mercredi 6 mars 2019

Une huître peut cacher une perle

En un monde parfait
Laura Kasischke
Le livre de poche, 2011.

Jiselle, la trentaine et toujours célibataire, croit vivre un véritable conte de fées lorsque Mark Dorn, un superbe pilote, veuf et père de trois enfants, la demande en mariage. Sa proposition paraît tellement inespérée qu'elle accepte aussitôt, abandonnant sa vie d'hôtesse de l'air pour celle, plus paisible croit-elle, de femme au foyer. C'est compter sans les absences répétées de Mark, les perpétuelles récriminations des enfants et la mystérieuse épidémie qui frappe les États-Unis, leur donnant des allures de pays en guerre. L'existence de Jiselle prend alors un tour dramatique...

Voici mon quatrième roman de Laura Kasischke et j'en ressors de nouveau très enthousiaste. N'arrivant pas à la hauteur d'Esprit d'hiver qui reste indétrônable, En un monde parfait m'a cependant extrêmement surprise et j'ai beaucoup aimé cette lecture. Prendre un roman de Kasischke, pour moi, c'est être sûre d'ouvrir un "page-turner" intelligent, percutant et marquant. Moi qui suis une grande amoureuse des classiques et qui ne lit presque que ça, je suis surprise d'aimer beaucoup cette autrice américaine écrivant des histoires actuelles assez sombres, satiriques, parfois violentes. Mais Laura Kasischke a une vision intéressante de la société et j'aime retrouver cet univers typiquement américain qui se fissure et ces personnages qui s'étiolent
En un monde parfait m'a surprise car je m'attendais, tout comme dans Esprit d'hiver, Rêve de garçons et A moi pour toujours, à une montée en puissance pour finir par une révélation finale glaçante. Il n'en est rien ici ... et c'est cela qui m'a énormément séduite. En un monde parfait est un huis clos extrêmement émouvant. Dans ce roman, on revient aux bases de ce que devraient être les rapports humains. Isolée de force avec ses trois beaux-enfants, la fragile Jiselle va se découvrir à elle-même, mûrir, prendre confiance. Les liens qui se tissent entre chaque personnage sont sublimes et d'une grande émotion.  Je me suis peu attardée sur l'épidémie qui oblige Jiselle à se retrancher, bien que ce sujet soit très bien traité. Même si le lecteur se pose automatiquement la question de ce qu'il ferait dans pareil cas, je dois admettre ne pas être totalement rentrée dans cet aspect là du roman. J'ai surtout été fascinée par la psychologie des personnages, les émotions de chacun, leurs faiblesses, leurs blessures. Je me suis vraiment attachée à cette famille isolée, à leur rythme de vie bouleversé, leurs joies simples et leurs partages. Comme dans tous les romans de Kasishke, les petits riens du quotidien sont très importants. Certains lecteurs risquent de s'y ennuyer. En ce qui me concerne, je m'y love avec bonheur à chaque lecture. Comme toujours également, il a fallu accepter de terminer le livre où Kasischke avait décidé de le finir, accepter de ne pas tout savoir, de laisser les secrets et les non-dits là où ils étaient. 
Un roman à lire et surtout, une autrice à découvrir. 

" Sa mère lui avait demandé : "Quel genre de femme consent à épouser un homme qu'elle connaît depuis trois mois ? Un homme qui a trois enfants? Un homme dont elle n'a pas rencontré les enfants ? "Si Jiselle avait été un type différent de fille ou de femme, elle aurait pu répondre : "Le genre de femme que je suis maman" ; mais même au temps de son adolescence, alors que sa meilleure amie lançait communément à la tête de sa propre mère "Salope, je te déteste!" Jiselle présentait des excuses à la sienne pour n'avoir pas dit "s'il te plaît" en redemandant de la salade.Au lieu de cela, elle répondit : "Je l'aime, maman". Sa mère eut un reniflement dégoûté. "(En un monde parfait, L. Kasischke)

(Photos : Romanza2019)

jeudi 28 février 2019

" Oh, ce n'est pas Dieu qui leur fait peur. Pas le diable non plus. Non, ils ont peur des hommes ... "

La nuit du bûcher
Sandor Marai
Le livre de poche, 2017.

Rome, 1598. L'Inquisition sévit contre les hérétiques. Enfermés, torturés, ces derniers reçoivent à la veille de leur exécution la visite d'inquisiteurs pour les inciter à se repentir. Venu prendre des « leçons d'Inquisition », un carme d'Avila demande à suivre la dernière nuit d'un condamné. On lui accorde. L’hérétique, qui résiste depuis sept ans, s’appelle Giordano Bruno. L'Espagnol assiste aux dernières exhortations, vaines, des inquisiteurs, puis accompagne au petit matin le prisonnier au bûcher. Saisi par la violence de cette expérience, il voit toutes ses certitudes vaciller...

Nourri de l'expérience de la guerre, du fascisme, et du stalinisme qui poussera Márai à l'exil, ce roman, écrit en 1974, expose le regard lucide d'un homme sur l'idéologie totalitaire, conçue pour broyer la volonté et la dignité humaines.



