dimanche 18 mars 2012

Salon du livre .... ou Comment se faire plaisir.


Je vais au Salon du livre de Paris chaque année depuis 2007 ... L'année dernière cette petite bouffée d'oxygène, ce moment rien qu'à moi, n'a pu se faire ... Mon petit Romanzino venait tout juste de naître ... J'étais bien loin de penser aux multiples rayons du Salon ... Je pouponnais.   
Autant vous dire qu'après ces deux ans d'abstinence, j'étais ravie de retrouver les allées du Hall 2 de la porte de Versailles ...  

Voici mes petites acquisitions : 
Les mystères de la forêt d'Ann Radcliffe
J'ai lu et gardé un souvenir mitigé des Mystères d'Udolphe ... Je suis restée sur ma fin, alors je compte bien me rattraper avec cette réédition d'un autre roman de la reine du gothique, Ann Radcliffe. 
J'ai été fascinée par les scènes de lectures de Catherine dans l'adaptation de Northanger Abbey (2007). Elles m'ont donnée envie de lire Les mystères d'Udolphe et Le moine. Les deux lectures sont faites. Mais il y a une autre scène au début du film dans le carrosse où je n'arrivais pas savoir quel livre Catherine lisait. Il y avait juste ce nom de cité "Adeline". Je sais maintenant que est tiré des Mystères de la forêt ... 

Nuit et jour de Virginia Woolf. Parce que depuis La promenade au phare c'est une dame que je veux connaître mieux, que Lou a été très convaincante en parlant de ce roman et que la collection est sublime. 
Quand j'étais Jane Eyre de Sheila Kohler. Jane Eyre étant un de mes romans préférés, je ne pouvais passer à côté de cette biographie de Charlotte Brontë ... 
Mildred Pierce de James M. Cain. Je n'avais jamais entendu parler de ce roman avant qu'une très bonne amie à moi, amoureuse des livres, m'en parle. Je suis ensuite allée voir la bande annonce de la nouvelle adaptation de ce roman (avec l'excellente Kate Winslet) et j'ai fondu ... Il me fallait le livre. J'ai hâte de l'ouvrir.
Cette édition est accompagnée du DVD de l'ancienne adaptation datant de 1945.
L'héritage de Charlotte de Mary Elizabeth Braddon. Cette dame anglaise me faisait de l'oeil depuis bien longtemps. Je suis tombée sur quelques uns de ses romans dans un stand. Malheureusement, il n'y avait pas Le secret de Lady Audley. J'aurai aimé connaître Miss Braddon par celui-ci. J'ai tourné mon choix vers ce roman et son histoire d'héritage et d'empoisonnement. On verra ... 
Corps et âme de Frank Conroy. J'ai croisé ce roman un nombre incalculable de fois souvent accompagné d'un "coup de coeur du libraire". Pourtant, je ne m'y suis jamais arrêtée. Jusqu'à ce que La grande librairie mette son grain de sel. Une libraire en a parlé avec tant d'émotions que j'ai été conquise ... Il a donc rejoint ma bibliothèque. 


Et pour Romanzino : Le petit déjeuner de la famille Souris de Kazuo Iwamura. J'avais envie d'acheter tous les rayons pour enfants. Je me suis tournée vers des albums plus récents, plus imaginatifs, plus drôles ... Mais la nostalgie a gagné. La famille souris, c'est toute mon enfance. Je voulais faire découvrir cette petite famille à mon fils, ses tendres dessins, ses histoires simples qui sentent bons les petits plaisirs de la vie. 

Un beau Salon du livre .... Que du bonheur! Vivement 2013 .... 

dimanche 11 mars 2012

" Nous avons décidé, unis dans l'amour, de ne pas nous quitter."

Les derniers jours de Stefan Zweig
Laurent Seksik

 J'ai lu, 2011.


Le 22 février 1942, en exil au Brésil, Stefan Zweig et sa femme Lotte mettent fin à leurs jours, dans un geste désespéré, mûri au coeur de la tourmente. Des fastes de Vienne à l'appel des ténèbres, ce roman restitue les six derniers mois du grand humaniste devenu paria et de son épouse. Deux êtres emportés par l'épouvante de la guerre : Lotte, éprise jusqu'au sacrifice ultime, et Stefan Zweig, inconsolable témoin du " monde d'hier ".


