dimanche 20 mai 2012

" Cette enfant ne sera pas un ange ... "

Quand j'étais Jane Eyre
Sheila Kohler

 Quai Voltaire, 2012.

Sheila Kohler se glisse dans la tête de Charlotte Brontë et de son entourage afin de décrire les méandres de la création. Sans se départir du style cristallin de ses précédents ouvrages, elle restitue avec finesse le climat qui a donné naissance aux oeuvres des soeurs Brontë : Jane Eyre, bien sûr, mais aussi Les Hauts de Hurlevent et Agnes Grey, trois joyaux de la littérature anglaise (présentation de l'éditeur). 

Voilà un roman que je ne pouvais pas ne pas lire. Jane Eyre et moi, c'est une magnifique histoire d'amour. Il y a tellement de "JaneEyre-maniaks" sur la blogosphère (et ailleurs) que je ne vais pas m'étaler sur ce sublime roman. Je tenais seulement à vous dire que je ne pouvais que lire ce livre au titre si évocateur. C'était impossible de faire autrement. 
Emmené dans mes bagages pour mon week-end prolongé, j'ai lu rapidement ce roman qui me laisse au final un souvenir ... mitigé. 
La grande qualité de ce texte est de nous faire revivre, redécouvrir Jane Eyre. Quand on aime ce roman, rien que l'évocation d'une scène, du nom d'un lieu ou autre nous fait tomber en pâmoison. Sheila Kolher a réussi son pari : je veux relire Jane Eyre (... encore plus qu'avant!). J'ai aimé réentendre cette si splendide et envoûtante histoire et ce fut l'intérêt principal du roman ... en ce qui me concerne. Le second point que j'ai apprécié est celui de découvrir la vie des trois soeurs Brontë, de les voir vivre, discuter, s'aimer. Je ne connaissais rien de la vie de Charlotte à part l'existence   tumultueuse de son frère, sa relation avec ses soeurs, ses romans et son mariage tardif. Mais c'est de là que vient mon chagrin. C'est que je n'ai pas eu la sensation d'en apprendre davantage. Sheila Kohler survole. Son roman prend du début à la fin un ton de résumé. Et c'est bien dommage. J'en voulais davantage. Plus de détails, plus de sentiments, plus de pages. Je reste sur ma faim. Certes, j'ai appris à connaître un peu mieux ces trois soeurs que j'aime tant (surtout Anne, l'oubliée, qui m'avait beaucoup touchée avec son Agnes Grey et que j'ai hâte de retrouver dans La recluse de Wildfell hall), mais tout est trop simple (Charlotte écrit Jane Eyre en un clignement de cils ... tout va trop vite ... Elle est à la scène de la déclaration, que quelques pages plus tard, son roman est déjà achevé). Il manque un je-ne-sais-quoi de finesse, de profondeur. Cela tient peut-être à l'écriture que j'ai trouvé parfois un peu faible, contenant peu de subtilités. Autant certains passages (surtout ceux évoquant la création des soeurs) sont beaux et donnent envie de se jeter sur l'oeuvre des Brontë, autant d'autres ressemblent à de vulgaires résumés d'ouvrages biographiques lus par l'auteur. Il y a un manque de rigueur dans l'ensemble. 
Mais malgré cela, Sheila Kohler aime Charlotte, Emily et Anne et elle nous le fait sentir; nous le fait partager. Ce roman parfois maladroit reste une belle déclaration d'amour .. que je n'ai pu que comprendre. 
Un roman à lire pour retrouver un peu l'univers de Jane Eyre (il me semble indispensable de l'avoir lu avant de se lancer dans le texte de Sheila Kohler) et voir évoluer avec bonheur les soeurs Brontë mais qui manque cruellement de profondeur, qui survole plus qu'il ne renseigne, qui résume plus qu'il ne raconte ... 

