mercredi 24 juin 2020

" Les étoiles sont vivantes, petite. Le savais-tu ? "

Les royaumes du Nord
A la croisée des mondes Tome 1
Philip Pullman 
Folio junior, 2007.


Pourquoi la jeune Lyra, élevée dans l'atmosphère confinée du prestigieux Jordan College, est-elle l'objet de tant d'attentions? De quelle mystérieuse mission est-elle investie? Lorsque son meilleur ami disparaît, victime des ravisseurs d'enfants qui opèrent dans le pays, elle se lance sur ses traces. Un périlleux voyage vers le Grand Nord, qui lui révélera ses extraordinaires pouvoirs et la conduira à la frontière d'un autre monde. 

Voilà de bien nombreuses années que la série culte de Philip Pullman est notée dans mon petit répertoire "livres à acheter". J'ai souvent tourné autour sans jamais me décider. Depuis l'an passé, je retrouve avec joie le bonheur de plonger de temps en temps dans un roman fantastique. Je me régale et voyage hors du temps avec ces histoires merveilleuses. 
J'ai beaucoup aimé Les royaumes du Nord. Dès les premières pages, j'ai littéralement embarqué avec la pétillante Lyra et son Daemon, Pantalaimon. Je reconnais avoir été un peu déstabilisée dans les premiers temps car Philip Pullman n'explique pas grand chose au lecteur et part du principe que ce dernier connaît déjà son univers ... ce qui n'est pas le cas. Il faut accepter d'avoir les informations par bribes. J'ai joué le jeu, si bien que cela ne m'a finalement pas dérangée. Au contraire, j'ai adoré faire partie de ce monde et être considérée comme un membre à part entière. 
Je me souviens d'une amie, lorsque j'étais adolescente, qui me parlait avec passion de ce texte qu'elle avait lu enfant. Je comprends que l'on se passionne pour un tel univers. Ce que j'ai particulièrement aimé et qui fait tout le génie de cette série est l'idée des Daemons. Mais quelle idée sublime! Imaginer que chaque être humain naît avec une âme qui prend la forme d'un animal qui le suit en permanence, qu'ils sont tous les deux liés par leurs émotions, leurs sensations, qu'ils s'aiment d'un amour hors du commun, .... J'ai littéralement adoré cet aspect du roman. Le fait que les Daemons changent de formes jusqu'à l'âge adulte est aussi une merveilleuse idée. La relation qui lie les personnes à leur Daemon m'a énormément émue. La scène du petit Tony ou celle de la guillotine m'ont percée le cœur. J'ai lu ces pages en apnée. 
Je suis assez scotchée par la qualité des romans jeunesse que je lis depuis quelques temps. Non pas que j'imaginais trouver une écriture sans valeur ou fade, mais je ne pensais pas avoir une plume si vive, efficace, de la complexité, de la nuance, des thèmes parfois durs, ... Que ce soit avec La Passe-miroir l'an passé et aujourd'hui avec A la croisée du monde, je suis agréablement surprise de lire ces textes ... comme une adulte. Je ne me mets pas du tout dans la peau d'une jeune lectrice. Je lis pleinement, totalement ... comme une maman de 34 ans. 
Les royaumes du Nord est un hymne à l'enfance. L'univers de ce roman est fabuleux. J'ai aimé Lyra et Pantalaimon, je suis extrêmement intriguée par Lord Asriel, par la Poussière, par cet autre monde inconnu, ... j'ai hâte de connaître la suite. 
Les tomes 2 et 3 sont commandés! 
" La lune s'était couchée entre-temps, et le ciel, au sud, était d'un noir absolu, malgré les milliards d'étoiles qui le parsemaient, tels des diamants sur un drap de velours. Mais leur éclat ne pouvait rivaliser avec l'Aurore. Jamais Lyra ne l'avait vue aussi brillante, aussi dramatiquement belle ; à chaque saccade, chaque tremblement, de nouveaux miracles flamboyants dansaient dans le ciel.Derrière ce voile de lumière qui ne cessait de changer, cet autre monde, cette cité baignée de soleil apparaissait, nette et réelle. "
(Photos : Romanza2020)

jeudi 4 juin 2020

Tout ça grâce à un déplacement de fauteuil!

Le meurtre de Roger Ackroyd
Agatha Christie

Le masque, 1992.

Cela fait tout juste un an que le mari de Mrs Ferrars est mort. D'une gastrite aigüe. Enfin, c'est ce qu'il semble. Après tout, les symptômes de l'empoisonnement par l'arsenic sont presque les mêmes... Hier, Mrs Ferrars est morte à son tour. Une trop forte dose de véronal. Suicide ? Allons donc ! Elle était encore jeune et très riche... Et puis, aujourd'hui, Mr Ackroyd a été assassiné. Cette fois, le doute n'est pas permis. Mais pourquoi ? Bien sûr, Mrs Ferrars et Mr Ackroyd paraissaient fort bien s'entendre. Surtout depuis la mort du mari. Mais de là à dire... Non, ce n'est pas possible... En tout cas, ce n'est pas si simple...