Le rencontre entre Stefan Zweig et moi fut un coup de foudre. Et jusqu'à ce jour, la flamme de la passion ne s'est pas éteinte. Avec Pearl Buck, Zola, Balzac, ... Stefan Zweig est l'écrivain que j'ai le plus lu. Tout a commencé lors d'un cours de français en 3ème. Ma prof était une vraie amoureuse de littérature et à la fin de l'année, avant notre brevet, elle nous avait donnés quelques titres des romans qui l'avaient émue aux larmes. Dans cette liste se trouvait La pitié dangereuse. Je n'avais jamais entendu le nom de Stefan Zweig, ne connaissais même pas l'histoire de ce roman. Le titre me plaisait, c'est tout. Je me suis empressée de le trouver et de le lire. J'ai dévoré ce sublime roman. Je suis tombée amoureuse de cette plume si sensible, si vraie, qui a su me parler, m'émouvoir. Depuis, il y a eu Le joueur d'échecs, Marie-Antoinette, Vingt quatre heures de la vie d'une femme, Le voyage dans la passé, Marie Stuart et Lettre d'une inconnue
De la vie de Stefan Zweig, je ne sais quasiment rien. A part sa fin tragique, je ne connais pas son caractère, ses engagements, ses amours ... Le beau roman de Laurent Seksik m'en a donnée un aperçu et il me tarde d'en savoir plus. 
J'ai beaucoup apprécié ce texte. Cette déclaration d'amour de Laurent Seksik à Stefan Zweig est extrêmement émouvante. J'ai eu la gorge serrée du début à la fin. J'ai découvert un Zweig doutant de lui, profondément humain, terrifié par son époque. J'ai aimé le voir vivre, bouger, parler, songer comme s'il était un proche, un ami. Les émotions, les pensées que lui prêtent Laurent Seksik sont extrêmement poignantes. J'ai ressenti cette douleur de se sentir inutile et lâche, cet instinct de survie qui nous fait culpabiliser d'être encore en vie alors que d'autres sont morts. J'ai réussi à comprendre le geste de Zweig. J'ai compris sa peine, sa fatigue, sa peur. 
Autre point passionnant de ce roman, le personnage de Lotte. Je ne savais strictement rien de la seconde épouse de Zweig. Elle m'a attendrie. J'ai ressenti tout l'amour qu'elle avait pour son époux, mais aussi ce sentiment qu'elle n'est et ne sera toujours que l'ombre du grand homme, qu'elle ne sera jamais "Madame Zweig" comme l'avait été Friderike, la première épouse de l'écrivain. Les dernières pages m'ont bouleversée. Le calme de Stefan, la confiance absolue de Lotte ... 
Une biographie de Zweig écrite par Dominique Bona m'attend dans ma bibliothèque, j'ai hâte d'en savoir plus. Il y a aussi La peur et autres nouvelles, ainsi que Brûlant secret qui me saluent du haut de leur étagère. Et je compte bien m'offrir Clarissa, Le monde d'hier et tous les fabuleux autres textes de ce sublime conteur de l'âme humaine. 

" Il sortit les livres, un à un. Lentement, pour chacun d'eux, il contemplait la couverture, effleurait la tranche. Puis, longuement, éperdument, de manière un peu risible, il plongeait le nez dans les pages; reniflait l'odeur qui s'en dégageait. Ces livres n'avaient pas vu la lumière depuis la fuite de la maison d'Autriche. Le dernier endroit qu'ils avaient connu était la bibliothèque du domaine de Kapuzinerberg. Le temps, la traversée des continents et des océans n'avaient pas dissipé leur parfum. Ils exhalaient l'odeur de la maison de Salzbourg. "
(Les derniers jours de Stefan Zweig, L. Seksik, J'ai lu, 2011, page 17)

(Source image : lefigaro.fr)

mardi 6 mars 2012

Dame blanche et idées noires

La dame en blanc
W.Wilkie Collins

Phébus, Libretto, 1998.

Les Français avaient oublié ce roman, ancêtre de tous les thrillers, qui fascinait Borges et rendit jaloux Dickens (roman publié ici pour la première fois en version intégrale). Il nous révèle une sorte de " Hitchcock de la littérature " : suspens, pièges diaboliquement retors, terreurs intimes, secrètes inconvenances - rien n'y manque. Pourtant le chef-d'oeuvre de Collins n'a jamais cessé d'être dans les pays anglo-saxons un succès populaire : l'un des plus sûrs moyens, en tout cas, d'empêcher l'innocent lecteur de dormir.


