samedi 14 avril 2018

Princesse d'Egypte

 Le roman de momie
Théophile Gautier

Garnier flammarion, 1973.

Un lord anglais découvre la momie d'une jeune fille et en tombe amoureux.
Un papyrus placé dans la tombe, conte l'histoire de la mystérieuse "endormie"... À Thèbes, en Égypte, au temps de Moïse, Tahoser, jeune et séduisante Égyptienne brûle d'amour pour Poëri, un bel inconnu. Mais Poëri appartient au peuple esclave des Hébreux et aime Ra'hel. Tahoser en a le coeur brisé... Pendant ce temps, Pharaon la poursuit d'un amour dont elle ne veut pas...


Je croise ce roman depuis l'enfance. Ma main se tendait souvent vers lui à la bibliothèque municipale. Je l'ai souvent ouvert. J'ai découvert plusieurs fois les premiers mots aussi. Pourtant, je ne l'avais encore jamais lu.
Je confesse avoir eu quelques difficultés à entrer dans ce roman. Certes, l'ambiance y est envoûtante. J'aime beaucoup l'ambiance "archéologie égyptienne", j'ai donc été une proie facile. Mais les interminables (et bien trop méticuleuses) descriptions de Gautier ont eu raison de moi par moment. Cependant, le roman gagne en intensité dans le dernier tiers et j'ai été totalement happée. Impossible alors de lâcher cette histoire. Je voulais absolument connaître la fin de ce conte égyptien teinté de christianisme. J'ai embarqué jusqu'au dernier mot.
Gautier nous offre une oeuvre profondément romantique, dans sa thématique comme dans sa forme. L'Orient y est fantasmé, la nature et les sentiments des personnages se répondent, tiennent une grande place dans le livre. 
Ce fut une lecture à retardement. Le début fut laborieux et la fin, merveilleuse. A découvrir.
" Cette vieille hideuse, s'accrochant de ses doigts osseux au rebord du char, à côté de ce Pharaon de stature colossale et semblable à un dieu, formait un étrange spectacle qui, heureusement, n'avait pour témoin que les étoiles scintillant dans le bleu noir du ciel ; placée ainsi, elle ressemblait à un de ces mauvais génies à configuration monstrueuse qui accompagnent les âmes coupables aux enfers. Les passions rapprochent ceux qui ne devraient jamais se rencontrer ".
Théophile Gautier, Le roman de la momie, garnier flammarion, 1973. 
(Photos : Romanza2018)

vendredi 30 mars 2018

Des rencontres

Marya, une vie
Joyce Carol Oates

Le livre de poche, biblio, 2014.

Orpheline de père, abandonnée par sa mère, Marya Knauer est confiée à son oncle et sa tante. Élève brillante mais solitaire, confrontée à la peur et à la cruauté, elle se plonge avec passion dans les études. Dans ce livre aux forts accents autobiographiques, Joyce Carol Oates donne à voir de façon magistrale comment la littérature peut changer une destinée.

Ma première et seule lecture de Joyce Carol Oates remonte à 6 ans. Il s'agissait de Nous étions les Mulvaney que j'avais adoré. En une lecture, cette auteure américaine s'est glissée dans la liste de mes écrivains favoris. Depuis, j'ai acheté et reçu en cadeau plusieurs de ses romans (Blondes, Petite sœur mon amour, Bellefleur et La fille du fossoyeur). Mais il m'a fallu 6 ans avant d'en rouvrir un. 
Marya, une vie n'a pas le génie de Nous étions les Mulvaney. Cependant, sa finesse et sa retenue rendent fidèlement compte du talent d'Oates. Si je n'ai pas réussi à m'attacher au personnage de Marya (qui fait tout pour qu'on ne s'attache pas elle d'une certaine façon), j'ai totalement embarqué dans cette tranche de vie particulièrement marquante. Les premières pages restent pour moi les meilleures. La jeunesse de Marya dans ses grandes fermes américaines parsemées de carcasses de voitures est très bien rendue. La suite du roman se découpe en chapitre évoquant chacun une rencontre marquante dans la vie de Marya. 
Je suis une grande amoureuse des "campus novels" et j'avoue avoir savouré les pages parlant d'université, de cours, de thèses et de soutenances. Marya se réfugie dans les études, se noie dans les livres, les essais en tout genre. Sa culture s'étoffe, tandis que son cœur s'interroge, doute, se perd. 
Le génie de Joyce Carol Oates réside dans le fait qu'elle ne dit pas tout. Comme dans Nous étions les Mulvaney, les sentiments des personnages ne sont pas tous expliqués. Tout n'est pas commenté ou analysé. Oates laisse place à l'interprétation, à l'imagination. Si certains lecteurs peuvent se sentir déstabilisés, de mon côté cette façon d'écrire rend les personnages plus humains et vrais, si bien qu'on les emmène avec nous même le roman fermé. 
Même si Marya, un vie n'est pas un coup de cœur, il m'a confirmé l'amour et l'admiration que je ressens pour Oates, ainsi que mon intérêt de plus en plus grand pour la littérature américaine. Je compte bien ne pas laisser 6 ans entre deux romans d'Oates. 
" Schopenhauer, Dickens, Marx, Euripide, Oscar Wilde, Henry Adams, sir Thomas More, Thomas Hobbes. Et Shakepeare - bien sûr. Elle lisait, prenait des notes, rêvait. Elle était parfois troublée par le fait qu'aucun de ces livres n'avait été écrit par des femmes (sauf Jane Austen, cette chère Jane, si féminine!), mais dans son arrogance elle se disait qu'elle changerait tout cela".(Marya, une vie, Joyce Carol Oates, Livre de poche, 2014, p203/204)
(Photos : Romanza2014)

