lundi 13 octobre 2008

Et la louve hurla ...

Antigone
Henri Bauchau
Actes Sud, Babel, 1999.


Antigone revient à Thèbes après la «disparition» de son père, Oedipe. Elle se doit d'empêcher la nouvelle tragédie qui se dessine. Etéocle et Polynice, ses deux frères, les deux jumeaux, l'un Nuit l'autre Jour, se détruisent pour le trône d'Athènes, ou alors est-ce pour avoir le droit d'exister. Tuer l'autre pour enfin vivre? C'est ce qu'ils croient et ce qu'Antigone veut empêcher ... Peut-on arrêter la machine infernale?

Antigone est un personnage qui m'a toujours fascinée. Je l'ai découverte d'abord grâce aux sublimes tragédies de Sophocle durant mes années lycées. Puis, j'ai lu Antigone d'Anouilh qui m'a bouleversée. J'avais la sensation de la connaître, d'être liée à elle tant sa souffrance et son combat étaient devenus les miens.
La version d'Henri Bauchau m'a encore un peu plus rapprochée de cette Antigone si passionnée et si humaine. Surtout que l'histoire commence bien avant celle de Sophocle ou d'Anouilh. Du coup, on apprend à la connaître plus en profondeur, de façon plus intime. On pleure avec elle, on rit, mais surtout on crie. Ce cri majestueux et douloureux qu'elle lance telle une louve privée de ses petits. Antigone, elle, est privée de sa vie, de sa liberté. Son tempérament la retient du côté du gouffre, inexorablement.
Une fin que j'ai trouvée sublime. Le parallèle Io/Antigone m'a beaucoup touchée. Un dénouement, certes attendu lorsqu'on connaît l'histoire, mais que j'ai trouvé original et magnifiquement poétique dans sa façon d'être transmis.
Un bien beau et passionnant moment qui mérite les frissons, les larmes intérieures et les sourires émus qui m'ont parfois échappée.


L'avis de Chiffonnette ...

«Il y a une colère, une étrange et brusque fureur qui grandit en traversant mon corps et va produire un cri. Le cri d'un enfant malingre, enfermé, abandonnée dans une cave et qui entrevoit, à travers les millénaires ténébreux, l'espérance, l'existence de la clarté. C'est le cri vers la lumière de ceux qui sont nés pour elle et qui en ont été indéfiniment exilés. Le cri progresse sauvagement en moi, il me déchire, il me brise sur un sol sans devenir et me force à verser les larmes les plus dures. Le cri, le crime, plane au-dessus de la ville et il n'est plus question de le retenir mais seulement de l'expulser en douleur et en vérité pendant tout le temps qu'il exigera pour naître.
Je suis perdue, plus perdue que jamais dans l'obscurité de mon existence mais je sens que je ne suis plus seule. Des gens, beaucoup de gens sont accourus à mon appel, certains pleurent avec moi, d'autres m'apportent une part de ce qu'ils croyaient à eux et ne peuvent plus garder.»

(Antigone, Bauchau, Babel)



(Source image : papouche.com)

4 commentaires:

Lilly a dit…

Je pense le lire dans les prochains mois à cause d'Erzébeth ;o)
Et bon retour sur la blogosphère !

Isil a dit…

J'ai beaucoup aimé la version d'Anouilh, je note donc.
Bon retour et longue vie à ta connection!

erzébeth a dit…

Nos lectures se rejoignent totalement... j'adhère parfaitement à ce que tu écris sur cette nouvelle Antigone. Peut-être faut-il effectivement aimer ce personnage avant de le retrouver chez Bauchau ? Et merci pour l'extrait, il est très beau !

Romanza a dit…

Lilly : Moi aussi c'est à cause d'Erzébeth ... grâce à Erzébeth, je dirai plutôt!

Isil : Merci!
Celle d'Anouilh est très réussie c'est vrai!

Erzébeth : Effectivement, je suis d'accord que lorsque l'on connait déjà Antigone, celle de Bauchau nous parle plus. La fin du roman est secondaire. Il vaut d'ailleurs mieux connaître la fin avant pour comprendre le fond même du caractère d'Antigone. Ne pas ce borné à l'intrigue mais ouvrir son esprit à Antigone.