" Dans sa lettre de refus, l'éditeur trouvait que l'intrigue manquait de ressort. Elle lui en donnera. Elle lui donnera du mystère. Elle resserrera, plongera dans l'action avec le minimum d'explications. Surtout, pas de lamentations. Elle laissera parler sa rage contre l'injustice, l'arrogance, les faux dévots, les exploiteurs. 
Elle travaille la première scène, écrit vite, tout se dessine vivement, le tableau d'abord flou émerge rapidement de l'obscurité de son esprit, de la pénombre de la pièce : la grise et pluvieuse journée de novembre, les mots si durs pour l'enfant ... "
(Quand j'étais Jane Eyre, Sheila Kohler, Quai Voltaire, 2012, page 35)



(Source image : soeursbronte.wordpress.com)

mercredi 16 mai 2012

Respirez, expirez!


On profite du week-end prolongé pour aller se vider l'esprit ... Rien de tel pour oublier les cartons, la peinture et autres hostilités 
... 
4 jours de lectures, de balades, de partages et de découvertes.


mardi 15 mai 2012

Têtue comme une Bette!

La cousine Bette
Honoré de Balzac
Challenge Gilmore girls


Livre de poche, 1997.

Lisbeth Fischer, surnommée la cousine Bette est appelée à Paris par Adeline Hulot (sa cousine), femme admirable qui supporte les infidélités de son vieux mari le baron Hulot, libertin éperdu. Aigrie, laide, sèche, maladivement jalouse d’Adeline et de sa beauté, Lisbeth s’acharnera au malheur de la baronne Hulot et de sa fille Hortense.
wikipedia.org

Mon déménagement m'ayant pris quasiment tout mon temps depuis 1 mois, j'ai lu ce roman à une vitesse d'escargot sous morphine. Pourtant, mes amis, ce fut du grand Balzac! J'ai aimé partagé 1 mois de ma vie avec tous les personnages de ce succulent roman et ce fut un plaisir d'ouvrir La cousine Bette même pour 3 minutes. 
Je crois bien qu'avec Le père Goriot et Eugénie Grandet, La cousine Bette a une place de choix dans mon Panthéon balzacien. Ce roman se lit à la fois comme un drame et comme un vaudeville. On est bouleversé, ça remue les tripes, on se rebelle, on crie à l'injustice, mais on rit aussi, on excuse, on pardonne. Mari infidèle, maîtresses aux multiples amants, épouse trompée, pièges sournois, plans diaboliques, alliances improbables ... Bref! Il s'en passe des choses chez Balzac. 
L'histoire de la pauvre Adeline Hulot m'a attristée comme jamais. Certes, elle est un peu bornée dans sa fidélité et sa compréhension (ce qui n'arrange pas sa situation), mais elle est si bonne et aimante qu'on lui pardonne bien vite et on est réellement ému par ce qui lui arrive. La fin m'a laissée toute chagrinée (ou totalement en colère ... ça dépend de quel personnage je parle!).
Bette n'est en fait qu'une ombre planant sur le roman. C'est un personnage physiquement assez absent mais qui pourtant a un rôle déterminant. Avec Valérie Marneffe (Quel démon! Mais quel classe, quelle intelligence!), Bette est celle qui fera tout pour détruire la famille Hulot et se hisser au-dessus d'elle. Jalouse depuis l'enfance de la belle et pieuse Adeline, elle ne rêve que de se venger de celle qui a tout, beauté, richesse, vertus. J'ai été assez compréhensive vis à vis de la cousine Bette. Certes, c'est une femme cruelle et égoïste, mais j'ai ressenti de l'empathie pour elle surtout lorsqu'on lui retire sa seule joie au début du roman, le comte Wenceslaw. 
C'est un roman vraiment palpitant qui nous met dans plusieurs états différents. On passe de la colère en voyant l'attitude de cet obsédé de baron Hulot, puis nous versons une larme devant la fidélité d'Adeline. On hait cette peste de Valérie pour ensuite la plaindre et l'absoudre ... Du très grand Balzac, je vous dis! 
Chose incroyable (pourquoi incroyable d'ailleurs? Après tout, Balzac est un précurseur), Balzac parle ouvertement de sexualité, de sensualité dans ce texte. Je dirai même qu'il ne s'agit QUE de ça. La question du sexe jalonne La cousine Bette (sans vilain jeu de mot). Le baron Hulot est un DSK en puissance, Bette (disons-le clairement) une frustrée,  Adeline une frigide, Valérie ..... (aucun terme élégant ne me vient à l'esprit ... passons!) ... Bref, Balzac nous conte une véritable et gigantesque histoire de ... sexe. Mais attention, c'est joliment dit, c'est bien tourné, ce n'est qu'en sous-entendus adroits et délicats. C'est grandiose!
Balzac n'en finira jamais de me surprendre. C'est la 11ème fois que je le lis et il me fait toujours autant rire, pleurer, crier. Chapeau bas!