Gros coup de cœur pour ce roman! Dès les premières mots, je me suis laissée totalement embarquer dans la confession de ce prêtre. J'ai lu son récit, j'ai senti le froid, vu la faible lumière de sa bougie, entendu le crissement de la plume sur le papier.
J'ai découvert l'existence de ce roman récemment. Je venais de lire un court article sur la vie de Giordano Bruno. Sa vie m'avait totalement captivée ... autant qu'elle m'avait faite frissonner. Avant Galilée, il y a Giordano Bruno. L'obstination de Bruno jusqu'à la mort a guidé Galilée qui lui a choisi la prudence. J'étais triste en apprenant qu'une statue de Bruno est dressée place Campo dei fiori à Rome. J'y suis passée plusieurs fois lors de mon séjour là-bas il y a quelques années et je ne me souviens pas de cette statue. Si j'y retournais aujourd'hui, ça serait avec émotion que je regarderais cet homme. Aimant de plus en plus la plume de Sandor Marai et ayant découvert que son roman La nuit du bûcher parlait de Bruno, je l'ai acheté très rapidement. 
J'ai été surprise par ce roman. Je m'attendais à un long échange entre le narrateur et Giordano Bruno la veille de son exécution. Un long discours qui viendrait chambouler les idées du jeune prêtre. Mais non. Marai est bien plus subtile que ça. De Giordano Bruno, on n'entendra pas un mot. Il y aura son regard. Il va être très difficile pour moi de parler de ce roman qui aborde beaucoup de thèmes en moins de 300 pages. Marai n'a pas cherché la simplicité. En fermant ce livre, on ne sait pas quoi penser des paroles écrites par le narrateur. Quelle finesse dans l'écriture et la pensée! Il faudrait relire ce roman, le décrypter, aller au fond. A la lecture, souvent, on se scandalise. Parfois, on comprend. La nuit du bûcher est un texte extrêmement complexe, bien qu'ils se lisent très facilement et soit prenant. Complexe déjà dans son sujet, l'Inquisition. Marai n'a pas écrit un traité anti-clérical. Sa pensée est bien plus riche et quelque soit nos idées sur la religion, on trouvera de quoi réfléchir. Je tiens aussi à vous rassurer, il n'y a aucun voyeurisme, aucun sadisme. J'ai apprécié cette retenue de l'auteur. Vous pouvez lire ce roman sans crainte de tomber sur une description détaillée du supplice de Bruno. Complexe également par le discours très engagé des personnages. Chacune de leurs pensées peut être analysée, discutée, étudiée. Enfin, complexe par la double lecture de cette oeuvre. Chaque page est une critique virulente du fascisme. Ce roman terriblement moderne nous rappelle que Marai a connu la seconde guerre mondiale. Chaque mot prononcé par l'Inquisition pourrait être prononcé par le IIIème Reich : " Puis il voulait savoir si l'acte de dénonciation était obligatoire chez nous. Quand je lui eus répondu que, oui, chaque fidèle était tenu de signaler à l'Inquisition tout comportement suspect - par exemple, au cours d'une conversation, si quelqu'un ne manifestait pas assez d'enthousiasme concernant l’exécution d'un hérétique par le feu -, le consulteur approuva du chef cette démarche avisée. Après avoir réfléchi, il demanda si cette conduite s'appliquait aux membres de la famille. J'eus la satisfaction de le rassurer sur ce point également : en effet, chez nous en terre espagnole, où l'Inquisition veille sur l'ordre et la sécurité publique, les enfants et les parents ont obligation de s'espionner les uns les autres. " (p32). "Ces gens-là critiquent nos méthodes! ... Ils oublient que tout moyen, tout accessoire est justifié quand il s’agit d'atteindre le But Sacré ..." (p36). Les pages à double sens abondent. J'ai corné énormément de pages dans ce court livre, soit pour leur beauté, soit pour leur justesse, soit pour le questionnement qu'elle soulèvent
Il y a tant à dire que je ne sais plus quoi écrire. J'aimerais en discuter, reprendre chaque ligne pour en débattre. Marai nous offre un roman à l'ambiance fascinante, étouffante. Sa plume d'une finesse absolue traite avec intelligence de liberté, de savoir, de croyance. Un texte qui me hantera longtemps. Un très grand texte à découvrir!
"Arrivera une époque où l'on regroupera sans ambages ni perte de temps tous ceux qui seront soupçonnés de tomber un jour dans le péché d'hérésie, à cause de leur origine ou pour d'autres raisons, dans des champs clos par des barrières de fer, pour des périodes plus ou moins longues .... mais en général il vaudra mieux que ce soit pour longtemps. Un tel lieu de détention, ceinturé de barrières de fer, permettra de surveiller en même temps des groupes plus importants ..." 
" Il est à craindre que tant qu’un tel homme existe quelque part, il soit vain de faire frire les autres sur le gril, de les cuire dans l’huile et de les casser sur la roue. J’avais appris que la Sainte Cause était plus important que tout, qu’il fallait un Seul Berger et un Seul Troupeau. Mais c’était avant d’être frappé comme par la foudre par un doute effrayant : un homme peut compter plus qu’un troupeau."(La nuit du bûcher, Sandor Marai)
(Photos : Romanza2019)

Toujours plus loin et toujours plus haut

Mary Anne
Daphné du Maurier
Livre de poche, 1973.