Je me suis ré-ga-lée!
La dame en blanc est un roman comme je les aime. Ambiance victorienne, personnages mystérieux et complexes, paysages angoissants, intrigue haletante, secrets de famille, journal intime, lettre anonyme ... Une histoire tout simplement passionnante.
J'ai découvert Wilkie Collins avec le très agréable Hôtel hanté (que je conseille). Avec La dame en blanc, je me rends vraiment compte du talent de ce grand homme. J'ai été en apnée tout le long de ma lecture. Mon emploi du temps chargé m'a empêchée de lire comme je l'aurai voulu et ce fut terrible. Je pensais à La dame en blanc toute la journée et priais pour que les heures défilent plus rapidement afin d'aller retrouver mon roman. 
Pourtant La dame en blanc n'est pas sans défauts. Je rejoindrai Lou lorsqu'elle dit que les personnages de Laura et Walter sont bien fades.  D'ailleurs, la troisième partie du roman (ce dernier étant divisé en trois époques) m'a moins passionnée que les deux premières. Dès que ce trop gentil Walter prenait la plume, je trouvais que le rythme se ralentissait. Le journal de Mariam est sans aucune hésitation ma partie préférée. J'ai adoré cette femme forte, son audace, ses valeurs, son féminisme. Laura paraît bien insipide aux côtés de son imposante soeur. Quand le journal de Mariam s'est arrêté pour un autre narrateur, j'ai été malheureuse ... Je voulais continuer à lire celle que je considérais désormais comme une amie. 
Le dénouement n'est pas difficile à trouver. Je ne pense pas d'ailleurs que l'intérêt principal du roman réside dans cette révélation finale. Le plus intéressant, c'est la manière dont Collins mène son histoire, comment il décrit ses personnages, comment il nous met doucement dans cette ambiance délicieuse. Les pages à Blackwater Park m'ont totalement hypnotisée. Collins a une façon de décrire les scènes clés, les révélations, les passages décisifs qu'ils nous hantent longtemps après leur lecture. 
Une lecture vraiment passionnante, des personnages qui ont pris vie devant mes yeux (en particulier Mariam et le comte Fosco ... quel personnage géniallissime!), une atmosphère victorienne parfaite ... 
Que du bon ... malgré quelques infimes longueurs vers la fin. 
Je n'ai qu'une envie découvrir Pierre de lune que les amoureux de Collins trouve encore meilleur que La dame en blanc. 

"Je me retournais vivement, les doigts crispés sur le pommeau de ma canne.
Là, derrière moi, au milieu de la nuit, se tenait une femme, sortie de terre comme par miracle ou bien tombée du ciel. Elle était tout de blanc vêtue et, le visage tendu vers moi d’un air interrogateur et anxieux, elle me montrait de la main la direction de Londres. J’étais bien trop surpris de cette soudaine et étrange apparition pour songer à lui demander ce qu’elle désirait. C’est elle qui parla la première.
Est-ce la route de Londres ?
Je la regardai avec attention, étonné de sa singulière question. Il était alors près d’une heure. Je distinguai au clair de lune un visage jeune, pâle, maigre, fatigué ; de grands yeux au regard grave, des lèvres frémissantes et des cheveux d’un brun doré. Il n’y avait rien de vulgaire ni de grossier dans ses manières ; elle était calme et semblait pleinement maîtresse d’elle-même. Quelque chose en elle évoquait la mélancolie, une certaine méfiance peut-être. Sans avoir l’attitude d’une lady, elle n’avait rien d’une femme de basse extraction. La voix, pour le peu de paroles que j’avais entendues, m’avait parue curieusement éteinte et mécanique, malgré une élocution rapide. Elle tenait à la main un petit sac, et ses vêtements, d’après ce que je pus en juger, n’étaient pas luxueux. Elle était mince, et de taille plutôt supérieure à la moyenne. Sa démarche et ses gestes étaient tout à fait normaux. Ce fut tout ce dont je pus me rendre compte dans la demi-obscurité et dans l’étonnement où me plongeait presque jusqu’à l’étourdissement cette rencontre inattendue, bizarre. Quelle sorte de femme était-ce ? Et comment se trouvait-elle seule, sur la grand-route, en pleine nuit ? J’étais incapable de le deviner. J’étais certain d’une seule chose : l’homme le moins pénétrant ne se serait pas trompé sur le sens de ses paroles, même à cette heure suspecte et en ce lieu désert."
(La dame en blanc, W. Collins, Libretto, 1998, page 24-25)


(Source image : fernand khnopff La dame en blanc. art-memories.com)

lundi 13 février 2012

Camarade!

Les trois filles de Madame Liang
Pearl Buck

 Livre de poche, 1986.

Madame Liang, un des plus beaux portraits de femme de Pearl Buck, domine par sa forte personnalité ce très grand roman dans lequel la Chine d'hier et d'aujourd'hui est évoquée avec la puissance d'émotion qui caractérise l'auteur de La mère. 
Madame Liang a envoyé ses trois filles en Amérique pour qu'elles y terminent leurs études. Grace, l'aînée, rentrera en Chine pour mettre sa science au service de son pays, s'y marier avec un révolutionnaire et reprendre sa place. Mercy, la seconde, aura un destin beaucoup plus tourmentée, et Joy, la troisième, restera en Amérique. 

