mardi 12 décembre 2017

De l'importance de ne pas trop abuser de l'alcool

Le maire de Casterbridge
Thomas Hardy


Michael Henchard est un jeune saisonnier qui vit avec sa femme, Susan, et sa fille, Elizabeth-Jane, dans un village du Wessex.
Un jour, sous l’empire de l’alcool, après une violente dispute avec sa femme, il décide de la vendre avec sa fille à un marin de passage, M. Wenson. Dégrisé, il mesure l’étendue du désastre et, plus seul que jamais, se promet de ne plus jamais s’approcher d’un goulot…
Dix-huit années après, devenu un marchand prospère, Michael est élu maire de la ville de Casterbridge. Tous le croient veuf.


C'est avec beaucoup d'émotions que j'ai ouvert un nouveau roman de Thomas Hardy, l'auteur qui, en trois lectures, s'est hissé sur mon podium littéraire. Sans avoir le souffle de Jude l'obscur (qui reste, pour l'instant, indétrônable), j'ai passé un agréable moment de lecture avec Le maire de Casterbridge
Moins sombre que l'histoire de Jude ou Tess, celle de Michael Henchard reste tout de même triste et mélancolique. Nous suivons cet homme rattrapé par un passé trouble. Malgré ses faiblesses et son caractère parfois désagréable, je me suis attachée à Mr Henchard. Cet être profondément humain et complexe fait de nombreuses erreurs et finit toujours par en avoir cruellement conscience. Autour de lui gravitent plusieurs personnages : Susan, Elizabeth-Jane, Donald et les habitants de Casterbridge. J'avoue avoir un faible pour Elizabeth-Jane. C'est une jeune fille très digne, toujours positive et la façon qu'elle a de mener sa vie avec détermination et courage est vraiment touchante.
L'intrigue se tisse, les caractères s'affirment, les secrets se révèlent, ... j'ai tourné les pages les unes après les autres sans m'en rendre compte. Le maire de Casterbridge se lit très facilement. Presque trop facilement. Je ne sais pas si c'est la traduction qui en est la cause, mais je n'ai pas retrouvé la plume fine et magnifique de Thomas Hardy. Dans sa forme, le texte n'a pas la profondeur que j'attendais d'un roman de Hardy
Malgré ça, j'ai aimé ma lecture et l'Angleterre décrite par Hardy est toujours un délice. C'est un auteur que j'aime profondément. Même si Le maire de Casterbridge n'arrive pas à la cheville de Jude l'obscur, ni au genou de Tess d'Urberville, c'est un texte agréable, maîtrisé, envoûtant.
Il faut lire et relire Thomas Hardy. De mon côté, je lorgne déjà depuis longtemps sur Loin de la foule déchaînée.
« Je ne vois pas pourquoi un homme qui a une femme et n’en veut plus, ne s’en débarrasserait pas comme ces bohémiens-là font de leurs cheveux. […] Pourquoi ne pas les mettre aux enchères, et les vendre à ceux qui recherchent l’article ? Hein ? Moi, bon Dieu ! je vends la mienne à l’instant, si quelqu’un veut l’acheter. »
(Le maire de Casterbridge, T. Hardy, Archipoche, 2015) 
(Photos : Romanza2017)

dimanche 3 décembre 2017

Club des cinq nouvelle génération

Le club des cinq junior
Tome 1 - Un après-midi bien tranquille ...
Enid Blyton

Hachette jeunesse, 2017.

Alors que les Cinq s'apprêtent à faire une bonne sieste sous les arbres, deux bandits, non loin d'eux, tentent de dissimuler leur butin. Les enfants ont tout vu. Vite, il faut prévenir la police. Ce n'est plus le moment de dormir!

Mon Romanzino a eu ce roman de la bibliothèque verte en cadeau. Même si je ne suis pas fan de ces versions simplifiées, tirées d'œuvres originales, je dois avouer que c'est une bonne façon de rentrer doucement dans la lecture. Mon petit garçon a donc (avec mon aide) lu le tome 1 du Club des cinq junior ... en attendant de lire les vraies versions (pleines de passés simples et aux illustrations bien plus agréables). Il a bien aimé et a ensuite joué plusieurs jours à faire des aventures comme le Club des cinq.
En attendant, je laisse le clavier à mon petit garçon :

J'ai aimé le Club des cinq junior. Ils ont fait une enquête. Mon personnage préféré est le chien Dagobert. Je lirai le tome 2 : Le mystère de l'île
" - Comme il fait chaud! soupire François en s'éventant avec une feuille. Qu'est-ce qu'on va faire, cet après-midi?- Rien, réponds Mick, catégorique. Sinon, je vais fondre! Même pour se baigner, il fait trop chaud ... "(Le club des cinq junior, Tome 1, E. Blyton, Hachette, 2017)
(Photos : Romanza2017)

jeudi 23 novembre 2017

" Il faut aimer héroïquement ".

L'héritage d'Esther
Sandor Marai

Le livre de poche, 2003.

La fin de l’empire austro-hongrois et ses prolongements crépusculaires ont inspiré des écrivains majeurs comme les Autrichiens Joseph Roth, Stefan Zweig ou Arthur Schnitzler. Il faut y ajouter le Hongrois Sándor Márai (1900-1989) qui, aujourd’hui, est enfin reconnu comme un immense écrivain européen. L’Héritage d’Esther, publié en 1939, rassemble en un bref récit tout ce qui fait l’art de Márai. Retirée dans une maison qui menace ruine, engourdie dans une solitude qui la protège, une femme déjà vieillissante voit soudain ressurgir le seul homme qu’elle a aimé et qui lui a tout pris, ou presque, avant de disparaître vingt ans plus tôt. La confrontation entre ces deux êtres complexes Esther la sage, ignorante de ses propres abîmes et Lajos l’insaisissable, séducteur et escroc est l’occasion d’un de ces face à face où l’auteur des Braises et de La Conversation de Bolzano excelle. Un face à face où le passé semble prêt à renaître de ses cendres, le temps que se joue le dernier acte du drame, puisque « la loi de ce monde veut que soit achevé ce qui a été commencé ». La tension dramatique extrême, l’atmosphère somnambulique, l’écriture sobre et précise font de ce court roman un véritable chef-d’œuvre.

