vendredi 6 février 2015

Ce n'est pas simple tous les jours d'être un criminel

Crime et châtiment
Dostoïevski

Folio classique, 2011.

A Saint-Pétersbourg, en 1865, Raskolnikov, un jeune noble sombre et altier, renfermé mais aussi généreux, a interrompu ses études faute d'argent. Endetté auprès de sa logeuse qui lui loue une étroite mansarde, il se sent écrasé par sa pauvreté. Mais il se croit aussi appelé à un grand avenir et, dédaigneux de la loi morale, se pense fondé à commettre un crime : ce qu'il va faire bientôt - de manière crapuleuse. 
(Présentation de la collection Livre de poche)

C'est toujours pareil. Lorsque je lis un monument de la littérature, je me trouve bien ennuyée quand vient le moment d'en parler. Je suis partagée entre me taire et dire mille choses. J'attaque une chronique, tout en sachant pertinemment qu'elle sera fade et sans intérêt par rapport au roman dont il est question.
Bref .... Parlons de Crime et châtiment.
Titre culte, héros mondialement connu, souvent cité, parodié, on ne peut pas passer à côté de Crime et châtiment lorsqu'on aime la littérature. Je ne vous cache pas que ma lecture fut mouvementée (quotidien prenant ... "Maman? Tu fais quoi?" ; "Ouin Ouin!!" ; "Maman, j'ai faim" ; "Areuhhh!!" ; ... boulot, dodo et compagnie), j'ai parfois trouvé certaines scènes assez longues et des chapitres lourds. Dostoïevski nous écrase littéralement par moment. Trop de génie, trop de psychologie, trop de maîtrise. Je me suis sentie un peu dépassée, bien trop petite face à son écriture, son analyse de l'être humain et sa profondeur. Voilà encore une oeuvre que j'aurai aimé étudier, disséquer, décortiquer. Raskolnikov est un héros très particulier. On ne peut ni l'aimer, ni le haïr. En règle générale, ce roman met mal à l'aise. Je ne pensais pas trouver une oeuvre si sombre et glauque. Meurtre, viol, sadisme, pauvreté, suicide. On plonge dans les bas fonds de la société, dans le vice et la puanteur. 
Avec tout ça, vous allez vous demander si j'ai aimé ma lecture. Bien sûr que oui. C'est vrai que c'est long, complexe et sinistre, mais comment ne pas être à genoux devant une telle oeuvre. Quelle maîtrise! Quelle plume! Dostoïevski remue les tripes, nous interpelle, nous questionne. Il nous offre un roman brûlant et passionnant. Les scènes horribles laissent place à des pages humaines, poétiques et sublimes (Ah! L'épilogue).  Au bout du tunnel, il y a la lumière. Dans la misère, il y a l'amour. Un très beau roman qui ne cherche pas la simplicité, car Dostoïevski n'essaie pas ne nous mentir, l'Homme est compliqué et instable. Le Mal n'est pas toujours où l'on pense, le Salut non plus. 
Les personnages de ce roman me hanteront longtemps. Dostoïevski est très pointilleux. Il a crée avec Crime et châtiment un véritable monde. C'est une histoire qui prend vie. On voit marcher, respirer, parler les personnages. Les rues de Saint Pétersbourg, la douce Sonia, Raskolnikov errant, l'attachant Razoumikhine, ... Des dizaines de scènes gravées dans ma mémoire. 
Un très grand roman. 

"- Vous aimez votre sœur Sonia?
- Je l'aime plus que tout, déclara Polenka, d'un ton particulièrement ferme, et son sourire devint plus sérieux. 
- Et moi, vous m'aimerez?
  Au lieu de répondre, la fillette rapprocha son visage et il vit qu'elle tendait ses petites lèvres gonflées, prête à l'embrasser. Soudain, ses bras maigres comme des allumettes l'enlacèrent fort, bien fort, sa tête enfantine se pencha sur son épaule et la fillette se mit à pleurer tout en se serrant contre lui de plus en plus. "
(Crime et Châtiment, Dostoïevski, Folio classique, 2011, page 201-202)

(Image : Degas, L'intérieur (Le viol))

vendredi 16 janvier 2015

Challenge Myself 2015 - Les participants



C'est avec joie que je reviens vers vous faire un point sur les participants et leur challenge. C'est en commentaire de ce billet que vous pourrez me donner les liens vers vos articles.