Je ne pensais pas dire ça un jour mais ce roman de ma chère Pearl Buck ne m'a pas passionnée. Et je peux vous dire que ça me déchire le coeur de l'avouer. 
Les trois filles de Madame Liang n'est pas pour autant inintéressant (jamais Pearl Buck ne sera inintéressante ... ça, faut le savoir). C'est une histoire simple dans la forme mais profondément complexe, qui mêle politique, relations familiales, patriotisme. Comme toujours le thème central est le combat de l'ancien et du moderne, sujet de prédilection de Pearl Buck. Ce thème est différemment repris dans ses romans, toujours de façon passionnante et nouvelle. Là, Pearl Buck nous offre une version très politique. Certes la plume délicate de cette grande dame de la littérature est toujours présente. On ressent aussi son amour pour ses deux patries l'Amérique et la Chine, sa passion des gens, sa confiance en l'être humain, .... Mais ce roman est fort différent des 8 autres romans que j'ai lu d'elle. Les trois filles de Madame Liang possède un ton très distant presque froid. Venant d'une dame qui décrit merveilleusement bien l'âme humaine et qui a un don d'empathie extraordinaire, j'en suis restée coi. On est très loin du bouleversant La mère, du sublime Pavillon des femmes, de l'inoubliable Pivoine. Parfois on retrouve quelques bribes de son incroyable don, les dernières lignes en sont un parfait exemple. Tout comme, sa capacité a nous faire ressentir physiquement les émotions de ses personnages. Dans ce roman, ce fut cette sensation d'être espionné en permanence. Le contexte aussi est très intéressant. Madame Liang militante depuis toujours se retrouve face à une nouvelle Chine, celle de Mao, bien éloignée de celle dont elle rêvait dans sa jeunesse. 
Les trois filles de Madame Liang n'est pas un mauvais roman, mais quand on connaît le talent de Pearl Buck, on ne peut qu'être déçue par cette lecture. 
Un texte que je conseille aux fidèles et aux admirateurs de Pearl Buck .... Pour ceux qui veulent la découvrir (et ça, je vous l'ordonne), tournez-vous vers La mère, Pivoine, Pavillon de femmes, Impératrice de Chine ou encore Vent d'Est, vent d'Ouest
Cela faisait bien trop longtemps que je n'avais pas lu de Pearl Buck ... Je reste un peu sur ma faim avec ce texte ... J'en relirai un bientôt en espérant retrouver ma chère plume adorée. 


" Minuit passé ... Mme Liang déposa son pinceau et referma son livre de comptes. La maison était silencieuse. En bas, au restaurant, ne restaient que de rares clients attardés. Mme Liang se leva, repoussant le grand fauteuil d'ébène assorti à son massif bureau chinois, hérité de son père et rapporté de sa lointaine province natale. Elle s'approcha de la fenêtre, mais n'ouvrit pas les grands rideaux de satin rouge. Bien qu'elle fût en sécurité, comme propriétaire du restaurant le plus élégant des quartiers modernes de Shangai, il n'eût pas été prudent que sa silhouette se découpât contre les vitres d'une chambre aux lumières allumées. "
(Les trois filles de Mme Liang, P.Buck, Livre de poche, 1986, p7)


(Source image : fudekatana.com)

dimanche 12 février 2012

Un temps à bouquiner ....

Romanza 2012

samedi 28 janvier 2012

Je fais voeux de chasteté ....... le mieux possible!

 Le moine
M.G Lewis


Babel, Actes sud, 2000.



" De moment en moment la passion du moine devenait plus ardente, et la terreur d'Antonia plus intense.

Elle lutta pour se dégager ; ses efforts furent sans succès et, voyant Ambrosio s'enhardir de plus en plus, elle appela au secours à grands cris. L'aspect du caveau, la pâle lueur de la lampe, et les objets funèbres que ses yeux rencontraient de toute part, étaient peu faits pour lui inspirer les sentiments qui agitaient le prieur ; ses caresses même l'éprouvaient par leur fureur : cet effroi, au contraire, cette répugnance manifeste, cette résistance incessante, ne faisaient qu'enflammer les désirs du moine, et prêter de nouvelles forces à sa brutalité.

