samedi 18 août 2012

Tout arrive à point ....

J'ai profité d'une semaine dans la région parisienne pour faire une halte quartier Saint-Michel à Paris ... Pour les habitués, c'est sur cette magnifique place (Aah! La fontaine) que se situe les librairies Gibert Jeune (nommées aussi Le royaume du lecteur compulsif).  
J'ai habité 23 ans dans la région parisienne, j'ai vagabondé plusieurs heures dans les rues de la capitale et pourtant, croyez-le, croyez-le pas, je n'avais JAMAIS mis un pied à Gibert Jeune. Je sais, je sais. Shame on me! Il a fallu attendre que je vive à 850 km de là pour avoir enfin l'idée d'y bouger mon postérieur. 
Autant vous dire que pour moi, ce fut la caverne d'Ali Baba. Je me suis vite dit que c'était beaucoup plus sage de ne pas avoir découvert ce lieu lorsque je vivais à 1 petite heure de lui ... Je pense que ma bibliothèque serait encore plus remplie à l'heure actuelle ... 
Je suis rentrée avec : 


Miss Mackenzie d'Anthony Trollope : A force de lire des critiques dithyrambiques, je n'ai pas résisté. Et la quatrième de couverture donne l'eau à la bouche.

Le temps de l'innonce d'Edith Wharton : Je vous l'ai dit ... Je veux TOUT lire de cette grande plume américaine.

Paola de Vita Sackville-West : Une proche de Virginia Woolf qui me fait de l'oeil depuis plusieurs années déjà. Je commence par un court roman, car tout comme son amie, elle m'intimide un peu.  Le résumé de ce dernier me plaît beaucoup!

jeudi 16 août 2012

Songe un jour d'été


Eté
Edith Wharton

Culte fictions, La découverte, 2006. 

La jeune Charity, recueillie enfant par un avocat du petit village de North Dormer, en Nouvelle-Angleterre, s'est résignée à une vie étriquée, au pied des montagnes, rythmée par les heures qu'elle passe à dépoussiérer et ordonner la minuscule bibliothèque municipale. Un jour de début d'été, elle voit apparaître dans ce bout du monde un jeune architecte, Lucius Harney, venu dessiner des croquis d'habitats traditionnels de la région. Très vite, elle s'éprend de lui... Admirablement construit, ce court roman des espoirs et des cruautés de l'amour est également une description impitoyable de l'oppression exercée parla "normalité" sociale contre les aspirations de l'individu. Été, quoique fort chaste, traite avec franchise de la sexualité féminine, vue comme force vitale puissante. Un roman très en avance sur son temps qui, lorsqu'il fut publié en 1917, créa un véritable scandale. On alla jusqu'à le comparer à Madame Bovary, qui était précisément le livre préféré d'Edith Wharton.


Voici ma troisième lecture d'un roman d'Edith Wharton qui décidément possède un incroyable talent.
Eté est un petit texte parfait en cette saison lourde où l'on peut flâner, épuisé par la chaleur ... 
Comme toujours l'été, je n'ai que très peu de temps pour moi, mais ce fut un délice de partager ces instants volés avec Miss Wharton. Etrangement, je n'ai pas trouvé l'héroïne particulièrement attachante. Pour moi qui aime m'identifier aux personnages, vivre à travers eux et ressentir leurs émotions, ce ne fut pas le cas ici, mais je n'ai pas trouvé cela gênant. J'ai lu l'histoire de Charity, j'ai écouté ses doutes et ses espoirs de façon détachée, mais enthousiaste et émue. J'ai davantage aimé l'atmosphère lourde de la saison d'été, l'ambiance étriquée du petit village de North Dormer, les angoissants silences de Mr Royal, les paysages, les parfums, les couleurs. J'ai retrouvé le profond pessimiste (disons-le) de Chez les heureux du monde et d'Ethan Frome, bien qu'Eté soit nettement moins déprimant. C'est étrange d'ailleurs d'aimer un auteur qui voit beaucoup de choses en noir, assez fataliste, très dur avec la société et avec ses semblables. Mais c'est qu'Edith Wharton a une écriture magnifique, un regard éclairé, une conscience de la beauté des choses comme de leur noirceur. Edith Wharton ne ment pas. J'aime ces histoires, sa sensibilité et sa passion. Alors oui, Charity, bien que forte et émouvante, n'est pas particulièrement attachante, mais son histoire nous montre l'impasse dans laquelle les femmes pouvaient se trouver à l'époque uniquement parce qu'elles avaient écouté leur coeur, comment la société pouvait les juger et les chasser parce qu'elles n'avaient pas fait ce que l'on attendait d'elles. C'est à dire, être là et attendre. Et c'est ici que se situe le problème, Charity ose sortir des rails et tombe amoureuse. Lors d'une sublime scène un soir de 4 juillet dans la lumière d'un feu d'artifice et dans la foule bruyante, elle se laisse aller à la passion qui jusque là ne faisait que sommeiller. Malheureusement pour elle, le gentil Harney, élu de son coeur, n'a pas sa volonté, sa force, son charisme. Le prince charmant est en réalité un simple laquais. 
La fin d'Eté est à la fois une belle fin pleine d'espoir mais aussi une profonde injustice. Charity n'avait-elle aucune autre solution que celle-là? Doit-on ignorer les élans de son coeur, ses aspirations profondes pour se sauver aux yeux de la société? Certes, Mr Royal n'est pas, au final, un mauvais bougre, mais il y a quelque chose de malsain dans leur situation et l'on ne peut s'empêcher de ressentir un profond malaise en refermant ce roman. Tout comme lorsque l'on referme Chez les heureux du monde et surtout Ethan Frome
Une chose est sûre, je n'en ai décidément pas fini avec cette enchanteresse d'Edith Wharton. Je compte bien dévorer encore plusieurs lignes, plusieurs pages de cette plume magnifique et profondément humaine