La plume de Sandor Marai fait inévitablement penser à celle à Stefan Zweig, auteur que j'aime profondément. Ils possèdent tous deux une plume délicate et nostalgique. L’héritage d'Esther est un court texte, profond et beau. Sandor Marai est un auteur tout en sensibilité, en retenue. 
Le cœur d'Esther ne nous est pas réellement dévoilé. La relation qui la lie à Lajos reste énigmatique. Lire Sandor Marai, c'est accepter de ne pas avoir toutes les clefs. La lecture est facile et les pages se tournent sans difficultés, pourtant les romans de Marai sont complexes et pleins d'implicites. Le lecteur doit travailler, soulever les blancs, combler les non-dits. Mais il peut aussi se laisser aller par la poésie de l'écriture de Marai, sans chercher à comprendre ou expliquer. Cet auteur est un beau mélange de simplicité et de complexité. L'héritage d'Esther est très travaillé, les personnages sont difficiles à cerner et l'intrigue est floue, pour autant c'est un texte très simple, vrai et juste.
Ce roman est ma troisième lecture de Sandor Marai. Je l'avais découvert avec Les mouettes que je n'avais pas particulièrement aimé. C'est avec Le premier amour que j'ai enfin compris le génie de Marai. L'héritage d'Esther vient me confirmer la grande sensibilité de cet auteur que je compte bien retrouver pour de prochaines lectures.
- Où sont tes limites, Lajos ? Dis-je enfin. Les yeux papillotants, il regardait la cendre de sa cigarette.
- Drôle de question ! Quelles limites ? S'enquit-il d'une voix hésitante.
- Quelles limites ? Répétai-je. Je pense que tout homme possède une limite intérieure qui sépare le bien du mal, une limite que rend possible les relations entre les êtres humains. Mais toi, tu n'as pas de limites.
- Ce sont des mots, dit-il, en esquissant un geste comme s'il s'ennuyait. Limites, possibilités. Bien et mal. Ce ne sont que des mots, Esther. As-tu remarqué, continua-t-il, que la plupart de nos actes n'ont aucun sens, qu'ils ne visent aucun but ? On doit les accomplir, même si l'on n'en tire ni profit ni plaisir. Si tu jettes un œil sur l'ensemble de ta vie, tu es bien obligée d'admettre que tu as fait beaucoup de choses pour la seule et bonne raison que tu en avais la possibilité.
- Tout ça est un peu trop compliqué pour moi, fis-je, découragée.
- Mais non, voyons ! Déplaisant, tout au plus. Quand on atteint la fin de sa vie, Esther, on se lasse de tout ce qui vise à un but quelconque. Moi, j'ai toujours aimé les actes inexplicables.
(L'héritage d'Esther, Sandor Marai, Le livre de poche, 2003). 

(Photos : Romanza2017)

samedi 18 novembre 2017

" ... c'était la vie qui scintillait dans ses yeux."

La renarde
Mary Webb

J'ai lu, 1973.

Comme un conte, imprégné de mystérieuses légendes et de nature frémissante, se déroule la tragique histoire de Hazel, la fille des bois, sauvage et libre comme la petite renarde sa compagne, qui ne découvre l'homme que pour lutter contre sa convoitise. 

Voici une vieux roman qui repose dans ma bibliothèque depuis des temps immémoriaux. J'ai lu Sarn de Mary Webb il y a quelques années. Même si j'ai peu de souvenirs de l'histoire, je me souviens avoir aimé ce roman original et cette plume à la fois douce et violente. En voyant l'automne s'installer, les arbres devenir rouges et la nature s'endormir doucement, j'ai eu envie de sortir de mes étagères La renarde, autre roman de Mary Webb
Ce roman m'a totalement charmée. J'ai été enveloppée par cette histoire sentant bon la forêt et le vent d'automne. Le style de Mary Webb oscille entre langage populaire et écriture poétique. La renarde nous offre de belles pages de descriptions, mais également des dialogues rustres de la campagne profonde. Je peux comprendre que cette ambivalence perturbe certains lecteurs. de mon côté, j'ai été conquise. 
Même si Hazel est un personnage très complexe que j'ai parfois eu du mal à suivre et comprendre, j'ai été touchée par cette jeune fille, libre et sauvage. Son histoire est violente, belle et révoltante. Dans ce roman, il est impossible de réellement savoir qui est coupable ou innocent. Les personnages semblent lutter contre des forces extérieures qui les poussent à faire les mauvais choix. Autour de Hazel gravitent deux hommes, le bon pasteur Edward et le terrible Reddin. Ces deux personnages sont particulièrement bien traités. Edward est touchant et généreux, tandis que Reddin est égoïste et tyrannique. Hazel, quant à elle, est tenaillée entre son corps et son âme et lorsqu’enfin ces deux parties d'elle-même se réunissent, il est déjà trop tard. 
Un roman et une auteure oubliés à ressortir très vite de nos armoires. Un sublime texte, envoûtant, charmant, à la fois cruel et beau. 
" Le manoir de Undern et ses nombreuses fenêtres à petits carrreaux regardaient vers le Nord avec un air buté. C'était un endroit dont ni la vue ni la poésie n'étaient rassurantes. Même en mai, quand les lilas se couvraient d'écume mauve, pavaient les allées d'ombre, embaumaient l'air, quand des feuilles s'effleuraient l'une l'autre comme de douces lèvres qui se consolent ; quand les merles chantaient, se laissaient tomber sans effort de vertes hauteurs en vertes profondeurs et chantaient de nouveau ; même alors quelque chose qui hantait ce domaine faisait battre le coeur pesamment."
(La renarde, M. Webb, J'ai lu, 1973, p35)
(Photos : Romanza2017)

