vendredi 17 août 2018

Le temps des cathédrales

Les piliers de la terre
Ken Follett

Le livre de poche, 2007.

Dans l'Angleterre du XIIe siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent pour s'assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l'amour, ou simplement de quoi survivre.

Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle.
La haine règne, mais l'amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.

Abandonnant le monde de l'espionnage, Ken Follet, le maître du suspense, nous livre avec "Les Piliers de la Terre" une œuvre monumentale dont l'intrigue, aux rebonds incessants, s'appuie sur un extraordinaire travail d'historien. Promené de pendaisons en meurtres, des forêts anglaises au cœur de l'Andalousie, de Tours à Saint-Denis, le lecteur se trouve irrésistiblement happé dans le tourbillon d'une superbe épopée romanesque dont il aimerait qu'elle n'ait pas de fin.


Bon et bien voilà! Ces deux dernières semaines, j'ai été occupée à lire Les piliers de la terre qui dormait sur mes étagères depuis bien longtemps. J'ai passé de bons moments en sa compagnie. Cette lecture fut, sur certains points, tout à fait satisfaisante. Cependant, j'ai un avis plus mesuré sur d'autres aspects du roman. Ce fut une lecture agréable, mais ce fut loin d'être un coup de cœur. 
J'aime les romans historiques ... et malheureusement, je n'en lis pas assez. Il faudrait que j'y remédie sérieusement. Je dois reconnaître que j'ai apprécié d'en lire un. Apprendre un fait de l'Histoire d’Angleterre que je ne connaissais pas (le naufrage du Vaisseau blanc et ce qui a suivi) m'a enthousiasmée. Même si Ken Follett ne creuse pas assez le sujet selon moi. 
L'aspect que j'ai le plus aimé reste l'histoire des constructions de cathédrales. Etant déjà fascinée par les édifices religieux, j'avoue que je les regarderai encore plus intensément maintenant. En regardant une cathédrale ou une église, je ne pourrai pas ne pas penser aux centaines de personnes qui ont versé sang et sueur dans sa construction. J'ai également apprécié les pages parlant de la vie des moines et de l'organisation du clergé. 
J'ai suivi avec intérêt les aventures des personnages. J'ai parfois tourné les pages avec avidité. Je me suis prise au jeu et j'étais heureuse de les retrouver dès que j'avais un moment. Malgré ses 1050 pages, j'ai lu ce roman assez rapidement. Il a eu l'effet que je cherchais : me sentir plonger dans un autre monde pendant quelques jours
Mais (... par ce qu'il y a un mais ...) certains points ne m'ont pas plu. Notamment, l'écriture de Follett. Elle n'est pas mauvaise. Je dirai même qu'elle est efficace. Cependant, j'ai été ennuyée par son manque de caractère, d'empreinte. Il raconte des faits de façon agréable, mais il n'y a presque aucune figure de style, de non-dits, de sous-entendus, de finesse. J'ai souvent pensé qu'un Dumas ou un Dickens aurait réussi à soulever cette écriture trop plate et conventionnelle. L'autre aspect qui m'a dérangé, c'est le côté très téléphoné de l'intrigue : 100 pages où les méchants gagnent, 100 pages où les gentils se relèvent plus forts, 100 pages où les méchants répliquent violemment, 100 pages où les gentils trouvent une solution pour se défendre, etc ... etc ... Au bout d'un moment, ce  roulement perpétuel m'a agacée. 
Je mentirai en vous disant que je n'ai pas apprécié ce roman, car j'ai passé deux semaines très agréables. Je pensais très souvent dans ma journée à Tom, Jack et Aliéna. J'ai été émue, terrifiée et en colère. Mais je trouve que ce roman manque de qualité. Il manque quelque chose dans l'écriture et dans l'intrigue qui aurait pu le rendre bien meilleur. C'est trop simple, trop plat parfois. Ça marche plutôt bien certes ... mais ça marche comme une saga d'été diffusée à la télévision pour laquelle on se passionne tout en sachant pertinemment qu'elle est pleine de défauts.
Je ne sais pas encore si je m'attaquerais à Un monde sans fin du même auteur. Peut-être un jour ... si j'ai envie d'une longue lecture pleine de rebondissements ... tout en ayant pleinement conscience que je n'aurai pas d'illumination littéraire et que le style risquera sûrement de m'agacer parfois. 
Un roman à découvrir.
" La vie de moine était la plus étrange et la moins naturelle qu'on pût imaginer. Les moines passaient la moitié de leur vie à s'imposer des souffrances et un inconfort qu'ils auraient pu facilement éviter, et l'autre moitié à marmonner à toutes les heures du jour et de la nuit des prières dans des églises vides. Ils renonçaient délibérément à tout ce qui était agréable : les filles, le sport, les fêtes et la vie de famille. Jack avait bien remarqué que les plus heureux d'entre eux avaient trouvé une activité qui leur apportait de grandes satisfactions : enluminer des manuscrits, écrire l'histoire, faire la cuisine, étudier la philosophie ou - par exemple Philip - transformer un village endormi comme Kingsbridge en une ville prospère. "
(Les piliers de la terre, K. Follett)
(Photos : Romanza2018)

jeudi 9 août 2018

Pause durassienne estivale

Dix heures et demie du soir en été
Marguerite Duras

Folio, 1990.

L'Espagne. L'été. 
Pierre et Maria, leur petite fille Judith et leur amie Claire sont en vacances, en route vers Madrid. Un violent orage les force à s'arrêter et à trouver un abri dans l'hôtel déjà surpeuplé d'une petite ville où un crime passionnel vient de défrayer la chronique: Rodrigo Paestra vient en effet de tuer sa femme et l'amant de celle-ci, avant de prendre la fuite par les toits. Dans la chaleur étouffante de la nuit, l'amour entre Maria et Pierre s'étiole à mesure que le désir monte entre Claire et Pierre et que Maria s'étourdit à grand renfort de petits verres de manzanilla... Et dans la chaleur étouffante de la nuit où elle ne parvient pas à dormir, Maria aperçoit une silhouette sur le toit d'une maison voisine: Rodrigo Paestra. Rencontre sans parole, improbable et éphémère.