 Nous sommes à Londres, dans les dernières années du XVIIIe siècle, et nous assistons à l’ascension d’une gamine partie quasi du ruisseau mais que son intelligence et sa volonté vont porter au premier rang : jusqu’entre les bras du duc d’York, fils du roi et chef des armées britanniques en lutte contre Napoléon. Trahie, elle défraiera la chronique à la faveur d’un procès mettant en cause son amant, sera traînée dans la boue par les bien-pensants, se battra la rage au coeur pour faire reconnaître ses droits. Daphné Du Maurier n’est jamais mieux inspirée que lorsqu’elle traite de sujets qui la touchent de près. De Mary Anne Clarke, qui fut sa trisaïeule, les dictionnaires nous apprennent qu’elle fut l’une des grandes courtisanes de son temps – et qu’elle incarne aujourd’hui encore, aux yeux des lecteurs du monde entier, l’une des formes les plus pathétiques de la révolte féminine.


Etant une grande fan de Daphné du Maurier, j'attendais beaucoup de ce roman narrant la vie de sa scandaleuse trisaïeule. J'ai pourtant été bien déçue et j'ai même peiné à le finir. 
L'histoire avait pourtant tout pour me plaire : une femme intelligente qui prend son destin en main, un roman écrit par une grande dame de la littérature anglaise, ... bref, le cocktail était parfait. Cependant, la magie n'a pas opéré. Si je reconnais la qualité de certains passages, je me suis globalement ennuyée. Impossible pour moi de m'attacher à Mary Anne. Je n'ai pas su l'aimer, ni l'apprécier, ni la comprendre. Je ne suis pourtant pas obligée d'apprécier l'héroïne pour aimer un roman (Scarlett O'Hara, petite dédicace!), mais là, rien à faire, je n'ai pas été touchée par son histoire, ni impliquée dans son combat. La grande qualité de la plume de Du Maurier est de créer une ambiance totalement envoûtante et addictive. A la lecture de Mary Anne, je suis restée totalement à l'écart. Je reconnais certaines qualités à cette histoire, elle mérite dans un certain sens d'être lue, le propos est intéressant et le contexte historique aussi. J'ai beaucoup aimé les premières pages. L'enfance de Mary Anne est très bien écrite et pleine de promesse. Mais mon intérêt s'est essoufflé au fur et a mesure de la lecture. Disons que ça n'a pas été la lecture immersion que j'attendais. 
Si vous êtes fan de Du Maurier, vous pouvez lire ce roman tout en sachant que ce n'est pas son meilleur. Ceux qui ne connaissent pas l'auteure, ne commencez pas par celui-ci!
" Les matins avaient toujours le même parfum frais et excitant, et la mer de Boulogne étincelait comme jadis à Brighton. Elle quittait ses souliers, sentit le sable sous ses pieds nus, l'eau entre ses orteils. "Mère !" s'écriaient les vierges et vestales accourues en agitant leurs ombrelles... mais c'était cela, la vie, cette exultation soudaine, cette joie sans cause qui vous animait le sang, à huit ans comme à cinquante-deux. Cela s'emparait d'elle à présent comme toujours, flot ardent, griserie. Ce moment compte. Ce moment et pas un autre". Mary Anne, Daphné du Maurier.
(Photos : Romanza2019)

mercredi 20 février 2019

" ... moi vivant, la Sibérie est et sera un pays dont on revient!"

Michel Strogoff
Jules Verne
Le livre de poche, 2008.

Les provinces sibériennes de la Russie sont envahies par des hordes tartares dont Ivan Ogareff est l'âme. Ce traître, poussé par une ambition insensée autant que par la haine, projette d'entamer l'empire moscovite ! Le frère du tsar est en péril à Irkoutsk, à 5 523 kilomètres de Moscou, et les communications sont coupées. Comment le prévenir ? Pour passer, en dépit des difficultés sans nombre et presque insurmontables, il faudrait un courrier d'une intelligence et d'un courage quasi surhumains. Le capitaine Michel Strogoff est choisi et part, porteur d'une lettre du tsar, en même temps qu'une jeune Livonienne, la belle Nadia, et que deux journalistes, l'Anglais Harry Blount et le Français Alcide Jolivet... Dans ce très grand roman, les extraordinaires péripéties, souvent dramatiques, que va connaître Michel Strogoff, un des plus merveilleux héros de Jules Verne, au cours de son voyage à travers les immenses régions sibériennes, tiennent en haleine les lecteurs jusqu'à la dernière page.