Pour ceux qui n'aiment pas les vieilles éditions poussiéreuses, sachez que La renarde a été réédité chez Archipoche.

mercredi 15 novembre 2017

Un hiver avec Anna


Je ne relis jamais les romans que j'ai lus. Même ceux que j'aime profondément, auxquels je pense régulièrement, que je feuillette de temps à autre. Toujours attirée par les romans que je n'ai pas encore lus, j'oublie de revenir vers mes anciennes lectures. 
Pourtant, plus les années passent, plus l'envie de relire les œuvres chères à mon cœur est grande. J'ai envie de retrouver l'histoire, les mots, les personnages. J'ai envie de ressentir de nouvelles émotions en découvrant ces romans pour la seconde fois. Plusieurs titres me viennent. Jane Eyre, La reine Margot, Une vie, Orgueil et préjugés, Les Hauts de Hurle-vent, Anna Karenine, ... J'ai envie, maintenant, de prendre le temps de relire les romans que j'ai aimé. Je veux m'offrir ce luxe une fois de temps en temps

Ma lecture d'Anna Karenine fut un véritable tsunami. Tout comme celle de Jane Eyre, je me suis retrouvée submergée par cette histoire. Je pensais à Anna toute la journée. Elle m'a hantée bien après la lecture de ce roman. Je ne vois jamais un train sans penser à elle, j'ai remué ciel et terre pour voir les adaptations cinématographiques. Une vraie passion qui m'a habité durant plusieurs années. En une seule lecture, Léon Tolstoï était devenu pour moi un dieu, au point de donner son prénom à mon fils quelques années plus tard. 

En 2014, Eliza de Lectures and co organisait une lecture commune de Guerre et paix qui m'a permise de redécouvrir Léon Tolstoï et de savourer de nouveau sa plume magnifique. 
Il y a quelques jours, j'ai eu une envie folle de relire Anna Karenine, de retrouver la Russie, Levine et Kitty. Je me suis décidé à le relire cet hiver. Me souvenant du joli partage autour de Guerre et paix il y a bientôt 4 ans, je me suis dit que cette relecture pouvait être une belle occasion pour discuter et échanger.

Si cela vous dit, je vous propose donc de lire ou relire Anna Karenine cet hiver et/ou de voir une ou plusieurs adaptations cinématographiques réalisées. Nous pourrons ainsi échanger et discuter. 



Comme principales adaptations, vous avez :
  • 1935 : Anna Karénine  de Clarence Brown avec Greta Garbo.
  • 1948 : Anna Karénine de Julien Duvivier avec Vivien Leigh.
  • 1967 : Anna Karénine d'Alexandre Zarkhi 
  • 1997 : Anna Karénine  de Bernard Rose avec Sophie Marceau.
  • 2009 : Anna Karénine de Sergueï Soloviov 
  • 2012 : Anna Karénine  de Joe Wright avec Keira Knightley.


Je sais que je risque de manquer de temps, d'être engloutie par tout autre chose, mais je veux prendre ce temps, m'offrir ce plaisir, celui de relire un des romans qui a construit la lectrice que je suis. J'espère que cette relecture en appellera d'autres et que cela deviendra un petit rituel occasionnel. 

dimanche 5 novembre 2017

Swap traditionnel d'automne

Comme chaque année, UnlivreUnthé et moi-même avons organisé notre swap annuel. Moment de douceur où l'on oublie le stress, le quotidien et les soucis. On ne pense qu'à soi et aux délicieux instants précieux que nous offrent la vie. 


Nous avions choisi cette année le thème de la famille. Comme chaque année, ma chère amie m'a bien trop gâtée.



Pour être belle, j'ai eu un magnifique foulard bleu et rose, ainsi qu'une pochette girly contenant un gel douche et une crème pour le corps sentant la poire et le gingembre, mélange surprenant et délicieux. 
Côté gourmandise, j'ai eu 3 tablettes de chocolat (ma copine sait que je déguste toujours mon café d'après déjeuner avec un carré de chocolat) : un à la framboise, un autre aux noisettes et un dernier avec un zeste de citron vert. Le colis contenait également du miel d'acacia et un mélange de fruits secs
J'ai reçu 4 romans. Chacun d'eux parle d'une histoire de famille et possède dans son titre une référence à ce thème. Je vais pouvoir poursuivre ma découverte de Sandor Marai avec L'héritage d'Esther, découvrir Margaret Kennedy que ma mère aime tant avec L'idiot de la famille, lire le récent grand succès américain et coup de cœur de Titine, j'ai nommé Le fils de Philipp Meyer et relire (enfin!) Joyce Carol Oates avec La fille du fossoyeur.

(Le colis contenait également une charmante petite tasse à café .... Malheureusement, cette dernière n'a pas supporté le voyage et est arrivée cassée).


Encore un swap magnifique, tout en délicatesse, à l'image de ma tendre amie. 
Tu es si chère et importante dans ma vie. Merci pour tous ces partages, ces émotions, ces nombreux moments de joie et de complicité ... malgré la distance qui nous sépare. 

Pour voir le colis que j'ai envoyé à UnlivreUnthé, c'est ICI.

vendredi 3 novembre 2017

You belong to me

A moi pour toujours
Laura Kasischke

Le livre de poche, 2008.

« À moi pour toujours » : tel est le billet anonyme que trouve Sherry Seymour dans son casier de professeur à l’université un jour de Saint-Valentin. Elle est d’abord flattée par ce message qui tombe à point nommé dans son existence un peu morne. Mais cet admirateur secret obsède Sherry. Une situation d’autant plus troublante qu’elle est alimentée par le double jeu de son mari. Sherry perd vite le contrôle de sa vie, dont l’équilibre n’était qu’apparent, et la tension monte jusqu’à l’irréparable… 
Laura Kasischke peint avec talent une réalité américaine dans laquelle tout, y compris le désir, semble bien ordonné.