Ces malheurs de famille, la disgrâce du baron Hulot, une certitude d'être peu de chose dans cet immense mouvement d'hommes, d'intérêts et d'affaires, qui fait de Paris un enfer et un paradis, domptèrent la Bette. Cette fille perdit alors toute idée de lutte et de comparaison avec sa cousine, après en avoir senti les diverses supériorités ; mais l'envie resta cachée dans le fond du coeur, comme un germe de peste qui peut éclore et ravager une ville, si l'on ouvre le fatal ballot de laine où il est comprimé. De temps en temps, elle se disait bien : "- Adeline et moi, nous sommes du même sang, nos pères étaient frères, elle est dans un hôtel et je suis dans une mansarde." Mais, tous les ans, à sa fête et au jour de l'An, Lisbeth recevait des cadeaux de la baronne et du baron ; le baron, excellent pour elle, lui payait son bois pour l'hiver ; le vieux général Hulot [frère du baron] la recevait un jour à dîner, son couvert était toujours mis chez sa cousine. On se moquait bien d'elle mais on n'en rougissait jamais. On lui avait enfin procuré son indépendance à Paris, où elle vivait à sa guise."
(La cousine Bette, Balzac, livre de poche, 97)


(Source image : maisonarts.forumgratuit.org)

lundi 14 mai 2012

L'Art dans tous ses états ...

Avec l'arrivée du printemps, l'envie de m'inscrire à un petit challenge m'a titillée ... surtout en voyant la sublime idée de Shelbylee


Toutes les infos ICI 
Je possède Le rêve Botticelli dans ma bibliothèque ... ça tombe bien! On verra si d'autres romans me sauteront innocemment dans les bras ... 

- Le rêve Botticelli de Sophie Chauveau (Lu!)

Bonnes lectures à tous ... 



dimanche 13 mai 2012

TOC! TOC! TOC! Qui est là?

Perdu? Retrouvé!
Oliver Jeffers

Kaleidoscope, 2005.

Si vous trouvez un jour un pingouin devant votre porte, réfléchissez bien avant de le raccompagner chez lui, au Pôle Nord. L'oiseau a peut-être une autre envie derrière la tête...


Voici le second livre que je présente dans la rubrique La bibliothèque de Romanzino. Après La grande ourse d'Ikomo, voilà Perdu? Retrouvé!, un petit bijou parlant d'amitié, de solitude et de voyages. 
 Un petit garçon trouve un pingouin devant sa porte. Il décide de le raccompagner jusqu'au Pôle Nord ... mais le pingouin désire t-il réellement rentrer chez lui?


Les illustrations de ce livre sont tout simplement sublimes. J'aimerai pouvoir les avoir sur toile pour orner les murs de la chambre de Romanzino. Un régal pour les yeux. L'histoire est tout autant magnifique. Un brin d'humour, une bonne dose de poésie et un soupçon d'aventure font de ce livre un pur moment de douceur. L'histoire de ce petit pingouin et de ce garçon est très touchante. On a le coeur qui se serre à la fin. C'est beau tout simplement! Deux petites êtres solitaires vont se trouver et s'aimer. 
A lire à nos bambins de toute urgence ... ou à lire ... juste pour nous! 

 (Sources images : amazon.fr ; momes.net ; leslecturesdekik.blogspot.com)

samedi 5 mai 2012

Je suis toujours en vie ...

... J'ai juste déménagé ... Je vis donc dans les cartons et autres joyeusetés ... Après une semaine bien chargée, je vais pouvoir enfin me poser ... Je vous reviens quand j'aurai terminé La cousine Bette de Monsieur Balzac ... Malheureusement délaissé depuis quelques jours ...

lundi 9 avril 2012

C'est une vérité universellement reconnue qu'un bon téléfilm met du baume au coeur

Orgueil et préjugés


Téléfilm de 1995 (BBC) en 6 parties de Sue Birtwistle et Simon Langton avec Jennifer Ehle et Colin Firth.