« Le soir de sa rencontre avec le cousin de Miss Hatchard, couchée dans son petit lit de fer, les bras croisés sous sa tête, elle continuait à penser à lui. Sans doute avait-il l'intention de séjourner quelque temps à North Dormer, puisqu'il lui avait dit qu'il voulait étudier les vieilles maisons des environs. Elle ne saisissait pas, au juste, ce qu'il voulait dire par là, puisque toutes les maisons du pays étaient vieilles et lui semblaient également laides et tristes ; mais elle comprit qu'il avait besoin de se documenter, et elle prit aussitôt la résolution de rechercher dès le lendemain matin le volume qu'elle n'avait pas pu trouver, ainsi que tous ceux qui lui sembleraient se rapporter au même sujet. Jamais son ignorance de la vie et de la littérature n'avait tant pesé sur elle que maintenant alors qu'elle repassait en esprit leur brève conversation... »
(Eté, Edith Wharton, La découverte, 2006)


(Source image : giverny.org. Le bassin de Miller)

dimanche 5 août 2012

" Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi! "

 Le bossu
Paul Féval

GF Flammarion, 1997.

Qui est le Bossu, cet être contrefait que l'on croise dans le Paris populaire comme à la cour du Régent ? Quels liens étranges l'unissent au chevalier de Lagardère, fine lame incomparable, cœur généreux, idole des dames et du petit peuple ? Les bonnes gens s' étonnent de voir l'un rendre si souvent à l'autre, sans que jamais on ne les voie ensemble. Pour accomplir son œuvre de justicier, pour venger Philippe de Nevers assassiné dix-huit ans plus tôt par le ténébreux prince de Gonzague, le beau Lagardère ne recule devant aucune audace.
(Pour ceux qui ne connaissent pas cette si célèbre histoire, ne lisez pas la suite de la 4ème de couverture de la présente édition si vous l'avez un jour entre les mains ... Je l'ai ici raccourcie).

Oui, je sais le titre de mon billet est facile! Mais cette phrase est si grandiose et fait tellement frissonner lorsque Henri de Lagardère la prononce dans les gorges de Caylus que je ne pouvais pas ne pas la mettre. C'est tout!
Autant vous dire que j'ai passé les quelques semaines qui viennent de s'écouler en bien bonne compagnie (et pas que grâce à Lagardère, mauvaises langues! Le vif et pétillant bossu y est pour quelque chose aussi). Je travaille beaucoup depuis le début du mois de juillet, je n'ai malheureusement que très peu de temps pour bouquiner (ce qui explique ma lenteur à lire Le bossu), mais ce fut chaque soir un régal d'ouvrir ce bouillonnant, ce foisonnant roman de Paul Féval. 
Je connais l'histoire du Bossu comme beaucoup par les adaptations cinématographiques. Deux d'entre elles, pour être précise. Celle avec Jean Marais et celle avec Daniel Auteuil. Cette histoire me touchait beaucoup d'abord enfant puis adolescente où j'appris qu'il s'agissait à la base d'un roman. Il a fallu le swap Cape et épée (d'il y a quelques temps) pour que ce roman tombe enfin entre mes mains (le 1er qui me dit que j'ai mis un temps infini à l'ouvrir sera obligé de disserter sur le dernier roman de Marc Lévy ... non mais!). Sur le coup, j'ai douté : "Ma vieille, ouvrir un pavé de  800 pages écrit petit, ce n'est peut-être pas judicieux sachant que tu n'auras qu'une pauvre demi-heure au plus de lecture chaque soir et que tu seras dans un état de coma avancé ... ". Mais au bout de 3 pages j'étais piégée. Je suis tombée sous le charme de cette plume si proche de mon cher Dumas, une plume drôle, ironique, émouvante, énergique, ingénieuse ... Dumas reste Dumas, il est indétrônable, mais franchement, Paul Féval n'est pas loin. J'ai beaucoup ri (Aah! Passepoil et Cocardasse), j'ai été émue aussi ... Je suis passée par plusieurs émotions. J'ai cru à cette belle histoire d'amitié. Ce lien si soudain, si pur, si spontané entre Philippe de Nevers et Henri de Lagardère ainsi que le serment de ce dernier m'ont tirée les larmes aux yeux : Oui, s'écria t-il, voici la fille de Nevers! Viens donc la chercher derrière mon épée, assassin! toi qui as commandé le meurtre, toi qui l'as achevé lâchement par-derrière! Qui que tu sois, ta main gardera ma marque. Je te reconnaîtrai. Et, quand il sera temps, si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi! " (p138)
Henri de Lagardère est un héros de roman comme on les aime. Courageux, beau, combattant hors pair, fidèle, ... Il a toutes les qualités que l'on peut rechercher chez un damoiseau. Trop parfait? Non. Le génie de Féval le rend également profondément humain. Oui, Henri de Lagardère a des défauts, il est faillible, sensible, méfiant, un peu névrosé et disons-le un brin rancunier, mais il n'en est que plus touchant : "J'arrivais confiant, heureux, plein d'espérance. Cette parole m'a glacé le coeur, madame. Sans cette parole, votre fille serait déjà dans vos bras. Quoi! s'interrompit-il avec une chaleur nouvelle, cette pensée est venue la première de toutes! Avant même d'avoir vu votre fille, votre unique enfant, l'orgueil parlait déjà plus haut en vous que l'amour! La grande dame me montrait son écusson quand je cherchais le coeur de la mère! Je vous le dis, j'ai peur; parce que je ne suis pas femme, moi, madame, mais parce que je parce que je comprends autrement l'amour des mères, parce que si l'on me disait : "Votre fille est là; votre fille, l'enfant unique de l'homme que vous avez adoré, elle va mettre son front dans votre sein, vos larmes de joies vont se confondre ... " si l'on me disait cela, madame, il me semble que je n'aurais qu'une pensée, une seule, qui me rendrait ivre et folle, embrasser, embrasser mon enfant! " (p475)
Cette histoire, vous vous en doutez, est bien plus riche que ce que les adaptations cinématographiques nous ont offerts. En 800 pages, Paul Féval a de quoi raconter. Des personnages très importants apparaissent (je pense notamment à Dona Cruz), des personnalités simplifiées par les films sont bien plus complexes ici (la veuve de Nevers en est l'exemple le plus flagrant. Sans compter Gonzague qui n'est qu'un agneau dans les adaptations comparé au loup du roman), ... Mais les films rendent bien l'ambiance, l'intrigue principale et l'humour du roman. Si vous aviez aimé regarder Le bossu, vous adorerez le lireC'est passionnant, c'est envoûtant. On se bat à l'épée (et on gagne à chaque fois vu que l'on connaît la botte de Nevers), on aime le bienfaiteur d'Aurore (non, je ne me répète pas!), on tremble devant l'esprit machiavélique de Gonzague (quel vilain celui-là!), ... Bref! On referme le livre toujours avec regret!
La structure même du roman le rend agréable à lire. Il est composé de deux parties : Le petit parisien et Lagardère!. Celles-ci sont divisées chacune en trois temps, redivisés eux-même en plusieurs petits chapitres (soixante-deux en tout). Ce découpage rend le récit énergique, vivant, jamais ennuyant. 800 pages qui se dévorent. 
Je ne peux que vous conseiller mille fois d'ouvrir ce texte plein de charme ... Un GRAND roman de cape et d'épée, mais aussi un GRAND roman d'amitié, de loyauté, de cruauté, de pouvoir, d'amour, ... Un GRAND roman, quoi!