Après les très bons Esprit d'hiver et Rêves de garçons, je retrouve Laura Kasischke avec A moi pour toujours. J'ai été tenue en haleine durant 3 jours. J'ai littéralement dévoré ce roman. Impossible de le lâcher. Si je n'avais pas eu mes obligations quotidiennes, je l'aurai lu dans la journée. Pourtant, de mes trois lectures de Laura Kasischke, c'est celle que j'ai le moins aimée
A moi pour toujours malmène Sherry notre héroïne quadragénaire belle et dynamique. Comme dans chaque roman de Laura Kasischke, le vernis des charmantes familles américaines se fissure, craque, explose. On assiste à la lente chute de Sherry, aveuglée par son orgueil, par la routine, la monotonie, l'ennui. 
J'ai préféré la finesse d'Esprit d'hiver et de Rêves de garçons. A moi pour toujours est assez cru et je ne pense pas que ce soit toujours justifié et nécessaire. Ceux que les scènes érotiques dérangent, sachez que ce roman en est rempli. L'histoire est addictive et extrêmement prenante, mais je ne lui reconnais pas la qualité de mes deux précédentes lectures. Ceci dit, Laura Kasischke sera désormais une lecture annuelle obligatoire tant j'aime sa façon de me manipuler, me malmener, me rendre accro à ses histoires. Je suis fascinée par ces histoires de familles banales, bien sous tout rapport, qui cachent des drames et de lourds secrets. On y croit parce que c'est très bien écrit, à la fois simple et complexe. Les romans de Laura Kasische ne sont pas des thrillers rocambolesques ou des enquêtes policières. Ce sont des romans sociaux et psychologiques. L'auteure ne cherche pas LA révélation la plus scotchante possible, elle surprend tout en restant rationnelle, simple, cohérente .... et c'est en ça que ses romans sont terrifiants.

A moi pour toujours n'est pas le meilleur Kasischke, mais c'est un véritable page-turner à découvrir ... comme tous les autres romans de l'auteur (que je compte bien dévorer les uns après les autres). 
" Cela faisait maintenant deux décennies que nous étions ensemble, toutes ces années ayant été des années plutôt heureuses, productives, pleines de sens et de richesse. Les emplois sûrs. Le fils en bonne santé. La vieille ferme. Et même les voitures fiables, la mienne était une petite Honda blanche, toute vive et ronronnante, qui ne consommait pas beaucoup, un 4x4, et la sienne un énorme tonneau, un Explorer blanc, avec une tenue de route sérieuse, masculine,un peu comme l'incarnation de la gravité sur quatre roues."(A moi pour toujours, Laura Kasischke, Le livre de poche, 2008)

(Photos : Romanza2017)

jeudi 2 novembre 2017

Dieu, quel audace!

Les boucanières
Edith Wharton



« Elles incarnaient “la jeune fille américaine”, ce que le monde avait réussi de plus parfait » : pour Mrs St. George, ces cinq jeunes filles fraîchement débarquées à Londres sont un ravissement… Mais pour le petit monde étroit de l’aristocratie anglaise, leur pedigree laisse à désirer, et leurs ambitions paraissent bien vulgaires ? et puis quelle idée de fumer et de s’exhiber ainsi sans vergogne ? Les « boucanières » n’en ont cure : à elles la belle vie, les bons plaisirs et les beaux partis!

C'est avec un réel bonheur que j'ai ouvert un nouveau roman de ma chère Edith Wharton. Il s'agit de sa dernière oeuvre. Elle n'a d'ailleurs jamais achevé cette histoire. Elle est ici complétée, grâce aux notes laissées par Edith Wharton, par  Marion Mainwaring. J'ai pris un plaisir infini à lire ce roman.
Les boucanières voit évoluer plusieurs personnages féminins, jeunes et pleins de vie. L’obsession de leur entourage est de leur trouver un mari. Certaines d'entre elles se plient à cette volonté et participent activement à la recherche. Annabelle, elle, est la plus naturelle, la plus dénuée d'ambition. C'est un personnage que j'ai énormément aimé. Edith Wharton a créé des personnages vivants, légers, virevoltants. Moins sombre que d'autres romans de l'auteure, Les boucanières restent cependant une critique virulente des sociétés puritaines américaines et anglaises. Si les jeunes filles américaines semblent plus simples que les anglais, sous le vernis, il y a beaucoup de calcul, d'ambition et d'intérêt. Je suis à genoux devant Edith Wharton et la façon dont elle tisse l’ambiance de ses romans. J'aime ses dialogues, ses silences, ses non-dits, ses critiques fines et ses analyses pointues. 
Je ne suis pas capable, en toute honnêteté de repérer le moment précis où Marion Mainwaring prend le relais d'Edith Wharton. L'histoire se tient du début jusqu'à la fin. En reprenant les notes de l'auteure, elle a repris son intrigue, ses personnages, son dénouement. Ceci dit, je reconnais un changement de qualité d'écriture. C'est très discret et ne gêne en rien la lecture de ce texte sublime. Mais la finesse de Wharton est moins présente dans les 100 dernières pages. 
Edith Wharton est une grande auteure. Ses romans sont passionnants et offrent un sublime mélange d'intelligence et de romanesque. Les boucanières est mon 6ème roman de l'auteure et je compte bien lire l'intégralité de son oeuvre. 
"[...]la plus grande erreur, c'est de croire que nous savons toujours pour quelle raison nous agissons...Sans doute le maximum que nous puissions savoir consiste-t-il dans ce que les vieilles gens appellent "l'expérience". Mais celui ou celle qui l'acquiert n'est plus la personne qui a accompli des actes incompréhensibles. Je suppose que tout le problème vient de ce que nous changeons à chaque instant alors que nos actions, elles, demeurent."(Les boucanières, Edith Wharton, Points, 2010)
(Photos : Romanza2017)

vendredi 27 octobre 2017

Point trop n'en faut!

1, rue des petits-pas
Nathalie Hug

Le livre de poche, 2015.