Douzième Agatha Christie et toujours un plaisir!
A dire vrai, ma lecture de ce classique de la grande dame du crime a été faussée. Je connaissais LA révélation, ce "truc" qui fait de ce roman un texte si connu. Lors d'une conférence passionnante il y a quelques années sur l'histoire du roman policier, la conférencière avait révélé l'originalité du Meurtre de Roger Ackroyd et ainsi dévoilé le si précieux secret. Cependant, je me suis toujours dit que je lirai tout de même ce texte un jour. J'étais curieuse d'observer ce tour de force d'Agatha Christie. 
J'ai vraiment pris un grand plaisir à lire ce roman. Cela faisait un moment que je n'avais pas lu d'Agatha, alors que j'en lisais au moins un par an depuis de nombreuses années. Ce court roman fut un petit bonbon agréable à la fin de la journée. Après ma longue et parfois laborieuse lecture de Shirley, Le meurtre de Roger Ackroyd m'a fait du bien. Surtout en cette période de reprise de travail après le confinement. 
Je reconnais que j'aurais aimé ne pas connaître la révélation finale afin d'être autant scotchée que pour Le crime de l'Orient express par exemple. Ceci dit, le fait de connaître la vérité m'a permis d'observer les faits et gestes d'un certain personnage (ceux qui savent comprennent), de chercher les indices, analyser les détails. Je ne peux qu'être fascinée par Agatha Christie qui nous donne toujours toutes les billes mais arrive tout de même à nous surprendre. 
Un petit Christie mondialement célèbre qui n'a pas volé sa réputation. Un meurtre fascinant, une plume de génie, un régal de lecture. 
" S'il faut en croire Kipling,la devise de la gent mangouste tiendrait en quatre mots : Va, cherche et trouve.Et selon moi la mangouste conviendrait parfaitement comme emblème à ma soeur Caroline, à supposer qu'elle s'inventât des armoiries.Quant à la devise, le dernier mot suffirait. Caroline n'a jamais besoin d'aller nulle part: elle trouve.Sans bouger de chez elle ni faire le moindre effort.Comment s'y prend elle ? Je l'ignore mais c'est un fait: rien ne lui reste caché.Ou bien peu de choses. J'incline à croire que domestiques et livreurs lui servent d'agents de renseignements.Et quand elle sort, ce n'est pas pour aller aux nouvelles mais pour les diffuser- autre de ses talents qu'elle exerce avec un brio confondant."
 (Photos : Romanza2020)


Caroline et Shirley

Shirley
Charlotte Brontë

Archipoche, 2018.


1812. Du fait des guerres napoléoniennes, la province du Yorkshire subit la première dépression industrielle de l'Histoire. Les temps sont durs, aussi bien pour les patrons que pour les ouvriers qui, menacés par l'apparition des machines-outils, fomentent une révolte. Robert Moore est l'un de ces industriels dont les filatures tournent à vide. La timide Caroline, sa cousine, est éprise de lui. Mais Robert est trop préoccupé par les émeutes et les ennuis financiers pour songer à un mariage si peu lucratif.

Voici un roman que j'ai bien eu du mal à terminer!
J'aime Charlotte Brontë pour Jane Eyre. J'aime profondément ce personnage. J'ai une relation avec lui qui est exceptionnelle, unique. Je reconnais que d'autres romans sont bien mieux écrits que Jane Eyre, mais c'est cette femme, petit bout de personne chétive, peu gracieuse, intelligente et sensible, à qui je voue un véritable culte. Ouvrir un autre roman de Charlotte Brontë a été difficile. J'appréhendais beaucoup. Même si Shirley possède des qualités indéniables, j'y ai peu retrouver ce que j'aime dans Jane Eyre
Charlotte Brontë est, à mon sens, l'autrice d'une oeuvre majeure, les autres textes sont bien loin de Jane Eyre. Je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé Shirley. Mon intérêt a été parfois éveillé, notamment vers la fin qui m'a un peu réconciliée avec l'ensemble du roman. Shirley nous offre de très belles scènes et des pages féministes engagées très fortes. Ceci dit, le tout est long, bavard et très distant avec son lecteur. Je n'ai pas retrouvé la fougue et l'imagination de Jane EyreJe ne pense pas avoir été aveuglée par ma fascination pour Jane Eyre. Même si je n'avais jamais lu Charlotte Brontë avant de lire Shirley, j'aurais reconnu le manque de finesse et de richesse de ce texte. Shirley est plus pauvre ... c'est un fait.
Nous suivons dans Shirley deux personnages féminins intéressants : la douce et sage Caroline et la passionnée et engagée Shirley. Ces deux femmes vont s'aimer et s'entraider. J'ai aimé leur relation. J'ai aimé la gentillesse et la raison de Caroline. J'ai apprécié Shirley et son franc parler. L'oeuvre nous offre de jolis tableaux. Non dénuée d'humour, Charlotte Brontë se moque de la gente masculine, déconstruit les clichés. Dommage que le personnage masculin soit si insipide et le roman bien trop long. Si le roman ressemble à Nord et Sud de Gaskell dans son propos, la comparaison s'arrête là. Shirley n'a ni la profondeur ni le génie de Nord et Sud
Un texte à lire ... si on aime les romans anglais très lents. Ne vous attendez pas à trouver un roman passionnant et flamboyant comme Jane Eyre. Shirley est long et plein de défauts ... mais possède cependant un certain charme. 
" Une santé parfaite était un des bienfaits dont jouissait Shirley; elle n'était point nerveuse. De puissantes émotions pouvaient l'exciter et la dominer sans l'abattre: secouée et agitée pendant la tempête, elle retrouvait après l'orage sa fraîcheur et son dynamisme habituels. De même que chaque jour lui apportait ses stimulantes émotions, chaque nuit lui procurait un repos réparateur. Caroline la regardait en ce moment dormir, et lisait la sérénité de son âme dans la beauté et le calme heureux de son visage ".
(Photos : romanza2020)