Le fils de Paul Féval (Paul Féval fils ... original!) a écrit plusieurs suites au texte de son père. Pour cela, il a modifié la fin écrite par son père, fin qui n’amenait naturellement pas de suite. Peut-être que les romans écrits par Paul Féval fils sont passionnants, mais en ce qui me concerne l'histoire écrite par Paul Féval père est parfaite comme cela. Je n'ai ni l'envie, ni la curiosité de lire les suites. Il n'y a pas d'autres fins que celle écrite par Paul Féval pour moi.

" Un nom, une bosse, deux fardeaux qui n'écrasent que les pauvres d'esprits! Je suis un trop petit personnage pour être comparé à un financier d'importance comme M. Oriol. Si son nom l'écrase, tant pis pour lui; ma bosse ne me gêne pas. Le maréchal de Luxembourg est bossu! L'ennemi a t-il vu son dos à la bataille de Nerwinde? Le héros des comédies napolitaines, l'homme invincible à qui personne ne résiste, Pulcinella, est bossu par derrière et par devant. Tyrtée était boiteux et bossu; bossu et boiteux était Vulcain, le forgeron de la foudre; Esope dont vous me donnez le nom glorieux, avait sa bosse, qui était sa sagesse. La bosse du géant Atlas était le monde. Sans placer la mienne au même niveau que toutes ces illustres bosses, je dis qu'elle vaut, au cours du jour, cinquante mille écus de rente. Que serais-je sans elle? J'y tiens. Elle est d'or! "
(Le bossu, GF Flammarion, 1997, p557)

(Source image : bibliothèque nationale de France)

samedi 21 juillet 2012

Être soi ou se mentir ?

Miss Austen regrets


Royaume Unis, 2008. Réalisé par Jeremy Lovering.


Au début du XIXe siècle, la célèbre Jane Austen, connue pour avoir écrit "Orgueils et Préjugés", s'est retirée dans un cottage du Hampshire avec sa mère et sa sœur. Alors qu'elle va sur ses 40 ans, elle se remémore sa jeunesse et ses premières amours.

Comme beaucoup d'entre nous, je suis avec plaisir le cycle "Jane Austen" d'Arte. J'ai regardé au début du mois Miss Austen regrets ... Je n'avais encore jamais vu ce téléfilm qui me tentait beaucoup ... Je l'ai trouvé très touchant. Il m'a fait réfléchir énormément sur les choix que nous faisons, les décisions que nous prenons. L'être humain ne peut pas s'empêcher de regretter. Regretter des choix, regretter des personnes. Mais lorsqu'on se pose, tout comme Jane, et qu'on réfléchit sur ce qu'aurait été sa vie autrement, on se dit que dans une autre situation, nous aurions quand même des regrets. Différents certes, mais des regrets quand même. Il faut écouter son coeur et faire les choix qui nous ressemblent le plus, où l'on s'oublie le moins. Même si les regrets nous pourchassent, on aura toujours la certitude d'être resté fidèle à nos envies et à notre coeur. Voilà ce que j'ai pu ressentir en visionnant ce film.


Le choix de Jane est terrible. Tout comme dans Becoming Jane, elle ferme son coeur, prend la décision de ne jamais être mère, de vivre dans la pauvreté, de ne pas connaître l'amour, mais d'être libre, de faire ce qu'elle aime le plus au monde : écrire. C'est douloureux, j'ai ressenti comme un coup de poignard la douleur de Jane, son amertume. Mais je l'ai profondément soutenue dans son choix. Je l'ai compris. 
Je n'ai jamais rien lu sur la vie de Jane Austen donc je ne peux pas juger la fidélité historique de ce téléfilm. Je peux juste dire que je l'ai trouvé très émouvant, troublant même, extrêmement philosophique. Et la voir rédiger et parler de ses si célèbres oeuvres reste un bonheur sans nom ... 
Je ne m'étalerai pas davantage. Un beau téléfilm poignant, à l'ambiance sublime, de belles images, une grande profondeur. 

(Sources images : ellenandjim.wordpress.com ; janeaustenfilmclub.blogspot.com ; meyabulle;fr ; the-inn-at-lambton)

jeudi 28 juin 2012

Attention au gingembre ... ça donne des ailes!

 Une odeur de gingembre
Oswald Wynd


Folio, 2011.