Lorraine, hiver 1918. Dans un village en ruine à quelques kilomètres du front, une communauté de rescapés s'organise pour que la vie continue. Louise, jeune orpheline de seize ans, est recueillie par une sage-femme qui va lui transmettre son savoir : accoucher, bien sûr, mais aussi soigner les maux courants et être l'oreille attentive de toutes les confidences. Mais, dans cet endroit isolé du monde, les légendes nourrissent les peurs et la haine tient les hommes debout. Dans cet univers où horreur et malveillance rivalisent avec solidarité et espoir, Louise va tenter de se construire.

Voilà un roman qui m'a énormément frustrée. Je l'ai lu assez rapidement. J'étais prise dans cette histoire et plutôt heureuse de l'ouvrir. Pourtant, sur certains points, j'ai été exaspérée par ce livre. J'en veux un peu à l'auteure qui, en voulant trop en faire, a tué une histoire qui aurait pu être sublime. 
Nathalie Hug écrit bien, a des talents indéniables pour conter et faire vivre ses personnages. Quel dommage que 1, rue des petits-pas soit si ambitieux. Il y a BEAUCOUP trop de choses dans ces 400 pages : Secrets de famille, témoignage sur la 1ère guerre mondiale, vie des sages-femmes, traumatismes de guerre, survie d'un déserteur, kidnapping, reconstruction après un viol, sorcellerie, médecine illicite, ... et j'en oublie! Cette masse de thèmes m'a noyée. J'aurai tellement aimé que Nathalie Hug se contente de nous narrer l'histoire de Louise et d'Anne comme sages-femmes au lendemain de la guerre. Au fil de ma lecture, dès qu'une nouvelle intrigue apparaissait, j'avais envie de dire "Stop! Fais des choix et arrête-toi!" ... Ou alors, il aurait fallu que cette histoire soit un gros pavé de 1000 pages, plus fouillé, plus travaillé.
Je ne déconseille pas pour autant ce roman. Il est, dans un sens, agréable à lire  (attention cependant aux âmes sensibles, c'est un roman très cru), très prenant et certaines tirades de Louise sont magnifiques. Il est également instructif et j'ai appris beaucoup de choses sur les sages-femmes et la médecine. J'aurai aimé, de tout cœur, que l'auteur se concentre sur ce thème et ne parte pas dans tous les sens.
"- J'ai entendu dire que vous aviez pratiqué un avortement dans un village voisin, et que vous proposiez à vos patientes des méthodes de contraception. Vous savez que l’Église condamne ce genre de pratiques.- Nous n'avons avorté personne, m'irritai-je, mais sauvé de la mort une femme dont l'enfant était condamné. Nous devions la laisser agoniser, c'est ça ? Au nom de quoi ?- Mais l'enfant à naître est une créature de Dieu, vous n'avez pas le droit de...- Bien sûr, m'esclaffai-je, j'ai le droit de regarder mourir une patiente les bras croisés !- Louise, vous ne me comprenez pas bien . Donner la mort ou empêcher la vie ne sont pas des prérogatives humaines.- Allez dire à cette femme qu'elle devait mourir au nom de Dieu ! Et aux filles violées par leur père, ou par des déments, qu'elles doivent se réjouir d'être enceintes ! Et tant que vous y êtes, allez expliquer aux putains qu'elles ne doivent pas se prémunir d'une grossesse ! Ou mieux, pauvre curé que vous êtes, ajoutai-je folle de rage, demandez donc à votre Dieu qu'il s'incarne pour le leur dire lui-même ! Et quand il l'aura fait, alors seulement j'irai me confesser !"(1, rue des Petits-pas, Nathalie Hug, Livre de poche, 2015)
(Photos : Romanza2017)

mercredi 25 octobre 2017

1ère lecture de "grand" partagée

10 contes d'Afrique noire
Ashley Bryan

Castor poche, 1998.


Pourquoi la grenouille et le serpent ne jouent-ils plus ensemble? Pourquoi le buffle et l'éléphant ne seront jamais bons amis? Pourquoi et depuis quand les animaux ont-ils une queue? Pourquoi celle du lapin est-elle si ridicule? Écoutons la réponse du conteur au coin du feu ...

Depuis que mon garçon a 6 ans et apprend à lire, nous avons un nouveau petit rituel "lecture". Nous lisons ensemble des livres de "grand", des livres que l'on met plusieurs jours (mois!!) à lire. Jusqu'à maintenant, je lisais et il écoutait. Maintenant, il participe un peu à la lecture. Peut-être que nous ferons, dans quelques temps, des lectures à deux voix. Un moment de partage que je chéris. 
Pour sa première lecture, Romanzino avait choisi un recueil de contes africains (je lorgne d'autres titres que l'on découvrira plus tard : les abrégés de Jules Verne, les Club des cinq, les Odile Weulersse, les Petit Nicolas, .... Plein de titres qu'on découvrira ensemble ... ou qu'il découvrira seul aussi).
Je laisse la parole et le clavier à Romanzino. Voici son avis sur les 10 contes d'Afrique noire :

J'ai aimé parce que j'aime les contes d'Afrique. Ces histoires étaient rigolotes. Mes préférées sont Anansé l'araignée cherche un imbécile à berner et Pourquoi les animaux ont une queue?. J'ai aimé imaginer les paysages d'Afrique parce qu'ils sont beaux.

Ce recueil de contes fut agréable à lire. Nous avons pu discuter et partager autour de chacun d'eux. Ma petite Romanzina, du haut de ses 3 ans, s'est souvent glissée entre nous pour écouter, très attentivement, les histoires. 
Un petit recueil à grignoter.
" Des cornes de bœuf pour tout partage, ce n'est vraiment pas la richesse. Pourtant, écoutez l'histoire du garçon qui en tira fortune.Il s'appelait Mungalo, et c'était le fils d'un grand chef."(Le bœuf aux cornes magiques in 10 contes d'Afrique noire, Ashley Bryan, 1998, p51)
 
(Romanza2017)

samedi 21 octobre 2017

C'est à n'y rien comprendre!

