mercredi 14 novembre 2018

Mes trois dernières lectures

Une fois n'est pas coutume, voici un rapide avis de mes trois dernières lectures : Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig, Le secret de lady Audley de Mary Elizabeth Braddon et Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai.


Juste avant le bonheur - Agnès Ledig 

Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fées. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui sourire. Ému par leur situation, un homme les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. Tant de générosité après des années de galère : Julie reste méfiante, elle n’a pas l’habitude. Mais pour Lulu, pour voir la mer et faire des châteaux de sable, elle pourrait bien saisir cette main qui se tend…

Je ne m'attendais à rien de particulier en commençant ce roman que l'on m'a offert récemment. Je l'ai finalement dévoré. Si j'ai adoré la première moitié du livre, la seconde a manqué selon moi de simplicité et de réalisme. Les premières pages m'ont par contre transportée. J'ai aimé ces pages au bord de la mer, cette description des petits bonheurs simples, cet amour qui unit Julie et Lulu. Mon cœur a vraiment été touchée et j'ai aimé les personnages de ce roman. A partir de l' "événement marquant" qui a lieu au milieu du roman, j'ai été étrangement plus distante face au texte. 
Un joli roman, une plume simple. A découvrir!


Le secret de lady Audley - Mary Elizabeth Braddon

Après trois années à chercher fortune en Australie, George Talboys est de retour au pays. Accueilli par son ami Robert Audley, avocat, il s'apprête à retrouver sa femme Helen, quand il apprend que celle-ci est mystérieusement décédée. À Audley Court, la propriété familiale où Robert a invité son ami, d'autres événements curieux se produisent. La tante de Robert, Lady Audley, évite de croiser George. Lequel, après s'être fait montrer un portrait d'elle, disparaît brusquement. Presque aussitôt, Lady Audley se rend à Londres pour mettre la main sur les lettres d'Helen... ; lancé à ses trousses, Robert ne trouve qu'un livre annoté de la main de celle-ci, dont l'écriture rappelle à s'y méprendre celle de Lady Audley...

J'ai pris beaucoup de plaisir, durant cette saison d'automne, à me blottir près de la cheminée pour lire ce roman victorien. Même si Wilkie Collins est bien supérieur à Mary Elizabeth Braddon, les péripéties de Lady Audley m'ont beaucoup divertie. A cause d'une quatrième de couverture trop bavarde (et surtout mensongère), j'ai su très vite le pourquoi du comment de l'intrigue. Cela ne m'a pas empêchée de plonger dans cette sombre histoire. Le personnage principal est assez caricatural mais surtout drôle et touchant. J'ai trouvé Lady Audley diabolique à souhait. Un chassé-croisé très efficace, un roman au charme désuet passionnant.
A lire ... surtout pour les amateurs du genre.


Titus n'aimait pas Bérénice - Nathalie Azoulai

Titus n'aimait pas Bérénice alors que Bérénice pensait qu'il l'aimait. Titus est empereur de Rome, Bérénice, reine de Palestine. Ils vivent et s'aiment au Ie siècle après Jésus-Christ. Racine, entre autres, raconte leur histoire au XVIIe siècle. Mais cette histoire est actuelle : Titus quitte Bérénice dans un café. Dans les jours qui suivent, Bérénice décide de revenir à la source, de lire tout Racine, de chercher à comprendre ce qu'il a été, un janséniste, un bourgeois, un courtisan. Comment un homme comme lui a-t-il pu écrire une histoire comme ça ? Entre Port-Royal et Versailles, Racine devient le partenaire d'une convalescence où affleure la seule vérité qui vaille : si Titus la quitte, c'est qu'il ne l'aime pas comme elle l'aime. Mais c'est très long et très compliqué d'en arriver à une conclusion aussi simple.

J'ai, comme beaucoup d'étudiants en Lettres, dévoré les tragédies de Racine vers l'âge de 20 ans. J'avais appris par cœur une réplique de Phèdre et je la récitais souvent avec passion. Découvrir la vie de ce grand auteur a été un vrai régal. Les mots de Nathalie Azoulai sont emprunts de respect. Elle nous parle de Racine tout en gardant beaucoup de discrétion, presque de distance. J'ai retrouvé avec bonheur l'époque moderne, Louis XIV, Versailles, le théâtre. J'ai, par contre, peu accroché à l'histoire de la Bérénice moderne. J'aurais presque aimé un roman qui ne parle que de l'histoire de Racine. Je n'ai pas compris la passerelle entre les deux histoires et je n'y ai pas été sensible
Un roman très bien écrit, fin et intelligent qui donne envie de se précipiter sur l'oeuvre de Racine. 