En 1903, Mary Mackenzie embarque pour la Chine où elle doit épouser Richard Collinsgsworth, l'attaché militaire britannique auquel elle a été promise. Fascinée par la vie de Pékin au lendemain de la Révolte des Boxers, Mary affiche une curiosité d'esprit rapidement désapprouvée par la communauté des Européens. Une liaison avec un officier japonais dont elle attend un enfant la mettra définitivement au ban de la société. Rejetée par son mari, Mary fuira au Japon dans des conditions dramatiques. À travers son journal intime, entrecoupé des lettres qu'elle adresse à sa mère restée au pays ou à sa meilleure amie, l'on découvre le passionnant récit de sa survie dans une culture totalement étrangère, à laquelle elle réussira à s'intégrer grâce à son courage et à son intelligence. Par la richesse psychologique de son héroïne, l'originalité profonde de son intrigue, sa facture moderne et très maîtrisée, Une odeur de gingembre est un roman hors norme.

Une odeur de gingembre est un roman parfait pour les vacances d'été. Je vous conseille, amis lecteurs-vacanciers, de glisser ce livre dans votre valise avant de partir vous dorer la pilule. Il est simple, efficace, intéressant et accrocheur. 
J'ai aimé l'histoire bien mouvementée de Mary Mackenzie. On s'attache à cette héroïne particulièrement humaine. J'ai suivi sa vie en Asie avec plaisir, parfois en tremblant, parfois en souriant, mais toujours avec intérêt. Les pages passent à une vitesse folle et il est très difficile de ne pas enchaîner avec le chapitre suivant après en avoir fini un. Mais je range vraiment ce roman dans la catégorie "détente". L'histoire m'a séduite mais le style, la façon de raconter ne m'ont pas transcendée. C'est un roman qui pour moi n'a pas beaucoup de caractère. Il a un charme fou, on prend énormément de plaisir en sa compagnie, mais certains aspects du texte ont déjà été vus et traités dans d'autres romans. Je trouve qu'Oswald Wynd va trop vite, ne développe pas assez, passe trop rapidement sur certaines périodes de la vie de Mary. 
Les premières pages m'ont révélée une héroïne comme je les aime. Mary a un caractère bien trempé sur ce bateau qui l'emmène en Chine ... Pourtant plus les pages passaient, plus certains traits de la personnalité de Mary me gênaient. Mary Mackenzie, bien qu'attachante, semble essayer de ressembler à une héroïne courageuse et inoubliable sans y parvenir. Je l'ai trouvé assez passive au bout du compte. Elle attend que les choses se passent, acceptent ce qu'on lui propose. Ce trait de caractère m'a particulièrement marquée en ce qui concerne ses enfants. Vous allez me dire que pour une femme surtout au début du XXème, il était quasiment impossible de se battre contre les décisions des hommes!  Certes. Mais je trouve qu'elle accepte bien vite la situation! A sa place et me sentant impuissante, j'aurai pété un câble, je serai devenue folle ou je me serai jetée par la fenêtre. Je semble bien dure avec la pauvre Mary que pourtant j'ai aimé avec tendresse ... mais que voulez-vous, personne n'est parfait ... je critique trop et Mary pas assez! 
J'ai trouvé très intéressante la relation de Mary avec Kentaro, son amant japonais. En lisant la quatrième de couverture, on s'attend à une histoire passionnée d'adultère, d'amour contrarié, mais Oswald Wynd est bien plus subtil. Non, il n'y a pas de déclarations d'amour, de scènes idylliques. Les sentiments sont beaucoup plus complexes et profonds. D'ailleurs existe t-il réellement une seule histoire d'amour dans ce roman? N'est ce pas une antithèse aux romans d'amour?
C'est un livre bien émouvant et qui fait du bien. Une odeur de gingembre est, malgré ses réelles faiblesses, un texte très sensible que l'on lâche qu'avec difficulté une fois commencé. Un bon roman de saison!

Il m’arrive parfois de penser à ces petits incidents qui semblent sans importance et qui ont changé le cours de ma vie, comme aller chez Margaret Blair et d’y avoir rencontrer Richard, une chance sur dix mille en réalité. Et puis il y a eu cette promenade matinale sur un sentier qui traversait un petit bosquet de bambous et menait à Kentaro. Que des évènements aussi anodins puissent transformer aussi radicalement le cours de ma vie veut-il dire que je suis atteinte d’une espèce particulière de folie ? Les autres bâtissent-ils leur vie sur de tels incidents ? Je crois bien que ne réussissent vraiment dans la vie que les gens à qui il n’arrive rien, et qui planifient leurs jours comme la trajectoire d’un bateau sur une carte, sans jamais qui leur boussole des yeux."
(Une odeur de gingembre, O. Wynd, Folio, 2011)

(Source image : La parisienne japonaise. femmefemmefemme.worpress.com)

dimanche 24 juin 2012

Miraculeuse!

Nord et Sud


BBC (2004). Mini-série de 4 épisodes réalisée par Brian Percival


Après un séjour à Londres, la belle Margaret Hale regagne le presbytère familial dans un village du sud de l'Angleterre. Peu après, son père renonce à l'Eglise et déracine sa famille pour s'installer dans une ville du Nord, Milton. Margaret va devoir s'adapter à une nouvelle vie en découvrant le monde industriel avec ses grèves, sa brutalité et sa cruauté. Sa conscience sociale s'éveille à travers les liens qu'elle tisse avec certains ouvriers des filatures locales, et les rapports difficiles qui l'opposent à leur patron, le ténébreux John Thornton. 


A Orgueil et préjugés et Jane Eyre s'ajoute dans mon Panthéon romantique, Nord et Sud. J'avais adoré la lecture de ce roman d'Elizabeth Gaskell il y a quelque temps, le voir prendre vie devant mes yeux accompagné d'une si magnifique musique et servi par des acteurs tout simplement géniallissimes me le rende encore plus cher ... Il faut que je le relise. 