Pour ceux qui voudraient relire les infos concernant le challenge c'est ici.

Voici les valeureux concurrents :

- Suzanne 

- Titine lira les livres anglais de sa PAL
Mr Brown d'Agatha Christie
L'amour dans l'âme de Daphné du Maurier
Les tours de Barchester d'Anthony Trollope
Les chroniques de Mudfog de Charles Dickens
L'a t-elle empoisonné de Kate Colquhoun
Nuit et jour de Virginia Woolf
Une femme d'imagination de Thomas Hardy
Expo 58 de Jonathan Coe
Miniaturiste de Jessie Burton

- Bénédicte découvrira le fabuleux Dickens
De grandes espérances

- Marjorie continue, comme l'année dernière, à lire des thrillers
Personne ne le croira de Patricia MacDonald
Un intérêt particulier pour les morts d'Ann Granger

- Fanny lira 3 des romans de la grande Edith Wharton
La splendeur des Lansing 

- Emilie a décidé de lire davantage de VO, un roman par mois.
Below stairs de Margaret Powell

- Alphonsine se lance dans un challenge ABC.

- Mrs Figg découvrira des auteurs européens (qui ne sont ni anglais, ni français).

- Unlivre Unthé retourne à ses premiers amours en lisant des classiques
Mimi pinson d'Alfred de Musset
Mort à crédit de Céline
La gloire de mon père de Marcel Pagnol
Une double famille de Bazac
L'inutile beauté et autres nouvelles de Maupassant
Le collier de la reine de Dumas

- La prose d'une époque a décidé de découvrir deux grands classiques
Guerre et paix de Léon Tolstoï
Madame Bovary de Gustave Flaubert

- Lilly lira en VO anglaise.

- Et moi-même, Romanza, j'ai décidé de lire 4 romans pour les 4 saisons de l'année. J'aime adapter certaines de mes lectures à l'ambiance du moment. 
Les filles de Hallows Farm d'Angela Huth = Printemps
Le riz et la mousson de Kamala Markandaya = Eté
La colline aux cyprès de Louis Bromfield = Automne
Katrina de Sally Salminen = Hiver 




J'essaie de vous préparer 2 ou 3 surprises durant cette année! 


Bon challenge!

samedi 10 janvier 2015

Où je m'y remets difficilement.

Charlie.

On essaie tous de reprendre le cours normal de notre vie ... On tente de rouvrir notre roman, de sourire, de se dire que le monde ne peut pas être si fou.
Même si j'ai du mal à parler d'autre chose et à ne pas penser à eux, à tout ce qu'ils représentent, je me suis décidée à rédiger un article qui traînait depuis quelques jours. 
Mais ce fut difficile!

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Challenge Myself 2015




Pour la troisième année consécutive, je vous propose de vous lancer un petit défi personnel. 

Je rappelle les règles :

C'est votre défi, vous décidez en quoi il consiste. 
Il peut s'agir de lire 1 seul roman dans l'année comme une vingtaine ... Vous vous auto-challengez. C'est assez libre puisque c'est vous qui établissez les objectifs à atteindre. 
Il peut s'agir de :
  • découvrir un auteur que vous n'avez pas encore ouvert
  • lire (enfin) un roman que vous désirez parcourir depuis des années et que vous n'avez jamais pris le temps d'ouvrir (ou que vous craignez d'ouvrir)
  • lire une série ou une saga (ou la terminer)
  • découvrir ou lire davantage un genre littéraire particulier 
  • lire des romans sur un thème particulier
  • découvrir la littérature d'un pays
  • se réconcilier avec un auteur
  • ........ et bien d'autres choses.
Quant aux règles, elles sont simples :
  • Informez-moi de votre participation en commentaire de ce message
  • Donnez-moi le lien de votre billet publié sur votre blog annonçant votre participation au Challenge Myself ainsi que votre choix de défi personnel. Ainsi je pourrai mettre le lien de votre billet ici-même et le thème de votre défi.
  • A chaque avis de lecture en lien avec votre défi, avertissez-moi ici que je tienne à jour un récapitulatif des billets des inscrits
  • Le challenge dure toute l'année 2014 (jusqu'au 10 janvier 2016)
Libre à vous de créer des dérivés à votre Challenge : création d'un marque-page spécial, visite de la maison de l'écrivain que vous découvrez cette année, voyage dans le pays en lien avec votre challenge, découverte des adaptations cinématographiques de vos lectures, etc ... Mais faites-nous vivre ces moments dans des billets!!!