Voilà un roman longtemps regardé, mais encore jamais ouvert. C'est désormais chose faite. Je suis heureuse de découvrir de plus en plus cet auteur français que j'ai longtemps boudé. Michel Strogoff est mon 4ème roman de lui (après Le château des Carpathes, Le Chancellor et Le tour du monde en 80 jours) et je suis de nouveau conquise
J'ai été happée par ce roman extrêmement bien écrit et passionnant. En grande amoureuse de la Russie, j'ai vécu chacun de ces chapitres avec enthousiasme et bonheur. Ce que j'aime chez Verne, hormis les nombreuses péripéties et la qualité d'écriture, c'est le lien qui unit les personnages. On embarque avec cette bande soudée par l'amitié, le respect, la bienveillance. J'ai adoré la relation entre la courageuse Nadia et l'honnête Michel. Que dire également des deux journalistes qui m'ont littéralement faite rire de bon cœur? Alcide Jolivet est une petite pépite, j'ai adoré ce personnage. 
Quant à l'histoire, il est vrai qu'elle tient en haleine. Je ne m'attendais pas à tant de rebondissements et j'ai souvent eu le cœur au bord des lèvres. 
Vous aurez compris que j'ai adoré ce roman. Cependant, ce n'est pas un coup de cœur absolu. J'y ai pourtant cru jusqu'au dernier moment. (Ceux qui n'ont pas lu le livre c'est le moment d'arrêter de lire ... jusqu'au prochain paragraphe!!). Pourquoi diable Jules Verne n'a-t-il pas laissé Michel Strogoff aveugle?? La scène de la torture est sublime et tragique. Elle crée un héros imparfait, sensible, juste, tellement magnifique. J'étais en extase devant ce Strogoff si génial. Et puis, voilà que dans les dernières pages, on apprend finalement que Strogoff a fait semblant et qu'il voit parfaitement bien. Quel dommage!! C'est le GROS reproche que je ferai à ce roman qui est pourtant sublime. J'en ai discuté avec mon Romanzo, qui est fan de Verne, et il m'a dit avoir été en colère à la fin du roman pour la même raison.
Je terminerai en vous encourageant à lire ce roman passionnant et à suivre Strogoff dans ses aventures. Les premières pages sont époustouflantes, l'incipit est légendaire. Attendez-vous cependant à être surprise et déçue dans les dernières pages. 
A lire ABSOLUMENT.
" Elle se rappelait ses attentions pendant le voyage, son arrivée à la maison de police de Nijni-Novgorod, la cordiale simplicité avec laquelle il lui avait parlé en l’appelant du nom de sœur, son empressement près d’elle pendant la descente du Volga, enfin tout ce qu’il avait fait, dans cette terrible nuit d’orage à travers les monts Oural, pour défendre sa vie au péril de la sienne !Nadia songeait donc à Michel Strogoff. Elle remerciait Dieu d’avoir placé à point sur sa route ce vaillant protecteur, cet ami généreux et discret. Elle se sentait en sûreté près de lui, sous sa garde. Un vrai frère n’eût pu mieux faire ! Elle ne redoutait plus aucun obstacle, elle se croyait maintenant certaine d’atteindre son but ".
Michel Strogoff, Jules Verne
(Photos : Romanza2019)

mercredi 23 janvier 2019

La femme au cerveau érotique

Gabriële
Anne et Claire Berest
Le livre de poche, 2018.


Septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient « la femme au cerveau érotique » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un xxe siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société.

Anne et Claire Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia.

La vie de Gabriële Buffet est impressionnante. Nous la suivons dans ses jeunes années et voyons défiler auprès d'elle de nombreux personnages célèbres : Francis Picabia, Guillaume Apollinaire, Marcel Duchamp, Pablo Picasso, ... Lire ce roman, c'est faire une plongée dans le Paris du début du XXème siècle, l'ancien se heurte aux idées nouvelles, la guerre chamboule les esprits et les cœurs. Bien que le style soit très simple et parfois même journalistique, j'ai apprécié cette lecture. J'ai retrouvé avec joie l'histoire des origines de l'art abstrait. Tout ce qui touche à l'art me fascine. Même si mon cœur et mes yeux sont plus sensibles à l'art figuratif qu'à l'art abstrait, je reste passionnée par les pensées des artistes modernes. Leur démarche est sublime et je la comprends sincèrement. J'ai énormément aimé croiser Duchamp, Apollinaire, tous ces artistes qui brisent les codes, créent de nouvelles idées et ne cherchent plus que le beau. Petit coup de cœur pour la personnalité si géniale d'Apollinaire. Je n'ai qu'une envie depuis que j'ai refermé ce roman, relire mon recueil Alcools qui dort dans ma bibliothèque. 
Gabriële est très particulière. Certains aspects de sa personnalité peuvent être perturbants, particulièrement son manque d'instinct maternel. Cela m'a rappelé le peu de choix de la femme à l'époque. Aujourd'hui, Gabriële Buffet aurait pu choisir de ne pas avoir d'enfants. Elle vit pour l'art. Elle donne tout pour lui. Cela a fait souffrir ses enfants et jusqu'à ses arrières-petits-enfants. Mais c'était une femme intelligente, curieuse, aventurière, féministe, une femme passionnante. Je comprends les auteures de ce roman, Anne et Claire Berest, qui ont eu besoin de parler de cette arrière-grand-mère si particulière, à la fois inspirante et choquante
Un roman à lire ... pour ceux qui aiment l'art, la vie artistique du XXème siècle, les destins de femmes fortes. 
[...] Il faut se rappeler ce que représente le fait d'être une jeune femme comme Gabriële dans la société de 1898 :
elle n'a pas le droit de porter un pantalon , sauf si elle tient dans sa main un vélo ou un cheval , elle n'a pas le droit de travailler sans l'autorisation d'un mari , elle n'a pas le droit d'exercer certaines professions , d'enseigner le latin , le grec ni la philosophie ; elle n'a pas le droit d'obtenir seule un passeport , de voter ni de faire de la politique , de disposer librement de son corps ni d'un salaire .
En revanche — et cela est vraiment une revanche — , Gabriële est autorisée , en cet automne 1898 , à entrer dans la classe de composition de la Schola Cantorum . Le début d'une révolution .[...]  L'école de la Schola Cantorum devient le lieu de l'avant-garde musicale .
(Gabriële, Le livre de poche, 2018, p41) 
(Photos : Romanza2019)

dimanche 13 janvier 2019

Parfois, l'amour prend un certain temps avant de pointer le bout de son nez.