C'est vrai que je suis d'une nature assez émotive et empathique. J'ai pleuré en regardant les grands films romantiques comme Titanic, Autant en emporte le vent, Moulin rouge et autres aventures échevelées et tragiques. J'ai versé ma larme à la fin de grands romans tels que les superbes Anna Karenine, Belle du seigneur, La dame aux camélias, ... Pourtant pour moi, les plus belles histoires d'amour à ce jour sont celles de Jane et Rochester, Lizzie et Darcy ... et Margaret et John Thornton. Trois histoires qui finissent bien. Où à la fin on ne se dit pas : "Normal, ça ne pouvait que finir mal!". Où l'on peut imaginer leur vie après, où l'on se dit que même le quotidien leur ira bien, que ce ne sont pas que des histoires passionnées qui  ne peuvent se finir que dans le sang, mais des histoires crédibles, qui peuvent exister même après le rideau baissé. Parce qu'ils apprennent à se connaître, que ce sont avant tout des coups de foudre intellectuels, spirituels au lieu d'être purement physiques et hormonales (même si ça vient au bout d'un moment quand même ... heureusement!). Je pense en souriant aux disputes conjugales que doivent avoir Margaret et John, Lizzie et Darcy et aux longues conversations de Jane et Edward. J'ai beau pleuré en regardant Titanic, mes émotions sont bien plus vives en revoyant ou en relisant Orgueil et préjugés. Et j'ai ressenti ces mêmes sentiments en visionnant la merveilleuse adaptation de Nord et Sud. Quelques jours après l'avoir regardé, je suis encore sous le charme ... Il m'a fallu plusieurs jours avant de me décider à en parler.


C'est un vrai plongeon dans le roman d'Elizabeth Gaskell que nous offre la BBC. Cette histoire est mise en image de façon parfaite. Toute aussi splendide qu'Orgueil et préjugés (1995). 
Les images du Nord industriel et pauvre sont saisissantes. J'ai suivi Margaret dans sa découverte de Milton, j'ai été émue aux même instants, j'ai appris à aimer cette ville malgré sa grisaille et sa poussière. L'usine de coton m'a autant fascinée que terrorisée. J'ai vécu à Milton. Tout l'univers du sublime roman de Gaskell est représenté ici : les rues, les personnages, les lieux, les émotions, ... 


Daniela Denby-Ashe et Richard Armitage sont, je peux le dire sans aucun doute possible, au niveau de Jennifer Ehle et Colin Firth. 
Daniela Denby-Ashe est MA Margaret Hale. Toute aussi passionnée, elle est un mélange subtile de délicatesse, de politesse et de fougue, de rage. Elle est très belle tout en étant d'un grand naturel, d'une grande simplicité. Ses yeux sont expressifs et ne mentent pas. Sa spontanéité la rend attachante et inoubliable. 
Quant à Richard Armitage ... Aaah! Que dire? Darcy-Colin a un adversaire de taille. J'ai lu qu'une "Thornton-mania" s'est créée après la sortie de cette adaptation tout comme une "Darcy-mania" était apparue à l'époque d'Orgueil et préjugés (1995). Je ne peux que le comprendre. Le jeu de Richard Armitage n'a rien à envier à la subtilité de Colin Firth. Quel talent! John Thornton est tout simplement envoûtant, hypnotisant dans cette adaptation. On rencontre le Thornton du roman en chair et en os ... en mieux même. Je ne ferai pas de longues tirades sur sa voix, son jeu de regard hallucinant (il suffit de comparer sa première et sa dernière apparition ... vous comprendrez vite!) ... allez voir par vous-même! Je vous préviens, on ne ressort pas indemne d'une telle rencontre. 
Les personnages secondaires sont quant à eux tout aussi réussis. Tout particulièrement Mrs Thornton, la mère de John, sublime dans sa gravité et sa rigidité. Et Nicholas Higgins, très touchant, magnifiquement interprété. 


Tout comme Orgueil et préjugés, il m'est un peu difficile de parler de cette série. Une fois visionnée, une seule chose est possible ... appuyer de nouveau sur "Play". 
C'est beau, c'est vrai, c'est envoûtant, ça fait un bien fou, ça subjugue, ça enivre, ça fait des guilis dans le ventre ... 


(Sources images : chroniquesdetournepages.blogspot.com ; feminema.wordpress.com ; greenlyleaping.blogspot.com ; leslecturesdecacahou.over-blog.com ; l-odyssee-litteraire-d-evy.overblog.com ; whatsoeverthinsarelovely-colleenelizabeth.com)

samedi 23 juin 2012

Où l'on parle de voleur, de femme adultère, de bouquiniste et de femme peu farouche les soirs de grandes chaleurs

La peur et autres nouvelles
Stefan Zweig


Les cahiers rouges Grasset 2010.

Ce recueil de six nouvelles illustre à la perfection le génie de l'observation de Stefan Zweig, son sens magistral de la psychologie dans l'analyse des comportements humains. Romain Rolland lui attribuait « ce démon de voir et de savoir et de vivre toutes les vies, qui a fait de lui un pèlerin passionné, et toujours en voyage ».

