jeudi 12 mars 2015

" .... Par-delà ce que vous faites, je sais ce que vous êtes."

 Back street
Fanny Hurst


J'ai lu, 1969.
Ray Schmidt, l'héroïne, voue toute sa vie au riche Walter Saxel, qui a épousé Corinne, membre comme lui de la bonne société juive de Cincinnati de la fin du xixe siècle. Tandis que Walter, au fur et à mesure que sa fortune augmente, fait vivre femme et enfants dans l'opulence puis le luxe, il maintient sa maîtresse Ray dans une relative pauvreté, car elle est pour lui la compagne de ses débuts, celle qui l'aime "pour lui-même". (wikipedia.org)
J'ai préféré ne pas vous mettre la 4ème de couverture de l'édition J'ai lu, car on pourrait s'imaginer trouver l'histoire assez banale d'un adultère, la vie d'un homme et de la femme qu'il entretient. Ce résumé est mal tourné et faux sur plusieurs points. C'est pour cela que j'ai préféré ne pas le retranscrire.
Back street, roman américain tombé malheureusement dans l'oubli, est bien plus complexe qu'il n'y paraît. Nous faisons la connaissance de Ray, jeune femme fraîche et élégante. Ray est un personnage féminin assez atypique. Dans les premières lignes, je ne l'ai pas aimé. Telle une Scarlett O'Hara, elle séduit les hommes et revendique d'être une femme légère et frivole. Mais au bout de quelques pages, nous rencontrons la VRAIE Ray. Une jeune fille très mûre, intelligente et sensée. La différence entre ce que Ray fait et ce qu'elle pense est saisissant. Fanny Hurst maîtrise à merveille ce personnage complexe. Les pensées de Ray viennent régulièrement interrompre la narration et ainsi accentuer l'ambivalence entre ses actes et ses émotions intimes. Berta, sa demi-sœur, est son opposé. Douce, pure et innocente aux yeux de tous, elle sera capable de tromperies et de mensonges pour arriver à ses fins. Je n'ai pas toujours compris Ray, mais j'ai appris à la respecter et à l'aimer. Lorsqu'elle rencontre Walter Saxel, la pétillante Ray lâche tout et décide de devenir sa maîtresse. Je n'ai jamais compris la passion amoureuse capable de tout, même de l'oubli de soi, de ses valeurs, de ses émotions. Ray abandonne tout pour Walter. Certes, elle se pose beaucoup de questions, se rend compte de l'égoïsme de Walter, de la vie complètement en marge qu'elle mène, ... Aucune pensée négative n'est épargnée au lecteur. Pourtant, Ray reste. Elle vit dans l'ombre. Elle restera celle qui n'a rien, pas de choix, pas d'existence, pas de vie. J'ai plusieurs fois eu envie de me rebeller. Walter m'a exaspéré au plus haut point. Ce roman met assez mal à l'aise car on reste témoin de l'emprisonnement volontaire de Ray. Elle n'est pas violentée, séquestrée, harcelée, mais elle n'en est pas moins soumise et esclave d'un homme qui ne cherche que son propre bien-être.
Rien n'est caricaturé dans ce roman. La passion amoureuse est décrite de façon peu romanesque, Walter aime son épouse qui est belle et aimante, c'est également un père attentionné, Ray n'est pas une maîtresse jalouse et intéressée, ... D'un sujet mainte fois repris, Fanny Hurst écrit une histoire originale et nous offre un récit fin, travaillé et méticuleux.
Un joli roman extrêmement bien écrit et maîtrisé de bout en bout. A ressortir des étagères poussiéreuses des bouquinistes.  
Lecture commune avec Unlivre Unthé, son avis ici
" Elle sentait, cette vieille baraque, comme si elle était vivante, une odeur de corps humain. Ray avait beau asperger sa chambre avec de l'eau de Cologne, mettre des sachets de lavande sèche sous son oreiller, l’infection des corridors et des murs persistait comme une haleine vivante, et une haleine de veillard, aux dents gâtées ... chose horrible à penser, mais telles étaient les affreuses conditions d'existence à la pension Papatou. "
(Back street, Fanny Hurst, J'ai lu, 1969, p 397)

(Image : Intérieur de Caillebotte)

2 commentaires:

labibliothequedebenedicte a dit…

J'avoue que je ne connaissais pas du tout, ton billet me donne envie de le lire !

Fanny a dit…

Je l'ai justement sorti récemment d'une étagère poussiéreuse d'un bouquiniste !
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre mais visiblement j'ai eu une main heureuse ! Ton billet me donne envie de le lire au plus vite.