Voilà qu'hier soir (ainsi que toute la nuit), je me suis retrouvée seule, abandonnée par Romanzo. Qu'à cela ne tienne, je me suis faite une soirée délicieuse en regardant pour la énième fois Orgueil et préjugés (1995). Cela faisait bien plus d'un an (depuis la naissance de Romanzino en fait) que je ne m'étais pas laissée bercer par l'histoire de Lizzie et Darcy .... Et, ah lalalala, ça fait un bien fou! 
Calée dans mon lit, je me suis régalée durant 6 heures de ce petit bijou austinien. 

J'ai seulement évoqué ce téléfilm ici, mais je n'en ai jamais réellement parlé. Pour moi, jaser sur ce film équivaut à parler d'un roman que j'ai adoré. C'est à la fois indispensable et totalement impossible. Je sais bien qu'en décidant d'écrire sur cette adaptation, je finirais frustrée et déçue, mais bien lucide, sachant que ce que j'ai écrit ne représente qu'un quart de ce que je ressens. 


Cette série est une merveille. On relit les mots de Jane Austen à chaque dialogue, redécouvre les descriptions dans chaque paysage, on sourit des mêmes scènes, on pleure aux mêmes instants. Cette adaptation est un cri d'amour. Un amour infini pour l'univers de Jane Austen. Les réalisateurs ont tout compris. Sa délicatesse, sa satire, son ironie, sa passion, son amour pour ses héros, son humour, son romantisme ... 


La réussite de ce téléfilm tient aussi au jeu incroyable des acteurs. En commençant par les deux héros : Elizabeth Bennett et Mr. Darcy. 
Je trouve le choix de ces acteurs tout simplement parfait. On a souvent reproché à Jennifer Ehle de ne pas être assez jeune et jolie pour le rôle. Je trouve, pour ma part, cela faux. Jennifer Ehle est une beauté passionnée aux yeux expressifs, s'illuminant à chacun de ses sentiments. Elle est pour moi parfaite. Une beauté sans défaut n'aurait pas pu être Lizzie. Darcy ne tombe pas sous son charme dès le premier regard, il n'y a pas de coup de foudre entre eux. Lizzie est d'une beauté discrète remarquée par les esprits intelligents ... comme elle. 
Et Colin Firth! Que dire? C'est LE Darcy de Jane Austen. Pas moins. Son génie vient surtout de son regard. Pas besoin de mots, on suit le cheminement de ses sentiments par son regard. L'indifférence, puis l'intérêt, l'admiration, l'amusement, le trouble, l'amour. La scène la plus parlante est bien entendu lorsque Lizzie est au piano avec Georgiana. Tout est dit. Cette scène est sublime. Non, pas de longs baisers fougueux ou de déclaration échevelée au soleil couchant. Pas un mot, juste un regard. Tout le talent de Colin Firth est dans cette scène. Et bien sûr c'est un parfait Darcy car les bottes empires lui vont à merveille, qu'il porte la chemise mouillée comme personne et qu'un homme se remettant autant en question pour une jeune femme le vaut bien ... 
Les autres personnages sont également magnifiques. Une Mrs Bennett exaspérante, un Mr Bennett ironique et soucieux, un Mr Collins repoussant à souhait, des soeurs Bingley que je claquerai bien et les autres. Seule Jane Bennett est à mon sens physiquement fade par rapport à Lizzie. Elle est normalement plus belle que sa soeur cadette, pourtant je trouve l'actrice assez laide. Je suis d'accord avec Lou qui lui trouve un air "bovin" ... Mais le rôle est, c'est vrai, très bien joué. C'est une Jane douce et généreuse comme dans le roman.


Je pense que je pourrais parler assez longtemps de cette adaptation en ayant par la même l'impression de ne parler pour rien dire. Je vais donc m'arrêter là. Je ne peux que conseiller à tous les amoureux de Jane Austen de déguster cette délicieuse série. C'est un véritable plongeon dans l'univers d'Orgueil et préjugés qui nous donne envie de se précipiter sur le roman (d'ailleurs, j'en ai relu des passages après). Les échanges entre Darcy et Lizzie sont parfaits et on pourrait rester à les écouter durant des heures ... Que du bon, que du Austen, que du Darcy ... 
Tiens, je la regarderai bien encore pour la peine .... 