Comme toujours l'écriture de Stefan Zweig m'a totalement enchantée
Il est vrai que je ne conseille pas à un lecteur qui aimerait découvrir Zweig de commencer par ce recueil de nouvelles. Je pense vraiment qu'il faut le connaître avant de s'attaquer à La peur et d'apprécier ces six délicieuses nouvelles. 
Même si j'ai pris davantage de plaisir en lisant les longues nouvelles de Zweig ou encore ses romans et ses biographies, je dois reconnaître que tout le génie de cet incroyable auteur est concentré dans ce recueil. Tout y est. Sa poésie, son humanité, sa psychologie et sa façon si particulière et envoûtante de décrire un moment, un instant précis dans la vie de ses personnages. Chaque nouvelle transforme un évènement en instant magique. La première nouvelle traite d'un sujet très "Zweigien" j'ai envie de dire. L'histoire de cette femme prise dans des tourments intérieurs m'a énormément émue. J'ai retrouvé le Zweig qui sait comme personne décrire le coeur d'une femme. La seconde nouvelle est, quant à elle, assez drôle. Le narrateur observe plusieurs heures un pickpocket qu'il prend en affection. Une nouvelle assez originale, qui m'a faite sourire. J'ai trouvé la troisième, Leporella, splendide. Le personnage de Crescence est incroyable. Un bon exemple des fabuleuses descriptions de Zweig : "Tout comme ses os, ses hanches, ses mains et son crâne, sa voix était dure ; malgré les sons épais et gutturaux, propres à la langue du Tyrol, elle grinçait comme une porte rouillée, ce qui du reste n'avait rien d'étonnant car Crescence n'adressait jamais à personne un mot inutile. Et nul non plus ne l'avait jamais vue rire ; en cela aussi elle avait tout de l'animal, car il est une chose peut-être plus triste que l'absence du langage, c'est celle du rire, de ce jaillissement spontané du sentiment, qui a été refusé aux inconscientes créatures de Dieu." (p116) La quatrième nouvelle est assez mystique. L'ambiance lourde de cette nuit de canicule qui transforme les sens et les corps est particulièrement envoûtante.  Je l'ai trouvé assez "gothique" avec cette héroïne échevelée inconsciente, perdue dans cette nuit magique et étrange. Le bouquiniste Mendel contient de belles pages digne de Zweig. Pleine d'émotions et de réalisme. On retrouve un peu l'auteur du Joueur d'échecs. Un beau portrait d'homme mystérieux enfoui au milieu des livres : "Il ne fumait pas, ne jouait pas. On peut même dire qu'il ne vivait pas. Seuls ses yeux vivaient derrière leurs verres ovales et nourrissaient continuellement de mots, de titres et de noms sa mystérieuse et fertile substance cérébrale. Celle-ci absorbait cette abondante nourriture, comme une prairie aspire des millions de gouttes de pluie." (p188) La dernière nouvelle La collection invisible est très émouvante. 
On retrouve dans ces six nouvelles toute la sensibilité de Stefan Zweig, sa parfaite compréhension de l'esprit humain, son amour des gens.  
Un recueil de nouvelles à lire ... comme tout Zweig! Un auteur de génie. Mais ne commencez pas par ce texte si vous voulez découvrir cet auteur. 

" En revanche, devant un exemplaire unique ou rare, il reculait respectueusement et le posait avec précaution sur une feuille blanche. Il avait visiblement honte de ses doigts sales, tachés d'encre. Puis il feuilletait le précieux volume, page par page, avec une véritable dévotion. Personne n'aurait pu le déranger en cet instant. Cette manière de contempler, de toucher, de sentir et de soupeser l'objet ressemblait en quelque sorte aux rites sacrés d'une cérémonie religieuse. Son dos voûté se dandinait, tandis qu'un grognement sourd se faisait entendre et que ses mains frôlaient ses cheveux touffus."
(La bouquiniste Mendel in La peur, Stefan Zweig, Cahiers rouges, 2010, p189)

(Source image : oldpainting.blogspot.com. J S Sargent. Margaretta Drexel)

dimanche 17 juin 2012

Ever after

La nuit des temps
René Barjavel

 Pocket, 2007.

Dans l'immense paysage gelé, les membres des Expéditions Polaires françaises font un relevé du relief sous-glaciaire. Un incroyable phénomène se produit : les appareils sondeurs enregistrent un signal. Il y a un émetteur sous la glace... Que vont découvrir les savants et les techniciens venus du monde entier qui creusent la glace à la rencontre du mystère ? "La nuit des temps", c'est à la fois un reportage, une épopée mêlant présent et futur, et un grand chant d'amour passionné. Traversant le drame universel comme un trait de feu, le destin d'Elea et de Païkan les emmène vers le grand mythe des amants légendaires.

Bon ... Je ne sais pas trop par quoi commencer! 
J'ai croisé René Barjavel très jeune grâce à mes deux frères aînés. L'un voue un culte à L'enchanteur, l'autre avait dans son adolescence dévoré La nuit des temps. Autant dire qu'ouvrir ces textes étaient pour moi assez émouvant. L'enchanteur m'avait réellement enchanté (hum ... on va arrêter les jeux de mot douteux), mais je dois avouer qu'avec le temps mes souvenirs et mon enthousiasme diminuent considérablement. Mes références arthuriennes restent avant tout Chrétien de Troyes et Marion Zimmer Bradley. 
Donc comment s'est passée cette seconde rencontre avec Barjavel? Assez bien je dois l'admettre. Sans être parfait, j'avoue avoir passé un bon moment avec La nuit des temps
Ce texte, une fois commencé, est difficile à refermer. Avouons-le, Barjavel sait retenir l'attention de son lecteur. C'est bien évidemment un des points agréables de ce roman. On ne voit pas les pages défiler. J'ai été, pour ma part, embarquée dans cette histoire, je me suis laissée aller et j'y ai cru à ce conte moderne. J'ai souvent entendu que c'était un texte d'ados, un roman que l'on dévorait dans notre jeunesse. Je dois reconnaître que lire ce roman à  l'adolescence doit être une belle expérience. Je comprends qu'il soit tant aimé durant cette période de la vie. Il traite plusieurs thèmes importants de façon passionnée et romanesque qui ne peut que plaire à des esprits rêveurs. Je me suis prise moi aussi au jeu. Mais je pense qu'en tant qu'adulte,  je n'ai pas du être sensible aux même choses. L'histoire d'amour, pourtant si célèbre, ne m'a pas intéressée plus que ça. J'ai préféré les questions d'éthique, la remise en cause de nos connaissances, ce qu'impliquait la découverte d'Eléa et Coban sur le monde, ... De même, Païkan ne m'a absolument pas séduite. J'ai préféré Simon, plus émouvant, plus humain, plus "vrai". Par contre, malgré sa perfection exagérée, Eléa m'a émue et je me suis attachée à elle. Je me suis identifiée à cette femme totalement perdue, plongée dans un monde inconnu. Son réveil, la façon dont les scientifiques rentrent en communication avec elle, son attachement à Simon, ...  sont les pages qui m'ont le plus tenue en haleine. 
Le message de paix de Barjavel est c'est vrai, très beau. Mais certaines pensées du narrateur contredisent, je trouve, cette volonté d'égalité et de quiétude. En effet, Barjavel met de façon assez explicite la "race blanche" en avant. J'ai trouvé son esprit très colonialiste malgré ses bons sentiments, ça m'a gênée durant ma lecture ... et souvent énervée. 
Je pense que contrairement à L'enchanteur, ce texte restera dans ma mémoire. Il m'a marquée malgré des défauts certains et quelques longueurs (la fuite de Païkan et Eléa n'en finissait plus). C'est un roman qui se dévore et je me suis réellement imaginée dans cette aventure. Eléa est une héroïne que je n'oublierai pas. Sa relation avec Simon m'a beaucoup touchée. 
La nuit des temps est vraiment un roman à lire. Je conseille aux adolescents d'ouvrir ce texte, il les marquera. Quant aux adultes, prenez-vous au jeu de Barjavel et vous passerez un bien agréable moment ... 