La maison d'Âpre-Vent (Bleak house)
Charles Dickens

La Pléiade, Gallimard, 1979.

Sur fond d’un interminable procès, impliquant une cinquantaine de personnages, Bleak House est le grand roman juridique de Dickens, qui dénonce une institution devenue folle. Raconté par deux personnages différents, de manière très moderne, le récit met en jeu tout un réseau de coïncidences, plusieurs fausses pistes et nombre d’espoirs déçus ou trahis. Roman foisonnant où la justice tourne à l’absurde, où l’on enquête et juge à l’infini, Bleak House est aussi un roman policier dont le véritable héros est Londres, la ville à l’atmosphère empoisonnée par la révolution industrielle. Dans une veine à la fois satirique, sombre et constamment drôle, Dickens décrit un monde où la nature est peu à peu corrompue par l’homme, et signe là son passage définitif vers le roman total. (Edition Folio)

C'est la première fois qu'un roman me fait cet effet. Durant la lecture de ce roman de plus de 1000 pages, je suis passée de la plus grande déception à l'immense coup de cœur
Ce roman est le seul que je possède en Pléiade. Je lorgnais depuis longtemps sur ce gros livre, trésor de ma bibliothèque. Lorsque j'ai décidé de l'ouvrir au mois de décembre dernier, j'étais confiante et enthousiaste. Ce fut pourtant le drame. Je pense que le principal responsable de ce drame est mon esprit préoccupé par la vie quotidienne et professionnelle. Quoi qu'il en soit, impossible de me retrouver dans les nombreux personnages du roman, ni même d'être intéressée par l'intrigue. Seules les pages où Esther prenait la parole trouvées grâce à mes yeux. Je me suis immédiatement attachée à ce doux personnage. J'étais terriblement triste de ne pas apprécier l'oeuvre. Certains chapitres m'enchantaient, mais la plupart m'ennuyait. J'hésitais presque à arrêter ma lecture, à le reprendre dans quelques mois ou années. J'ai finalement continué ... grâce à Esther, je pense. J'ai eu une belle idée car ce fut le choc. Je ne peux pas expliquer ce qui s'est passé. D'un coup, je suis rentrée dans l'oeuvre. Tout ce qui me semblait obscur m'a paru soudainement très clair. L'intrigue m'a passionnée, captivée. J'ai dévoré la dernière moitié du roman avec passion. J'ai retrouvé le ton vif de Dickens, son humour, sa sensibilité. J'ai tourné la dernière page extrêmement émue. J'ai laissé des amis. 
Dickens nous plonge dans cette Angleterre du XIXème dont il parle si bien. Comme toile de fond, un procès. Il faut accepter de ne pas avoir toutes les billes. Ce procès est un fantôme qui plane sur tous les personnages de l'histoire. Beaucoup de protagonistes se succèdent et ont tous de près ou de loin un lien avec ce procès. Dickens nous offre des pages pleines de fougue. Tantôt un sourire pointe sur nos lèvres, parfois c'est un rire franc qui s'en échappe, à d'autres moments, c'est notre gorge qui se serre. Charlie a un don incroyable pour écrire des scènes tragiques. Il m'a coupé le souffle. Quelle écriture! Il nous fait passer du rire aux larmes en quelques secondes. Je lui ai pardonné ce début de lecture difficile, tout en espérant que lui aussi me pardonne d'avoir mis autant de temps à rentrer dans l'histoire. 
Il y a tant à dire sur ce texte que je ne trouve rien à en dire. La maison d'Âpre-Vent est un roman fabuleux et passionnant qu'il faut prendre le temps de déguster. C'est une porte ouverte vers un monde parallèle. J'ai aimé Esther, Ada, Richard, Allan, le si bon M. Jarndyce, Jo, ... Je les emmène tous avec moi ... dans mes souvenirs. 
Il y a quelques jours, je pensais vous écrire ma grande déception à la lecture de ce monument dickensien. J'en étais extrêmement triste. Je repensais très fort à l'amour que j'ai pour cet auteur pour trouver le courage d'ouvrir d'autres romans de lui. J'essayais de repenser aux Grandes espérances ou au Conte de deux villes. Finalement, je viens vers vous pleine d'enthousiasme et de joie. Oui, ce roman a finalement fait ma conquête. Je l'aime profondément. Il a mis beaucoup de temps à me séduire. J'ai fait ma coquette. Je suis finalement tombée dans ses filets avec passion. Dickens est un génie. Je suis ravie de vous dire que j'ouvrirai toujours avec joie une de ses œuvres. 

(Je me suis beaucoup rappelée durant ma lecture de la passionnante biographie de Dickens écrite par Marie-Aude Murail. J'ai parfois imaginé l'auteur lire à voix haute La maison d'Âpre-Vent).
" Cet épouvantail de procès s'est tellement compliqué avec le temps que nul être vivant ne sait ce qu'il signifie.  Nul ne le comprend moins bien que les parties au procès  ; mais on a pu remarquer qu'il n'y a pas deux juristes attachés à la Chancellerie qui puissent en parler pendant cinq minutes de suite sans se trouver en désaccord complet sur toutes les données de base. D'innombrables enfants sont devenus parties au procès par la naissance  ; d'innombrables jeunes gens par le mariage  ; d'innombrables vieillards ont cessé de l'être en mourant. Des dizaines et dizaines de personnes se sont trouvées impliquées de manière affolante dans l'affaire Jarndyce et Jarndyce sans savoir comment ni pourquoi  ; des familles entières ont hérité de haines légendaires en même temps que du procès. " (Bleak house, Dickens)
(Photos : Romanza2019)

dimanche 23 décembre 2018

Petit bilan de mes lectures de 2018

11ème bilan. 11 an de blog! Le temps passe. 
Faisons un point sur 2018.