En ce qui me concerne, je réfléchis encore au choix de mon défi.

Alors, vous me suivez?

dimanche 4 janvier 2015

Des souris dans le grenier

 La petite princesse
Frances H Burnett


(J'ai une vieille édition de 1952, je vous donne une référence plus récente)
Livre de poche Jeunesse, 2008.

Sarah Crewe, petite fille d’un riche Anglais installé aux Indes, vient parfaire son éducation dans un pensionnat de Londres, tenu par Miss Minchin. Le jour de ses onze ans, le destin de Sarah bascule : son père vient de mourir sans lui laisser le moindre sou. De son statut de princesse, Sarah passe à un statut de servante misérable.

L'année 2015 commence par un joli coup de cœur pour ce classique de la littérature de jeunesse.
Les femmes de ma génération se souviennent bien évidemment du tendre dessin-animé japonais Princesse Sarah inspiré du roman de Frances Burnett. Sans être une inconditionnelle, je reconnais avoir aimé cette histoire étant enfant. J'en avais gardé qu'un vague souvenir et c'est avec grand plaisir que je me suis plongée dans la vraie histoire de Sarah Crewe. 
Depuis quelques années, je désire lire les classiques enfantins non encore lus. L'année dernière, j'avais découvert Fifi Brindacier, il y a quelques temps Matilda, ... Je compte découvrir dans les années à venir Tom Sawyer, La petite maison dans la prairie et bien d'autres.
J'ai retrouvé mon âme d'enfant en lisant La petite princesse. Je l'ai lu avidement comme une toute jeune lectrice. Ce roman est extrêmement bien écrit, dynamique et touchant. J'ai été étonnée de trouver un style assez gai et joyeux, ainsi qu'une Sarah fière, parfois mordante et ne se laissant nullement marcher dessus. J'avais gardé en mémoire une histoire très larmoyante presque mièvre et une héroïne trop pure, douce, timorée. Heureusement, il n'en est rien. La petite princesse est une sucrerie à déguster, à savourer. C'est un hymne à l'enfance, aux rêves, un petit bijou d'optimisme. 
J'ai aimé Sarah, jeune fille profondément généreuse et bonne mais déterminée et digne. Le trait de caractère qui m'a le plus touché est la façon qu'elle a de "faire semblant". Sarah a une imagination débordante et elle se réfugie dans ses rêves, elle se voit en captive de la Révolution, en princesse, en Comte de Monte Cristo. C'est une grande lectrice, une amoureuse des livres et des histoires. Ce personnage m'a vraiment beaucoup touchée. Si j'avais lu ce roman plus jeune, j'aurai sûrement trouvé une sœur en Sarah. 
Ce roman frais est composé de jolis moments, de scènes parfois touchantes, parfois drôles. Les pages ont vite défilé et j'ai été totalement envoûtée. Je me suis vue au pensionnat, dans la mansarde, dans les rues de Londres. Une histoire qui se dévore.
Il fait parti de ces textes que l'on a envie de glisser dans les mains des jeunes filles. J'ai hâte de le faire découvrir à ma Romanzina et de voir briller dans ses yeux ses premières émotions de lectrice. 
Je suis adulte ... mais j'ai été prise. Et je ne m'y attendais pas du tout. Un petit bijou.

Frances Burnett est aussi célèbre pour son roman Le jardin secret. Inutile de vous dire que je le lirai aussi. 

" Le plus grand pouvoir que possédait Sarah, celui qui lui gagnait plus d'admiratrices que son luxe, c'était son pouvoir d'inventer des histoires, la faculté de faire que tout ce dont elle parlait avait l'air d'une histoire, même si ce n'en était pas une.
Sarah non seulement savait raconter, mais elle aimait beaucoup à le faire. Elle voyait ses personnages féeriques et vivait avec eux, ainsi qu'avec les rois, les reines et les belles dames dont elle narrait les aventures. "
(La petite princesse, F. Burnett, Bibliothèque Rouge et Or, 1952, p 44)

(Source image : legrenierdesaintemarie.blogspot.com)

samedi 3 janvier 2015

Challenge Myself 2014 ... C'est terminé!