dimanche 18 mars 2018

Impossible?


Le mystère de la chambre jaune 
Gaston Leroux

Le livre de poche, 1965.

La porte de la chambre fermée à clef « de l'intérieur », les volets de l'unique fenêtre fermés, eux aussi, « de l'intérieur », pas de cheminée...
Qui a tenté de tuer Mlle Stangerson et, surtout, par où l'assassin a-t-il pu quitter la chambre jaune ?
C'est le jeune reporter Rouletabille, limier surdoué et raisonnant par « le bon bout de la raison, ce bon bout que l'on reconnait à ce que rien ne peut le faire craquer », qui va trouver la solution de cet affolant problème, au terme d'une enquête fertile en aventures et en rebondissements.


Voilà un classique de la littérature que je n'avais encore jamais lu et qui trône depuis longtemps dans ma bibliothèque. J'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire pour tout dire. Le style très simple et oral de Gaston Leroux m'a quelque peu décontenancée. Je dois aussi avouer que j'étais encore très (trop) imprégnée d'Anna Karenine et de la Russie. Les premières pages passées, je me suis prise au jeu et j'ai lu avec un grand plaisir ce texte vif et prenant
Rouletabille est un personnage très sûr de lui, original et sympathique. Je l'ai suivi avec joie dans son enquête. Il est impossible de trouver la solution de l'énigme de "la chambre jaune", mais j'avoue ne pas avoir beaucoup essayé de trouver. Je me suis laissée aller dans cette histoire palpitante. J'étais surtout impatiente de connaître le secret de Mlle Stangerson. Gaston Leroux a eu une très belle idée en imaginant toute cette machination. En toile de fond, c'est la position de la femme qui est critiquée. Mlle Stangerson, femme intelligente et cultivée, n'en est pas moins soumise au bon vouloir des hommes. 
Le mystère de la chambre jaune est un roman simple et captivant, très bien écrit et agréable. Je lirai avec joie Le parfum de la dame en noir dans quelques temps. 
"- C'est un système bien dangereux, monsieur Fred, bien dangereux, que celui qui consiste à partir de l'idée que l'on se fait de l'assassin pour arriver aux preuves dont on a besoin !... Cela pourrait mener loin... Prenez garde à l'erreur judiciaire, monsieur Fred ; elle vous guette !..."
Le mystère de la chambre jaune, G.Leroux, Livre de poche, 1965. 
(Photos : Romanza2018)

mardi 6 mars 2018

" Pourquoi ne pas éteindre la lumière quand il n'y a plus rien à voir, quand le spectacle devient odieux? "

Anna Karenine
Léon Tolstoï
(Relecture)

Folio, 2004.

Anna Karénine est une jeune femme mariée à Alexis Karénine, fidèle et mère d'un jeune garçon, Serge. Anna Karénine se rend à Moscou chez son frère Stiva Oblonski. En descendant du train, elle croise le comte Vronski. 
En parallèle à leur aventure, Tolstoï brosse le portrait de deux autres couples : Kitty et Lévine, et Daria et Oblonski (wikipédia.org).