" Pour mettre en scène le combat d'une sainteté qui se défend contre les puissances des ténèbres, Matthew-G Lewis déploie, avec un art consommé de la gradation dans l'horrible, une multitude de récits d'une audace et d'une cruauté rares. Sade et Breton, entre autres, plaçaient très haut ce chef-d'œuvre du roman gothique, dont Antonin Artaud - qui en a réalisé une " copie " - disait : " Je continuerai à tenir pour une œuvre essentielle " Le Moine ", qui bouscule cette réalité à pleins bras, qui traîne devant moi des sorciers, des apparitions et des larves avec le naturel le plus parfait, et qui fait enfin du surnaturel une réalité comme les autres."



Voici un roman qui dormait depuis bien trop longtemps dans ma bibliothèque. J'ai connu Lewis à l'université lors d'un cours de littérature comparée où nous étudions le thème du roman gothique. Nous lisions Les élixirs du diable d'Hoffmann et Le moine revenait souvent dans la discussion comme texte de référence. J'avoue ne pas l'avoir lu à ce moment (étudiants, ne prenez pas exemple sur moi ... C'est mal!).  Mon envie de découvrir ce roman s'est accru en visionnant la dernière adaptation de Northanger Abbey. Les scènes de lecture de Catherine Morland m'a rapidement donnée envie de m'y plonger. Et j'en suis bien heureuse ... 
Même si j'ai aimé ce roman dès les premières lignes, je dois avouer qu'au début je ne pensais pas être en train de lire le géniallissime livre auquel je m'attendais. J'aimais ... c'est tout! Pourtant, l'audace de Lewis m'a emballée tout de suite. Moi, jeune femme moderne et indépendante du XXIème siècle, je dois vous avouer que j'ai rougi en lisant certains passages. Comment a t-il pu écrire ça?? Je me rends compte à quel point ce texte a du choquer à l'époque ... Ces blasphèmes, ces idées impures, cette tension sexuelle permanente .... Quel culot monsieur Lewis! Comment osez-vous? " En parlant, il fixa les yeux sur un portrait de la Vierge, qui était suspendu en face de lui [...] Oh! s'il existait une telle créature, et qu'elle n'existât que pour moi! S'il m'était permis de rouler sur mes doigts ces boucles dorées, et de presser sur mes lèvres les trésors de ce sein de neige? Dieu de bonté, résisterais-je alors à la tentation?" (p51) - "À ces mots, elle leva le bras et fit le geste de se frapper. Les yeux du moine suivaient avec terreur les mouvements de son arme. Son habit entrouvert laissait voir sa poitrine à demi nue ; la pointe du fer posait sur son sein gauche, et Dieu ! quel sein ! Les rayons de la lune, qui l'éclairaient en plein, permettaient au prieur d'en observer la blancheur éblouissante ; son œil se promena avec une avidité insatiable sur le globe charmant ; une sensation jusqu'alors inconnue remplit son cœur d'un mélange d'anxiété et de volupté ; un feu dévorant courut dans tous ses membres ; le sang bouillait dans ses veines, et mille désirs effrénés emportaient son imagination." (p77).
Et puis, la dernière partie du livre, surtout les 100 dernières pages qu'on dévore sans reprendre sa respiration, m'a convaincue que je lisais vraiment un GRAND roman. Viol, inceste, pacte avec le démon, sciences occultes, meurtres, nonne sanglante, caveau sombre, cadavres en putréfaction .... Le  pack est complet ... Une "gothik-Box" pour moi, s'il vous plaît! Blague à part, ce roman est vraiment terrifiant. J'ai adoré ces scènes glauques, mais tellement surréalistes, stéréotypées que l'on ne tombe pas dans un voyeurisme malsain. Le moine est une bonne et volumineuse histoire de fantômes
J'ai vraiment adoré parcourir ce roman à la fois désuet (je me demande combien de fois les femmes s'évanouissent-elles dans ce texte?) et moderne! J'ai réellement tremblé parfois. Je me suis prise au jeu ... Oubliez les romans gentillets comme Les mystères d'Udolphe , Le moine est cru, noir, violent, terriblement génial! Je m'attends à voir apparaître le terrifiant Ambrosio dans les coin sombre de ma maison .... Bbbrrr!!!
J'ai vu l'adaptation avec Vincent Cassel avant de lire le livre (ce qui est extrêmement rare chez moi ... voir impossible!). J'ai lutté longtemps mais Romanzo tenait tellement à le voir  que j'ai cédé. A la fin du film, j'étais déçue. J'ai trouvé le film assez médiocre et je ne m'attendais pas à une histoire aussi gentillette. Je n'ai pas du tout été effrayée ... Bref! Déçue. J'étais triste car j'attendais beaucoup de l'histoire du Moine. Mais après avoir lu le roman, je suis sans voix en repensant au film ... Pourquoi avoir fait une adaptation si fade? Nous, personnes modernes et difficilement outragées, avons le droit avec ce film à un dixième du roman de Lewis (qu'il s'agisse du fond comme de la forme). Où sont passés les lynchages, l'Inquisition, la profondeur des personnages, l'enfantement tragique d'Agnès, le déshonneur d'Antonia et cette si terrible et magnifique scène finale avec le Diable? Je ne m'attends pas forcément à retrouver exactement le roman lorsque je regarde une adaptation, le fait de prendre des libertés me convient parfaitement, mais se détacher autant de l'oeuvre dans ce qu'elle a de plus magnifique .... Non, mille fois non! Après je reconnais que Cassel incarne un splendide et terrible Ambrosio, il est superbe ... comme toujours. 
Après cette digression, je ne peux que vous redire de vous plonger dans ce génial roman si ce n'est pas déjà fait ... 
Un texte indécent, dément, profondément envoûtant .... 