(Source images : leslecturesdecachou.overblog.com ; jacobinette.com ; seventhartists.skyrock.com ; bazar-de-la-litterature.cowblog.fr)

jeudi 5 avril 2012

" Parce que rien de ce qui se passe entre des êtres humains n'est simple et qu'il est impossible de parler d'êtres humains sans les simplifier ou en donner une image déformée. "

 Nous étions les Mulvaney
Joyce Carol Oates


La cosmopolite Stock, 2010.

A Mont-Ephraim, petite ville des Etats-Unis située dans l'Etat de New York, vit une famille pas comme les autres : les Mulvaney. Au milieu des animaux, ils cohabitent dans une ferme respirant le bonheur, où les corvées elles-mêmes sont vécues de manière cocasse, offrant ainsi aux autres l'image d'une famille parfaite, comme chacun rêverait d'en avoir. Jusqu'à cette nuit de 1976 où le rêve vire au cauchemar... Une soirée de Saint-Valentin arrosée. Un cavalier douteux. Des souvenirs flous et contradictoires. Le regard des autres qui change. La honte et le rejet. Un drame personnel qui devient un drame familial. En dressant le portrait de la dissolution d'une famille idéale, Joyce Carol Oates épingle l'hypocrisie d'une société où le paraître règne en maître et érige en roi les princes bien pensants ; où un sourire chaleureux cache souvent un secret malheureux ; où il faut se taire, au risque de briser l'éclat du rêve américain.


Je connais Joyce Carol Oates de nom depuis bien longtemps. Pourtant, jusqu'à maintenant je n'avais jamais ouvert un de ses romans. Pourquoi? Parce que d'autres écrivains me tentaient davantage. Mais il y a eu ma rencontre, par hasard, avec Bellefleur. Le propos de ce roman m'a tout de suite tentée, j'ai craqué, je me le suis offert. Mais Bellefleur est paraît-il un Oates assez difficile d'accès. J'ai donc profité de la proposition de lecture commune d'une amie désireuse de lire un roman d'Oates pour m'initier, grâce à un texte plus simple, à l'univers de cette auteure américaine. Notre choix s'est porté sur Nous étions les Mulvaney. C'est donc avec ce roman que s'est fait ma rencontre avec Joyce Carol Oates
En ce moment, j'ai la main très chanceuse. J'ai enchaîné plusieurs romans délicieux et Nous étions les Mulvaney n'a pas échappé à cette période de chance. Cette première rencontre avec Oates fut un réel bonheur. Cette lecture m'a profondément émue. 
Nous étions les Mulvaney fut d'abord la rencontre avec un style tout personnel, unique, particulier. Une écriture toute en finesse, très intime. Oates mêle les points de vue, les émotions, les pensées. Un style à la fois très littéraire et très oral. Les personnages sont si bien décrits, si bien mis en scène que je les ai vu (je le jure) évoluer devant mes yeux, bouger, parler, respirer. J'ai fait la connaissance de Marianne, de Mike, de Corinne et des autres. Je les ai connus. 
Je revois surtout Marianne. Ado parfaite avant le "drame" qui ne serait sûrement pas devenue mon amie (les stars du lycée, pompom girls et bonne élève ... très peu pour moi), puis jeune femme perdue, errante, douce, confiante, extrêmement touchante que j'avais envie de prendre dans mes bras comme une enfant. Et aussi le beau Mike junior, l'étrange Patrick, Judd l'oublié, Corinne magnifique dans les premières lignes puis exaspérante avec sa foi et sa passivité inébranlables et Mike père, l'homme blessé, que j'ai autant maudit que plaint. J'ai accompagné ces six personnages dans leur bonheur, comme dans leur détresse, je les ai soutenus, mais je ne les ai pas toujours compris. J'ai fait la route avec eux, pleine d'espoir, pleine de doutes aussi ... J'étais une Mulvaney
Joyce Carol Oates décrit à merveille, de façon terrible, déchirante, insoutenable, la descente en enfer de cette famille pourtant si heureuse, si soudée. C'est un roman profondément nostalgique où l'on sent la présence du passé, de l'avant, comme un coup de poignard, une aiguille constamment enfoncée dans la chair. La scène finale est là pour nous rappeler tout ce que la famille Mulvaney a perdu en 17 ans ... On a le coeur serré autant de chagrin que de joie. 
Un magnifique roman, une lecture "immersion" passionnante.
Une aventure qui démarre entre Joyce Carol Oates et moi et qui se poursuivra sans aucun doute. Je veux de nouveau qu'elle touille mon coeur à la petite cuillère ... 
A lire AB-SO-LU-MENT!