Je viens donc de relire Anna Karenine, l'un des romans qui a le plus marqué ma vie de lectrice (ma vie tout court devrais-je dire). Ce fut une expérience étrange pour moi qui ne relis normalement jamais. Mais ce fut surtout une expérience merveilleuse et délicieuse que je compte bien renouveler plus souvent. Rouvrir ce roman qui m'a tant bouleversée, qui me hante encore presque 15 ans après sa découverte, fut une émotion littéraire très forte. Cette seconde lecture n'a fait que confirmer tout l'amour que je porte à ce roman.
Ma lecture d'Anna Karenine sera toujours associée pour moi à une période de ma vie où la Russie me fascinait et était presque une obsession. Au lycée, j'avais une amie passionnée de littérature comme moi. C'est une des premières "toquées" que j'ai rencontrée (non, il n'y avait pas que moi qui sniffais les livres, les collectionnais et les caressais avec amour). Alors que j'avais choisi "italien" en 3ème langue, mon amie faisait du "russe". Je ne compte plus nos interminables discussions sur ce pays, nos futurs voyages dans ces froides contrées et nos débats sur la littérature russe. Peu de temps après le lycée, je découvrais enfin Anna Karenine, puis plus tard encore, la Russie. Tout ce prélude pour dire que la relecture d'Anna Karenine m'a plongé dans une nostalgie d'une rare intensité et que j'en suis encore toute bouleversée. J'ai attendu chacune des scènes aimées avec un mélange de joie et de crainte. J'ai eu la chance de ne jamais avoir été déçue. J'ai parfois été surprise, mais jamais désappointée. Mon admiration depuis 15 ans avait bel et bien raison d'exister. 
Dès les premières pages, ce fut un torrent de souvenirs. Les premières scènes avec ce gai-luron de Stiva furent un enchantement. J'ai dégusté chaque page. Je trouve ce roman extrêmement rythmé et j'ai du mal à comprendre que l'on puisse s'ennuyer à sa lecture. Les chapitres courts et dynamiques s'enchaînent et ils apportent tous leur lot d'émotions. 
Lors de cette relecture, j'ai porté plus d'attention à Kitty et Levine que lors de ma première lecture. Obnubilée par Anna et Vronski, je gardais au final peu de souvenirs de Kitty et Levine. J'avais seulement quelques flashs. Le passage où Kitty se soigne et rencontre Mlle Varinka m'avait laissé un fort souvenir. Leur histoire est touchante car elle sonne vraie. Nous ne sommes pas dans la passion destructrice et vouée à l'échec comme celle d'Anna et Vronski. Non, leur relation est celle que de nombreux couples connaissent. On peut se retrouver dans leur histoire d'amour à la fois belle, douce et simple. Leur mariage m'a énormément émue. Cette scène est humaine, tendre. La maladresse des mariés est touchante. Je suis, par contre, tombée des nues lors de la deuxième demande en mariage de Levine. J'étais persuadée qu'il faisait sa demande à l'aide de dés, alors qu'il le fait avec des craies. Mon souvenir aurait-il été parasité par une adaptation cinématographique? C'est possible. 
J'ai aimé la personnalité de Kitty. C'est une jeune femme pleine de caractère, qui s'affirme tout au long du roman. Levine, quant à lui, m'a surprise. Je ne me souvenais plus qu'il pouvait être aussi énervant par moment. Ses doutes permanents finissent par agacer. J'avais le souvenir d'un homme doux et spirituel (un peu comme Pierre dans Guerre et paix), j'ai retrouvé un jeune homme sceptique et caractériel. Cependant, je l'aime avec ses défauts. J'ai adoré les pages où il fauche avec les paysans et retrouve les plaisirs simples de la vie. 
Autre point d'étonnement (sûrement du à mon aveuglement pour Anna il y a 15 ans) : la place de Daria dans le roman. La touchante Dolly tient un rôle important, ce dont je ne me souvenais pas vraiment. J'aime cette femme. Elle aussi est humaine, vivante, vibrante, pleine de défauts, mais si sensible et vraie. 