"  Il y avait à peine cinq minutes que la cloche du couvent sonnait, et déjà la foule se pressait dans l’église des Capucins. N’allez pas croire que cette affluence eût la dévotion pour cause, ou la soif de s’instruire. Ce n’étaient là que de rares exceptions : dans une ville telle que Madrid, où la superstition règne en despote, on chercherait inutilement la vraie piété. L’auditoire assemblé dans l’église des Capucins y était attiré par des raisons diverses, mais toutes étrangères au motif ostensible. Les femmes venaient pour se montrer, les hommes pour voir les femmes : ceux-ci par curiosité d’entendre un si fameux prédicateur ; ceux-là faute de meilleure distraction avant l’heure de la comédie ; d’autres encore, parce qu’on leur avait assuré qu’il n’était pas possible de trouver des places dans l’église ; enfin la moitié de Madrid était venue dans l’espoir d’y rencontrer l’autre. Les seules personnes qui eussent réellement envie d’entendre le sermon, étaient quelques dévotes surannées, et une demi-douzaine de prédicateurs rivaux, bien déterminés à le critiquer et à le tourner en ridicule. Quant au reste des assistants, le sermon aurait pu être supprimé sans qu’ils fussent désappointés, et même très probablement sans qu’ils s’aperçussent de la suppression.
     Quoi qu’il en soit, il est certain du moins que jamais l’église des Capucins n’avait reçu une plus nombreuse assemblée. Tous les coins étaient remplis, tous les sièges étaient occupés ; même les statues qui décoraient les longues galeries avaient été mises à contribution : des enfants s’étaient suspendus aux ailes des chérubins ; saint François et saint Marc portaient chacun un spectateur sur leurs épaules, et sainte-Agathe se trouvait avoir double charge. Aussi, malgré toute leur diligence, nos deux nouvelles venues, en entrant dans l’église, eurent beau regarder alentour : pas une place."
(Le moine, Babel, 2000, page 15)


(Source image : Rognage de l'édition Pinguin The Monk)

dimanche 15 janvier 2012

Anti dépresseur miracle!

Gilmore girls


Au commencement, il y a eu ça ....
Ce qui m'a donnée envie de découvrir cette série où une des deux héroïnes passe la plupart de son temps le nez dans les romans. 
Comme je le disais, je ne suis pas une fan de télé (même si je ne crache pas dessus), je préfère mille fois me mettre un bon DVD plutôt que de me perdre dans les nombreux programmes proposés. Je ne fais pas les choses à moitié, quand j'aime quelque chose, je veux m'y plonger vraiment. C'est sûrement pour cela que je ne regarde aucunes séries. Ce n'est pas mon genre de regarder l'heure pour ne pas manquer ma série préférée à la télé, du coup, je ne regarde rien, plutôt que de ne regarder qu'à moitié. Les deux seules séries que j'aime d'amour sont Les Simpsons et Kaamelott, deux séries que l'on peut regarder sans se perdre, qui n'a pas réellement de chronologie. 
Mais quand Karine a lancé son challenge Gilmore girls et que je m'y suis inscrite, je me suis dit "bon! là sois sérieuse et regarde là bien cette série!". Je me suis donc achetée les deux premières saisons de cette série et je me régale depuis plusieurs semaines maintenant ... 


Donc, j’innove. C'est la première fois que je vais regarder une série du début jusqu'à la fin et dans l'ordre. Même si je sais que ça ne se reproduira sûrement pas de si tôt, j'avoue que je suis emballée. C'est un vrai et pur moment égoïste, un instant rien qu'à moi .... J'y vais doucement, je déguste, j'apprécie. 