Happy end
Julie Wolkenstein

Folio, 2008.


Dans quelques années, lorsque le niveau des océans aura monté. 
La mer grignote un bout de côte normande, engloutira bientôt les quelques villas perchées sur la falaise. Ce jour-là, Éliane, la seule survivante des trois familles de vacanciers qui y ont partagé tous leurs étés, veut voir la dernière vague. Revenue sur cette plage, elle s'accroche à sa maison, à ses souvenirs. 
À ceux qui sont morts, elle prête sa voix, revit les derniers instants de chacun. Pour différer la disparition de ce décor familier et la sienne propre, elle fait de sa mémoire une digue, un barrage : que restera-t-il de ces résidences secondaires, du goût des crevettes grises, des préjugés bourgeois, des bains de minuit, des vies réelles et imaginaires, à la toute fin?


Je profite de ces vacances d'automne tant attendues pour rédiger quelques articles en retard.

Je serai brève sur ce roman de Julie Wolkenstein. Je désirai lire cette auteure depuis un moment, mais je pense ne pas avoir choisi le bon titre. Je n'ai pas grand chose à en dire en réalité. Je n'ai pas du tout aimé. Certes, j'ai cru parfois entrevoir de jolies images, une plume délicate, mais dans sa globalité, ce fut une lecture laborieuse. Je ne suis pas du tout rentrée dans ce roman. Je suis incapable de vous expliquer quoi que ce soit sur la relation entre les personnages, leurs liens, leurs histoires. Je n'ai tout simplement pas compris grand chose. Autant j'aime la subtilité, mais là, le texte est resté totalement hermétique. C'est alambiqué, ça manque de naturel et de simplicité.
Cependant, je n'en resterai pas là avec Julie Wolkenstein. Je retenterai ma chance avec d'autres romans. Je suis sûre qu'elle a quelque chose à me dire ... malgré l'échec cuisant de Happy end.
" Comme chaque jour depuis que je suis revenue chez moi, à Saint-Contest, Brigitte s'est assise tout à l'heure à la table de la salle à manger - ça me fait une récréation, plongée que je suis dans la reconstitution virtuelle de toutes ces morts. Elle a bu quelques gorgées de thé, j'essayais de l'imaginer avec les cheveux longs qu'elle tressait autrefois, sa natte brune serait mêlée de traînées grises, je me souviens de ma surprise lorsque je lui ai ouvert la porte, le jour de la mort de son père, je ne l'avais pas vue depuis si longtemps, en découvrant ses cheveux tout courts, presque ras, comme beaucoup de femmes d'ici, passé la quarantaine. "(Happy end, J. Wolkenstein, Folio, 2008, p69)
(Photos : Romanza2017)

Trouver son rythme

Cela fait un mois et demi que j'ai commencé mon nouvel emploi. Changement de vie, d'horaires, d'organisation. J'ai pour l'instant du mal à trouver un rythme qui me convient vraiment. Passionnée par mon nouveau métier, soucieuse de trouver un équilibre entre vie professionnelle (qui est elle-même partagée entre l'éducation nationale et l'université) et vie privée, je tâte et me questionne. 


La semaine est entièrement consacrée à ma vie pro et ma vie de famille pour l'instant. Peu de place pour m'occuper de moi-même. La journée est dédiée au travail. Je m'occupe de mes enfants le soir (quand je ne rentre pas trop tard) et une fois qu'ils sont au lit, je travaille de nouveau. Le week-end, j'essaie de privilégier les temps en famille en me dégageant du temps pour bosser (toujours), faire du sport (j'arrive à aller courir 1h le dimanche) et lire (un tout petit peu). Je n'arrive pas encore à trouver le temps de faire tout ce que je souhaiterais. 



Je me dis que tout est une question de rythme. Doucement, je vais arriver à m'organiser. Je croule sous le travail (préparation de cours, rédaction de mon mémoire de recherche, évaluations du 1er semestre, ...), mais ce que je fais me passionne. J'essaie d'utiliser mon temps libre pour faire des choses avec mes Romanzini qui voient moins leur maman qu'avant durant la semaine (mais qui l'ont pour eux toutes les vacances scolaires et ça, c'est le top absolu!). Il me manque juste durant la semaine des moments où je peux lire mon roman, souffler, vider ma tête et ne plus penser au boulot. Mais ça viendra .... J'espère!

vendredi 22 septembre 2017

Femmes libérées?

Avril enchanté
Elizabeth Von Arnim

10/18, 2015.


Comment résister à une telle offre : « Particulier loue petit château médiéval meublé bord de la Méditerranée ». Un jour de pluie et d’autobus bondés, il n’en faut pas plus aux jeunes Londoniennes, Mrs Wilkins et Mrs. Arbuthnot , pour se lancer seules dans l’aventure et partir, sans presque prévenir leurs époux, un mois en Italie. Au menu : soleil, repos et réflexions.