PS - Je sens que ce roman fait parti de ceux qui, plus le temps passe, plus ils prennent de la valeur. J'ai refermé ce livre il y a quelques heures et je sens que mon amour pour lui grandit de minute en minute ... 


" Corinne s'était mise à pleurer sans bruit, de cette façon Marianne se souvint pour la première fois depuis des années, comme pleurent les mères, silencieusement, en secret, afin de ne pas déranger. Si l'on pleure et que l'on vous entende, on pleure pour être entendu, mais les pleurs d'une mère sont exactement l'inverse, faits pour ne pas être entendus. En cet instant, pourtant, Corinne ne pouvait dissimuler ses larmes à ses enfants adultes. "
(Nous étions les Mulvaney, Oates, Stock, 2010, p 560)

(Source image : lexpress.fr)

mardi 3 avril 2012

Mon mois de Mars

Sur une jolie idée de Moka ... 


Avoir une semaine de congés / Et en profiter / Sortir en manche courte / Penser que le printemps est là / Et aimer ça / Choisir les peintures de mon futur (vrai) chez moi / Hésiter entre la couleur chocolat et la couleur cacao / Ne pas voir la différence entre les deux / Mais choisir chocolat / Aller au Salon du livre / Et dépenser / Apprécier de ne penser qu'à soi et de se faire plaisir durant toute une journée / Rentrer à la maison et ne pas cesser de toucher, sentir ces nouveaux livres qui s'installent dans ma bibliothèque / Trembler pour Sue Trinder / Déguster une gaufre au Nutella avec une bonne copine / Regarder Becoming Jane et pleurer / Me faire des bleus à la danse et aimer ça / Avoir l'impression d'être un peu sadique quand même / Se sentir proche de Suzy qui se bat pour garder sa dignité / Consoler mon fils après son premier bleu / Et être fier de lui / Lui faire découvrir Le petit Prince, La grenouille à grande bouche, Ikomo et la famille souris / Et voir ses yeux briller / Rigoler devant Les Simpsons / Puis pleurer la disparition de Stefan Zweig et le trouver incroyable / Se sentir au bout du rouleau, envahie par tout et tout le monde / Et relever la tête quelques minutes après / Déprimée de voir qu'il est 7h du matin un dimanche et que je suis déjà levée / Sourire en voyant la tête ébouriffée de mon fils qui se moque qu'il soit 7h du matin un dimanche / Oublier qu'il est 7h du matin un dimanche / Passer la journée dehors en balade / Etre heureuse de rentrer chez soi / Chercher le mystère de la dame en blanc / Essayer de se remettre à l'anglais / Faire semblant de tout comprendre / Mais être fière de soi quand même ... 

(Source image : sarah-kay.org)

dimanche 25 mars 2012

" La mouette a un cri étrange, on ne sait pas si elle pleure ou si elle rit. "

Nina par hasard
Michèle Lesbre

Sabine Wespieser éditeur, 2010.