Dix heures et demie du soir en été est mon 5ème Duras après Yann Andréa Steiner, Cahiers de la guerre et autres textes, L'amant de la Chine du Nord et Un barrage contre le Pacifique. Cette lecture ne fut pas ma préférée de Duras. Un barrage contre le Pacifique reste indétrônable. Cependant, je me suis lovée entre les pages de ce court texte avec bonheur.
Je ne saurai expliquer ce qui me touche dans l'écriture de Duras. Je l'ai découverte assez tard. Je ne l'ai jamais lue à l'université de Lettres (au grand malheur d'un de nos professeurs extrêmement strict et érudit, spécialisé dans le XXème et passionné de Duras, Malraux, Michaux, Colette ...), je ne l'ai lue qu'une fois mes études finies. Yann Andréa Steiner m'a laissé peu de souvenirs. J'étais passée à côté. C'est avec les Cahiers de la guerre, puis L'amant de la Chine du Nord que la plume de Duras a touché mon cœur. L'été dernier, il y a eu Un barrage contre le Pacifique qui fut un véritable coup de cœur. J'y repense encore avec émotion. Pourtant, étrangement, je ne prends pas un roman de Duras comme je prendrais un roman de Zola, Balzac, Hardy, Austen, Zweig ou un de mes autres auteurs chouchous. Ma main se tend vers un livre de Duras toujours avec fébrilité. Je ne sais pas pourquoi. Cependant dès les premiers mots, je suis emportée. Certains lui reprochent ses phrases trop concises, son écriture très cinématographique, la violence des sentiments, ses personnages déstabilisants et peu attachants. De mon côté, j'adhère à tout cela. Duras vise juste, va droit au cœur. En peu de mots, elle dit toutDix heures et demie du soir en été en est un bel exemple. Il se passe tant de choses dans ces 150 petites pages. Maria, Pierre et Claire forment un triangle amoureux touchant et juste. J'ai suivi Maria dans ses interrogations avec beaucoup d'émotions. J'ai ressenti toute la tragédie silencieuse qui se jouait devant moi. Cette tragédie si simple et courante qu'est la fin d'une histoire d'amour, la fin d'un couple. J'ai trouvé Pierre touchant. Il est tiraillé. Il ne peut plus lutter malgré son envie. Le respect qui existe entre ces trois personnages est saisissante. En plus de l'histoire, il y a cette écriture, toujours si vraie, précise, tranchante
Je n'aurais jamais pensé que Duras gravirait progressivement les étages de mon panthéon littéraire. J'ai longtemps été persuadée que cette auteure n'était pas pour moi. Pourtant plus les années passent, plus elle grimpe ... doucement mais sûrement. 
" C'est encore une fois les vacances. Encore une fois les routes d'été. Encore une fois des églises à visiter. Encore une fois dix heures et demie du soir en été. Des Goya à voir. Des orages. Des nuits sans sommeil. Et la chaleur.

Un crime a lieu cependant qui aurait pu, peut-être,changer le cours de ces vacances-là .
Mais au fond qu'est-ce qui peut faire changer le cours des vacances ? "
(Dix heures et demie du soir en été, Marguerite Duras)
(Photos : Romanza2018)

mardi 31 juillet 2018

Triangle

Terre des oublis
Duong Thu Huong

Le livre de poche, 2007.

Alors qu'elle rentre d'une journée en forêt, Miên, une jeune femme vietnamienne, se heurte à un attroupement : l'homme qu'elle avait épousé quatorze ans auparavant et qu'on croyait mort en héros est revenu. Entre-temps Miên s'est remariée avec un riche propriétaire terrien, Hoan, qu'elle aime et avec qui elle a un enfant.

Mais Bôn, le vétéran communiste, réclame sa femme. Sous la pression de la communauté, Miên retourne vivre avec son premier mari.
Au fil d'une narration éblouissante, l'auteur plonge dans le passé de ces trois personnages, victimes d'une société pétrie de principes moraux et politiques, tout en évoquant avec bonheur la vie quotidienne de son pays, ses sons, ses odeurs, ses couleurs...
Terre des oublis, roman de l'après-guerre du Viêt-Nam, est un livre magistral.

Voici un roman que j'avais noté depuis bien longtemps et que j'étais impatiente de lire. 
J'ai découvert la plume de Duong Thu Huong l'année dernière avec Itinéraire d'enfance que j'avais adoré. Terre des oublis est considéré comme son chef d'oeuvre et étrangement je lui préfère le doux Itinéraire d'enfance
Terre des oublis est un roman très beau et humain, mais je confesse avoir été lassée du thème de la sexualité. Ce fut trop lourd à mon goût. J'aurai aimé que d'autres aspects de cette histoire soient davantage exploités : le traumatisme de la guerre, la pression sociale, le poids de la conscience, ... J'ai aimé cette histoire extrêmement bien écrite et intelligente, mais je l'ai parfois trouvée trop longue (notamment les passages où Hoan fréquente les lieux de débauche). Par contre, j'ai retrouvé avec émotion les jolies pages évoquant les petits plaisirs de la vie comme Duong Thu Huong sait les écrire. Ces passages décrivant un paysage, une odeur, une brise légère, un visage, un plat dégusté auprès du feu, ... sont tout simplement magnifiques. Pour moi, il s'agit du grand atout des romans de Duong Thu Huong. Ces pages sont merveilleuses. J'en aurai aimé plus. C'est peut-être pour cela qu'Itinéraire d'enfance m'a davantage plu. Il en contenait beaucoup. Je n'ai pas retrouvé la même douceur dans Terre des oublis. Mais j'insiste, ce roman est tout de même très beau. 
Duong Thu Huong est une auteure à découvrir absolument. Même si Terre des oublis m'a moins envoûtée qu'Itinéraire d'enfance, je le conseille vraiment. 
J'ai Au zénith dans ma bibliothèque, autre roman de Duong Thu Huong que je lirai vite avec plaisir. 
" Le voici, son véritable monde. Bien alignées, les casseroles et les poêles luisantes exhibent en silence les visages du souvenir, les matins imprégnés de la senteurs des orangers, des pamplemoussiers, vibrants de chants d'oiseaux, des babillements de son fils, embaumant le thé au jasmin, l'odeur du café maison, très fort, préparé dans un filtre, le riz gluant en train de cuire, le riz grillé avec des oeufs ; les soirs saturés du parfum des fruits mûrs tombés dans le jardin, les senteurs qu'exhalent les fleurs affolées par une journée de soleil cuisant et le fumet des plats pour le dîner. "(Terre des oublis, Duong Thu Huong)