Quant à Anna, j'ai ressenti pour elle une empathie qui m'a obsédée comme lors de ma première lecture. Je sais que certains lecteurs ne s'attachent pas à elle ou même ne l'apprécient pas. Quant à moi, je l'aime profondément et j'ai le cœur lourd dès que je pense à elle. Je suis maman désormais (je ne l'étais pas lors de ma découverte de l'oeuvre) et la relation d'Anna avec son fils Serguei m'a chamboulée. Leur dernière rencontre dans le lit de Serguei tôt le matin m'a serré le cœur. Et que dire de sa terrible fin? J'ai été plus terrifiée encore qu'il y a 15 ans. Toutes les scènes qui précédent son geste fatal sont imprimées dans mon cœur et mon esprit. Son errance en calèche, ses questionnements, ses doutes, son désespoir. Et puis ce rêve qu'elle fait sans cesse, celui du vieux tapant au marteau et fouillant dans son sac. Il m'a toujours terriblement effrayée. Encore aujourd'hui, je frissonne en y repensant.
J'ai été étonnée et agréablement surprise par Vronski. Allez savoir pourquoi, je le voyais frivole et presque cruel parfois envers Anna. Je l'ai retrouvé touchant. J'ai pris conscience de sa souffrance et de sa culpabilité. Certes, Vronski n'est pas exclu du monde et isolé comme Anna, mais il se sent responsable de la mise à l'écart de sa maîtresse et souffre comme s'il s'agissait de lui. Anna est comme "sa femme". Il la défend et la protège. C'est vrai que parfois il doute et confesse l'aimer moins, mais il ne peut vivre sans elle. Je me suis rendue compte que l'histoire d'Anna et Vronski aurait pu exister et se poursuivre tranquillement même une fois la passion passée. Il ne s'agit pas uniquement d'une passion foudroyante, sans avenir. Ils s'estiment, se respectent. Ce sont les autres qui les détruisent. Lorsqu'ils sont seuls en Italie, ils sont heureux. Ils finissent par se consumer à cause de la société. Le regard des autres les précipite dans le drame. Tout comme Jude et Sue
J'ai été plus indulgente qu'à l'époque envers Karenine, le mari d'Anna. Je ne l'avais pas compris jusqu'à maintenant. Même si je n'excuse pas tous ses actes, j'ai pris en pitié cet homme qui pensait contrôler sa vie au millimètre près. Tolstoï nous offre un personnage extrêmement complexe et travaillé. 
Ce roman mérite des pages et des pages d'analyse. Chaque personnage demanderait à être fouillé et décortiqué. Je ne réussis pourtant qu'à vous jeter, de manière décousue, des sensations, des émotions. Je m'en excuse. 
Lisez ce roman! C'est une merveille. On ri parfois, on a la gorge serré et le souffle court souvent. C'est un ouragan d'émotions. Monsieur Tolstoï est décidément un génie. Je signe pour une troisième lecture sans hésitation. 
" Vronski suivit le conducteur ; à l'entrée du wagon réservé il s’arrêta pour laisser sortir une dame, que son tact d’homme du monde lui permit de classer d’un coup d’œil parmi les femmes de la meilleure société. Après un mot d’excuse, il allait continuer son chemin, mais involontairement il se retourna, ne pouvant résister au désir de la regarder encore ; il se sentait attiré, non point par la beauté pourtant très grande de cette dame ni par l'élégance discrète qui émanait de sa personne, mais bien par l’expression toute de douceur de son charmant visage. Et précisément elle aussi tourna la tête. Ses yeux gris, que des cils épais faisaient paraître foncés, s'arrêtèrent sur lui avec bienveillance, comme si elle le reconnaissait ; puis aussitôt elle sembla chercher quelqu’un dans la foule ". 
Anna Karenine, Tolstoï, Folio, 2004.
(Photos : Romanza2014)

