! A croire que Rémi est toujours là où il ne faut pas ...

C'est un très agréable roman pour la jeunesse (mais aussi pour les grands enfants!) qui se lit vite et bien. On s'imagine rapidement auprès de Rémi sur les routes de France et on envie (oui, j'avoue) cette liberté qu'il, même dans la tristesse et le malheur, ne regrettera jamais. J'ai été fascinée par le personnage de Vitalis et j'ai regretté qu'il ne soit pas assez présent, j'ai pris Mattia en amitié, j'ai été émue par Lyse, ravie par Capi et tout simplement, bouleversée par la fin. C'est vrai que le tout est globalement trop téléphoné, trop rapide, mais c'est un très bon roman que j'ai aimé adulte et que j'aurai sûrement adoré enfant!

" Tu ne sais pas lire, n'est-ce pas? me dit-il.

- Non, mais j'ai vu lire, dis-je tout glorieux, comme une personne qui n'est point une bête, et qui sait parfaitement ce dont on parle, et il me semble que, si vous vouliez m'apprendre, je n'aurais pas mauvaise volonté.

- Eh bien, nous verrons!"

Le lendemain, comme nous cheminions, je vis mon maître ramasser sur la route un bout de planche à moitié recouvert par la poussière.

"Voilà le livre dans lequel tu vas apprendre à lire, me dit-il.

- Vous voulez vous moquer de moi?

- Jamais, mon garçon; Attends que nous soyons arrivés à ce bouquet d'arbres; nous nous y reposerons, et tu verras comment je peux t'enseigner la lecture avec ce morceau de bois."

(Sans famille, Hachette, 1958, p50/51)
(Source image : hector-malot.org)

Un beau jour ... dans un salon anglais ...

Raison et sentiments

Film de Ang lee de 1996.


Je me suis faite, il y a quelques temps, deux petits cadeaux : l'adaptation d'Orgueil et préjugés made in BBC avec THE Colin Firth (je vous en parle bientôt, promis), ainsi que Raison et sentiments présenté ici.
Je les ai regardé il y a quelques jours et je n'ai pas encore pris le temps de me poser pour vous les présenter.
Aujourd'hui, la pluie tombe sans arrêt, il fait froid, alors j'ai décidé de me poser un peu pour vous parler de cette sublime adaptation du roman de Jane Austen.


Dans l'Angleterre conservatrice du début de siècle, au coeur d'un petit cottage, deux femmes, chacune avec des armes différentes, vont se battre pour vivre leurs amours. Qui des deux soeurs parviendra à trouver l'homme de sa vie et à garder : Marianne la passionnée qui bouscule les conventions, ou Elinor la raisonnable, qui au contraire les respecte?

J'ai lu le roman il y a quelques années et je dois avouer ne pas me souvenir assez du texte pour dire si oui ou non le film est très fidèle. Ceci dit il me semble fortement que oui. J'ai eu, durant tout le film, la sensation de me replonger dans le roman et ce fut un délice.
Ce film est la douceur même. Belles musiques, décors anglais magnifiques, paysages grandioses, ambiance so british délicieuse. On se pose, on rentre dans ce monde si envoûtant et on reste en apnée durant 2h10. Le retour à la réalité est difficile. On a envie de se poser, nous aussi, dans un beau salon à écouter un air au piano avec un bon roman et un thé fumant.

Tout est bien choisi dans ce film. Emma Thompson et sa beauté timide, toute en retenue et en douceur. Elle joue superbement bien. Elle arrive à faire apparaître dans ses yeux une lueur passionnée que pourtant elle essaie de cacher de toutes ses forces. Elle a bien cerné la personnalité complexe d'Elinor. Et cette scène finale, où elle explose d'émotions. Rires, pleurs, joie, tristesse. Elle ne peut plus rien contenir et laisse tout sortir.
Marianne, quant à elle, est sublimement interprétée par Kate Winslet (une actrice que j'aime beaucoup). Elle prend totalement possession de cette jeune fille passionnée, pleine de vie, fougueuse, sans non plus caricaturée l'image de l'héroïne libre et indépendante.
Les autres personnages sont également parfaits. J'ai beaucoup aimé le personnage de Mrs Dashwood, la mère de Marianne et d'Elinor, qui fait du bien au coeur quand on connaît l'exapérante Mrs Bennett d'Orgueil et préjugés. Il y a un autre personnage qui j'avoue m'avait déjà profondément touchée dans le roman et qui a confirmé mon ressenti au visionnage de ce film, il s'agit du Colonel Brandon. C'est un homme au regard magnifique et vrai. Un personnage sincère, à la fois calme et passionnée. Vraiment sublime. Je regrette juste que leur histoire finale soit si vite conclue. J'aurai aimé en savoir plus, voir les sentiments de Marianne évoluer progressivement, etc ...
Ce film est tout simplement splendide. En y repensant, c'est un tourbillon d'images qui vole devant mes yeux : Marianne sous la pluie, Elinor pleurant en entendant sa soeur jouer du piano, le colonel Brandon portant Marianne dans ses bras tremblante et trempée par la pluie, Elinor suppliant sa soeur de ne pas l'abandonner, les scènes de lecture, .... et j'en passe!