(Photos : Romanza2018)

dimanche 29 juillet 2018

En cours de route

Le destin de la San Felice
Alexandre Dumas

Livre club des Champs Elysées, Baudelaire éditions, 1966.

Le destin de la San Felice est le dernier roman d'une trilogie composée de La San Felice, Emma Lyonna et Le destin de la San Felice
Elle met en scène une idylle amoureuse entre un espion à la solde des Français, Salvato Palmieri, et la femme d'un officier napolitain, Luisa San Felice du renversement de Ferdinand 1er de Naples par les troupes françaises (1798) à la reconquête du royaume par le cardinal Ruffo (1800). (wikipedia.org)

Etant une grande fan de Dumas, j'ai eu envie de le retrouver cet été. Je ne l'avais pas lu depuis un moment (Le comte de Monte Cristo en 2013). J'ai donc ouvert un roman que je possédais dans ma bibliothèque : Le destin de la San Felice. Malheureusement, à peine ouvert, j'ai compris qu'il s'agissait d'une suite. Rien ne l'indiquait sur mon édition. Je n'ai cependant pas eu le cœur d'abandonner ma lecture. J'ai donc continué en essayant tant bien que mal de me retrouver dans l'histoire (et l'Histoire aussi!). 
Je dois avouer qu'à ce jour ce roman est celui qui m'a le moins emballé dans l'oeuvre de Dumas. Je pense que cela vient du fait que je n'ai pas commencé l'histoire du début, que je l'ai prise en cours de route. Cependant, je ne pense pas que cela vienne uniquement de ça. Je me suis finalement assez rapidement installée dans l'histoire et j'ai compris les liens qui existaient entre les personnages. Mon manque d'enthousiasme vient principalement du fait que Dumas écrit de manière très historienne. L'histoire est très romancée bien sûr, mais le ton de l'auteur m'a fait beaucoup penser à un ouvrage d'Histoire. Je n'ai pas retrouvé la plume vive et flamboyante de mon cher Alexandre. J'ai eu du mal à prendre en pitié les protagonistes ou à m’immerger dans le texte. Ce qui est rare (voire impossible) lorsque je lis une oeuvre de cet auteur. Normalement, je suis totalement dedans. 
Ce roman ne m'a donc pas convaincu. J'en suis un peu attristée car Dumas est un de mes écrivains favoris. Cependant, j'ai tout de même découvert une période de l'Histoire italienne que je ne connaissais pas. J'ai fouillé un peu sur la libération de Naples et sur Ferdinand 1er à la suite de cette lecture. C'est ce que j'aime avec Dumas, apprendre des choses. J'ai toujours beaucoup aimé l'Histoire et Dumas offre toujours une superbe leçon qui vaut tous les cours magistraux du monde.
Bref ... Lisez Dumas ... Mais peut-être pas cette oeuvre. Préférez Les trois mousquetaires, Le comte de Monte Cristo ou La reine Margot
" On a vu, par la proclamation du roi, l'état dans lequel la nouvelle du passage de la flotte française dans la Méditerranée avait mis la cour de Palerme. Nous consacrerons ce chapitre à mettre sous les yeux de nos lecteurs des lettres de la reine. Elles compléteront le tableau des craintes roayales et, en même temps, donneront une idée exacte de la façon dont Caroline, de son côté, envisageait les choses. "Le destin de la San Felice, A. Dumas.

(Photos : Romanza2018)

mercredi 11 juillet 2018

" Pourquoi choisissent-ils tous minuit ? C'est une heure très peu commode ..."

Le mystère du sarcophage
Série Amelia Peabody
Elizabeth Peters

Le livre de poche, 1998.


"Je réalisai soudain qu'il me serait bien difficile d'amener Kalenischeff à se couper. Il possédait l'art du mensonge à la perfection. Aussi cessai-je de suivre attentivement la conversation. Je compris bientôt pourquoi. Une fois encore, mon instinct de détective luttait avec ma passion pour l'archéologie. Je n'avais pas grand mal à maintenir cette dernière à distance lorsqu'il s'agissait de momies d'époque romaine tardive ou de fragments de poterie. Mais à l'ombre d'une des plus majestueuses pyramides de l'Égypte, tout autre curiosité s'évanouissait, comme la lumière d'une lampe face à l'éclat du soleil. Ma respiration s'accélérait, le sang me montait au visage. Lorsque finalement Morgan nous offrit du café, je dis aussi naturellement que possible: 
-Merci Monsieur, mais je crois que je vais plutôt faire un tour dans la pyramide.
-Dans la pyramide...rétorqua Morgan, les yeux écarquillés, Madame, vous n'y pensez pas...
-Mrs Emerson ne plaisant jamais lorsqu'il s'agit de pyramides, conclut son mari."

Exotisme, mystère, humour escortent à nouveau les héros d'Élisabeth Peters dans cette passionnante enquête au pays des pharaons.