Lu à la fin de l'été, j'ai savouré ce roman frais et léger. Tandis que Vera de la même auteure m'avait totalement chamboulée (un très fort souvenir de lecture), Avril enchanté m'a surtout détendue, enveloppée, réconfortée. Certes, sous son aspect simple, ce roman est profond et soulève des interrogations très modernes pour l'époque. Cependant, c'est un texte qui se lit tout seul, rapidement, sans prises de tête.
Je dois avouer n'avoir pas été convaincue par la "magie" de San Salvatore. L'histoire est too much (passez-moi l'expression). J'ai aimé l'idée, l'ambiance, l'écriture, les personnages parfois amusants parfois énervants, mais ce changement radical de personnalité provoqué par 2mn à San Salvatore ... je n'y ai pas cru. Le summum fut à l'arrivée des maris. On assiste à leur piètre description au début du roman et ils se transforment en mari idéal dès leur arrivée à San Salvatore. J'ai trouvé cela amusant, plaisant à lire, bien écrit, mais très peu vraisemblable. 
Je relirai avec plaisir Elisabeth Von Arnim. Si j'ai préféré Vera, Avril enchanté fut un moment de lecture agréable et reposant.
"Ce silence, ce sentiment d'espace, ces fleurs en abondance, l'absurde beauté de l'arbre de Judée, tout cela sembla d'un coup presque trop beau à Mrs Wilkins. Allait-elle vraiment vivre un mois entier environnée de toutes ces belles choses? Jusqu'alors elle avait dû se contenter de miettes de beauté rencontrées au hasard - une touffe de pâquerettes remarquée au milieu d'une pelouse de Hampstead, un jour qu'il faisait beau, ou un coucher de soleil entre deux cheminées. Jamais elle ne s'était trouvée en un lieu qui fût totalement beau."
Avril enchanté, E. Von Arnim, 10/18, 2015. 
(Photos : Romanza2017)

dimanche 17 septembre 2017

Et voilà le bel automne.


Comme chaque année, c'est avec tendresse et joie que je vois revenir cette saison que j'aime tant. Le froid qui pique les doigts et le bien-être de se réchauffer près un feu de cheminée, tasses de thé brûlant, plaid douillet, pulls et chaussettes aux douces couleurs ocres et brunes, roman passionnant, heures de lecture lové sous la couette, balades en forêt, bruit des feuilles mortes sous les pieds, joues rougies, pluie et bottes en caoutchouc, tarte aux pommes et crumble aux poires maison ... 


Je vous souhaite de tout mon cœur un très bel automne!

dimanche 27 août 2017

" La vie était terrible et la mère était aussi terrible que la vie."

Un barrage contre le Pacifique
Marguerite Duras

Folio, 2016.

L'action se situe en Indochine française, elle met en place une mère et ses deux enfants Joseph et Suzanne vivant dans une plantation peu rentable et tentant de survivre de trafic divers. Ce roman raconte la difficulté de la vie de ce que l'on a appelé "les petits blancs" par rapport aux "grands", riches planteurs, chasseurs citadins, membres de la bourgeoisie coloniale, commerçante ou financière. Et, enfin, au-dessus de tout ce monde, omnipotents et prévaricateurs au détriment des plus pauvres des blancs, les fonctionnaires de l’administration coloniale qui ne vivent que de prébendes et d’extorsions de fonds.La mère et ses enfants ne peuvent vivre qu’aux limites de la société coloniale et aux abords immédiats des villages où vivent les indochinois dans un dénuement absolu et à la merci de toutes les maladies, de la cruauté des tigres et de la force aveugle et meurtrière des marées de l’océan. Marguerite-duras.com

Voici ma 4ème lecture de Marguerite Duras. Après Yann Andréa Steiner dont je me souviens très peu, les très beaux Cahiers de la guerre et le troublant L'amant de la Chine du Nord, j'ai retrouvé cette grande plume française avec Un barrage contre le Pacifique. Ce fut une véritable lecture immersion. J'ai senti la moiteur de l'Indochine, ses odeurs, j'ai vu ses paysages, sa poussière, sa beauté, sa pauvreté aussi. Je me suis totalement glissée entre ces pages et ce fut un véritable coup de cœur. 
Je ne m'y attendais pas. Ce fut lent et subtil. Sans m'en rendre compte, je plongeais dans le roman et y pensais toute la journée. Pourtant comme ce texte est cruel!! Les personnages sont durs, antipathiques, égoïstes. Certaines scènes me hantent encore par leur violence verbale ... et parfois physique. L'écriture est juste, vraie, magnifique, pourtant l'histoire est terrible. Le texte entier est rongé par les mêmes maux qui rongent Joseph, Suzanne et la mère. J'ai eu beaucoup d'empathie pour ces trois personnages s'enfermant dans leur désespoir, dans leurs névroses. Pourtant, leurs attitudes, leurs mots, leurs cruautés aussi, sont très durs à lire. La lecture est dérangeante, prenante, addictive. 
Une superbe lecture.
" De temps en temps elle sortait de l’eau, s’asseyait sur la berge et regardait la piste qui donnait d’un côté vers Ram, de l’autre vers Kam et, beaucoup plus loin vers la ville, la plus grande ville de la colonie, la capitale, qui se trouvait à huit-cent kilomètres de là. Le jour viendrait où une automobile s’arrêterait devant le bungalow. Un homme ou une femme en descendrait pour demander un renseignement ou une aide quelconque, à Joseph ou à elle. Elle ne voyait pas très bien quel genre de renseignements on pourrait leur demander : il n’y avait dans la plaine qu’une seule piste qui allait de Ram à la ville en passant par Kam. On ne pouvait donc pas se tromper de chemin. Quand même, on ne pouvait pas tout prévoir et Suzanne espérait.
Un jour un homme s’arrêterait, peut-être, pourquoi pas ? parce qu’il l’aurait aperçue près du pont. Il se pourrait qu’elle lui plaise et qu’il lui propose de l’emmener à la ville. "
(Photos Romanza2017)

mardi 22 août 2017

La gourmandise est un vilain défaut

Charlie and the chocolate factory
Roald Dahl

Puffin books, 2007.

Charlie Bucket loves chocolate. And Mr Willy Wonka, the most wondrous inventor in the world, is opening the gates of his amazing chocolate factory to five luck children. It's the prize of a lifetime! Gobstoppers, wriggle sweets and a river of melted chocolate delight await - Charlie needs just one Golden ticket and these delicious treats could all be his.

