mardi 16 juin 2015

" Du moins ai-je tenté de saisir ma vision et, si je n'y suis pas parvenue, j'aurai tout de même jeté mes filets dans la bonne direction."

Les vagues 
Virginia Woolf


Folio classique, 2012.

Tandis que les vagues déferlent sur le rivage, six voix s’élèvent en contrepoint, celles de trois filles et de trois garçons, qui parlent dans la solitude, se racontent, s’entrelacent, et pleurent la mort de leur ami Percival. 

Ce livre n’est pas dans le droit fil des ouvrages qui, de La Chambre de Jacob et Mrs Dalloway à Vers le Phare, puis des Années à Entre les actes, ont fait de Virginia Woolf la romancière la plus originale du XXe siècle anglais, mais une élégie, un poème en prose, où alternent souvenirs heureux et sombres de l’enfance, communions éphémères, rencontres manquées, amour de la vie et fascination de la mort. Chaque image fait surface un bref instant, à la manière de cet aileron entrevu un jour sur la mer vaste et vide, source de terreur et d’extase, que l’auteur s’efforce ici de capturer. Et les vagues, de leur grondement sourd et éternel, referment le livre comme elles l’avaient ouvert.

Ma première rencontre avec Virginia Woolf fut assez mitigée. Puis, il y a eu La promenade au phare et j'avais été éblouie par son écriture. Pourtant, je restais effrayée par les romans de Virginia Woolf. Tels des monuments inviolables, j'achetais ses romans sans jamais me décider à les lire. Ma main était tremblante lorsque j'ai ouvert Les vagues. Au bout de quelques lignes seulement, j'ai su que désormais je n'aurai plus jamais peur de Virginia Woolf. 
J'ai d'abord été surprise de lire ces pensées intérieures qui s'entremêlent, se répondent, s'opposent et s'épousent. Mais ma surprise a laissé place très rapidement à une immersion totale. Les vagues, c'est la beauté des mots, leur musique, leur force. Les phrases forment un chant murmuré à l'oreille et je me suis prise parfois à les lire à haute voix. On se laisse porter par la houle et le bruit des vagues. C'est beau. On lit, on écoute, on boit, on se nourrit. Virginia Woolf nous offre un texte incroyable. Je n'ai jamais rien lu de tel. Là où elle prouve son immense talent, c'est qu'elle aurait pu n'écrire qu'un long poème à la virtuosité et à la beauté parfaite, mais ce n'est pas que ça. En plus d'être captivée par la prouesse d'écriture, j'étais passionnée par l'histoire des six personnages, uniques, vivants, émouvants. Le sensible Neville, le complexé Louis, l'intellectuel Bernard, la maternelle Susan, la séduisante Jinny et Rhoda, l'oubliée. Autour d'eux, il y a Percival, le seul personnage qui ne s'exprime pas. Le récit n'est composé que de pensées intimes. Virginia Woolf sait comme personne mettre les mots sur les émotions les plus fines, les plus secrètes. Elle arrive à nommer l'indescriptible. Certains passages m'ont saisie tant ils arrivaient à mettre des mots sur des sensations pourtant impossibles à décrire. Comme le passage à l'âge adulte :
 " A présent, dit Bernard, l'heure est venue. Le jour est venu. Le fiacre est à la porte. Mon énorme malle fait plier les jambes arquées de George encore plus. L'odieuse cérémonie est terminée, les conseils, et les adieux dans le hall. A présent il y a cette cérémonie, gorge serrée, avec ma mère, cette cérémonie, échange de poignées de main, avec mon père ; il faut à présent continuer à faire au revoir de la main, continuer à faire au revoir, jusqu'à ce que nous prenions le virae. A présent cette cérémonie est terminée. Le Ciel soit loué, toutes les cérémonies sont terminées. Je suis seul ; je vais au collège pour la première fois. " (p61) 

Ou cette émotion si forte que l'on ressent en plongeant dans un autre monde, si bien qu'on peut le voir et le sentir rien qu'en l'imaginant : 
Voici un poème à propos d'une haie. Je vais y flâner et y cueillir des fleurs, la bryone verte et l'aubépine couleur de lune, les églantines et le lierre serpentin. Je les serrerai dans mes mains et les déposerai sur le bureau luisant. Je m’assoirai sur la rive tremblante de la rivière et je regarderai les nénuphars, larges et lumineux, qui jettent sur le chêne qui domine la haie les rayons de lune de leur laiteuse lumière. " (p91) 