Bien que très occupée avant que ne sonne l'heure des vacances, je me suis plongée avec plaisir dans ces nouvelles aventures d'Amelia Peabody. 
Je dois bien reconnaître que l'intrigue générale ne fut pas palpitante et j'ai même ressenti de légères (très légères) lourdeurs. Mais ce n'est rien comparé au bonheur de retrouver les répliques croustillantes d'Amelia et Radcliffe. Je me suis encore une fois régalée à suivre ce couple atypique. Il s'agit également du premier tome où leur fils Ramsès apparaît pleinement. J'ai adoré ce petit bonhomme intelligent, curieux et désobéissant. C'est toujours un plaisir de me glisser au sein de cette famille drôle, cultivée et facétieuse ... malgré une intrigue, cette fois-ci, assez embrouillée.
Je ne recommanderai jamais assez de découvrir ces héros si géniaux créés par Elizabeth Peters. Dès que j'ouvre un des romans de cette saga (le 3ème pour l'instant), je souris, je ris, je me détends, tout en apprenant des choses sur l'Egypte ancienne. 
Ma gourmandise littéraire de l'année!
"Merci, monsieur, mais je préfèrerais voir l'intérieur de la pyramide.– L'intérieur de la pyramide ? Voyons, madame, vous ne parlez pas sérieusement ?– Ma femme ne plaisante jamais quand il s'agit de pyramides, assura Emerson.– Certainement pas, confirmai-je.– Mais, madame... les passages sont obscurs, sales, étouffants...– Ils sont ouverts, si je ne me trompe ? Perring et Wyse les ont explorés voici plus de soixante ans.– Oui, évidemment, mais il y a des chauves-souris, madame.– Les sauves-souris ne la zênent pas, intervint Ramsès.– Pardon ? s'enquit Morgan.– Les chauves-souris ne me dérangent pas, traduisis-je. Pas plus que les autres inconvénients mentionnés.– Si vous êtes vraiment déterminée, madame, je vais détacher un de mes hommes avec une torche pour vous accompagner. Professeur... cela ne vous contrarie pas ?– Aucun projet de ma femme ne me contrarie jamais, répondit Emerson en se calant dans son fauteuil. M'y opposer serait gaspiller mon énergie.– Alors, madame, si vous insistez. Vous pouvez prendre votre fils comme guide, dit Morgan en jetant à Ramsès un regard en coin. Il connaît parfaitement l'intérieur de cette pyramide."Emerson manqua s'étrangler. Je regardai Ramsès, qui m'offrit un visage aussi énigmatique que celui du sphinx."Le mystère du sarcophage, Elizabeth Peters.
(Photos : Romanza2018)

mercredi 4 juillet 2018

PAL d'été

Plus d'un mois et demi de vacances (si on ne compte pas toutes les préparations de classe bien sûr) !! Je pense que je devais avoir 16 ans la dernière fois que c'est arrivé. Je compte bien en profiter pour lire tout mon saoul et voici ma sélection pour cet été (sans ordre près défini).


  • Un peu de chaleur asiatique avec Terre des oublis de Duong Thu Huong. 
  • Des retrouvailles avec mon Dudu préféré et sa San Felice.
  • Le Duras de l'été avec Dix heures et demie du soir en été.
  • Un peu d'ambiance British avec Vita Sackville-West et son Plus jamais d'invités!
  • Ma chère littérature russe avec La vie d'Arséniev d'Ivan Bounine
  • Et enfin, un GROS pavé historique depuis longtemps lorgné mais jamais ouvert, Les piliers de la terre de Ken Follett.
J'espère réussir à prendre le temps de tout lire. 

Bel été livresque à vous!

vendredi 15 juin 2018

En route ... ou pas!

Route des Indes
E. M. Forster

10/18, 1982.

Une jeune femme anglaise est agressée dans les grottes de Marabar, une enquête s'ensuit. Ce fait divers ordinaire sert de point de départ à E.M. Forster (1879 - 1970) pour bâtir une des œuvres les plus magistrales de la littérature moderne, tout en écrivant le roman de la présence anglaise aux Indes. Maurois comparait cet écrivain à Proust pour la finesse de ses analyses. Le rapprochement semble fondé : il faut redécouvrir Forster.

J'ai toujours mis plusieurs pages avant de rentrer totalement dans un roman de Forster. J'ai lu Maurice et Avec vue sur l'Arno et je peux affirmer que ce grand écrivain anglais a un style parfois particulier. Pourtant, bien que je sois toujours noyée dans les premières pages de ces romans, je finis toujours finalement par m'y plaire. Là, ce ne fut pas le cas. J'ai passé plus de 400 pages ennuyeuses et je reconnais avoir hésité plusieurs fois à abandonner ma lecture. Je n'ai absolument pas accroché à ce texte et je n'ai malheureusement que peu de choses à en dire. 
Je suis toujours déstabilisée par les dialogues de Forster. Je me souviens qu'au début d'Avec vue sur l'Arno, je ne savais pas qui parlait, qui était qui, etc ... Mais cette sensation est vite passée. Avec Route des Indes, je suis restée perdue du début jusqu'à la fin. L'écriture, les personnages, l'histoire, ... je suis complètement restée en dehors. Le ton est lourd et il m'a assommée. La dénonciation de l'impérialisme occidental en Inde aurait pourtant pu amener une histoire plus humaine. Le lecteur reste extérieur à l'histoire.
Un très bref avis peu constructif ... mais je ne parviens pas vraiment à parler de ce roman. Je ne vous conseille pas de commencer Forster par ce titre. Un roman sans âme que je n'ai pas aimé. Préférez lui Avec vue sur l'Arno ou Maurice.
" La plus grande partie de la vie est si terne qu'il n'y a rien à en dire, et les livres et les discours qui tentent de lui donner un intérêt sont obligés d'exagerer dans l'espoir de justifier leur propre existence. A l'interieur du cocon tissé de travail et d'obligations sociales, l'esprit des hommes somnole la plupart du temps, enregistrant les alternatives de plaisir et de douleur, mais sans rien de la vivacité que nous nous attribuons ".
(Photos : Romanza2018)