Voici mes lectures marquantes de l'année :

  • Corps et âme de Conroy. Plus je repense à ce roman et plus je l'aime. Un énorme coup de cœur que ce roman. A découvrir ABSOLUMENT!
  • Anna Karenine de Tolstoï. 2018 a annoncé ma relecture de mes romans favoris, ceux qui ont construit la lectrice et la femme que je suis. J'ai donc relu Anna Karenine cette année et j'ai pris un plaisir monstre à le faire. C'est une oeuvre magistrale! Je n'étais jusqu'à maintenant pas une "relectrice". Maintenant, je compte bien relire chaque année un de mes romans fétiches. Anna Karenine a ouvert ce nouveau rituel et j'en suis ravie. Il y a quelque chose de tellement jouissif de connaître sur le bout des doigts une oeuvre, de la lire, de découvrir un nouvel aspect à chaque lecture. Je compte bien le relire une troisième fois, une quatrième et ... plus.
  • Le destin de Mr Crump de Lewisohn. Un roman glaçant et maîtrisé de bout en bout.
  • Ursule Mirouët de Balzac. Un excellent roman de cet auteur prodigieux. Que serait une année de lecture sans Honoré? 
  • La vie d'Arséniev de Bounine. Un roman d'une poésie rare. J'ai délaissé quelques temps la littérature russe alors que je l'adore. Je compte bien remédier à cet abandon impardonnable. 
  • L'auberge du pèlerin de Goudge. J'aime d'amour cette grande dame pleine de douceur et de générosité. Elle aime l'être humain et ça fait du bien. Les livres d'Elizabeth Goudge sont clairement une thérapie contre la dépression.
  • Loin de la foule déchaînée de Hardy. Un roman que j'ai longtemps rêvé de lire. Même si elle n'a pas le génie de Jude l'obscur, cette belle histoire nous suit plusieurs semaines après l'avoir finie.

En 2018, j'ai aussi poursuivi ma découverte de Vita Sackwille-West que j'apprécie énormément, enrichi ma connaissance de Duras que j'aime de plus en plus et retrouvé avec jubilation Amelia Peabody. Et bien d'autres choses.
J'ai aussi lu 3 livres qui ne sont pas des romans : Prenez le temps d'e-penser de Bruce Benaram ; Le grand roman des maths de Michaël Launay et Les lois naturelles de l'enfant de Cécile Alvarez. Je ne les ai pas tous chroniqués ici, mais j'ai réellement apprécié de ne pas  lire QUE des romans. Ces coupures "essais, documentaires, ..." m'ont appris plein de choses.


En 2019, je me souhaite plein de choses. Mais plus particulièrement :

  • Relire mon autre coup de cœur absolu avec Anna Karenine : Jane Eyre de Charlotte Brontë. J'en suis déjà fébrile!
  • Continuer à lire régulièrement malgré l'emploi du temps chargé et la fatigue. En toute honnêteté, j'aimerais vraiment lire plus. Je suis un brin frustrée de mon rythme irrégulier. Je peux parfois engloutir des pages et à d'autres moments traîner un roman durant des semaines. J'aimerais que ce rythme soit plus stable.
  • Poursuivre mes lectures offertes avec mes enfants. Je leur lis des livres depuis toujours bien sûr, mais maintenant on lit des livres "pour plus grands" ensemble (Comtesse de Ségur, Roald Dahl, etc ...). Un chapitre par ci par là. Des moments que j'affectionne.
  • Continuer à lire 2 ou 3 livres dans l'année qui ne sont pas des romans : essais, biographies, documentaires, ... 
J'ai pris le temps de parcourir ma PAL. Parmi les étagères de ma bibliothèque, quelques envies de lecture se peaufinent. Vous croiserez sûrement sur mon blog en 2019 : Watership down, Illusions perdues, Gabriële, Bleu de Sèvres, Martin Eden, La nuit du bûcher, La marche de Radetsky, Dark Island, Le lys de Brooklyn, Le maître des illusions, Kristin Lavransdatter, ... Mais aussi un Joyce Carol Oates, un Jules Verne, un Laura Kasischke, un Daphné du Maurier, .... Bref, quand je vous dis que je rêverais de LIRE PLUS!!


Je vous souhaite (un peu en avance) une année 2019 pleine de belles lectures!

Le son du vent dans les blés

 Loin de la foule déchaînée
Thomas Hardy
Archi poche, édition collector, 2017.

Jeune femme d’une grande beauté et au caractère impétueux, Bathsheba Everdene hérite à vingt ans d’un beau domaine, qu’elle dirige seule. Quand un incendie se déclare dans sa propriété, un ancien soupirant ayant connu des revers de fortune, Gabriel Oak, apporte une aide précieuse pour sauver ses récoltes. Elle lui procure un emploi parmi ses gens, mais devient l’élue de deux autres prétendants, bien décidés à obtenir sa main.