(Photos : Romanza2018)

samedi 20 octobre 2018

Douceur de vivre

L'auberge du pèlerin
Elizabeth Goudge

Livre de poche, 1966.

L'herbe de grâce est le nom d'un domaine niché au cœur de la nature. Plusieurs personnages pleins de doutes se retrouvent dans ce lieu et y trouvent apaisement et sérénité. 

Elizabeth Goudge est une valeur sûre pour moi. Voici la 7ème fois que je la lis et je plonge toujours dans ces textes comme je plonge dans un bain chaud. Je suis enveloppée et sereine. Si je ne devais garder qu'un mot pour désigner la plume de Goudge ce serait "douceur". Ou peut-être "amour". Elizabeth Goudge aime la vie, aime les gens, croit aux bons sentiments et à la gentillesse ... et Mon Dieu, que ça fait du bien! (... surtout après avoir lu American psycho ...). 
L'auberge du pèlerin fait en réalité partie d'une trilogie, celle des Eliot de Damerosehay. Il s'agit ici du 2nd tome. Les romans peuvent facilement se lire indépendamment. Je n'ai absolument pas été perdue durant ma lecture. Mais je reconnais, après réflexion, que j'aurais préféré découvrir le tome 1 avant. La lecture de ce deuxième tome aurait été encore plus émouvant.
Nous suivons plusieurs personnages assez atypiques (comme souvent chez Goudge), mais vrais, beaux, humains. Je reste toujours aussi émerveillée devant le génie de Goudge pour créer des héros aussi touchants, enfantins, pleins de candeur. Goudge transforme le quotidien en monde merveilleux. On voit dans ses romans des héros se prenant pour des personnages de littérature et qui s'aventurent dans des bois perdus en quête de merveilles, on voit aussi des légendes qui prennent vie et des contes murmurés au coin du feu. Goudge n'essaie pas de masquer ses noirceurs et ses réalités, mais à travers ses yeux, nous les voyons autrement. On prend de la distance, on voit toutes les belles choses que la vie nous offre. Lire un roman de Goudge, c'est se mettre à croire aux fées et aux lutins, c'est s'émerveiller devant un feu de cheminée, être bouleversé par un sourire, un coucher de soleil, une feuille qui frissonne sous le vent. Elizabeth Goudge était connue pour sa grande piété. Sa vision de la religion est sublime. Elle est ce qu'elle devrait toujours être : un amour sincère pour son prochain, une gratitude infinie pour la nature et une pleine conscience de chaque instant passé. 
Même si Le pays du dauphin vert, La colline aux gentianes et Le jardin de Bellmaray restent dans mon top 3, cette lecture de L'auberge du pèlerin est tombé à un moment de ma vie où j'avais besoin de douceur et beauté. Ce fut un délice de me lover entre ces pages. 
" Mais Sally ne tenait pas à avoir du temps libre ; c'était la vie même qu'elle adorait. Elle se plaisait à allumer un vrai feu de bûches et de pommes de pin, pour griller les tartines au bout d'une longue fourchette. Elle aimait la courbe gracieuse des vieux escaliers, et la joie qu'on éprouve à monter et descendre en courant. Et elle préférait de beaucoup écrire une lettre et aller la mettre à la poste, plutôt que de prendre le téléphone /.../ " '
" Le chemin disparaissait sous une mousse épaisse, et de petites feuilles toutes neuves, couleur de corail, brillaient comme des cierges sur les branches des vieux chênes noueux, couverts de lichen. Comme c'est étrange, pensa Nadine, que de petites créatures aussi merveilleusement fraîches et jeunes que ces feuilles luisantes puissent tirer leur vie de vétérans usés et contrefaits comme ces chênes ... Cela donne de l'espoir. "(L'auberge du pèlerin, E.Goudge, Livre de poche, 1966)
(Photos : Romanza2018)

samedi 29 septembre 2018

Swap traditionnel

Comme chaque année, me revoilà avec ma tendre amie UnlivreUnthé pour notre partage annuel autour d'un swap. Cette année, nous avions choisi le thème : Un titre, un lieu.


J'ai été comme toujours bien trop gâtée. Ce moment tout en douceur fut fort apprécié en cette période chargée de rentrée scolaire. Une petite bulle égoïste qui réchauffe le coeur!