vendredi 8 juin 2018

Be here now


Un article un peu particulier sur le blog aujourd'hui ... un peu personnel aussi. 
Ma première année d'enseignement s'achève bientôt et c'est le moment du bilan. Ce fut une année extrêmement intense, émotionnellement forte. J'ai du accepter de ne pas être la professeure dont je rêvais, que cet idéal était en construction ... et qu'il le serait probablement toujours. J'ai du accepter de faire des erreurs, de ne pas savoir, de me tromper, de recommencer. J'ai beaucoup pleuré, douté et angoissé. 
Malgré toutes ces difficultés, je sais que ce métier est fait pour moi. Je l'aime profondément. Cette remise en question permanente, cette indispensable empathie, cette source inépuisable de savoirs, ... j'aime cet univers ... avec ses défauts et ses difficultés. Mais j'ai aussi pris conscience que je devais me protéger de ça.
Cette année m'a appris énormément de choses sur les autres et sur moi-même. L'une des plus importantes est que cette année m'a ouvert les yeux sur l'importance d'être bien en soi. 



J'ai toujours aimé la nature, le silence et la contemplation. J'aime la solitude et les moments de sérénité. J'ai toujours été attirée par l'idée d'harmonie, de profiter de chaque instant. Écolo dans l'âme et amoureuse des instants précieux, je suis convaincue depuis toujours de l'importance de la paix intérieure. Pourtant, il n'y a que cette année que j'ai compris ce que cela signifiait vraiment. J'étais finalement passée à côté durant des années. 
J'avais déjà essayé de méditer, de faire quelques postures de yoga, etc ... même si j'en comprenais l'importance et les bienfaits, je n'en avais pas encore ressenti toute la nécessité. 
Puis, il y a eu ce nouveau travail, un stress incessant, une classe terriblement compliquée et violente, ces 180 km quotidiens de voiture, ces listes de choses à faire qui n'en finissent pas ... Bref, la vie de beaucoup de gens. 
Dès les premières semaines, j'ai ressenti comme une bourrasque l'importance et la nécessité de me créer des rituels, d'apprendre à gérer le stress et à prendre du recul face aux événements. C'est la première fois de ma vie où j'ai compris ce que signifiait vraiment la méditation, le yoga, l'harmonie. Mes nombreuses tentatives antérieures étaient toutes tombées à l'eau. Désormais, avec ce changement de vie, mes 32 ans, mes 2 enfants, j'ai enfin compris. 

Si je ne voulais plus avoir cette boule au ventre chaque dimanche soir en pensant à la semaine qui arrivait, si je voulais faire le tri dans mes priorités, si je voulais être capable de prendre du recul et me sentir bien, je devais trouver quelque chose. 
J'ai commencé par le yoga. Au début, ce n'était que quelques postures simples. Je n'en ressentais pas forcément les bienfaits. Progressivement, j'ai senti que j'en avais besoin et que si je passais une semaine sans rien faire, j'avais des tensions dans le dos et les nerfs à vif.
Puis, ça a été mon rituel du dimanche soir pour trouver la paix avant le début de semaine : huiles essentielles, auto-massages, musiques apaisantes, respiration ... 
Petit à petit, j'ai commencé aussi à faire des moments méditations avec Romanzino et Romanzina grâce aux deux pépites Calme et attentif comme une grenouille d'Eline Snel et Mon premier livre de méditation de Gilles Diederichs et Caroline Modeste. 
Depuis plusieurs semaines maintenant, j'ai légèrement avancé mon réveil le matin (chose que j'avais déjà commencé il y a quelques temps, mais de façon moins systématique). Avant de prendre mon petit déjeuner, je fais quelques étirements de yoga, je médite 5 mn, j'apprécie le calme et le silence. Ensuite, je petit-déjeune longtemps en lisant plusieurs pages. Je fais des choses pour moi, rien que pour moi, avant que la journée commence. 
J'ai aussi pris l'habitude de tenir un carnet d'intentions. Plutôt qu'un journal intime, j'y écris chaque soir avant le coucher mes intentions du lendemain. Ces intentions peuvent être intellectuelles, sportives ou spirituelles. Le matin, je pars au travail avec, à l'esprit, une intention positive pour la journée. 
Pour l'instant, je tâtonne encore et je n'y arrive pas toujours. Mais l'intention et l'envie sont là. 

L'année dernière, j'aurais entendu parler n'importe qui de tout ça avec beaucoup d'intérêt et d'enthousiasme. Pour autant, je n'aurai pas réussi à l'appliquer à moi-même. J'aurais aimé du fond du cœur, mais je ne m'y serais pas tenue. Tout simplement parce que le temps n'était pas encore venu d'en comprendre la nécessité. 
Arnaud Desjardins, penseur, a expliqué qu'il ne fallait pas méditer pour faire comme quelqu'un ou parce qu'on aimerait bien le faire, y arriver, faire partie des gens qui méditent, etc ... Il a dit qu'il fallait méditer pour soi, qu'on pouvait comprendre la médiation que si on en ressentait réellement le besoin. Cela a mis plus de 30 ans pour que je le comprenne. Voilà pourquoi jusqu'à maintenant, ce n'était qu'une idée qui me plaisait, mais que je n'arrivais pas à pratiquer. Désormais, j'ai besoin de ces moments à moi, où je réfléchis et me concentre sur ce que je ressens (peur, doute, bonheur, ...). Je comprends des choses qui restaient obscures jusqu'à maintenant. 
Tout comme la lecture, je désire transmettre cela à mes enfants : l'importance d'être bien et heureux en soi pour être bien avec les autres. J'en ai toujours eu conscience et je l'ai toujours revendiqué, mais désormais, je le comprends vraiment. Être dans le présent n'est pas qu'une jolie phrase à balancer après un verre de vin de trop à un repas de famille ou pour faire une belle citation sur Instagram. Cela s'apprend. J'ai envie de l'apprendre, j'ai envie de le transmettre.

mardi 29 mai 2018

Scientif-hic!


Prenez le temps d'e-penser - Tome 1 
Bruce Benamran

Poche Marabout, 2017.

