vendredi 11 juillet 2008

Où il est question de l'importance d'être bon conteur ...

Contes de la Bécasse
Guy de Maupassant

Livre de poche, 2007.


Chez le vieux baron des Ravots qui ne pouvait plus chasser, une coutume existait, qu'on appelait le " conte de la bécasse". Lorsque chaque convive avait dégusté son oiseau, le cérémonial voulait qu'après avoir graissé toutes les têtes, le maître de maison tirât au sort celui qui seul aurait le privilège de s'en régaler. "L'élu du hasard croquait le crâne suiffé en le tenant par le nez et en poussant des exclamations de plaisir. Et chaque fois les dîneurs, levant leurs verres, buvaient à sa santé. Puis, quand il avait achevé le dernier, il devait sur l'ordre du baron, conter une histoire pour indemniser les déshérités." Ce sont ces récits normands que Maupassant réunit ici. Histoires savoureuses sans doute à l'image du dîner, facétieuses aussi, mais pourtant cruelles : la drôlerie s'assombrit de noirceur, le tragique se lie à la farce, et le pessimisme à la bouffonnerie.


Ah! L'écriture de Maupassant est toujours un régal! C'est frais, simple, humain. On en redemande. Ces petits contes n'arrivent pas à la hauteur du sublimissime Une vie ou encore de Pierre et Jean, mais j'ai beaucoup apprécié leur lecture. Ce livre est arrivé à un bon moment. Après ma lecture passionnée et bouleversante de Marie-Antoinette, j'avais besoin de quelque chose de court, de petites histoires qui s'enchaînent, pas prise de tête. J'ai été servi! On rit beaucoup (Ce cochon de Morin; Farce normande; ...), on pleure aussi (La folle; Un fils; La rempailleuse ...), on tremble (La peur) et souvent, on rit jaune (Pierrot; Aux champs). La plume de Maupassant est toujours aussi fine. A la fois cruelle et humaine, poétique et réaliste. Un bon petit livre à découvrir.

" Madame Lefèvre était une dame de campagne, une veuve, une de ces demi-paysannes à rubans et à chapeaux falbalas, de ces personnes qui parlent avec des cuirs, prennent en public des airs grandioses, et cachent une âme de brute prétencieuse sous des dehors comiques et chamarrés, comme elles dissimulent leurs grosses mains rouges sous des gants de soie écrue.
Elle avait pour servante une brave campagnarde toute simple, nommée Rose.
Les deux femmes habitaient une petite maison à volets verts, le long d'une route, en Normandie, au centre du pays de Caux."

(Pierrot in Contes de la Bécasse, Maupassant, livre de poche, 2007, p37)
(Source image : art-lor-marteau.blogspot.com)

4 commentaires:

Karine a dit…

C'est tentant... J'ai lu Bel Ami de Maupassant, et c'est vraiment bien aussi...

CALLIPRUNE a dit…

Quand je lis tes commentaires de livres, je suis toute intimidée à l'idée de devoir en faire pour le défi. Il va falloir que je m'entraîne sérieusement.
Bises et bonne semaine.

Romanza a dit…

Karine : J'ai beaucoup aimé "Bel ami"! Le plus complexe de Maupassant, je trouve!

Calliprune : Oh! Faut pas ma belle! Moi qui trouve que mes commentaires sont parfois un peu trop vides ... Tu me réconfortes!

R. Smith a dit…

Pour une fois, j'ai lu ce livre dans le cadre du lycée.
J'avais déjà eu affaire à Maupassant avec "Le Horla" qui m'avait paru relativement nébuleux, mais pas pour autant inintéressant.
Ces nouvelles datant de son jeune âge, je m'attendais à un recueil plus ou moins fade, écrit dans les règles de l'art et sans grande fantaisie, mais je fus agréablement surpris. Au point de le relire, chose rare avec un bouquin imposé.
D’une nouvelle à l’autre, Maupassant passe en revue un large éventail de ton, passant avec la facilité déconcertante qui lui est propre du dramatique au comique,de la noirceur à la lumière.
Bonne continuation.