J'ai reçu 4 romans : Retour à Brideshead d'Evelyn Waugh, un auteur que je ne connais toujours pas. Un été à Cold Spring de Richard Yates, lui aussi encore inconnu. J'ai hâte de les découvrir. Un roman que j'ai noté depuis longtemps, Le lys de Brooklyn de Betty Smith. Pour finir, une auteure que j'aime énormément, Vita Sackwille-West et son roman Dark island. J'ai hâte de découvrir tous ces textes.
J'ai eu aussi des petites gourmandises. Une tisane bio qui embaume et des biscuits (eux aussi bio) à la noix de coco. Miam! 
Enfin, j'ai reçu un sublime et élégant bracelet turquoise. Je l'ai tout de suite mis à mon poignet. 


Merci ma tendre amie. Ce fut un régal. Tu m'as encore énormément gâtée.
Pour voir le colis d'UnlivreUnthé, c'est ici!

Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance!

American psycho
Bret Easton Ellis

Points, 1998.

Patrick Bateman, 26 ans, flamboyant goldenboy de Wall Street, fréquente les endroits où il faut se montrer, sniffe quotidiennement da ligne de coke, et surtout ne se pose aucune question. parfait yuppie des années quatre-vingt, le jour il consomme. Mais la nuit, métamorphosé en serial killer, il tue, viole, égorge, tronçonne, décapite.
Portrait lucide et froid d'une Amérique autosatisfaite où l'argent, la corruption et la violence règnent en maîtres, American Psycho, qui fit scandale lors de sa parution aux Etats-Unis, est aujourd'hui un best-seller mondial.
American psycho est à ce jour le roman le plus trash, glauque, immonde que j'ai lu. Il m'a fallu du courage pour le terminer. J'ai tenu car sous la violence se cachait une critique acerbe de la société américaine qui valait le coup. Mais honnêtement, je vais mettre ce roman très haut dans ma bibliothèque et hors de portée de mes enfants. J'ai du très vite ouvrir un roman doux et beau après avoir terminé ce texte de B.E Ellis.
Peter Ackroyd dit d'American psycho que c'est "un roman laid". Je ne peux que le rejoindre. Tout y est horrible : les personnes, les sentiments humains, les émotions, ... Le lecteur est plongé dans un enfer où les scènes violentes, pornographiques ou dénuées d'intérêt humain et spirituel se succèdent. J'ai souvent refermé le roman, le cœur au bord des lèvres. Ce texte rend tout laid et difforme. Bateman, le héros, transpire la haine, le racisme, l'antisémitisme, la misogynie, ... Il est écœurant.
Je pense qu'American psycho est un roman à lire pour sa virulente critique de certains working boys superficiels, égoïstes, humainement inintéressants. Cependant, il faut être préparé au pire. Même si j'ai interprété les actes de Patrick Bateman comme des fantasmes qui n'ont en réalité pas lieu, il n'en reste pas moins que nous ne sommes pas épargnés par les détails, les mots crus, l'absence totale d'humanité.
Une lecture traumatisante
" Je possédais tous les attributs d'un être humain - la chair, le sang, la peau, les cheveux - , mais ma dépersonnalisation était si profonde, avait été menée si loin, que ma capacité normale à ressentir de la compassion avait été annihilée, lentement, consciencieusement effacée. Je n'étais qu'une imitation, la grossière contrefaçon d'un être humain. "
(Photos : Romanza2018)

dimanche 2 septembre 2018

" Ah! ces chutes de neige, la Russie, la nuit, la tempête et le chemin de fer! "

La vie d'Arséniev
Ivan Bounine

Le livre de poche, Biblio, 2014.

À travers le personnage d’Arséniev, l’écrivain russe Ivan Bounine décrit sa propre jeunesse à la campagne, dans la région des steppes. D’emblée, La Vie d’Arséniev nous plonge dans l’univers intime d’un enfant solitaire élevé dans une nature dépouillée, qui s’étend à perte de vue... Accomplissant un intense travail de mémoire, Bounine bâtit le canevas précis d’une enfance, à une époque d’extrême déchéance de la noblesse russe. Les périples au cœur d’une Russie poétique, chaleureuse, interlope, la rencontre avec des personnages insolites, la vie sentimentale – marquée par la violence – d’un homme aussi despote que séduisant forment la trame de ce magnifique et puissant exercice de réminiscence et d’écriture. Avec, en toile de fond, un monde destiné à disparaître…