Vous vous interrogez sur des phénomènes simples  sans retrouver dans quelle case de votre cerveau vous avez rangé ce que vous avez appris en 5ème. Vous êtes curieux mais pas franchement scientifique, ce livre est pour vous.

Qu’est-ce que l’électricité statique ? Pourquoi un aimant aimante-t-il ? Savez-vous ce qu’est la quinte essence ? Pourquoi éteint-on les lumières dans un avion un quart d’heure avant d’atterrir de nuit ? Mendeleïev est-il le premier vrai punk de l’histoire de la Russie ? Qu’a-t-elle donc de si « générale »  la relativité générale ?

Le temps est-il une illusion  ? La lumière est-elle d’ondes ou de particules ?…prenez le temps d’e-penser.


(Autant que vous le sachiez, cet article comporte de nombreuses digressions!)

Depuis mon aventure Je-me-reconvertis-et-fais-enfin-le-métier-dont-je-rêve-depuis-l'âge-de-3-ans-et-demi, je m'offre quotidiennement des moments de lecture "pour apprendre". J'ai toujours été une grosse lectrice de romans (ce que je revendique haut et fort d'ailleurs!). Si bien que mes "autres" lectures ont toujours été rares : BD, magazines, essais, documentaires, ... Depuis l'année dernière, j'ai pris goût à lire quelques pages par jour d'un texte qui m'apprend des choses (petite habitude prise durant la préparation au concours de prof des écoles). 

Avant de parler de Bruce Benamran, je tiens tout d'abord à vous parler d'Alexandre Astier. Pourquoi me direz-vous? Car c'est grâce à Astier que j'ai connu Benamran. Autant vous l'avouer tout de suite, je voue un culte à Alexandre Astier. C'est un auteur incroyable qui sait mêler humour et culture avec délice. Ses deux spectacles sur scène sont tout bonnement géniaux et je peux citer toutes les répliques de Kaamelott sans difficultés. Mais surtout, c'est un homme qui prône l'ouverture d'esprit et l'accès à la culture. Il revendique le fait que la vie est faite de connaissances et de découvertes incroyables qui n'attendent qu'une chose :  qu'on vienne vers elles. La vie est trop courte pour attendre que le temps passe, de rêver sa vie plutôt que de la vivre. Astier aime se cultiver, apprendre de nouvelles choses, débattre, fouiller, travailler. Il nous prouve aussi que la culture peut ne pas être lourde, pédante et ennuyeuse. Elle peut être passionnante et drôle (Bon, ok, ça je le savais déjà, mais une piqûre de rappel fait du bien). Tout ça pour dire que Bruce Benamran a fait la 1ère partie du spectacle d'Astier, L'exoconférence, et qu'Astier a fait la préface du livre de Benamran que je vous présente ici. Voilà, la boucle est bouclée. 

Dans l'esprit d'Astier donc, Benamran veut montrer que la culture (principalement scientifique ici) peut être expliquée facilement et de façon ludique. Bon ... je dois avouer qu'il ne m'a pas totalement convaincue. 
Je ne suis pas du tout scientifique. J'ai souffert (jusqu'à l'année dernière) d'une phobie des maths très handicapante toute ma scolarité et je suis littéralement sortie de mon corps durant tous les cours de physique-chimie que j'ai suivis. Pourtant, j'aime ça et j'ai pansé mes blessures maintenant que je suis enseignante. Ces disciplines me fascinent. Mais bon, que voulez-vous, l'étiquette "littéraire-nulle en maths" a bien fait son travail durant des années. J'ai donc ouvert ce livre assez "vierge scientifiquement". Je l'ai picoré durant plusieurs mois et je suis passée par différentes émotions. Plusieurs chapitres m'ont passionnée. J'ai appris beaucoup à la lecture de cet ouvrage. En tant que bonne littéraire, j'ai surtout aimé les anecdotes et les biographies de scientifiques (je suis désormais en admiration devant Giordano Bruno. En plus, j'ai appris que Sandor Marai avait écrit La nuit du bûcher en s'inspirant de sa vie. Il me le faut!).  J'ai retenu beaucoup de petites histoires sur l'évolution des sciences et les découvertes. Certains passages sont très bien écrits et se lisent comme un roman. Mais une grosse partie du livre est difficile à comprendre pour une païenne comme moi. Après tout, est-ce si grave de ne pas avoir tout compris, allez-vous me dire! C'est là où est le problème. J'ai très mal vécu les moments où j'étais larguée. Bruce Benamran insiste tellement sur le fait qu'il vulgarise le plus possible, qu'il ne peut pas faire plus simple, etc ... qu'au final, on a juste la sensation terrible d'être débile! Ce ton m'a franchement exaspérée. Peut-être suis-je la seule lectrice à l'avoir ressenti. Mais toujours est-il que je suis incapable après cette lecture de vous parler de la théorie de la relativité par exemple et j'ai l'horrible sensation que c'est entièrement de ma faute. Ceci dit, j'ai envie de comprendre, ma curiosité est éveillée et je compte bien fouiller, ne pas en rester là. Dans ce sens, Benamran a réussi son pari. Je prends le temps d'y penser. 

Un ouvrage intéressant, parfois drôle, plein de petites histoires passionnantes. Mais un ouvrage qui se veut simple et facile d'accès et qui pourtant peut parfois avoir un ton supérieur assez dérangeant
"Parmi ces cent astronomes choisis, il y en a un, français, très prometteur : Guillaume Joseph Hyacinthe Jean-Baptiste Le Gentil de la Galaisière, ou plus simplement Guillaume Le Gentil que, tant par souci de simplicité qu'afin de vous permettre de vous identifier à lui par un ingénieux mécanisme de familiarisation, je nommerai désormais Guigui. Parce que Guigui va avoir un destin tout à fait hors du commun. Il est le Pierre Richard de l'astronomie, le Jacques Villeret de la science ; il est sans conteste un des plus grands poissards de la triste et longue histoire des poissards. D'ailleurs, je n'hésiterai pas à marquer d'un "FAIL !" les étapes de sa vie auxquelles, vraisemblablement, son karma aura décidé de lui faire payer les fautes de toutes ses vies antérieures en seulement quelques années, parce, que oui, 'karma is a bitch'*."
Prenez le temps d'e-penser, Tome 1, Bruce Benamran 
(Photos : Romanza2018)

dimanche 27 mai 2018

Phénix

La part des flammes
Gaëlle Nohant

 Livre de poche,2016.

Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale  ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.

J'ai commencé ma lecture de ce roman sur des chapeaux de roue. Entamé un soir sous ma couette, j'ai lu jusqu'à 3h du matin, éclairée par une lampe frontale pour ne pas réveiller ma moitié. Autant dire qu'avec deux enfants en bas âge et une vie professionnelle bien remplie, ça ne m'arrive plus très souvent. J'ai été tenue en haleine durant plusieurs pages et ce fut jouissif. Le début de ce roman est très prometteur et la scène de l'incendie du Bazar est captivante (et traumatisante aussi). Malheureusement, les jours qui ont suivi, ma vie a été très occupée et je n'ai pu garder un rythme de lecture convenable. Du coup, mon enthousiasme s'est essoufflé. C'est bien dommage car La part des flammes est un excellent roman que je vais conseiller partout autour de moi. 
Je reconnais que la première moitié du roman est bien meilleure que la seconde, mais l'ensemble est superbement bien écrit et passionnant. J'ai aimé la finesse et la retenue de Gaëlle Nohant. Elle nous offre un roman intelligent et crédible, là où elle aurait pu écrire qu'un page turner téléphoné et sentimental.  Gaëlle Nohant ne cherche pas à tout prix à plaire à son lecteur. Elle ne fait ni dans le pathos, ni dans l'exagération. Son histoire est bouleversante tout en restant sobre. 
L'incendie du Bazar de la Charité reste pour moi la scène la plus réussie du roman. J'ignorais l'existence de cette tragédie et je savais encore moins que la petite sœur de Sissi y était liée.  J'ai appris beaucoup de choses à la lecture de ce roman et j'ai adoré ça. Quant aux personnages, je les ai trouvés crédibles et humains. 
La fin du roman ne m'a pas totalement convaincue, je le reconnais. J'ai aimé les dernières pages très en retenue, mais la scène de délivrance est trop tirée par les cheveux. Je n'y ai pas cru. 
Toujours est-il que La part des flammes est un excellent roman historique. J'ai aimé l'écriture très travaillée de Gaëlle Nohant. L'incendie du Bazar restera très longtemps gravé en moi.
Tout lire lui avait donné le vertige et une faim grandissante du monde. Elle y avait perdu le peu de déférence qu'on lui avait inculquée. Les livres lui avaient enseigné l'irrévérence et leurs auteurs, à aiguiser son regard sur ses semblables; à percevoir, au delà des apparences, le subtil mouvement des êtres, ce qui s'échappait d'eux à leur insu et découvrait des petits morceaux d'âme à ceux qui savaient les voir. Mais la lecture avait aussi précipité sa chute.
(La part des flammes, Gaëlle Nohant)
(Photos : Romanza2018)

vendredi 11 mai 2018

" Un papillon blanc, c'est une marguerite qui vole "


Vendredi ou la vie sauvage
Michel Tournier

Folio junior édition spéciale, 1993.

Un jour de septembre 1759, Robinson, seul survivant du naufrage de La Virginie, échoue sur l'île qu'il baptise Speranza et s'en déclare gouverneur. Aussi, quand il rencontre l'Indien Vendredi, le tient-il naturellement pour son esclave.

Voici un classique de la littérature de jeunesse que je n'avais jamais encore lu. En tant que professeure des écoles, je me devais de le découvrir. Je me souviens aussi que mon frère l'avait dévoré étant jeune adolescent. Il en parle toujours avec beaucoup d'émotion. Pour toutes ces raisons, je me suis décidée à découvrir ce texte si célèbre. Ce fut une belle découverte.
Je n'ai jamais lu Robinson Crusoé de Daniel Defoe, mais, je connais comme beaucoup l'histoire. Dans mon enfance, j'ai regardé un nombre incalculable de fois un vieux VHS d'une adaptation de 1972 du réalisateur russe Govoroukhine (que j'aimerais retrouver d'ailleurs). Je connaissais donc l'esprit très "colonisateur" de l'oeuvre de Defoe. La relation de Robinson et Vendredi, l'indien qu'il rencontre sur l'île, est basée sur la supériorité de l'homme occidental et civilisé. " Qu'était Vendredi pour Daniel Defoe? Rien, une bête, un être en tout cas qui attend de recevoir son humanité de Robinson, l'homme occidental, seul détenteur de tout savoir, de toute sagesse. L'idée que Robinson eût de son côté quelque chose à apprendre de Vendredi ne pouvait effleurer personne avant l’ère de l'ethnographie" (Michel Tournier, Le vent Paraclet). Michel Tournier va redonner sa vraie place à Vendredi lorsqu'il écrit Vendredi ou les limbes du Pacifique, puis Vendredi ou la vie sauvage. Il lui donne sa place d'homme, d'être pensant, détenteur d'une histoire et d'un savoir. Je ne savais pas, avant de le lire, ce que Tournier avait modifié dans l'histoire originale. J'ai été surprise par ce retournement, cette inversion des rôles. En tant que bonne occidentale, j'aimais la vie créée par Robinson au début de son naufrage ainsi que son organisation sur l'île. Puis j'ai compris, à l'aide de Vendredi, l'importance de la liberté et du respect de la nature
J'ai énormément aimé ce texte. L'écriture simple et limpide, pourtant pleine de symboles et de sous-entendus, est sublime. Ce court texte chamboule et bouscule. La fin m'a serré le cœur. 
Je pense que c'est un roman à mettre entre toutes les jeunes mains ... à condition d'en parler ensuite. C'est une histoire, certes belle, mais également dure. Certaines scènes peuvent marquer les jeunes lecteurs. Ce texte n'est pas évident à comprendre. Il doit être interprété et discuté avec les plus jeunes. Je pense que c'est un texte que je lirai avec de futurs élèves et que je ferai découvrir avec plaisir à mes propres enfants. Je le relirai, en ce qui me concerne, avec joie.
Un classique à découvrir!
"Ainsi toute l'oeuvre qu'il avait accomplie sur l'île, ses cultures, ses élevages, ses constructions, toutes les provisions qu'il avait accumulées dans la grotte, tout cela était perdu par la faute de Vendredi. Et pourtant il ne lui en voulait pas. La vérité, c'est qu'il en avait assez de cette organisation ennuyeuse et tracassière, mais qu'il n'avait pas le courage de la détruire. Maintenant, ils étaient libres tous les deux. Robinson se demandait avec curiosité ce qui allait se passer, et il comprenait que se serait désormais Vendredi qui mènerait le jeu."
Vendredi ou la vie sauvage, Michel Tournier, Folio junior, 1993, p 89) 
(Photos : Romanza2018)