J'ai déjà lu quelques nouvelles en anglais, mais c'est la première fois que je lis intégralement un roman (certes de jeunesse, mais un roman quand même). Même si l'immersion n'a pas été totale, car cette lecture a exigé beaucoup d'attention, j'ai énormément aimé lire un texte en version originale.
Bien que Charlie and the chocolate factory soit assez facile d'accès, je reconnais avoir apprécié de déjà connaître l'histoire (grâce au film de Tim Burton). J'ai pu ainsi lire le roman sans dictionnaire, me laisser (par moment) aller et déguster certaines scènes particulièrement savoureuses. 
Je ne pourrai pas réellement vous parler de la plume de Roald Dahl car je ne me sens pas assez à l'aise en anglais pour parler d'un style, comprendre les jeux de mots ou les traits d'humour. Je peux juste affirmer que l'univers loufoque et décalé de cet auteur est un pur bonheur. J'ai aimé cette histoire farfelue, j'ai ri et j'ai été émue. Même si je reconnais avoir préféré Matilda, Charlie and the chocolate factory est une touchante histoire où la bonté et la générosité sont, avec justesse, récompensées. 
J'ai été surprise de trouver un Willy Wonka assez différent de celui de Tim Burton. Moins torturé, plus joyeux, il semble plus humain que ne le présente le réalisateur. Quant à Charlie, si le film lui donne un côté Cosette larmoyant, le roman de Roald Dahl nous le montre plutôt taquin, gourmand et touchant. 
Roald Dahl ne fait pas parti de ces auteurs découverts dans mes jeunes années, je ne l'ai découvert qu'adulte. Je ne peux que constater son talent de conteur, sa magie inépuisable, son univers toujours si étonnant et passionnant.
A mettre entre toutes les mains ... jeunes et moins jeunes.
" Charlie burst through the front door, shouting, "Mother! Mother! Mother!"Mrs Bucket was in the old grandparents' room, serving them their evening soup."Mother!" yelled Charlie, rushing in on them like a hurricane. "Look! I've got it! Look, Mother, look! The last Golden Ticket! It's mine! I found some money in the street and I bought two bars of chocolate and the second one had the Golden Ticket and there were crowds of people all around me wanting to see it and the shopkeeper rescued me and I ran all the way home and here I am! IT'S THE FIFTH GOLDEN TICKET, MOTHER, AND I'VE FOUND IT " 
Charlie and the chocolate factory, Roald Dahl, Puffin books, 2007, p67

(Source photos : Romanza2017)

jeudi 10 août 2017

" Jamais il ne faut vouloir mettre de point final "

Itinéraire d'enfance
Duong Thu Huong

Le livre de poche, 2009.

Fin des années 1950 au Viêtnam. Bê a douze ans, sa vie dans le bourg de Rêu s’organise entre sa mère, ses amis et ses professeurs. Son père, soldat, est en garnison à la frontière nord. Pour avoir pris la défense d’une de ses camarades abusée par un professeur, elle se voit brutalement exclue de l’école. Révoltée, elle s’enfuit de chez elle, avec sa meilleure amie, pour rejoindre son père.

Commence alors un étonnant périple: les deux adolescentes, livrées à elles-mêmes, sans un sou en poche, finiront par arriver à destination, après des aventures palpitantes et souvent cocasses: Bê la meneuse, non contente d’avoir tué le cochon et participé à la chasse au tigre, va également confondre un sorcier charlatan et jouer les infirmières de fortune.
Roman d’apprentissage, ce livre limpide et captivant dépeint magnifiquement, dans un festival de sons, d’odeurs, de couleurs et de paysages, la réalité du Viêtnam après la guerre d’Indochine


Quelle douceur que ce joli roman! J'y ai trouvé tout ce que j'aime : petits plaisirs simples, beauté des paysages, amitié. Ce roman initiatique est un petit bijou à savourer.
Bê et Loan sont deux amies de 12 ans, très différentes mais très proches. Bê est courageuse, intelligente et déterminée. Loan est gentille, sensible et un brin peureuse. Quand Bê est subitement virée de son école et interdite de scolarité dans tout le département, elle décide de traverser le pays pour retrouver son père. Sa meilleure amie choisit de la suivre, fuyant un beau-père odieux. Comme j'ai aimé suivre les péripéties de Bê et Loan! Sur leur chemin, elles rencontrent certaines personnes peu sympathiques, mais beaucoup de gens généreux, de personnalités inoubliables. Tout au long du roman, on sourit, on tremble, on se met en colère, on pleure d'émotions. 
J'ai aimé l'amour que Bê porte au savoir, à l'étude, à l'école. Lire de tels témoignages fait toujours du bien et c'est important de rappeler à nos écoliers français que l'instruction n'est pas évidente partout, que certains enfants n'ont pas leur chance*.
Ce que j'ai préféré reste la description des instants simples : des beignets de haricots sucrés partagés autour d'un feu, des patates douces cuites dans les cendres, un sourire, une main tendue, ... 
Un joli voyage qui donne une envie folle de découvrir le Vietnam. Une histoire toute simple, émouvante qui m'a totalement engloutie.

 *(A ce sujet, je vous invite fortement à regarder les excellents reportages Chemins d'école que vous pouvez trouver sur Arte. Mon garçon de 6 ans et moi-même les regardons régulièrement. Ils sont courts, justes et passionnants. Je suis ébahie par la volonté de ses enfants qui sont prêts à tout pour apprendre)
" Un dernier rayon de soleil s'accroche encore aux pointes des plus hautes branches de bambous et des mangousiers qui s'agitent à la moindre brise. De vieux crapauds, dissimulés dans les coins des murs, entonnent leurs croassements grinçants. Des sauterelles, arrivant des champs, se cognent contre ma tête, me chatouillent l'oreille. Je redoute qu'une grenouille ou un kaloula me saute dans le bol de soja ou de plat de poisson. Par bonheur rien de tout cela n'arrive. Mes hôtes, habitués à manger dans la nature, ne semblent pas se poser de telles questions. Plus tard, je trouverai que manger dehors est un vrai bonheur. L'air vivifiant du soir donne plus d'appétit, sans compter que le paysage ne fait qu'augmenter le plaisir d'un repas frugal. "
 Itinéraire d'enfance, Duong thu Huong, Le livre de poche, 2009
(Photos : Romanza2017)