J'ai clôturé mes lectures estivales avec ce texte d'Ivan Bounine découvert grâce à Eliza
Lorsque je pense à La vie d'Arséniev, je revois instinctivement les champs de blés et les étendues de neige. Ce roman est d'une sensibilité rare ... comme son héros. Fait de sensations, d'images, d'émotions, de ressentis, ce texte est nimbé de poésie. J'ai été envoûtée par les premières pages, au point d'avoir du mal à refermer le livre. J'ai noté plusieurs extraits dans mon carnet de lecture et je fermais régulièrement les yeux pour savourer la chanson des phrases d'Ivan Bounine. 
" Quelle merveille l'épanouissement printanier d'un arbre! Surtout si le printemps est brusque et allègre! Alors la force invisible qui travaille sans cesse en lui se manifeste, se dévoile miraculeusement. Un beau matin, quand on regarde l'arbre, on es surpris par la profusion des bourgeons qui l'ont recouvert pendant la nuit. Un peu plus tard les pousses éclatent subitement, et les noires résilles des ramures sont soudain parsemées, mouchetées de tendres taches vertes. Et puis survient la première nuée, gronde le premier coup de tonnerre, s'abat la première ondée tiède, et un nouveau miracle s'accomplit : l'arbre qui présentait hier encore une mâture dépouillée est maintenant si touffu, si riche, il étale un feuillage si majestueux, si éclatant de verdure, si volumineux et dense, il se dresse si beau et fort en sa jeune et vigoureuse parure qu'on en reste incrédule ... " (p164-165)
La vie d'Arséniev, c'est la beauté des mots, de la langue. J'ai beaucoup pensé à Virginia Woolf ou à Marcel Proust en lisant ce texte. Ivan Bounine arrive en quelques mots à saisir la magie d'un instant, la beauté d'un geste, l'émotion d'un paysage. On lit et on contemple. 
Ce roman est un texte érudit, jalonné de citations d'auteurs russes qui accompagnent Arséniev dans sa vie. Mais ce n'est pas pour autant un roman prétentieux ou élitiste. Le roman de Bounine est un hymne à la douceur de vivre, aux instants simples et aux émotions pures.
Le personnage d'Arséniev est, il est vrai, assez particulier. Tel un Chateaubriand ou un Rousseau russe, il s’apitoie beaucoup sur lui-même et ne vit que pour la création littéraire. Il peut-être parfois agaçant, surtout dans sa relation avec Lika. 
Si c'est un fait que je me suis un peu essoufflée dans le dernier quart du roman (mon état d'esprit préoccupé par la reprise du travail n'est pas innocent à cela), il n'en reste pas moins que j'ai adoré ma lecture. Ouvrir cette si belle édition, sentant l'encre fraîche, et y retrouver la langue si sublime d'Ivan Bounine fut un délice. Moi qui aime passionnément la Russie, sa langue, sa culture, ses paysages, je me suis régalée à parcourir les pages de ce texte où chaque phrase nous parle de la Russie intime et grandiose, de ses beautés et ses contradictions.
" Que de domaines désertés, de parcs abandonnés, dans la littérature russe, et avec quelle tendresse ils sont toujours décrits! Comment se fait-il que l'âme russe trouve tant de charme et de jouissance dans l'abandon, la solitude, le déclin? Je m'avançais vers la maison, passais dans le parc qui s'élevait en pente derrière cette demeure ... Les écuries, les isbas des domestiques, les granges et autres dépendances dispersées autour de l'enclos désert, tout était immense, délavé, délabré et paraissait aussi sauvage que les broussailles et herbes folles qui envahissaient les potagers et, plus loin, les aires de battage confondues désormais avec les champs. " (p153-154)
(Photos : Romanza2018)

jeudi 23 août 2018

Week-end de Pâques


Plus jamais d'invités!
Vita Sackwille-West

Le livre de poche, Biblio, 2009.

"Ils avaient si longtemps mené des vies séparées, se rencontrant seulement à la surface des choses, qu'il fut stupéfait de surprendre ce regard si tendre, si inquiet. Elle avait essayé de capter son attention par un sourire, pour lui montrer qu'elle était avec lui, mais il s'était détourné pour échanger quelques mots avec Juliet. Il pouvait faire confiance à Rose pour qu'elle le protège, mais il n'était pas question de la laisser pénétrer dans son intimité.
A l'instigation de Rose, sa femme, Walter Mortibois invite son frère, sa belle-soeur, son beau-frère et leur fils, ainsi qu'une excentrique lady, à passer le week-end dans leur splendide demeure d'Anstey. Toutefois, il leur préfère la compagnie de Svend, son berger allemand adoré... Rien d'étonnant chez cet esthète d'une froideur de glace, qui depuis des décennies ignore jusqu'à sa propre femme, malgré les efforts désespérés de Rose, obstinément amoureuse. Ce n'est pas l'irruption d'invités engoncés dans leurs petits égoïsmes qui risque d'y changer grand-chose ! Jusqu'à ce que, brusquement, un double drame ne vienne brouiller les cartes et (enfin) réchauffer les cœurs. 