" Ils sont repartis d'au-dessous du barreau le plus bas de l'échelle, et ils ont refait toute la grimpette, ils sont retombés en route, ils ont remonté encore, et retombé, et, obstinés et têtus, le nez en l'air, ils recommençaient toujours à grimper, et j'irai jusqu'en haut, et plus haut encore! dans les étoiles! Et voilà! Ils sont là! Ils sont nous! Ils ont repeuplé le monde, et ils sont aussi cons qu'avant, et prêts à faire de nouveau sauter la baraque. C'est pas beau, ça? C'est l'homme! "
(La nuit des temps, Barjavel, Pocket, 2007, p 330)


(Source image : fanpop.com. Princesse Kida dans L'Atlantide, empire perdu. Walt Disney)

mercredi 13 juin 2012

" Véda me prouve que les crocodiles ont raison de manger leurs enfants à la naissance ... "

Mildred Pierce

Film américain de Michael Curtiz (1945) avec Joan Crawford.


La version cinématographique de Mildred Pierce instille habilement les codes du film noir dans l'univers familial du mélodrame. Joan Crawford y campe un personnage magnifique de mère tragique, victime de la cruauté de sa propre fille. L'oscar qu'elle remporta pour ce rôle permit de relancer la carrière de cette légende d'Hollywood auquel plus personne alors ne croyait.
(Tiré de l'édition Imaginaire Gallimard (roman + DVD)



De grandes libertés par rapport au roman ont été prises dans cette adaptation. L'histoire a en effet été extrêmement modifiées mais Michael Curtiz a gardé la profondeur et la noirceur du roman de James M. Cain ce qui rend ce film touchant, sombre et bouleversant malgré tout.


Outre le charme des films d'époque, du noir et blanc et de la VO, j'ai passé un peu plus d'une heure et demi agréable et j'ai pu prolonger quelques instants l’envoûtement du roman de James M. Cain. 
Les libertés prises par le réalisateur modifient de façon certaine l'histoire originale (j'ai été triste de ne pas retrouver plusieurs scènes particulièrement sublimes du roman) mais Michael Curtiz n'a pas touché à la noirceur de cette histoire. Réalisé comme un film policier (de façon assez hitchcockienne j'ai trouvé), ce film retrace merveilleusement bien l'univers du roman. Je n'ai pas eu la sensation de relire le livre en voyant le film (trop de différences) mais bel et bien de voir une histoire tout aussi noire et perturbante. 
Le personnage de Mildred Pierce est joué de façon très juste par Joan Crawford. Ses yeux extrêmement parlant nous livre toutes ses émotions, ses rages, ses déceptions. 
Monty est quant à lui assez fade par rapport au roman. Je l'imaginais avec davantage de prestance et de classe. Le caractère de son personnage a été quelque peu modifié et, pour le coup, j'ai trouvé ça dommage. Le Monty de James M. Cain est plus profond et complexe. Celui de Curtiz n'est qu'un dandy qui ne sait pas vraiment ce qu'il veut. 
J'ai beaucoup aimé Bert dans le roman. Chez Curtiz, il est assez absent et c'est bien dommage car c'est un être sensible. Dans la première scène, par a priori, on décide de ne pas l'aimer et de le mettre de côté. Il nous revient quelques pages plus loin très émouvant et bon. Dans l'adaptation, il paraît froid et distant. Je trouve que Curtiz est passé à côté de ce personnage
Véda, elle, a été très assagie. Où sont passés ses longues tirades immondes qui m'ont soulevée le coeur  durant la lecture du roman? La fin du film nous la rend pitoyable alors que le dénouement du roman nous la montre majestueusement perverse. Par contre, le visage de poupée diabolique de l'actrice est très juste et saisissant. 
La fait d'ajouter un crime réel à l'histoire ne m'a pas gênée bien que je préfère amplement les crimes silencieux et détournés du roman. Le livre est plus subtil, plus humain, plus profond
En bref, il est vrai que ce film n'a pas grand chose à voir avec le roman mais il est juste et très bien joué. C'est un beau film possédant des qualités certaines. Joan Crawford y est merveilleusement émouvante. Un beau moment! 
Je pense que l'adaptation récente avec Kate Winslet et beaucoup plus fidèle. Les bandes-annonces montrent plusieurs scènes du roman que l'adaptation de 1945 n'évoque même pas ...  Le format aidant! 
Un film à découvrir mais surtout un roman à lire absolument!


(Sources images : briandriveintheater.com ; filimadami.com ; hollywoodfashionvault.com ; livingcinema.com ; mildredpierce.alfgt.com)

mardi 12 juin 2012

Je t'aime ... Moi non plus!

 Mildred Pierce
James M. Cain

Imaginaire Gallimard, 2009.