Comment parler de cette série? Je n'ai quasiment aucun point de comparaison, mais tant pis, pour moi, cette série a TOUT. Elle est drôle, émouvante, intelligente, fouillée. Je rigole, je pleure, je me questionne.
J'aime les relations entre les différents personnages. Ce n'est, pour une fois, pas TROP américain. On ne tombe pas dans la simplicité. Les relations sont complexes (le meilleur exemple pour moi : le personnage de Paris. Ils auraient pu en faire qu'une petite peste méchante, mais ils en ont fait une fille mal dans sa peau, sous pression, beaucoup plus profonde qu'il n'y paraît). 
Je regarde cette série en VO (sous titres en français, je confesse) et j'en suis bien heureuse. J'aurai vraiment perdu beaucoup à la regarder en version française (rien qu'avec le personnage de Michel, un français antipathique avec un accent à couper au couteau). Les dialogues sont plus que croustillants. A genoux devant les répliques de Lorelei. Ses échanges musclés avec sa mère ou Luke sont d'un délice sans nom. 


J'aime Lorelei car elle me fait rire. J'aime sa vision de la vie, sa tendance à la gaffe et au bordel, elle me fait oublier le boulot et autres soucis de la vie quotidienne. J'aime son addiction au café et aux muffins, son régime alimentaire composé de pizzas et de burgers .... 
J'aime Rory et sa timidité, son amour des mots, des livres, le fait qu'elle tisse ses amitiés et ses amours sur leur capacité à apprécier un bon roman, son amour des études (Aaah! La scène à Harvard!), sa profonde gentillesse, sa spontanéité et son  naturelle ... 
J'aime la relation de Lorelei et Rory, leurs soirées "film" (Charlie et la chocolaterie ...), leur parfaite complicité, leur complémentarité .... 
J'aime Stars Hollow, ses rues, ses commerces, ses habitants hauts en couleurs, l'extravagante Miss Patty, le bourru mais séduisant Luke, le romantique Dean, la touchante Lane, Jess le rebelle .... 
J'aime Hartford, les sévères parents de Lorelei, l'école de Rory, ses cours, sa relation avec les autres étudiants ... 

Je ne sais pas trop quoi vous dire à part de vous précipiter sur cette série délirante et émouvante. On passe du rire aux larmes, on a envie de se précipiter sur un roman dès que l'on voit Rory, Dean, Max ou un autre parler de littérature ... 
Je n'ai qu'un mot : Foncez!

Pour le moment, j'en suis au milieu de la saison 2 et je vais me procurer la saison 3 dès maintenant ... pour pas être prise au dépourvu. 

(Sources images : couchtimewithjill.com ; starshollow.com ; cuntmplations.blogspot.com ; casafree.com).


vendredi 6 janvier 2012

Que la partie commence ...

La joueuse de go
Shan Sa

Folio, 2009.

Depuis 1931, le dernier empereur de Chine règne sans pouvoir sur la Mandchourie occupée par l’armée japonaise.
Alors que l’aristocratie tente d’oublier dans de vaines distractions la guerre et ses cruautés, une lycéenne de seize ans joue au go. Place des Mille Vents, ses mains infaillibles manipulent les pions. Mélancolique mais fiévreuse, elle rêve d’un autre destin. "Le bonheur est un combat d’encerclement". Sur le damier, elle bat tous ses prétendants. Mais la joueuse ignore encore son adversaire de demain : un officier japonais dur comme le métal, à peine plus âgé qu’elle, dévoué à l’utopie impérialiste. Ils s’affrontent, sans un geste, jusqu’au bout, tandis que la Chinevacille sous les coups de l’envahisseur qui tue, pille, torture.
En ouvrant ce roman, je m'attendais à un texte poétique, tout en douceur et délicatesse. Je me suis vite rendue compte qu'il s'agissait au contraire d'un roman d'un grand réalisme, violent et parfois cru. Une fois mon étonnement dissipé, j'ai pu me plonger pleinement dans ce texte. 
Je ne peux pas dire si ce roman me marquera à vie ou non ... Je ne sais pas si dans quelques mois j'arriverai à me souvenir de certaines scènes ... Mais j'avoue que sur le moment, durant la lecture de ce roman, j'ai aimé. Certes, le personnage masculin, le jeune japonais, est antipathique, la chinoise parfois difficile à comprendre, l'écriture de Shan Sa manque  cruellement de naturel, mais j'ai embarqué dans cette terrible et triste histoire. La fin (pourtant mélodramatique, disons-le) m'a vraiment bouleversée.  J'ai presque versé ma petite larme. J'ai aimé que ces deux êtres sensuels, attachés à la chair, s'aiment sans se toucher, sans contact. Ils s'aiment d'un amour bien plus touchant, plus fort, plus beau qu'un amour passionnel et possessif. 
J'ai aimé également me replonger dans l'Asie. Moi qui aime tant la littérature asiatique, j'ai la sensation de l'avoir trop longtemps laissé de côté. 
Je n'ai pas trouvé dans La joueuse de go la poésie à laquelle je m'attendais.  J'y ai tout de même trouvé une belle histoire, pas sans défauts, mais touchante, vraie, juste.
Un roman facile à lire pour son écriture, dur dans son propos (attention aux âmes sensibles). Un roman à découvrir .... 
Je verrai dans quelques temps ce qui me reste de ce roman ... 