Dans ce court roman, Vita Sackwille-West nous amène, le temps d'un week-end pascal, au fond des cœurs. Comme toujours, Vita Sackwille-West offre une fine analyse de l'esprit humain dans tout ce qu'il a de complexe et incompréhensible
J'ai été embarquée dans ce roman. J'ai trouvé dans ce huis-clos un soupçon de Hitchcock, mêlé à une pincée de Zweig, le tout arrosé d'une subtile ironie. J'ai retrouvé avec beaucoup de joie la plume très belle de Sackwille-West, son ton "British" irrésistible et son univers délicat. Sous cette couche de vernis se cachent les doutes, les secrets, les frustrations. Vita Sackwille-West ne nous livre pas tout et on referme le roman plein d'interrogations, mais c'est ce qui fait l'intérêt de Plus jamais d'invités!. Le lecteur ignore beaucoup de choses, il imagine, suppose, déduit ... sans être sûr. Ce qui fait de ce roman, une lecture prenante, singulière et mystérieuse
Plus jamais d'invités! me confirme, même si cela n'était pas nécessaire, tout le talent de Vita Sackwille-West et mon envie de découvrir davantage son oeuvre. 

(Mes autres chroniques sur l'auteure : Paola, Au temps du roi Edouard, Toute passion abolie, Infidélités)
" Il avait réfléchi pendant des longues années avant d'arriver à cette conclusion qui lui paraissait d'une logique absolue. Ce n'était pas un cynique professionnel, amateur de ces petites phrases à la Voltaire, piquantes et faciles, que l'on attendrait volontiers de la part d'une vedette du barreau. Au contraire, on était souvent surpris de déceler de la tendresse dans ses propos. Venant d'un homme moins dur, elle aurait pu révéler une certaine sentimentalité. Mais la profonde humanité de Walter Mortibois était aussi célèbre que sa cruauté. Parfois, au cours d'une discussion, un mot, une petite phrase pouvaient révéler qu'il avait saisi au plus profond de lui-même la souffrance et la folie de la race humaine. On avait un jour entendu son frère Gilbert remarquer que Walter était à ce point tourmenté et bouleversé par son amour pour l'humanité en général qu'il ne lui restait plus aucune compassion à dispenser à son pauvre prochain ! "Si vous observez l'horizon lointain", avait dit Gilbert, "vous ignorez le brin d'herbe qui se trouve à vos pieds". "Plus jamais d'invités!, V. Sackwille-West
(Photos : Romanza2018)

vendredi 17 août 2018

Le temps des cathédrales

Les piliers de la terre
Ken Follett

Le livre de poche, 2007.

Dans l'Angleterre du XIIe siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent pour s'assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l'amour, ou simplement de quoi survivre.

Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle.
La haine règne, mais l'amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.

Abandonnant le monde de l'espionnage, Ken Follet, le maître du suspense, nous livre avec "Les Piliers de la Terre" une œuvre monumentale dont l'intrigue, aux rebonds incessants, s'appuie sur un extraordinaire travail d'historien. Promené de pendaisons en meurtres, des forêts anglaises au cœur de l'Andalousie, de Tours à Saint-Denis, le lecteur se trouve irrésistiblement happé dans le tourbillon d'une superbe épopée romanesque dont il aimerait qu'elle n'ait pas de fin.