Je rêve littéralement de ce roman depuis de nombreux mois. Je l'ai longtemps observé, guetté, cherché au détour d'un rayon de librairie. Certains soirs, si je l'avais eu sous la main, je l'aurai attaqué direct ... comme une soif intense à étancher immédiatement. Je l'ai enfin acheté le mois dernier et je l'ai lu. Thomas Hardy est un de mes auteurs favoris depuis ma lecture de Jude l'obscur il y a quelques années. Loin de la foule déchaînée n'arrive pas au niveau de Jude l'obscur, mais j'ai cependant adoré ce roman. Ce que j'aime chez Hardy, ce sont les champs de blé, les grands espaces, les forêts, les ruisseaux. Hardy aime la campagne anglaise et chaque page nous le prouve. J'aime aussi son analyse de l'esprit humain. Ces personnages sont toujours complexes, pleins de doutes et de contradictions. Hardy ne tombe pas dans la facilité. Loin de la foule déchaînée nous offre encore des personnages difficiles à comprendre. Il est impossible de les catégoriser. Ceux qui semblent bons ne le restent pas forcément. Quant aux personnages négatifs, ils apparaissent toujours bien plus profonds qu'on ne le pensait au départ. Bathsheba pourrait passer pour capricieuse, alors que c'est une femme indépendante et moderne. Troy pourrait passer pour un égoïste sans scrupule alors qu'il s'avère aussi émouvant, bouleversant et même tendre. Le personnage sublime de ce roman reste Gabriel Oak pour moi. Cet homme doux, intelligent, honnête est un bijou de la littérature. La relation qu'il entretient avec Bathsheba est juste, vraie, humaine
J'ai totalement embarqué dans cette histoire. J'en ignorais totalement le dénouement, je suis donc restée en apnée jusqu'à la dernière ligne. 
Même si je reconnais, comme pour Le maire de Casterbridge, une qualité d'écriture moins transcendante que pour Jude l'obscur, je reste à genou devant le génie de Thomas Hardy. J'aime son univers à la fois rude et doux, j'aime ses ambiances, ses descriptions, ses personnages. j'ai refermé ce livre des images plein la tête. Un roman à lire absolument!

A peine le roman refermé, j'ai visionné l'adaptation cinématographique avec Carey Mulligan. Ce film est sublime et met parfaitement en image l'histoire de Thomas Hardy. A voir absolument!

" Parmi les nombreux devoirs que Bathsheba s’était imposés en ne prenant pas d’intendant se trouvait celui de faire chaque soir une tournée dans la propriété, afin de s’assurer que chaque chose se trouvait bien en sûreté pour la nuit. Gabriel l’avait presque toujours précédée dans cette ronde, veillant sur les intérêts de la jeune fille aussi strictement qu’aurait pu le faire un homme préposé à cet effet ; mais son tendre dévouement était en grande partie inconnu de la fermière, ou, du moins, accepté sans gratitude. Les femmes ne cessent de déplorer l’inconstance du sexe fort ; mais elles semblent se rire de sa fidélité. " 
(Photos : Romanza2018)

Mieux vaut tard que jamais

Gloire tardive
Arthur Schnitzler
Livre de poche, biblio, 2017.


La vie du vieux fonctionnaire Edouard Saxberger bascule le jour où un inconnu frappe à sa porte. Un jeune poète vient lui dire son admiration et celle de ses camarades pour l'unique œuvre lyrique qu’il a publiée jadis... Ramené au souvenir de ses lointaines ambitions, grisé par ce groupe qui l'adule et l'invite à rejoindre son cercle, Saxberger oscille entre le rêve de débuter une nouvelle carrière littéraire et la tentation de retrouver la « sourde et molle quiétude » de son existence bourgeoise.

Dans ce texte inédit récemment découvert, Schnitzler fait le portrait d'un vieil homme tourmenté par l'impossible désir de rajeunir, en même temps qu'il brosse le tableau drôle et impitoyable d'un microcosme artistique plus actuel qu'il n'y paraît, où règnent la prétention, la vacuité, la mesquinerie et l'obsession de la publicité.

D'Arthur Schnitzler, je n'avais lu que le sublime Mademoiselle Else. J'ai retrouvé avec plaisir la plume délicate de l'écrivain allemand. Même si Gloire tardive ne m'a tenue en haleine aussi bien que Mademoiselle Else, j'ai dégusté ce court roman. L'histoire d'Edouard Saxberger est touchante. J'ai aimé la critique fine et sensible de Schnitzler sur ce monde de paraître et de faux semblants. Le personnage de mademoiselle Gasteiner est délicieusement énervant et exaspérant. Ce monde qui se complaît dans l'autosatisfaction est merveilleusement bien décrit. On suit avec tendresse Saxberger dans cette gloire tardive qui vient bousculer son train-train. Cette histoire m'a rappelé, en bien moins tragique, l'histoire du vieux professeur de L'ange bleu qui chamboule toute sa vie pour les beaux yeux de Marlene Dietrich. Saxberger est moins passionné, moins romantique que le professeur du film, il ne se laisse pas longtemps berner par les artifices de ses nouveaux amis. Cependant, l'image de cet homme tranquille bousculé dans ses habitudes et sa routine est assez similaire. 
Un roman de qualité à découvrir. Je compte lire très vite Vienne au crépuscule qui me fait terriblement envie.
" C'est toujours la même chose. Au début on se contente du plaisir que l'on prend à créer et de l'approbation des rares personnes qui nous comprennent. Mais en cours de route quand on voit tout qui monte à côté de soi, tout ce qui se fait un nom, et même, accède à la célébrité, on en vient à se dire qu'il serait même bon d'être enfin écouté et reconnu à son tout. Mais à partir de là, gare aux déceptions ! La jalousie de ceux qui n'ont aucun talent, la superficialité et la malveillance des critiques et surtout l'effroyable indifférence de la multitude. On finit par se sentir las, las, las. On aurait encore beaucoup à dire mais personne ne veut écouter et on finit par oublier qu’on été soi-même l'un de ceux qui voyaient grand, qui avaient peut-être créé quelque chose de grand ".
(Photos : Romanza2018)