2014 c'est fini! Et avec lui le Challenge Myself qui vous proposait de vous fixer vous même un objectif à atteindre dans la joie et la bonne humeur. 


Pour retrouver tous les billets des participants, c'est ici : Bilan (j'attends encore quelques liens). Au final, ce Challenge Myself a permis la rédaction de 42 billets, 42 lectures. 
(N'hésitez pas à me contacter si j'ai oublié quelqu'un ou quelque chose)

Bravo à vous. Tout comme l'année dernière, vous avez joué le jeu. Vous êtes très nombreux à avoir atteint votre objectif. La plupart désirait découvrir un auteur ou lire un style littéraire précis. Vous avez en grande majorité réussi votre pari. 
La palme des trois plus grandes lectrices revient à Marjorie, George et Mrs Figg. Toutes les trois ont lu 7 livres chacune pour le challenge. Bravo!

En ce qui me concerne, j'ai lamentablement échoué. Je n'ai lu que 3 romans sur les 5 prévus. Mais j'ai aimé ces 3 lectures. L'idée de départ reste le plaisir et la liberté, je pense que l'objectif est atteint. 
Et je tenais aussi à m'excuser de ne pas avoir actualisé les billets assez régulièrement ... l'arrivée de Bébé Romanzina a chamboulé certaines de mes priorités ... 


Avant de relancer le challenge pour l'année 2015, je voulais déjà savoir si certains étaient intéressés. Pouvez-vous me le signaler dans les commentaires? Si c'est le cas, j'ouvre les inscriptions dans un prochain billet. 
Toujours aucune contrainte particulière, aucune pression ... Je recense vos défis personnels et voilà ... 
Peut-être vais-je tenter quelques jeux ou petits billets particuliers cette année ... Je verrai! Selon mes idées et surtout, selon mes disponibilités. Vie réelle oblige! 

Alors, avez-vous des idées de défis personnels? 
Vous êtes partants pour un Challenge Myself 2015?

vendredi 2 janvier 2015

Petit bac 2015

Allez, soyons fous! Cette année, je participe au Challenge d'Enna. je le trouve assez libre, simple et amusant. Pour les infos, c'est ici.

Pour les 10 catégories demandées, j'ai choisi :

Prénom : Salammbô de Flaubert (Lu!)
Titre d'un seul mot : Maurice de Forster (Lu!)
Musique : Quatuor d'automne de Pym (Lu!)

Je pense que je me tiendrai à cette liste, mais je n'exclue pas la possibilité de la modifier. 

Venez-nous rejoindre!

Bilan ...

Je l'aime ce moment où je repense à tous mes moments de lecture passés et où je rêve à ceux qui viendront bientôt ... 


 J'ai moins lu cette année. Mais j'ai de bonnes raisons. Les 8 premiers mois de l'année furent centrés sur mon gros ventre, puis l'arrivée de ma Romanzina a occupé les 4 derniers. 
Mais je n'ai pas cessé de lire. Toujours passionnée ... même avec deux petits lutins pleins de vie. 

Voici les lectures qui ont marquées mon année :

- Le temps de l'innocence d'Edith Wharton est venu me conforter dans l'idée que j'aime cette femme et son écriture fine et puissante.
- Guerre et paix de Tolstoï. Je l'aurai lu un jour c'est sûr, mais grâce à Eliza j'ai avancé la date de ma lecture de ce monument et je ne le regrette pas. 
- L'étranger de Camus, un coup de cœur auquel je ne m'attendais absolument pas. 
- Les fleurs de lune de J. Carleton. J'ai aimé lire les aventures de la famille Soames.
- Jude l'obscur de T. Hardy. Grosse claque littéraire. Si je devais n'en choisir qu'un cette année, ce serait celui-là.
- Vera d'E. Von Arnim, un délicieux et terrible roman. Saisissant.
- Esprit d'hiver de L. Kasischke, j'ai adoré ce huis clos parfaitement maîtrisé. 
- La recluse de Wildfell Hall d'A. Brontë et la confirmation de mon amour absolu pour la littérature anglaise.