Bon et bien voilà! Ces deux dernières semaines, j'ai été occupée à lire Les piliers de la terre qui dormait sur mes étagères depuis bien longtemps. J'ai passé de bons moments en sa compagnie. Cette lecture fut, sur certains points, tout à fait satisfaisante. Cependant, j'ai un avis plus mesuré sur d'autres aspects du roman. Ce fut une lecture agréable, mais ce fut loin d'être un coup de cœur. 
J'aime les romans historiques ... et malheureusement, je n'en lis pas assez. Il faudrait que j'y remédie sérieusement. Je dois reconnaître que j'ai apprécié d'en lire un. Apprendre un fait de l'Histoire d’Angleterre que je ne connaissais pas (le naufrage du Vaisseau blanc et ce qui a suivi) m'a enthousiasmée. Même si Ken Follett ne creuse pas assez le sujet selon moi. 
L'aspect que j'ai le plus aimé reste l'histoire des constructions de cathédrales. Etant déjà fascinée par les édifices religieux, j'avoue que je les regarderai encore plus intensément maintenant. En regardant une cathédrale ou une église, je ne pourrai pas ne pas penser aux centaines de personnes qui ont versé sang et sueur dans sa construction. J'ai également apprécié les pages parlant de la vie des moines et de l'organisation du clergé. 
J'ai suivi avec intérêt les aventures des personnages. J'ai parfois tourné les pages avec avidité. Je me suis prise au jeu et j'étais heureuse de les retrouver dès que j'avais un moment. Malgré ses 1050 pages, j'ai lu ce roman assez rapidement. Il a eu l'effet que je cherchais : me sentir plonger dans un autre monde pendant quelques jours
Mais (... par ce qu'il y a un mais ...) certains points ne m'ont pas plu. Notamment, l'écriture de Follett. Elle n'est pas mauvaise. Je dirai même qu'elle est efficace. Cependant, j'ai été ennuyée par son manque de caractère, d'empreinte. Il raconte des faits de façon agréable, mais il n'y a presque aucune figure de style, de non-dits, de sous-entendus, de finesse. J'ai souvent pensé qu'un Dumas ou un Dickens aurait réussi à soulever cette écriture trop plate et conventionnelle. L'autre aspect qui m'a dérangé, c'est le côté très téléphoné de l'intrigue : 100 pages où les méchants gagnent, 100 pages où les gentils se relèvent plus forts, 100 pages où les méchants répliquent violemment, 100 pages où les gentils trouvent une solution pour se défendre, etc ... etc ... Au bout d'un moment, ce  roulement perpétuel m'a agacée. 
Je mentirai en vous disant que je n'ai pas apprécié ce roman, car j'ai passé deux semaines très agréables. Je pensais très souvent dans ma journée à Tom, Jack et Aliéna. J'ai été émue, terrifiée et en colère. Mais je trouve que ce roman manque de qualité. Il manque quelque chose dans l'écriture et dans l'intrigue qui aurait pu le rendre bien meilleur. C'est trop simple, trop plat parfois. Ça marche plutôt bien certes ... mais ça marche comme une saga d'été diffusée à la télévision pour laquelle on se passionne tout en sachant pertinemment qu'elle est pleine de défauts.
Je ne sais pas encore si je m'attaquerais à Un monde sans fin du même auteur. Peut-être un jour ... si j'ai envie d'une longue lecture pleine de rebondissements ... tout en ayant pleinement conscience que je n'aurai pas d'illumination littéraire et que le style risquera sûrement de m'agacer parfois. 
Un roman à découvrir.
" La vie de moine était la plus étrange et la moins naturelle qu'on pût imaginer. Les moines passaient la moitié de leur vie à s'imposer des souffrances et un inconfort qu'ils auraient pu facilement éviter, et l'autre moitié à marmonner à toutes les heures du jour et de la nuit des prières dans des églises vides. Ils renonçaient délibérément à tout ce qui était agréable : les filles, le sport, les fêtes et la vie de famille. Jack avait bien remarqué que les plus heureux d'entre eux avaient trouvé une activité qui leur apportait de grandes satisfactions : enluminer des manuscrits, écrire l'histoire, faire la cuisine, étudier la philosophie ou - par exemple Philip - transformer un village endormi comme Kingsbridge en une ville prospère. "
(Les piliers de la terre, K. Follett)
(Photos : Romanza2018)

jeudi 9 août 2018

Pause durassienne estivale

Dix heures et demie du soir en été
Marguerite Duras

Folio, 1990.

L'Espagne. L'été. 
Pierre et Maria, leur petite fille Judith et leur amie Claire sont en vacances, en route vers Madrid. Un violent orage les force à s'arrêter et à trouver un abri dans l'hôtel déjà surpeuplé d'une petite ville où un crime passionnel vient de défrayer la chronique: Rodrigo Paestra vient en effet de tuer sa femme et l'amant de celle-ci, avant de prendre la fuite par les toits. Dans la chaleur étouffante de la nuit, l'amour entre Maria et Pierre s'étiole à mesure que le désir monte entre Claire et Pierre et que Maria s'étourdit à grand renfort de petits verres de manzanilla... Et dans la chaleur étouffante de la nuit où elle ne parvient pas à dormir, Maria aperçoit une silhouette sur le toit d'une maison voisine: Rodrigo Paestra. Rencontre sans parole, improbable et éphémère.