mercredi 28 février 2018

Lecture partagée : Des écailles sous ma peau

L'enfant-dragon
1er cycle
Trilogie d'Eric Sanvoisin et Jérémie Fleury

Auzou, 2014.

Ervaël et Léna vivent dans le monde d'Organd. Un royaume où humains et dragons se livrent une bataille sans merci depuis des siècles. Si Léna fait partie du clan des chasseurs de dragons, Ervaël, lui est fasciné par ces créatures extraordinaires... Et si le monde tel qu'ils le connaissent pouvait changer?

Mon grand bonhomme (de 7 ans depuis quelques jours) a reçu cette trilogie pour Noël. Même s'il sait lire, nous avons lu ces trois romans ensemble. Le vocabulaire est très riche et, pour une première fois, ça aurait été trop difficile à lire seul. Mais maintenant qu'il connaît l'histoire, il en grappille seul des passages. 
Ces trois romans sont une bonne première approche du style fantasy. Tous les ingrédients y sont : un héros qui s'ignore, de la magie et une quête pleine de dangers. Le début ressemble beaucoup à l'histoire de l'excellent film d'animation Dragons de Dreamworks, puis l'intrigue s'installe et prend un tournant original. 
Pour un adulte, l'ensemble est un peu trop simple et téléphoné, mais cette trilogie est vraiment bien pensée pour des lecteurs en herbe. Lors de la lecture de certains passages, nous avions tous les deux la gorge serrée. 
Ces romans sont soignés et intelligents, les illustrations très belles, les chapitres dynamiques. Une jolie lecture partagée. 
Je laisse le clavier à Romanzino :
J'ai aimé cette histoire. Quand Ervaël apprend qu'il est un dragon, ça m'a beaucoup plu. Sa transformation en dragon bleu, comme Nocturne, est impressionnante. Je n'ai pas aimé le papa de Léna, Drako, parce qu'il tue les dragons. Mon personnage préféré est le bébé dragon qu'Ervaël sauve. J'aurai bien aimé qu'il lui donne un nom. Je veux connaître la suite et lire L'île aux dragons et La colère des dragons. 
" Après trois jours de marche, Organdi leur apparut quand ils franchirent le sommet de la dernière colline. Le mur d'enceinte qui la protégeait des attaques dessinait une étoile dans la plaine. Tout autour s'étendaient des champs à perte de vue. Et, s'élevant au-dessus des créneaux, de nombreux bâtiments s'élançaient à l'assaut du ciel, sans pourtant parvenir à toucher les nuages ".(L'enfant-dragon, cycle 1, tome 2 Le grand livre de la Nuit, Auzou, 2014, p13/14)

(Romanza2018)

mardi 27 février 2018

Un hiver avec Anna ... On fait le point!

Il y a quelques mois, j’annonçais ma relecture prochaine d'un de mes romans favoris, Anna Karenine, tout en invitant quelques volontaires à découvrir (ou redécouvrir) eux aussi cette oeuvre magistrale. 

Deux amies lectrices ont déjà terminé leur lecture et je voulais partager avec vous leurs passionnants avis :  Lilly et Fanny. Je vous invite à les lire. Lilly et Fanny posent, toutes les deux, un regard spontané et intéressant sur l'oeuvre de Tolstoï. 


De mon côté, j'ai commencé depuis plusieurs jours ma relecture d'Anna Karenine. J'attends la fin du roman pour vous parler de mes impressions. Sachez simplement que la sensation de relire un roman qui a tant marqué ma vie de lectrice est indescriptible. Je savoure chaque mot, chaque phrase. C'est un réel bonheur de relire ces passages qui m'ont tant marqués ou d'en découvrir d'autres que j'avais complètement oublié. J'aurais pu craindre d'être déçue. Je l'ai lu il y a presque 15 ans après tout. Mais non, dès que je l'ai ouvert, j'ai su que j'aimerai cette oeuvre davantage que la première fois. Avec 15 ans de plus, je découvre la puissance de ce roman, sa complexité, sa justesse.
Anna Karenine m'accompagne même lorsque le roman reste fermé : les étendues blanches, les palais impériaux, les isbas et le samovar brûlant. Je me rappelle ma passion pour la Russie qui a accompagné ma première lecture, l'envie d'apprendre cette langue aussi ... et ma joie lorsque j'ai pu enfin aller dans ce pays en 2006. Je regarde les photos de mon voyage à Saint Petersbourg et je m'évade auprès d'Anna, Levine et Kitty. 

dimanche 25 février 2018

Brumes londoniennes

Un intérêt particulier pour les morts
Ann Granger

10/18, 2013











Nous sommes en 1864 et Lizzie Martin accepte un poste de dame de compagnie à Londres auprès d'une riche veuve qui est aussi une propriétaire de taudis.
Lizzie est intriguée d'apprendre que la précédente dame de compagnie a disparu, apparemment après s'être enfuie avec un inconnu.
Mais quand le corps de la jeune fille est retrouvée dans les décombres de l'un des bidonvilles démolis récemment autour de la nouvelle gare de St Pancras, Lizzie commence à se demander ce qui s'est passé.
Elle renoue avec un ami d'enfance, devenu l'inspecteur Benjamin Ross, et commence à enquêter avec son aide, au péril de sa vie, pour découvrir la vérité sur la mort de la jeune fille dont le sort semble étroitement lié au sien.