Mais j'ai aussi relu avec une grande joie Gabrielle Roy. Agatha Christie m'a, comme toujours, envoûtée. J'ai fondu pour le sublime roman graphique de Caroline Preston. Je n'en ai pas fini avec Dame Du Maurier que j'aime décidément énormément ... et tant d'autres choses.

Une jolie année, moins intense car mon esprit un peu nombriliste contenu des circonstances m'a souvent enquiquiné, mais riche et agréable.  


2014 fut aussi la seconde édition du Challenge Myself. Je prépare un bilan pour les jours à venir. 

Je vous souhaite une belle année livresque 2015.

mercredi 24 décembre 2014

" Des petits bouts de rêve, des images qu'on pensait perdues "

 La rivière sans repos précédé de 3 nouvelles
Gabrielle Roy


Boréal Compact, 1995.

Dans la communauté des Inuit de l’Ungava, où se sont implantés depuis peu les premiers Blancs, un drame se joue : celui de la confrontation entre les valeurs traditionnelles d’une civilisation millénaire et la culture nouvelle qu’apportent avec eux les gens venus du Sud. Cette confrontation donne lieu tantôt à des juxtapositions cocasses, comme dans deux des « Nouvelles esquimaudes » par lesquelles s’ouvre le livre, tantôt à des déchirements qui remettent en question toute la vie, toute l’identité de l’être en qui se heurtent les deux mondes. C’est le cas de Deborah, dans « Les satellites », qui ne sait plus trop comment il convient de mourir. Et c’est le cas surtout d’Elsa, l’héroïne du roman, mère d’un enfant qui, par son existence même, incarne à la fois le choc des deux civilisations et leur dialogue, c’est-à-dire l’équilibre fragile, peut-être impossible, entre les exigences de chacune : d’un côté, la fidélité et l’harmonie, de l’autre, l’appel du désir individuel et du progrès. Tableau des tensions qui traversent les sociétés autochtones dans leur contact avec le monde moderne, La Rivière sans repos est aussi le roman de toute existence humaine déchirée entre la nécessité de l’appartenance et celle de la liberté.

On est en décembre, c'est Noël. J'avais envie de froid. J'ai ouvert une histoire d'inuits.
J'ai découvert la littérature québécoise avec la superbe série de Michel Tremblay sur le Plateau Mont Royal. Puis, j'ai lu une de ces auteures les plus célèbres, Gabrielle Roy avec Bonheur d'occasion. Ce fut un coup de cœur. J'avais été bercée par ses mots et sa délicatesse. Je m'étais jurée de relire rapidement cette plume. Je profite généralement du Salon du livre de Paris et de la présence des éditions québécoises pour m'offrir un de leurs romans. J'avais acheté La rivière sans repos, un peu au hasard. J'ai mis du temps avant de l'ouvrir. Maintenant que c'est fait, une chose est sûre, je ne mettrai plus autant de temps avant de relire Gabrielle Roy. Et pourtant, je pense que La rivière sans repos est loin d'être sa meilleure oeuvre. Bien moins fort que Bonheur d'occasion, c'est un texte parfois long. Mais quelle douceur, quelle plume, quelle sensibilité! 
L'ouvrage débute avec trois nouvelles. La première Les satellites m'a totalement captivée. Je ne saurai pas exactement expliquer ce qui m'a tant émue. Sûrement le style si fin et humain de Gabrielle Roy. Elle arrive à rendre magique et émouvant des instants d'une simplicité déconcertantes, "Elle tenta de dérouler leurs fragiles feuilles dont elle sentit au toucher qu'elles étaient des choses vivantes, lui laissant au creux de la main un peu de leur humidité. Alors, à la dérobée, comme si elle était à commettre un larcin, elle se hâta d'en mettre plein les poches. Ce serait pour les enfants d'Iguvik, quand elle reviendrait, afin qu'ils aient quelque idée de ce que c'est que le feuillage d'un arbre." (p24/25). Sans parler de ses descriptions si précises, si belles. J'avais besoin de quelques secondes pour les déguster avant de poursuivre ma lecture, "Mais elle aimait davantage la terre sous ses yeux quand il n'y eut plus d'arbres. Elle trouva le plus attirant du monde, quand ils apparurent à son regard, les mamelons arides et les bosses pelées du pays nu entre lesquels brillait l'eau froide des lacs solitaires. Tant et tant de lacs, si loin d'ailleurs au fond du monde, que bien peu d'entre eux ont reçu un nom. Elle dévorait des yeux ce singulier lacis d'eau et de rocs où elle avait tellement erré naguère avec Jonathan, des paquets au dos, quelquefois un bébé dans le ventre, le visage inondé de sueur à ne pas voir devant elle, et voici que cette époque de sa vie paraissait lui avoir été d'une tendresse émouvante. Il fallait donc aller bien loin pour juger de sa vie, et c'était peut-être en ses jours les plus rudes qu'elle préparait les meilleurs souvenirs" (p35). 
Les deux nouvelles suivantes, Le téléphone et Le fauteuil roulant, mêlent avec talent humour et émotion. Gabrielle Roy nous montre la confrontation de deux mondes, de deux temps. Elles sont agréables à lire, bien écrites et intelligentes. Puis vient l'histoire principale, La rivière sans repos. Jimmy, l'enfant de l'héroïne, devient la personnification du thème abordé dans les autres histoires. Cet enfant, fruit d'une rapide union (un viol plus justement, même si ce n'est pas clairement dit) entre une inuit et un GI, sera tiraillé toute sa vie entre ses deux origines. Le début de cette histoire est magnifique et la scène de la naissance de Jimmy est bouleversante. Le texte s’essouffle un peu ensuite. Mais la douce plume de Gabrielle Roy nous berce avec bonheur. Ce n'est pas gai, mais c'est beau et juste. 
Les titres de Gabrielle Roy sont remontés dans ma liste de livres à acheter. J'ai envie de retrouver son humanité et sa douceur. 