Dix heures et demie du soir en été est mon 5ème Duras après Yann Andréa Steiner, Cahiers de la guerre et autres textes, L'amant de la Chine du Nord et Un barrage contre le Pacifique. Cette lecture ne fut pas ma préférée de Duras. Un barrage contre le Pacifique reste indétrônable. Cependant, je me suis lovée entre les pages de ce court texte avec bonheur.
Je ne saurai expliquer ce qui me touche dans l'écriture de Duras. Je l'ai découverte assez tard. Je ne l'ai jamais lue à l'université de Lettres (au grand malheur d'un de nos professeurs extrêmement strict et érudit, spécialisé dans le XXème et passionné de Duras, Malraux, Michaux, Colette ...), je ne l'ai lue qu'une fois mes études finies. Yann Andréa Steiner m'a laissé peu de souvenirs. J'étais passée à côté. C'est avec les Cahiers de la guerre, puis L'amant de la Chine du Nord que la plume de Duras a touché mon cœur. L'été dernier, il y a eu Un barrage contre le Pacifique qui fut un véritable coup de cœur. J'y repense encore avec émotion. Pourtant, étrangement, je ne prends pas un roman de Duras comme je prendrais un roman de Zola, Balzac, Hardy, Austen, Zweig ou un de mes autres auteurs chouchous. Ma main se tend vers un livre de Duras toujours avec fébrilité. Je ne sais pas pourquoi. Cependant dès les premiers mots, je suis emportée. Certains lui reprochent ses phrases trop concises, son écriture très cinématographique, la violence des sentiments, ses personnages déstabilisants et peu attachants. De mon côté, j'adhère à tout cela. Duras vise juste, va droit au cœur. En peu de mots, elle dit toutDix heures et demie du soir en été en est un bel exemple. Il se passe tant de choses dans ces 150 petites pages. Maria, Pierre et Claire forment un triangle amoureux touchant et juste. J'ai suivi Maria dans ses interrogations avec beaucoup d'émotions. J'ai ressenti toute la tragédie silencieuse qui se jouait devant moi. Cette tragédie si simple et courante qu'est la fin d'une histoire d'amour, la fin d'un couple. J'ai trouvé Pierre touchant. Il est tiraillé. Il ne peut plus lutter malgré son envie. Le respect qui existe entre ces trois personnages est saisissante. En plus de l'histoire, il y a cette écriture, toujours si vraie, précise, tranchante
Je n'aurais jamais pensé que Duras gravirait progressivement les étages de mon panthéon littéraire. J'ai longtemps été persuadée que cette auteure n'était pas pour moi. Pourtant plus les années passent, plus elle grimpe ... doucement mais sûrement. 
" C'est encore une fois les vacances. Encore une fois les routes d'été. Encore une fois des églises à visiter. Encore une fois dix heures et demie du soir en été. Des Goya à voir. Des orages. Des nuits sans sommeil. Et la chaleur.

Un crime a lieu cependant qui aurait pu, peut-être,changer le cours de ces vacances-là .
Mais au fond qu'est-ce qui peut faire changer le cours des vacances ? "
(Dix heures et demie du soir en été, Marguerite Duras)
(Photos : Romanza2018)

mardi 31 juillet 2018

Triangle

Terre des oublis
Duong Thu Huong

Le livre de poche, 2007.

Alors qu'elle rentre d'une journée en forêt, Miên, une jeune femme vietnamienne, se heurte à un attroupement : l'homme qu'elle avait épousé quatorze ans auparavant et qu'on croyait mort en héros est revenu. Entre-temps Miên s'est remariée avec un riche propriétaire terrien, Hoan, qu'elle aime et avec qui elle a un enfant.

Mais Bôn, le vétéran communiste, réclame sa femme. Sous la pression de la communauté, Miên retourne vivre avec son premier mari.
Au fil d'une narration éblouissante, l'auteur plonge dans le passé de ces trois personnages, victimes d'une société pétrie de principes moraux et politiques, tout en évoquant avec bonheur la vie quotidienne de son pays, ses sons, ses odeurs, ses couleurs...
Terre des oublis, roman de l'après-guerre du Viêt-Nam, est un livre magistral.