mercredi 14 novembre 2018

Mes trois dernières lectures

Une fois n'est pas coutume, voici un rapide avis de mes trois dernières lectures : Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig, Le secret de lady Audley de Mary Elizabeth Braddon et Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai.


Juste avant le bonheur - Agnès Ledig 

Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fées. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui sourire. Ému par leur situation, un homme les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. Tant de générosité après des années de galère : Julie reste méfiante, elle n’a pas l’habitude. Mais pour Lulu, pour voir la mer et faire des châteaux de sable, elle pourrait bien saisir cette main qui se tend…

Je ne m'attendais à rien de particulier en commençant ce roman que l'on m'a offert récemment. Je l'ai finalement dévoré. Si j'ai adoré la première moitié du livre, la seconde a manqué selon moi de simplicité et de réalisme. Les premières pages m'ont par contre transportée. J'ai aimé ces pages au bord de la mer, cette description des petits bonheurs simples, cet amour qui unit Julie et Lulu. Mon cœur a vraiment été touchée et j'ai aimé les personnages de ce roman. A partir de l' "événement marquant" qui a lieu au milieu du roman, j'ai été étrangement plus distante face au texte. 
Un joli roman, une plume simple. A découvrir!


Le secret de lady Audley - Mary Elizabeth Braddon

Après trois années à chercher fortune en Australie, George Talboys est de retour au pays. Accueilli par son ami Robert Audley, avocat, il s'apprête à retrouver sa femme Helen, quand il apprend que celle-ci est mystérieusement décédée. À Audley Court, la propriété familiale où Robert a invité son ami, d'autres événements curieux se produisent. La tante de Robert, Lady Audley, évite de croiser George. Lequel, après s'être fait montrer un portrait d'elle, disparaît brusquement. Presque aussitôt, Lady Audley se rend à Londres pour mettre la main sur les lettres d'Helen... ; lancé à ses trousses, Robert ne trouve qu'un livre annoté de la main de celle-ci, dont l'écriture rappelle à s'y méprendre celle de Lady Audley...

J'ai pris beaucoup de plaisir, durant cette saison d'automne, à me blottir près de la cheminée pour lire ce roman victorien. Même si Wilkie Collins est bien supérieur à Mary Elizabeth Braddon, les péripéties de Lady Audley m'ont beaucoup divertie. A cause d'une quatrième de couverture trop bavarde (et surtout mensongère), j'ai su très vite le pourquoi du comment de l'intrigue. Cela ne m'a pas empêchée de plonger dans cette sombre histoire. Le personnage principal est assez caricatural mais surtout drôle et touchant. J'ai trouvé Lady Audley diabolique à souhait. Un chassé-croisé très efficace, un roman au charme désuet passionnant.
A lire ... surtout pour les amateurs du genre.


Titus n'aimait pas Bérénice - Nathalie Azoulai

Titus n'aimait pas Bérénice alors que Bérénice pensait qu'il l'aimait. Titus est empereur de Rome, Bérénice, reine de Palestine. Ils vivent et s'aiment au Ie siècle après Jésus-Christ. Racine, entre autres, raconte leur histoire au XVIIe siècle. Mais cette histoire est actuelle : Titus quitte Bérénice dans un café. Dans les jours qui suivent, Bérénice décide de revenir à la source, de lire tout Racine, de chercher à comprendre ce qu'il a été, un janséniste, un bourgeois, un courtisan. Comment un homme comme lui a-t-il pu écrire une histoire comme ça ? Entre Port-Royal et Versailles, Racine devient le partenaire d'une convalescence où affleure la seule vérité qui vaille : si Titus la quitte, c'est qu'il ne l'aime pas comme elle l'aime. Mais c'est très long et très compliqué d'en arriver à une conclusion aussi simple.

J'ai, comme beaucoup d'étudiants en Lettres, dévoré les tragédies de Racine vers l'âge de 20 ans. J'avais appris par cœur une réplique de Phèdre et je la récitais souvent avec passion. Découvrir la vie de ce grand auteur a été un vrai régal. Les mots de Nathalie Azoulai sont emprunts de respect. Elle nous parle de Racine tout en gardant beaucoup de discrétion, presque de distance. J'ai retrouvé avec bonheur l'époque moderne, Louis XIV, Versailles, le théâtre. J'ai, par contre, peu accroché à l'histoire de la Bérénice moderne. J'aurais presque aimé un roman qui ne parle que de l'histoire de Racine. Je n'ai pas compris la passerelle entre les deux histoires et je n'y ai pas été sensible
Un roman très bien écrit, fin et intelligent qui donne envie de se précipiter sur l'oeuvre de Racine. 

(Photos : Romanza2018)