mardi 8 mai 2018

Ressource

Ursule Mirouët
Honoré de Balzac

Folio classique, 2000.

«Croyez-vous aux revenants ? dit Zélie au curé. - Croyez-vous aux revenus ? répondit le prêtre en souriant.»

Ursule Mirouët est en effet une histoire de revenants et de revenus. Une histoire de revenus ou comment, dans la petite province vipérine de Balzac, des «héritiers alarmés» parviennent à voler le testament d'un vieux médecin et tentent de ruiner la jeune fille qu'il a adoptée. Une histoire de revenants et c'est tout le Balzac spirite et mesmérien qui, dans ce singulier roman, dit sa croyance aux rêves messagers du destin et vengeurs du crime.


Petit retour aux valeurs sûres cette semaine avec Balzac. Je ne l'avais pas lu depuis trop longtemps. Balzac est un auteur cher à mon cœur depuis ma lecture d'Eugénie Grandet à la fac. Pourtant ma première rencontre avec lui date du lycée avec La duchesse de Langeais et à l'époque, moi qui aimais tant les romans classiques, je n'avais pas accroché. Honte à moi! Depuis Eugénie Grandet, Balzac fait parti de ces auteurs que je lis régulièrement et avec beaucoup de plaisir.  Ursule Mirouët est ma quatorzième expérience balzacienne. 
J'ai entendu parler de ce roman de Balzac la première fois dans le roman de Dai Sijie, Balzac et la petite tailleuse chinoise. Les héros découvrent la littérature occidentale, interdite sous Mao, grâce à ce roman. Il le dévore en une nuit et au réveil, ils ont l'impression que tout ce qui les entoure est différent. J'avais aimé cette vision de la littérature si puissante qu'elle peut modifier le regard que l'on porte sur la vie. J'ai donc noté Ursule Mirouët en promettant de le lire
Cette lecture fut un régal. Je me suis délectée de chaque page et de la plume si vive de Balzac. Je reconnais que la jeune Ursule est un peu trop "oie blanche", cependant je l'ai prise en affection et j'ai tremblé pour elle. J'ai embarqué dans ce passionnant récit d'héritage et de revenants. Ursule Mirouët est un roman rythmé aux nombreux rebondissements. Je pense qu'il peut être une bonne première approche de Balzac. J'ai vu qu'il était souvent donné au collège ou au lycée et je comprends pourquoi. 
J'ai été très touchée par la relation entre Ursule et ses protecteurs. Le premier d'entre eux est, bien entendu, son tuteur le docteur Minoret. Mon cœur s'est souvent serré devant tant de tendresse. Je suis peut-être bien naïve et trop sensible, mais j'ai été très émue par le lien qui les unissait. Plusieurs personnages gravitent autour d'eux. On pourrait les classer dans deux catégories bien distinctes : les bons et les mauvais. Cependant, chez Balzac, la vie est bien plus complexe et lorsque les dernières pages arrivent, les sentiments évoluent et les personnages aussi. Je reconnais que le roman est dans l'ensemble assez manichéen, mais Balzac n'en reste pourtant pas là. La fin du roman rachète certains personnages noirs du texte et je pense également au personnage de Savinien, peu reluisant dans les premières pages qui gagne en maturité et en profondeur. 
Ce que j'aime tant également chez Balzac? Sa "comédie humaine" bien sûr. C'est un régal de croiser des personnages que l'on a déjà vus dans certains romans, d'autres que l'on croisera prochainement lors d'autres lectures. Ce monde qu'il a créé est fascinant. Comme avec les Rougon-Macquart, c'est un réel bonheur de chercher le liens, observer les clins d’œil, les allusions, de voir évoluer les personnages au fil des œuvres. Une fois Ursule Mirouët refermé, j'ai eu envie de me précipiter vers ces romans balzaciens qui m'attendent encore : Une fille d’Ève, Splendeurs et misères des courtisanes, Illusions perdues, ...
"Mais à l'aspect de Minoret-Levrault, un artiste aurait quitté le site pour croquer ce bourgeois, tant il était original à force d'être commun. Réunissez toutes les conditions de la brute, vous obtenez Caliban qui, certes, est une grande chose. Là où la Forme domine, le Sentiment disparaît. Le maître de poste, preuve vivante de cet axiome, présentait l'une de ces physionomies où le penseur aperçoit difficile trace d'âme sous la violente carnation que produite un brutal développement de la chair. Sa casquette, en drap bleu, à petite visière et à côtes de melon, moulait une tête dont les fortes dimensions prouvaient que la science de Gall n'a pas encore abordé le chapitre des exceptions. Les cheveux gris et comme lustrés qui débordaient la casquette vous eussent démontré que la chevelure blanchit par autre chose que par les fatigues d'esprit ou par les chagrins."
(Ursule Mirouët, Balzac, Folio classique, 2000, p 24) 
(Photos : Romanza2018)