J'ai terminé ce roman depuis quelques semaines déjà. Même si j'ai passé un moment agréable, j'avoue être assez déçue par cette lecture. 
Il est vrai que ce roman est plaisant et facile à lire. Cependant, je ne lui ai pas trouvé le charme que j'attendais. J'ai trouvé le texte très superficiel et assez cliché. Les personnages, en commençant par Lizzie, sont très caricaturaux. Je ne me suis pas attachée à cette héroïne, car je ne l'ai pas trouvé vraiment crédible et humaine. La modernité et le féminisme de Lizzie sont forcés. L'auteur veut tellement qu'on y croit qu'elle nous accable de tous les clichés possibles. Cela pourrait donner un soupçon d'ironie et d'humour au roman, mais non, ça le rend simplement maladroit. Le roman, dans son ensemble, manque de naturel. L'écriture, comme l'intrigue, ne possèdent pas les qualités nécessaires pour que le lecteur y croit. 
En écrivant, je me rends compte que je suis assez rude avec ce roman qui m'a pourtant fait passer un moment agréable. Mais je n'ai pas réussi à m'empêcher de comparer Lizzie et Ben à Amelia et Radcliffe de la série d'Elizabeth Peters. Je pensais trouver un texte aussi malin et maîtrisé que la série des Peabody, un mélange judicieux d'ambiance victorienne et de modernité. Finalement, non. La série d'Elizabeth Peters n'a pas son égal. 
Je peux conseiller ce roman à ceux qui désirent lire un roman facile à l'ambiance victorienne agréable. Cependant, ce livre reste assez superficiel, dans son fond comme dans sa forme. Je conseille davantage la série Amelia Peabody afin de faire la rencontre d'un couple atypique, mais aussi pour rire et s'évader. Pour les intrigues victoriennes et les frissons, choisissez Sir Wilkie Collins
"Telle une vieille dame desserrant son corset, la locomotive émit un long soupir, puis elle enveloppa tout et tout le monde dans un linceul de vapeur et de fumée. La nuée tourbillonna autour du quai et monta jusqu'au plafond de la gare où elle resta piégée. L'odeur de soufre me ramena à mon enfance, dans la cuisine de Mary Newling un matin où j'étais chargée d'écaler des œufs durs".
(Un intérêt particulier pour les morts, Ann Granger) 

(Photos : Romanza2018)

vendredi 26 janvier 2018

" Shimamura se disait que si l'homme avait la peau dure et l'épaisse fourrure de l'ours, son univers serait bien différent ".

Pays de neige
Yasunari Kawabata

Le livre de poche, 1991.

À trois reprises, Shimamura se retire dans une petite station thermale, au cœur des montagnes, pour y vivre un amour fou en même temps qu'une purification. Chaque image a un sens, l'empire des signes se révèle à la fois net et suggéré. Le spectacle des bois d'érable à l'approche de l'automne désigne à l'homme sa propre fragilité. 

Pays de neige est ma troisième lecture de Kawabata, après La danseuse d'Izu et Les belles endormies, et comme toujours j'ai beaucoup de mal à parler de cet auteur. Kawabata me berce par sa prose extrêmement poétique tout en me déstabilisant complètement. 
Pays de neige est un roman très lent, plein de symboles et de métaphores. Shimamura retrouve Komako dans une station thermale de montagne. Leur relation est très particulière. Je crois que j'aurai beaucoup de mal à la décrire. Shimamura et Komako ne sont pas attachants. Ils sont étranges, réagissent bizarrement, ne disent pas les choses franchement ... sûrement par pudeur. Pour la lectrice occidentale que je suis, leurs attitudes ne sont pas très compréhensibles. Je dois admettre ne pas avoir tout compris. Quels sentiments éprouvent-ils réellement l'un pour l'autre? Quel est le rôle de la mystérieuse Yoko? Quelle symbolique donner à cette fin particulière? Kawabata est un auteur qui me fruste beaucoup. Je ressors constamment de ses lectures avec un sentiment d'inachevé. Pourtant, il y a cette plume si délicate, si envoûtante qui emporte et bouleverse. Sans comprendre toutes les nombreuses subtilités des romans de Kawabata, j'y vogue comme on se perd dans la contemplations d'une estampe. 
Kawabata est un auteur à lire. Ses romans nous emmènent loin, nous font sortir de notre zone de confort, nous berce de leur belle poésie. Cependant, malgré le nombre de pages limité, ces textes sont complexes, pleins d'implicites, parfois difficiles à lire pour nous occidentaux. 
"Oh ! la Voie lactée… elle est splendide » s'exclama Komako, courant toujours devant lui, les yeux levés vers le ciel.La Voie lactée… En la regardant lui aussi, Shimamura eu l'impression d'y nager, tant sa phosphorescence lui parut proche, comme si elle l'eût aspiré jusque-là. le poète Bashô en voyage, était-ce sous l'impression de cette immensité resplendissante, éblouissante, qu'il l'avait décrite comme une arche de paix sur la mer déchaînée ? Car c'était juste au-dessus de lui qu'elle inclinait sa voûte, enserrant la terre nocturne de son étreinte pure, indéchiffrable, sans émoi. Image pure et proche d'une volupté terrible, sous laquelle Shimamura, un bref instant, se représenta sa propre silhouette découpée en une ombre aussi multiple qu'il y avait d'étoiles, aussi innombrablement multipliées qu'il y avait là-haut de particules d'argent dans la lumière laiteuse et jusque dans le reflet miroitant des nuages, dont chaque gouttelette infime et rayonnante de lumière se confondait avec son infinité, tant le ciel était clair, d'une limpidité et d'une transparence inimaginables. Cette écharpe sans fin, ce voile infiniment subtil, subtilement tissé dans l'infini, Shimamura ne pouvait en détacher son regard".(Pays de neige, Kawabata, Livre de poche, 1991)
(Romanza2018)