"Au loin, une jeune femme occupée à jouer contre elle-même. Chez nous, il est impensable qu'une femme demeure seule dans un lieu fréquenté par les hommes. Intrigué, je m'approche.
Elle est plus jeune que je ne l'imaginais, et porte une robe de collégienne. La tête appuyée dans le creux de sa main, elle est plongée dans sa réflexion. Sur le damier, les pions placés avec intelligence m'incitent à un examen plus attentif.
Elle lève la tête, front large, yeux bridés comme deux feuilles de saule délicatement dessinées. Je crois voir Lumière à l'âge de seize ans. Cette illusion s'évanouit aussitôt. L'apprentie geisha avait la beauté timide, recroquevillée. La Chinoise m'observe sans rougir. Chez nous, l'élégance est pâle et les femmes fuient la soleil. À force de jouer en plein air, la gamine a le visage nimbé d'un charme étrange. Son regard atteint mes prunelles savant que je ne baisse les yeux.
Elle m'invite à une partie de go. Je fais le difficile pour rendre mon rôle plus crédible."

(La joueuse de go, Shan Sa, Folio, 2009)

(Source image : livegalerie.com)

jeudi 5 janvier 2012

CD du moment ...


... Je l'écoute en boucle. Il ne quitte pas mon sac à main et passe de la voiture à la maison, de la maison à la voiture ... Un régal! Un pur bijou, un moment de douceur unique. 
De belles et apaisantes musiques, pleine de poésie et de délicatesse. Un beau moyen de replonger dans l'univers de Jane Austen. 
Vraiment une merveille! 

(Source image : amazon.fr)

dimanche 1 janvier 2012

Bilan livresque


Tout d'abord, je vous souhaite de tout coeur une très belle année 2012, pleine de sourires, de joies et de lectures. 


Cette année 2011 fut riche. Je suis devenue maman et ça, ce n'est pas rien. Ma vie est deux fois plus remplie de bonheur et d'amour. 
Côté lecture l'année a été marqué par une petite baisse de rythme ... Et oui, ce n'est pas que je lis moins souvent, mais moins longtemps. L'arrivée de mon petit Romanzino n'a pourtant pas fait chuter mon amour de la lecture et des mots. Bien au contraire ... 

Comme chaque année, voilà mes meilleures lectures de l'année 2011 ... 

- Purge de Sofi Oksanen : Un livre dur mais bouleversant qui m'a énormément marquée. Plusieurs mois après beaucoup d'images me reviennent. 
- Harry Potter et les reliques de la mort de J K Rowling : Avec ce roman, c'est achevé une longue et belle histoire entre Harry, Ron, Hermione et moi. 
- Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee : Un roman magnifique qui m'a donnée envie de découvrir davantage la littérature classique américaine. 
- La promenade au phare de Virginia Woolf : Le roman qui m'a réconciliée avec cette grande dame anglaise.
- Les six premiers tomes de L'assassin royal de Robin Hobb : Une série miraculeuse, merveilleusement bien écrite, captivante, touchante. 
- Précoce automne de Louis Bromfield : Un roman sans prétention qui m'a complètement séduite. 

2011 fut aussi la confirmation d'un amour inconditionnel pour Daphné du Maurier (L'auberge de la Jamaïque), Jane Austen (Emma), Stefan Zweig (Marie Stuart) et Elizabeth Goudge (L'arche dans la tempête). C'est toujours un immense bonheur de replonger dans leur écriture magnifique, leur univers unique. Des valeurs sûres! 
Par contre, je n'ai pas lu de Pearl Buck cette année ...  Cela fait bien longtemps que je ne me suis pas plongée dans un de ses romans. Je réparerai vite l'affront. 

Et 2011 fut également ma (re)découverte de monsieur Charles Dickens. Il y a eu Un conte de deux villes, puis la magnifique biographie de Marie-Aude Murail et enfin (et surtout) De grandes espérances. Depuis je veux tout lire de cet incroyable écrivain. Affaire à suivre! 

Une année moins riche en nombre de livres lus mais tout aussi passionnée et passionnantes que les années précédentes ... 
Au bonheur de lire ... 


BONNE ANNEE!