" Dans la cabane ils avaient réussi à faire place à une caisse de bois qui servait de table et autour de laquelle ils s'assemblaient. Du plafond pendait la lampe. Sa lueur captait le brillant des yeux tout en laissant dans l'ombre la grossièreté du logis. Le bois humide se consumait lentement. De temps en temps, une goutte d'eau chassée par le feu explosait avec le sifflement d'une petite bête coléreuse. Elsa entreprit de lire à vois haute Ivanhoé. Ian qui croyait connaître cette histoire, l'ayant entendu dire déjà, se surprit à la suivre avec un intérêt neuf, soit qu'il eût mal écouté la première fois, soit maintenant, comme il le dit à moitié sérieusement, qu'Elsa en inventât. 
Elle ressentit bientôt à l'égard de ces vieux livres aux coins déchiquetés une passion comme elle e avait éprouvée toute jeune pour le cinéma, mais en plus fort, car la source de ravissement était à présent proche, sûre, peut-être plus vraie, et elle-même peut-être plus apte à y puiser. Elle se désolait sans limite quand elle arrivait à des trous, quelquefois trois ou quatre pages successives arrachées du livre." 
(La rivière sans repos, Gabrielle Roy, Boréal compact, 1995, p 166/167)

(Source image : jarres.artblog.fr)

lundi 15 décembre 2014

Chaque année, la magie est au rendez-vous!

Noël est là ... 


Orange, cannelle, joues qui piquent, sablés aux épices, chocolat, chants de Noël, thé parfumé, contes des pays froids, romans à déguster enroulé dans un plaid, sourires aux lèvres et bonne humeur ... 


Il y a comme de la magie dans l'air ... 

Bonne lecture au coin du feu et joyeuses fêtes à tous!

mercredi 3 décembre 2014

Une lente agonie ...

La recluse de Wildfell Hall
Anne Brontë

 Phébus, 2008.