Voici un roman que j'avais noté depuis bien longtemps et que j'étais impatiente de lire. 
J'ai découvert la plume de Duong Thu Huong l'année dernière avec Itinéraire d'enfance que j'avais adoré. Terre des oublis est considéré comme son chef d'oeuvre et étrangement je lui préfère le doux Itinéraire d'enfance
Terre des oublis est un roman très beau et humain, mais je confesse avoir été lassée du thème de la sexualité. Ce fut trop lourd à mon goût. J'aurai aimé que d'autres aspects de cette histoire soient davantage exploités : le traumatisme de la guerre, la pression sociale, le poids de la conscience, ... J'ai aimé cette histoire extrêmement bien écrite et intelligente, mais je l'ai parfois trouvée trop longue (notamment les passages où Hoan fréquente les lieux de débauche). Par contre, j'ai retrouvé avec émotion les jolies pages évoquant les petits plaisirs de la vie comme Duong Thu Huong sait les écrire. Ces passages décrivant un paysage, une odeur, une brise légère, un visage, un plat dégusté auprès du feu, ... sont tout simplement magnifiques. Pour moi, il s'agit du grand atout des romans de Duong Thu Huong. Ces pages sont merveilleuses. J'en aurai aimé plus. C'est peut-être pour cela qu'Itinéraire d'enfance m'a davantage plu. Il en contenait beaucoup. Je n'ai pas retrouvé la même douceur dans Terre des oublis. Mais j'insiste, ce roman est tout de même très beau. 
Duong Thu Huong est une auteure à découvrir absolument. Même si Terre des oublis m'a moins envoûtée qu'Itinéraire d'enfance, je le conseille vraiment. 
J'ai Au zénith dans ma bibliothèque, autre roman de Duong Thu Huong que je lirai vite avec plaisir. 
" Le voici, son véritable monde. Bien alignées, les casseroles et les poêles luisantes exhibent en silence les visages du souvenir, les matins imprégnés de la senteurs des orangers, des pamplemoussiers, vibrants de chants d'oiseaux, des babillements de son fils, embaumant le thé au jasmin, l'odeur du café maison, très fort, préparé dans un filtre, le riz gluant en train de cuire, le riz grillé avec des oeufs ; les soirs saturés du parfum des fruits mûrs tombés dans le jardin, les senteurs qu'exhalent les fleurs affolées par une journée de soleil cuisant et le fumet des plats pour le dîner. "(Terre des oublis, Duong Thu Huong)

(Photos : Romanza2018)

dimanche 29 juillet 2018

En cours de route

Le destin de la San Felice
Alexandre Dumas

Livre club des Champs Elysées, Baudelaire éditions, 1966.

Le destin de la San Felice est le dernier roman d'une trilogie composée de La San Felice, Emma Lyonna et Le destin de la San Felice
Elle met en scène une idylle amoureuse entre un espion à la solde des Français, Salvato Palmieri, et la femme d'un officier napolitain, Luisa San Felice du renversement de Ferdinand 1er de Naples par les troupes françaises (1798) à la reconquête du royaume par le cardinal Ruffo (1800). (wikipedia.org)

Etant une grande fan de Dumas, j'ai eu envie de le retrouver cet été. Je ne l'avais pas lu depuis un moment (Le comte de Monte Cristo en 2013). J'ai donc ouvert un roman que je possédais dans ma bibliothèque : Le destin de la San Felice. Malheureusement, à peine ouvert, j'ai compris qu'il s'agissait d'une suite. Rien ne l'indiquait sur mon édition. Je n'ai cependant pas eu le cœur d'abandonner ma lecture. J'ai donc continué en essayant tant bien que mal de me retrouver dans l'histoire (et l'Histoire aussi!). 
Je dois avouer qu'à ce jour ce roman est celui qui m'a le moins emballé dans l'oeuvre de Dumas. Je pense que cela vient du fait que je n'ai pas commencé l'histoire du début, que je l'ai prise en cours de route. Cependant, je ne pense pas que cela vienne uniquement de ça. Je me suis finalement assez rapidement installée dans l'histoire et j'ai compris les liens qui existaient entre les personnages. Mon manque d'enthousiasme vient principalement du fait que Dumas écrit de manière très historienne. L'histoire est très romancée bien sûr, mais le ton de l'auteur m'a fait beaucoup penser à un ouvrage d'Histoire. Je n'ai pas retrouvé la plume vive et flamboyante de mon cher Alexandre. J'ai eu du mal à prendre en pitié les protagonistes ou à m’immerger dans le texte. Ce qui est rare (voire impossible) lorsque je lis une oeuvre de cet auteur. Normalement, je suis totalement dedans. 
Ce roman ne m'a donc pas convaincu. J'en suis un peu attristée car Dumas est un de mes écrivains favoris. Cependant, j'ai tout de même découvert une période de l'Histoire italienne que je ne connaissais pas. J'ai fouillé un peu sur la libération de Naples et sur Ferdinand 1er à la suite de cette lecture. C'est ce que j'aime avec Dumas, apprendre des choses. J'ai toujours beaucoup aimé l'Histoire et Dumas offre toujours une superbe leçon qui vaut tous les cours magistraux du monde.
Bref ... Lisez Dumas ... Mais peut-être pas cette oeuvre. Préférez Les trois mousquetaires, Le comte de Monte Cristo ou La reine Margot
" On a vu, par la proclamation du roi, l'état dans lequel la nouvelle du passage de la flotte française dans la Méditerranée avait mis la cour de Palerme. Nous consacrerons ce chapitre à mettre sous les yeux de nos lecteurs des lettres de la reine. Elles compléteront le tableau des craintes roayales et, en même temps, donneront une idée exacte de la façon dont Caroline, de son côté, envisageait les choses. "Le destin de la San Felice, A. Dumas.

(Photos : Romanza2018)