Nina est apprentie coiffeuse à Roubaix. Sa mère, Susy, travaille dans une des dernières petites usines textiles du nord de la France. Dans l’univers clos de ces deux femmes, les hommes ne sont que des passions ravageuses pour la mère, des pères impossibles pour la fille. 
Avec son premier salaire, Nina a décidé de souhaiter son anniversaire à Susy en l’emmenant au bord de la mer. C’était sans compter avec Delplat, le patron cynique qui tous les vendredis vient « se faire rafraichir » au salon de coiffure, sans compter avec Legendre, le contremaître aux comportements sadiques, ni avec le naufrage des idéaux et des illusions dans le rude monde des adultes. Pourtant les bonheurs fugaces, les bals du dimanche, la belle solidarité des femmes et aussi Arnold, l’ami de Nina (qui lui montre les oiseaux et l'emmène au théâtre où elle rêve à une autre Nina, celle de La mouette), laissent ouvertes les portes d’un ailleurs possible…


J'ai reçu ce court roman en cadeau il y a environ 2 ans. C'est toujours un plaisir sans nom de recevoir un livre ... Mais étrangement, j'ai vite oublié ce roman et l'ai délaissé sur mes étagères. J'étais même persuadée, jusqu'à la semaine dernière, de posséder Le canapé rouge (le roman le plus connu de Michèle Lesbre) et non Nina par hasard. Je n'ai pas d'explications. C'est chose rare chez moi ... pourtant, ça arrive ... comme quoi! 
C'est le Salon du livre qui m'a donnée envie de reprendre le roman "mystère" de Michèle Lesbre dans ma bibliothèque. Je suis allée au salon, comme chaque année, avec une amie. Elle a fait une halte au stand de la magnifique édition Sabine Wespieser. Elle avait entendu parler de Michèle Lesbre et désirait s'offrir un de ses textes. Nous avons discuté avec une des dames tenant le stand. Cette dernière avait une vraie admiration pour les romans de Michèle Lesbre. Elle nous a parlé de chaque titre, c'était passionnant! Rentrée chez moi, je me suis précipitée vers le roman que je possédais. Surprise, il s'agissait de Nina par hasard. 
J'aime cette sensation de faire la connaissance d'une écriture, d'une sensibilité, d'un univers et de se rendre compte qu'une belle et longue histoire commence. J'ai aimé Nina par hasard. Il m'a touchée, m'a parlée, m'a émue. J'ai aimé cette plume simple mais incroyablement sensible. Ce ton entre la joie et la tristesse, entre l'amour des instants simples et la douleur des tragédies silencieuses et quotidiennes. 
Je ne saurai pas trop en réalité ce qui m'a tant plu dans ce texte. C'est quelque chose qui ne s'explique pas. Après le délicieux pavé de Sarah Waters, je ne m'attendais pas à être si enthousiaste après la lecture du petit roman de Michèle Lesbre. Et pourtant. Madame Lesbre parle vrai. Il y a le personnage magnifique de Susy, il y a l'union, l'amour de ces ouvrières prêtes à tout pour garder la tête haute, le doux Arnold, Louise la sensible, ...  Nina par hasard est un roman triste et pourtant, comme le dit si justement la quatrième de couverture, l'amour des moments simples de la vie est bien présent. J'ai aimé le ton doucement nostalgique, les souvenirs de petits instants en apparence anodins de Nina ... 
Un très beau roman ... dont j'ai du mal parler. Cette lecture fut toute personnelle.
Je sais que je vais très rapidement me procurer les autres romans de Michèle Lesbre aux noms devenus si enchanteurs pour moi : La petite trotteuse, Un lac immense et blanc, Sur le sable, .... 
Une belle histoire littéraire vient de commencer.

" La fille est apparue sur la scène, face au public, immobile, sous une colonne de lumière qui la tenait prisonnière. Elle est restée ainsi plusieurs minutes, des minutes qui nous donnaient une sorte de fièvre. Pendant un assez long moment, je n'ai pas entendu une phrase de son monologue. J'étais trop absorbée par cette présence, si seule, si exposée à nos yeux qui la dévoraient. Je l'enviais. J'enviais cette image qui me suffisait presque, qui me faisait penser à mon désir parfois d'être regardée ainsi, comme quelqu'un d'unique, de fragile, dont le mystère devrait émouvoir le monde entier. Je ne pouvais pas me concentrer sur ce qu'elle disait, tout en écoutant les mots comme de la musique. Aussi, sans même prêter une réelle attention aux paroles qu'elle prononçait, sans savoir de quoi il s'agissait, j'étais transportée d'émotion si intense que j'en frissonnais. "
(Nina par hasard, M. Lesbre, S. Wespieser, p79)

(Source image : Willy-Ronis-1938-Rose-Usine-Citroen-greve)