Publié en 1848, La Recluse de Wildfell Hall, qui analyse sans concession la place des femmes dans la société victorienne, est considéré comme l'un des tout premiers romans féministes. Ce titre méconnu entretient, comme l'a souligné la critique moderne, de nombreux liens avec Les hauts de Hurlevent d'Emily Brontë. on y retrouve notamment les mêmes thèmes: alcoolisme, violence masculine corruption de l'enfance... Qui est la mystérieuse nouvelle locataire de Wildfell Hall? On ne sait pas d'où vient cette artiste qui se fait appeler Mrs Graham, se dit veuve et vit comme une recluse avec son jeune fils. Son arrivée alimente toutes les rumeurs dans la petite communauté villageoise et éveille l'intérêt puis l'amour d'un cultivateur, Gilbert Markham. La famille de Gilbert. est apposée à cette relation et petit à petit, Gilbert lui-même se met à douter de sa secrète amie. Quel est le drame qu'elle lui cache ? Et pourquoi son voisin, Frederick Lawrence, veille-t-il si jalousement sur elle ?


Je suis une victime de choix pour les auteurs classiques anglais. Je marche à tous les coups. J'ai carrément embarqué dans ce roman et je l'ai baladé partout durant plusieurs semaines. Ayant repris le travail depuis peu de temps, j'ai retrouvé le plaisir de m'isoler et de souffler en ouvrant mon roman ... pour quelques minutes entre deux activités.  
Ceux qui me suivent depuis un moment connaissent mon profond amour pour Jane Eyre. Bien sûr, j'ai nourri une fascination pour les trois sœurs Brontë. Je suis admirative de leur si vive imagination, leur maîtrise de la narration et leur capacité à créer une ambiance unique. Emily m'a fascinée avec Les Hauts de Hurle Vent, Anne, charmée avec Agnes Grey et j'ai bien sûr noté les autres romans de ma chère Charlotte. 
J'avais dans ma bibliothèque depuis longtemps, La recluse de Wildfell Hall, second roman de la plus jeune sœur, Anne. Elle n'a rien à envier à ses deux sœurs. Rien n'égale Jane Eyre pour moi, mais je ne pense pas que le talent soit en jeu. Les romans des sœurs Brontë nous prennent aux tripes et le choix d'un roman ou d'un style préféré est tout en émotion. Il y a les pro-Hurle Vent, les pro-Jane, mais je pense que nous serons tous d'accord pour dire que ces trois sœurs possèdent quelque chose d'unique et de grand.
J'ai retrouvé la force, la puissance des sœurs Brontë dans La recluse de Wildfell Hall. Il y a d'abord cette préface saisissante, très engagée. J'ai été étonnée de voir une Anne, que l'on dit si discrète, aussi vive et rebelle. Un sublime plaidoyer féministe. On s'engage ensuite dans l'histoire et en ce qui me concerne, il n'y a eu aucun temps mort, aucune page de trop, aucune ligne inutile. J'ai été intriguée, puis touchée et émue par l'histoire de Mrs Graham. Ce texte est extrêmement moderne pour l'époque. Anne dénonce la supériorité de l'homme sur son épouse, la soumission de celle-ci, les méfaits de l'alcool et la violence verbale et morale. C'est un roman très dur. Les sœurs Brontë sont très sombres dans leurs écrits. L'histoire de Mrs Graham est difficile, très réaliste et j'ai été étonnée de lire autant de détails sur la cruauté de Mr Huntingdon. J'ai physiquement frissonné en lisant la situation tragique de l'héroïne. Combien de femmes vivaient de telles choses? Et le vivent encore?
La recluse de Wildfell Hall n'a fait que me confirmer ce que je sais déjà. J'aime la littérature classique anglaise. J'aime me plonger dans ces univers si particuliers. J'aime les plumes de ces trois sœurs talentueuses, courageuses, à l'imagination incroyable. Une véritable lecture-immersion.


" C'est moi qui les quittés, dit-elle en souriant. Leur bavardage m'ennuyait mortellement. Rien ne m'épuise autant. Je ne conçois pas comment ils peuvent continuer de la sorte - je ne pus m'empêcher de sourire du sérieux de son étonnement. Ils estiment que toujours parler est un devoir, poursuivit-elle ; ils ne s'arrêtent jamais pour réfléchir, mais se gavent de petits riens sans intérêt et de vains radotages, car les sujets d'intérêt réel leur font défaut. Ou prennent-ils vraiment plaisir à de telles parlotes? "
(La recluse de Wildfell Hall, Anne Brontë, Phébus, 2008, p 85)


(Source image : artrenewal.org. La veuve d'Alfred Stevens)