(Source image : notrecinema.com ; dvdtoile.com ; chez-neph.over-blog.com)

mercredi 8 avril 2009

"Tout le monde a le droit de demander de l'aide, en particulier le faible au plus fort."

Derrière le masque
Louisa May Alcott

Joelle Losfeld, 2005.

Mondialement connue pour avoir écrit des livres pour la jeunesse, Louisa May Alcott empruntait divers pseudonymes pour mettre en scène des histoires de vengeance et de pouvoir dans lesquelles les femmes se libéraient des préjugés pour lutter contre la domination masculine. En cela l'héroïne de Derrière le masque (1866) ressemble à s'y méprendre à Lady Audley, l'un des personnages de Mary Elisabeth Braddon. On y découvre une femme dont le comportement angélique trompe le milieu de l'aristocratie, dans lequel elle s'est introduite. Ce roman ambigu et féroce, qui met en scène la vengeance et la revanche amoureuse et sociale d'une femme, se situe dans la lignée des thrillers de Wilkie Collins, Mary Elisabeth Braddon et Charles Dickens.

Bien que j'ai mis (il faut l'avouer) beaucoup trop de temps pour lire ce tout petit bouquin, je peux affirmer que j'ai adoré.

J'ai retrouvé avec joie la plume simple, efficace et agréable de Miss Alcott. J'ai, c'est vrai, été moins prise par l'histoire qu'avec Secrets de famille, et pourtant j'ai autant aimé, peut-être même un peu plus. C'est vrai que le suspense est moins prenant puisque l'on sait d'office à quoi s'en tenir au sujet de Miss Jean Muir, mais cette dernière est incroyablement bien décrite et a une personnalité forte qui la rend inoubliable. L'histoire est plus subtile, plus fine dans sa description des personnages que dans Secrets de famille. Mais ce dernier tient nettement plus en haleine et contient plus de rebondissements.

En arrêtant ces comparaisons si peu élégantes, je peux juste dire que Louisa May Alcott nous offre de nouveau un roman agréable, fluide, sans prises de tête mais intelligent et bien écrit, un roman que l'on est ravi d'ouvrir à la fin d'une journée fatiguante. J'ai retrouvé aussi avec plaisir son empathie et sa compassion pour chaque âme, chaque personne vivante. Une fin qui, comme dans Secrets de famille, m'a beaucoup émue.

La découverte des deux petits romans de Louisa May Alcott fut un vrai régal et un baume au coeur tout simplement inoubliable ...

Les avis de Fashion , Clarabel , Cuné , ...

"Je vous demande pardon. Je suis restée debout toute la journée et, dans mon empressement à être exacte à mon rendez-vous, j'ai oublié de manger depuis ce matin. Je me sens mieux à présent; voulez-vous que je termine la chanson?

- En aucune façon. Venez prendre le thé", dit Bella, remplie de pitié et de remords.

"Scène un très bien jouée", chuchota Gerald à sa cousine.

Mlle Muir était devant eux et écoutait apparemment les remarques de Mme Coventry sur les évanouissements, mais elle entendit et regarda par-dessus son épaule dans une attitude évoquant Rachel. En cet instant, ses yeux gris parurent noirs avec une intense expression de colère, de fierté et de défi. Un étrange sourire passa sur son visage quand elle se pencha et dit de sa voix pénétrante : "Merci. La dernière scène sera encore meilleure."

(Derrière le masque, Losfeld, 2005,p15-16)


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