C'est particulièrement difficile de parler de cette oeuvre complexe et sublime. Virginia Woolf  fouille notre esprit, nos pensées et arrive à les coucher sur le papier tout en gardant leur essence première. Au détour d'une page, elle nous immobilise par une phrase, un mot tellement juste que ça en devient presque douloureux. Florilège : 
"Mais regardez - il porte vivement la main derrière sa tête. C'est à cause de tels gestes qu'on tombe désespérément amoureux pour le reste de sa vie. " (p68) 
" J'ai cinquante ans, j'ai soixante ans à dépenser. Je n'ai pas encore puisé dans mon trésor. Je commence seulement. " (p90) 
" Dans un monde qui contient l'instant présent, dit Neville, pourquoi faire des distinctions? On ne devrait rien nommer de peur qu'en nommant quelque chose on ne le change. " (p121)

J'ai beaucoup pensé à Virginia Woolf en lisant Les vagues. J'ai eu du mal à me détacher de son image, assise à son bureau et écrivant, presque en transe, plongée dans son monde.
Une expérience littéraire unique, une prouesse d'écriture, une tempête émotionnelle ... Bref, une grosse claque!

Citation en titre de ce billet tiré du journal de Virgina Woolf au sujet des Vagues.

" J'ai perdu mon indifférence, mes yeux vides, mes yeux en forme d'amande qui voyaient jusqu'à la racine des choses. Je ne suis plus janvier, mai ou tout autre saison, mais je suis le fil fin tissé autour du berceau, qui enveloppe du cocon de ma chair les membres fragiles de mon bébé. Dors, dis-je, et je sens monter en moi une violence plus sauvage et plus sombre, qui me ferait d'un coup abattre tout intrus, tout voleur d'enfants, qui s'introduirait dans cette chambre et réveillerait le dormeur. "
(Les vagues, Virginia Woolf, folio classique, 2012, p224/225)


(Image : Peter Severin Kroyer, Summer evening on the beach)



dimanche 14 juin 2015

Tea time ... Carrot cake

Carrot cake

Je respecte la tradition et vous présente pour ce nouveau mois "british" une recette anglaise typique du tea time. 
L'année dernière, j'avais préparé un bread pudding, l'année d'avant des scones. Cette année, j'ai fait mon premier carrot cake et ce fut un régal. Je suis très fière de moi!


Simple à faire et succulente, cette recette est parfaite accompagnée d'un thé. J'ai dégusté ce gâteau avec mon fils qui a adoré ce goûter rigolo à base de carotte. C'est très frais, doux et peu sucré. 
J'ai juste modifié la recette sur la fin. Elle proposait de recouvrir tout le cake avec de la pâte d'amande. Je trouvais cela un peu lourd. J'ai préféré le napper légèrement du reste de mascarpone. 

Une petite part, un thé et Virginia Woolf ... 

Je vous donne la recette (en photo ci-dessous). Elle vient de ma bible culinaire pour les desserts. Ce livre est superbe. Toutes les recettes sont excellentes et les photographies "vintage" le rendent très agréable à feuilleter. Plusieurs recettes anglo-saxonnes et bien d'autres. Un achat à faire absolument.


Bonne continuation du mois anglais!

mardi 9 juin 2015

" ... la vie renfermait encore d'infinies possibilités de changement ".

Quatuor d'automne 
Barbara Pym

Petit bac 2015

 10/18, 2003.

" L'embarras règne dans Quatuor d'automne et cerne le quotidien insoupçonné, au fil des saisons, de quatre employés de bureau célibataires, nourris de suppléments photos en couleurs et de café soluble. Deux d'entre eux, la candide, très soignée Letty et la bizarre Marcia, vont prendre leur retraite et donc quitter leurs collègues Norman et Edwin. Ceux-ci les invitent à déjeuner, c'est moins cher. Une occasion, pour Letty, de sortir son tailleur en tweed, mais l'angoisse, pour ces messieurs. De quoi vont-ils parler ? Un roman au goût de papier peint, où l'exactitude de l'observation rivalise avec la grâce un peu tremblée de l'écriture. " Corinne Desarzens