mercredi 17 janvier 2018

Blues et concerto

Corps et âme
Frank Conroy

Folio, 2011.

A New York, dans les années quarante, un enfant enfermé dans un sous-sol regarde les chaussures des passants. Pauvre, sans autre protection que celle d'une mère excentrique, Claude Rawlings semble destiné à demeurer spectateur d'un monde inaccessible. Mais dans la chambre du fond, enseveli sous une montagne de vieux papiers, se trouve un petit piano désaccordé. En déchiffrant les secrets de son clavier, Claude va se découvrir lui-même : il est musicien.
Ce livre est l'histoire d'un homme dont la vie est transfigurée par un don. Son voyage, jalonné de mille rencontres, amitiés, amours, le conduira dans les salons des puissants, et jusqu'à Carnegie Hall ...
La musique, évidemment, est au centre du livre - musique classique, grave et morale, mais aussi la pulsation irrésistible du jazz. Autour d'elle, en une vaste fresque foisonnante de personnages, Frank Conroy brosse le tableau fascinant, drôle, pittoresque et parfois cruel d'un New York en pleine mutation.

Première lecture 2018 et énorme coup de cœur.
Corps et âme est un roman qui traîne dans mes étagères depuis plusieurs années, acheté sur un coup de tête et oublié pendant longtemps. Je n'explique pas ce qui m'a poussé à repenser à ce livre et ce qui m'a décidé à l'ouvrir. Toujours est-il que j'ai dégusté les 680 pages de ce roman sublime et que j'en ressors bouleversée.
Corps et âme est écrit avec un mélange de simplicité et de virtuosité. Un texte puissant, au style recherché et pourtant, d'une infinie justesse, d'un naturel et d'une humanité à couper le souffle. On plonge dans le New-York des années 40 à 60. Une fois la première ligne lue, c'est tout un monde qui s'ouvre. Nous suivons Claude, un enfant solitaire, maigrichon, oublié par tous ... même par sa mère. Cet enfant a un don : la musique. Il nous prend alors par la main, on embarque avec lui dans les rues enfumées et poussiéreuses de New-York, dans la boutique de l'attachant Weisfeld, dans les couloirs de son école et sur ses premières grandes scènes. J'ai été émue par l'histoire de Claude. J'ai tremblé avec lui, j'ai stressé avant de jouer devant mon public, je me suis révoltée. 
Corps et âme pourrait être une simple saga, un page-turner vite lu et vite oublié, l'histoire d'un petit gosse sans prétention, ses aventures et ses rencontres. En réalité, c'est bien plus que cela. On dévore les pages avec passion et pourtant, le texte prend son temps, le rythme est lent. Durant de longues périodes, rien ne se passe réellement. Frank Conroy égraine son histoire. C'est ce qui la rend si belle, si juste, si vraie. Ce roman est sans pathos, sans drames réels, sans révélations éclatantes. Il raconte la vie avec ses doutes, ses joies et ses peines. Corps et âme est l'histoire d'un petit garçon qui avait tout pour devenir délinquant et qui deviendra un virtuose du piano grâce à des rencontres. Ce roman parle de ces personnes que l'on croise au bon moment, qui nous font prendre d'autres chemins, qui nous aident à nous relever. 
Je ne suis pas musicienne, je ne lis pas la musique. J'aime l'entendre uniquement. Ce texte est un hymne à la musique. Ceux qui la joue et la comprenne doivent avoir une autre lecture que celle que j'ai eue. Certains termes musicaux, certaines descriptions m'ont échappé. Pourtant, à aucun moment, je me suis sentie mise de côté ou perdue. J'ai embarqué, j'ai suivi. 
Ma lecture de Corps et âme fait parti de celles qui prennent par surprise. Je n'attends rien de particulier, j'ouvre, je lis et soudain ... le plaisir. Ce plaisir si unique que seuls les lecteurs connaissent. 
Un roman à lire absolument. Une merveille.
" Ses mains voulaient jouer Bach, la petite Fugue en sol mineur. Les trois premières notes - la note fondamentale, la quinte et la tierce mineure - semblèrent entièrement magiques. Dans leur simplicité, il entendait la signification de toute la pièce, et, de là, de la compréhension de la fugue, lui vint la conscience totale de toute la musique, comme si toute la musique était sous-entendue dans n'importe quelle petite parcelle de musique, comme si toutes les notes étaient contenues dans n'importe quelle note."(Corps et âme, F. Conroy, Folio 2011)

