lundi 3 mars 2008

Le monstre a faim donc il dévore

Au bonheur des dames
Emile Zola

Livre de poche, 2005


Octave Mouret affole les femmes de désir. Son grand magasin parisien, Au Bonheur des Dames, est un paradis pour les sens. Les tissus s'amoncellent, éblouissants, délicats, de faille ou de soie. Tout ce qu'une femme peut acheter en 1883, Octave Mouret le vend, avec des techniques révolutionnaires. Le succès est immense. Mais ce bazar est une catastrophe pour le quartier, les petits commerces meurent, les spéculations immobilières se multiplient. Et le personnel connaît une vie d'enfer. Denise échoue de Valognes dans cette fournaise, démunie mais tenace. Zola fait de la jeune fille et de son puissant patron amoureux d'elle le symbole du modernisme et des crises qu'il suscite. Zola plonge le lecteur dans un bain de foule érotique. Personne ne pourra plus entrer dans un grand magasin sans ressentir ce que Zola raconte avec génie : les fourmillements de la vie.


Ah! Comment expliquer Zola? Prendre un de ses romans, c'est se laisser engloutir dans un univers. Qu'il soit sombre ou attirant, on est absorbé. On glisse sans même lutter. C'est mon sixième Rougon-Macquart (il y a eu La terre, Le rêve, L'assomoir, Nana et La curée) et je ressens toujours cette sensation incroyable d'immersion. Je ne lis pas, je plonge dans ces mondes si particuliers du XIXème siècle que nous offre monsieur Zola.
Au bonheur des dames raconte l'avancée extraordinaire d'un grand magazin parisien. J'ai été partagée entre plusieurs sentiments. De la tristesse tout d'abord en voyant mourir les petits commerces. L'évocation de la lente agonie des petites boutiques entourant le Bonheur des dames est vraiment dure. Mais c'est aussi une sublimissime histoire. Celle de Denise. Elle m'a émue au possible. Denise, jeune fille pauvre sans attrait qui en parallèle du Bonheur des dames grandira, se développera jusqu'au triomphe.
Les mots de Zola sont toujours aussi parfaitement bien choisis, méticuleux. On n'imagine pas, on voit, on sens, on vit. Un pur plaisir. C'est une seconde vie qu'il nous offre avec ses horreurs et ses joies. Après avoir été la malheureuse Renée de La curée, la pure Angélique du Rêve, la bien malchanceuse Françoise dans La terre, la légère Nana et enfin, la pétillante Gervaise de L'assomoir, je suis devenue le temps de 550 pages et 3 jours, la si courageuse Denise. Cette jeune femme si simple et si magnifique qui se sacrifie pour ses frères quitte à vivre l'enfer.

Une magnifique histoire aussi cruelle que belle qu'il faut lire à tout pris ...

" - Servez à quelque chose, au moins ... Mettez ça sur vos épaules.

Denise, frappée au coeur, désespérant de jamais réussir dans la maison, était demeurée immobile, les mais ballantes. On allait la renvoyer sans doute, les enfants seraient sans pain. Le brouhaha de la foule bourdonnait dans sa tête, elle se sentait chanceler, les muscles meurtris d'avoir soulevé des brassées de vêtements, besogne de manoeuvre qu'elle n'avait jamais faite. Pourtant, il lui fallut obéir, elle dut laisser Marguerite draper le manteau sur elle, comme un mannequin."

(Au bonheur des dames, édition France loisirs, p164)


(Source de l'image : universalis.fr)

6 commentaires:

Karine a dit…

Avec tes commentaires, tu vas peut-être finir à peut-être me décider à peut-être lire Zola, dont le nom seul me fait freaker!!!!

florinette a dit…

Je la lirais certainement surtout que ce livre figure déjà dans ma PAL depuis un bon petit moment !

Praline a dit…

Je crois que ce fut mon premier contact avec Zola... et je suis devenue inconditionnelle !

Aileean a dit…

Ce livre a été et reste mon préféré dans l'oeuvre de Zola. J'ai d'ailleurs lu les mêmes que toi au début... C'est vrai que Zola a le don de nous faire aimer ses personnages et les femmes sont si bien décrites...

Matilda a dit…

Je te conseille de lire Pot-Bouille qui raconte l'arrivée d'Octave à Paris et que j'ai aimé à la folie ... je ne pensais pas pouvoir l'aimer plus La bête humaine et pourtant ...
Et dire que je n'ai pas pris de Zola avec moi ... enfer et damnation.

Romanza a dit…

Matilda : Je viens de me l'acheter "Pot-Bouille"!!