J'avais découvert Barbara Pym avec Des femmes remarquables et j'avais été conquise par son style fin, à la fois drôle et émouvant. Quatuor d'automne m'a tout autant charmée. 
Chez Barbara Pym, il ne se passe pas grand chose. Elle parle de la vie dans sa plus infinie banalité. On croise dans ses romans Monsieur et Madame Tout-le-monde qui n'ont rien d'extraordinaire : "Elle n'avait jamais rougi de lire des romans, mais si elle espérait au début en trouver un qui décrivît le genre de vie qu'elle menait, elle avait fini par se rendre compte que la situation d'une femme célibataire, sans attache et vieillissante, n'offre pas le moindre intérêt pour les auteurs modernes" (p9). Pourtant, Barbara Pym arrive à les rendre intéressants. Tous ses personnages sont vrais. On a beau être passionnés par Anna Karenine, Jane Eyre et Harry Potter, on doit bien avouer que notre vie ressemble davantage à celle de Letty, personnage très attachant de Quatuor d'automne. J'ai aimé cette femme très réservée, exigeante avec elle-même, mais compatissante avec les autres. Maria m'a énormément émue dans son envie d'être choyée, quitte à tomber malade et se faire du mal, mais incapable de demander réellement de l'aide et repoussant toutes les mains tendues. Norman est un râleur qui cache beaucoup d'empathie sous sa carapace. Quant à Edwin, il m'a paru assez fade par rapport aux autres, mais c'est celui qui tentera le plus de garder le contact avec les trois autres collègues. Il sera souvent à l'initiative de rencontres. 
Ce roman est nettement plus sombre et mélancolique que Des femmes remarquables. Barbara Pym traite de la solitude, de la maladie, de la mort. Ces quatre collègues de boulot sont attachants, mais aussi très étranges dans leurs relations ... qui sont d'ailleurs très complexes. Ils passent énormément de temps ensemble, mais semblent à peine se connaître. Barbara Pym reste très vague sur leurs émotions et même sur leurs attirances éventuelles. Quatuor d'automne est très profond. C'est un roman a l'histoire très simple et à l'intrigue presque inexistante, mais qui soulève énormément de questions. 
J'aime la plume de Barbara Pym car elle est profondément modeste. Elle me fait souvent rire, m'attendrit aussi. Avec douceur, naturel et humilité, elle nous conte des bouts de vie, des bouts d'existences banales et leur redonne l'importance qu'elles méritent.
Une jolie plume que je relirai avec plaisir.

" - Qu'allez-vous faire quand vous serez à la retraite? lui avaient demandé les gens, certains parce qu'ils voulaient vraiment savoir, d'autres avec une curiosité malsaine.
Naturellement elle avait répondu par des banalités - qu'il serait agréable de ne pas avoir à se rendre au bureau - qu'elle aurait maintenant le temps de faire toutes les choses dont elle avait toujours eu envies (ces "choses" ne furent pas précisées) - et de lire tous les livres qu'elle n'avait jamais eu le temps de lire jusque là. Middlemarch, Guerre et paix, peut-être même lLe docteur Jivago. "
(Quatuor d'automne, Barbara Pym, 10/18, 2003, p124)


(Image : Hopper)



dimanche 31 mai 2015

Mon mois de mai ...

On plonge les jouets dans la peinture ... Puis dans un bain de mousse ... On s'éclate / Vide-grenier sous la pluie / Digne héritier de son papa, petit fan des BD d'Astérix / Pieds dans le sable / Moment seule sur la plage / Bruit des vagues / Le monde des dinosaures / "Maman, ma sœur râle, je crois qu'elle se transforme en Bébé Stégosaure" / Les premiers "bravos" / Un  paon dans la ville / Goûter d'anniversaire chez un copain / Une belle rencontre / L'arrivée d'un train dans quelques semaines ... Noté dans mon agenda / Repas libanais / Réfléchir à notre semaine de vacances de cet été / Matinée piscine / "Le jeu du bébé n'est fait que d'expériences. Un bébé est incapable de ne pas s'intéresser. Il veut tout explorer. Si à cause de certains freins personnels (angoisses, peur de la saleté, etc ...), vous l'empêchez d'expérimenter, vous devenez vous même un frein à son épanouissement. Un bébé ne devient pas "enfant roi" parce qu'on l'a autorisé à mettre les mains dans la terre et à la goûter. Au contraire ... " / Une conférence passionnante ... et remuante / Premier spectacle d'école ... Émotion /Un petit bonhomme sur scène / Pause aquarelle / Un bébé qui rampe ... très vite / Jouer aux trois petits cochons dans la forêt ... et finir dans la marmite / 10 ans d'amour ... déjà! / Après-midi ciné mère-fils avec Lilla Anna / Envoûtée par Les filles de Hallow Farms ... Terminer mon roman, tranquillement, le matin, lovée sous ma couette / Mon petit lecteur en herbe qui emmène ses livres à l'école pour montrer à Maîtresse / Admissible! / Louer La belle et la bête de Jean Cocteau à la médiathèque et adorer ... mais flipper tout de même ... Brrr! Ces bras qui sortent des murs / Fête foraine / Une journée de randonnée ... Être fière de son petit montagnard / Soirée ciné entre copines, Les contes d'Hoffmann (1951) ... bien, mais long! /  Avoir des nouvelles d'une amie éloignée ... en être ravie ... voir que le lien est toujours là ... intacte. 