Mildred Pierce, petite femme aux yeux bleus limpides, décide de se séparer de son mari. Pour gagner sa vie, et celle de ses filles, elle vend les " pies " faits maison, travaille comme serveuse, puis, comme cela ne suffit pas aux yeux de sa fille aînée Véda, ouvre son propre restaurant. Mildred fait aussi la connaissance de Monty Beragon, un jeune et élégant oisif, devient sa maîtresse et, lorsqu'il est ruiné, l'entretient. Or, pendant ces années de lutte, Véda grandit et devient une rivale redoutable au caractère orgueilleux, cupide et méprisant... Mildred Pierce tient une place particulière dans l'oeuvre de James M. Cain : c'est un roman de moeurs, une critique sociale, et un portrait de femmes particulièrement réussi, émouvant et drôle.
(Edition vendue avec l’adaptation cinématographique de Michael Curtiz (1945) avec Joan Crawford.)

Voici un sublime roman, chers amis, et un gros coup de coeur. C'est dit!
Étoffons un peu cet avis certes spontané et sincère mais bien trop mince et ne rendant pas justice au bouleversant roman de James M. Cain.
Je deviens de plus en plus amoureuse de la littérature classique américaine. Je ne suis pas attirée par le territoire étasunien actuel et ce n'est que très récemment que l'Histoire et la société américaine m'ont intriguée et intéressée. En lisant Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Gatzby le magnifique, Le temps où nous chantions et d'autres textes, j'ai compris à quel point la littérature américaine possédait de vraies qualités et une véritable personnalité. Ma collection de romans étasuniens grandit de jour en jour et j'en suis ravie.
Je n'avais jamais entendu parlé de James M. Cain jusqu'au Salon du livre de mars dernier où une amie venant d'achever Mildred Pierce me le conseilla absolument. Elle m'a appris par la même qu'il était l'auteur du célèbre Le facteur sonne toujours deux fois. Je me suis laissée tenter et je l'ai ramené dans mes bagages. 
Mildred Pierce est un roman cruel, violent, dur. Pourtant, il commence comme une comédie. Le ton dans les premières pages est assez drôle, ironique, distant. On n'imagine pas à quel point l'histoire de Mildred Pierce sera tragique. Le roman s'ouvre sur une dispute fatale entre Mr et Mrs Pierce. Le couple se sépare. Mildred devra travailler pour vivre et faire vivre ses deux filles, Véda et Ray. Alors que la cadette est douce et souriante, l'aînée est capricieuse, cruelle et égoïste. Toute la vie de Mildred tournera autour de Véda. Ses choix, ses ambitions, ses sacrifices, elle fera tout pour rendre sa fille aînée heureuse et fière. En vain ... Rien ne sera suffisant! Cupide et égocentrique, Véda ne sera jamais satisfaite. Mildred Pierce, c'est l'histoire d'un amour passionné. Mais là où James M. Cain se détache d'une simple histoire sentimentale, c'est qu'il prend non pas deux amants comme protagonistes, mais une mère et sa fille. La question de l'amour maternel et filial est posée. Peut-on aimer malgré tout? Peut-on pardonner, fermer les yeux sur les actes de nos enfants? Est-on responsable de leurs choix, leurs agissements? L'amour d'un enfant pour sa mère est-il une chose naturelle, acquise, instinctive? Ce roman fait mal car il touche l'univers familial, les émotions les plus primaires, ... 
Mildred est profondément humaine. On s'attache à elle, on la prend en pitié malgré ses défauts évidents et ses multiples erreurs. Véda est une peste merveilleuse. La garce incarnée. Nellie Olson n'est rien comparée à elle. Ses tirades m'ont laissée sans voix, ses exigences m'ont sciée les jambes. J'ai eu envie de lui enfoncée très fort les pouces dans les yeux (oui, je sais, je suis cruelle ... mais elle le vaut bien). 
Ce roman se dévore, s'avale, se gobe. On l'engloutit d'une traite. Ce n'est pas un pavé et pourtant, lorsqu'on le referme, on a la sensation d'avoir vécu des années auprès de Mildred. C'est un roman riche. Je pense qu'il y aurait mille choses à dire sur la psychologie des personnages, sur la satire sociale, ... mais honnêtement, je ne me sens pas à la hauteur. Avec une écriture d'une extrême simplicité et une intrigue très prenante, James M. Cain nous conte une histoire complexe, profonde et dure. 
Avec Mildred Pierce, nous passons du rire ou larmes, de la rébellion à l'attendrissement, de la passion à la haine. Une sublime et tragique histoire. Inoubliable et géniale.

L'édition Gallimard accompagne ce roman de l'adaptation de Michael Curtiz de 1945. Je la regarde très rapidement et vous reviens avec un avis. 
Pour vous donner encore plus l'eau à la bouche et l'envie de vous jeter sur ce roman, voilà les deux trailers de la nouvelle adaptation (2011) avec l'excellente Kate Winslet : ici et . Il faut absolument que je mette la main dessus. 

Mon avis sur les adaptations : celle de 1945 et celle de 2011.  

" - Tu avais raison, chérie, et j'avais tort. Ne fais pas attention à ce que je dis, à ce que les autres disent, n'abandonne jamais cet orgueil, cette manière que tu as d'envisager les choses! Je souhaiterais tant l'avoir ... Ne l'abandonne jamais. 
- Je n'y peux rien, maman. Je suis ainsi.
- Et puis, il y a autre chose ce soir.
- Raconte-moi.
- Rien à raconter. Seulement maintenant je sens, je sais qu'à partir de maintenant, tout va s'arranger pour nous. Nous aurons ce que nous voudrons. Peut-être ne serons-nous pas riches, mais ... nous réussirons. Et ce sera grâce à toi. Tout ce qui arrive d'heureux, c'est toujours grâce à toi, si maman avait assez de bon sens pour ne pas l'oublier.
-Oh, maman, je t'adore. C'est vrai, tu sais.
- Dis-le encore ... Dis-le, juste une fois .... "
(Mildred Pierce, James M.Cain, Imaginaire Gallimard, 2009, p122).


(Source image : Mildred Pierce de Michael Curtiz (1945). adwardscircuit.com)