(Photos : Romanza2018)

jeudi 4 janvier 2018

Des squelettes dans mes placards

Le trésor de Benevent
Patricia Wentworth

10/18, 1998.

Quelque part parmi la poussière et les toiles d'araignée de la propriété familiale des Benevent se dissimule leur légendaire trésor. Mais une mort horrible attend quiconque osera le dévoiler au grand jour. Lorsqu'elle arrive chez ses deux vieilles grand-tantes, Candida chasse ces idées de son esprit. Mais, très vite, elles reviennent la hanter. Bientôt elle pressent, sans savoir où ni comment, que sous les voûtes sombres du manoir des Benevent les anciennes prédictions vont se réaliser d'une manière terrifiante. Il faudra toute l'ingéniosité de miss Silver pour déjouer la malédiction des Benevent.

Voici ma seconde lecture d'une oeuvre de Patricia Wentworth, auteure de romans policiers. Je suis, de nouveau, charmée par son écriture très simple et prenante. 
Parfaits lorsque l'on manque de temps ou lorsque notre esprit est occupé par mille et une choses, les romans de Wentworth permettent de lâcher prise et de se détendre. Mais ces textes n'en sont pas pour autant superficiels. Le trésor des Benevent possède une solide intrigue et l'univers du roman est particulièrement bien rendu. J'ai adoré la scène d'ouverture. J'ai été totalement captivée
Candida est attachante. C'est une jeune fille douce et simple, mais également courageuse et déterminée. Les personnages qui gravitent autour d'elle sont très bien décrits. J'ai aimé le personnage de Miss Olivia, cette femme glaçante. Miss Silver, qui enquête discrètement, est très peu présente et n'a pas la prestance d'un Hercule Poirot, mais j'aime cette façon de s’éclipser pour ne pas faire de l'ombre aux autres protagonistes. 
J'ai frissonné par moment, mais j'ai surtout pris beaucoup de plaisir à suivre cette enquête sans prétention mais très bien menée. Je poursuivrai les aventures de Miss Silver avec joie. 
" Il eu un rire bref.- Et personne ne vous a parlé de la marée montante?Vous vous êtes laissé surprendre et vous avez tenté d'escalader la falaise. Quel âge avez-vous?- Quinze ans et demi. Évidement que je connais les marées. Je me suis renseignée... tout spécialement.- Qui vous a renseignée?- Quelqu'un de l'hôtel. Deux dames âgées... elles ont dit que la marée haute c'était à onze heure, et j'ai pensé que j'avais largement le temps de faire un tour sur la plage.- Si plage il y a ! La marée est haute à neuf heures moins le quart.Elle se tourna vers lui. Il n'était qu'une silhouette au crépuscule. Une silhouette et une voix. Mais Candida avait autre chose en tête... ses paroles concernant la marée. Si elle était haute à neuf heures moins le quart...- Alors pourquoi a-t-elle dit onze heure? demanda t'elle dans un souffle."(Le trésor des Benevent, P. Wentworth, 10/18, 1998, p13)
(Photos : Romanza2018)