jeudi 28 mai 2015

Carnets.

Je reprends la chouette idée de ma copine Un livre Un thé qui nous présentait ses petits carnets. 
Et vu que je suis curieuse et extrêmement généreuse, je crée un tag et vais lâchement citer des copinautes à la fin de ce billet ... 


J'ai toujours aimé les carnets. Tout comme les livres, ils m’attirent irrésistiblement. D'ailleurs, je pense que l'un accompagne souvent l'autre. Les littéraires ont une fâcheuse habitude d'écrire autant qu'ils lisent. 

Mes carnets

J'ai commencé à l'adolescence, vers 12 ans, en tenant un journal. Bon, soyons franche, maintenant j'ai franchement honte de ce que j'écrivais à l'époque. C'était un besoin viscéral. Il fallait que je couche sur le papier ce que j'avais dans la tête ou sur le cœur. J'étais très rigoureuse et écrivais presque tous les jours. Puis, j'ai cessé de tenir un journal vers 20 ans ... Étrangement, j'étais bien installée dans ma vie, tranquille et sereine, et je n'ai plus ressenti ce besoin quotidien d'écrire. Je n'ai pas cessé de tenir des carnets, mais je ne décrivais plus ni mes journées ni mes émotions comme dans un journal intime. Ce n'est que récemment que j'ai recommencé. De façon assez factuelle, j'écris tous les soirs quelques lignes sur la journée écoulée. C'est un moment qui me fait du bien, m'apaise. Je me dis que je serai ravie de relire ça plus tard et mes enfants pourront aussi les parcourir et lire ce qu'était notre quotidien lorsqu'ils étaient petits. Sylvain Tesson, dans un reportage, avait dit que tenir un journal nous forçait à faire quelque chose de notre journée, sinon le soir venu nous n'avions rien à écrire. J'ai trouvé cela très vrai. 

Journal quotidien

A part ce journal quotidien, j'ai également un carnet que je nomme Bric à brac de vie. Comme un petit outil pour profiter de la vie, j'y note mes projets, mes bonnes résolutions, mes petits rituels de bonheur, mes envies, mes listes (oui, je suis "liste-maniac" aussi). 

Mon bric à brac de vie

J'ai un carnet qui me suit depuis mon adolescence où j'ai composé des poèmes ou recopié des citations que j'aime. 
 Carnet de poèmes et de citations

J'ai tenu un journal lors de mes deux grossesses aussi. Moment intime et si fort de la vie, j'avais besoin de mettre sur le papier toutes mes émotions. J'y ai fait également le récit des naissances de mes enfants. 

Carnet de grossesse

Chaque fois que je pars en voyage à l'étranger, je tiens un journal de bord. Ici, je vous en présente deux. Celui d'un voyage humanitaire en Casamance et mon récent voyage au Laos. J'y fais quelques aquarelles, colle les billets, tickets et autres souvenirs.

Deux carnets de voyage

Je finis par mes carnets de lecture. Là, on rentre carrément dans le côté obscur, mon gros côté fétichiste-maniaco-obsédée. 
Je les mets tous dans une petite pochette. Sauf mon répertoire vert que je garde dans mon sac à main, il contient tous les titres de romans que je veux. 
Dans ma petite pochette, il y a mon journal de lecture, l'agenda noir. J'écris mes avis de lecture uniquement sur mon blog. Cela demande trop de temps de réécrire chaque avis sur un carnet. Par contre, je tiens mon journal de lecture (pas forcément quotidiennement) où je note mes impressions, mes avancées, quelques citations. J'en ai par an. 
Le petit bleu avec le personnage étrange, c'est mon répertoire qui contient tous les titres de ma bibliothèque. Dès qu'il y a un nouvel arrivant, je le note dedans. Dès que j'ai lu un roman de ma bibliothèque, je le surligne dans mon carnet. 
Le petit beige est juste là pour la prise de note, c'est comme un petit cahier de brouillon. 

Ma pochette "lecture" et ses carnets

Un billet très intime que celui-là.  C'est étrange de se livrer ainsi.

Si elles acceptent, je tague Eliza, Miss Léo et Titine.

dimanche 24 mai 2015

" Rassasie ton cœur d'une rose du matin ... "

Les filles de Hallows Farm
Angela Huth
Challenge Myself 2015

Folio, 2006.


Octobre 1941. Trois jeunes filles volontaires se retrouvent dans une ferme isolée du Dorset pour remplacer les hommes partis à la guerre : Prue l'effrontée, coiffeuse à Manchester ; Stella la romantique, qui se croit amoureuse d'un enseigne de vaisseau ; Agatha, l'étudiante rêveuse de Cambridge. Leur intrusion bouleversera la vie des fermiers - et notamment celle de Joe, leur fils, réformé pour raisons de santé et très officiellement fiancé à Janet qui travaille dans une usine d'armement. Dans cet univers rustique déroutant, Prue, Stella et Agatha vont nouer entre elles et avec leurs hôtes des liens compliqués et intenses, qui dureront toute la vie. Le décor d'une campagne apparemment paisible peut favoriser les jeux ou les feux de toutes sortes de passion.


Le charme a opéré dès les premiers mots. Comme l'annonce d'un grand moment littéraire, les prémices d'un coup de cœur, j'ai ressenti cette vague qui part du ventre, remonte à la gorge, puis nous enveloppe et nous fait quitter la réalité. 
Les filles de Hallows Farm fut une véritable lecture "immersion". Je ne saurai vous dire à quel point j'ai été physiquement transportée au cœur du Dorset, dans la boue de Hallows farm et dans la campagne anglaise ... Ses champs, ses collines, ses saisons. Dès que j'ouvrais le roman, je quittais mon corps pour me retrouver près de Prue, Stella et Ag. Angela Huth a une écriture très simple, mais extrêmement sensible qui a fait qu'en quelques mots, j'appartenais à la petite bande de Hallows Farm. Je me suis levée moi aussi aux aurores, je buvais rapidement une tasse de thé très fort dans l'obscurité de la cuisine de Mrs Lawrence, j'allais traire les vaches, faire paître les moutons, nettoyer la porcherie. J'étais épuisée et sale. Pourtant, durant ces longs mois, j'ai ri. En haut, dans notre grenier, nous avons échangé nos secrets, discuté et noué une amitié éternelle. 
Les filles de Hallows Farm est un roman profondément nostalgique. Dès le premier chapitre, on ressent déjà le manque de Hallows farm, de ses journées rythmées, épuisantes mais gratifiantes, de la beauté des paysages, de la complicité des volontaires et de la famille Lawrence. J'ai su, dès le prologue, que je serai en manque de cet univers une fois le roman fini. 
Tout d'abord, ma préférence est allée à Ag, l'universitaire cultivée. Comment ne pas aimer cette grande lectrice passionnée par Thomas Hardy et qui trouve, pour chaque moment de sa vie, une référence littéraire? " Arrivées à la barrière d champ, les trois filles s'arrêtèrent un moment, les bras posés sur la barre supérieure, les yeux rivés sur le troupeau de vaches impatientes. Ag se dit qu'avec un peu de chance elle reprendrait dans deux heures exactement le lecture de Jude l'obscur : jusqu'alors elle avait eu peu l'occasion de lire " (p107). Mais avec le temps, j'ai compris que je les aimais toutes les trois. Prue est parfois agaçante dans sa frivolité, mais elle est si souriante et vive qu'elle devient attachante. Elle est drôle, spontanée et, malgré son vernis à ongles et ses coiffures compliquées, très travailleuse et courageuse. Stella, quant à elle, semble assez discrète et effacée au début du roman. Mais elle prend, au fil des pages, sa place et devient indispensable au groupe. Optimiste, bonne et généreuse, c'est une femme que j'ai beaucoup aimée. Près des trois volontaires, on retrouve Mr et Mrs Lawrence, deux personnages inoubliables. J'ai énormément aimé Mrs Lawrence qui nous offre une grande leçon de modestie. Il y a leur fils Joe qui aura un lien particulier avec chacune des filles. Le vieux Ratty qui vient travailler quelques jours par semaine à la ferme et qui verra sa sombre vie s'illuminer avec l'arrivée de ces trois jeunes filles pleines d'énergie.  
D'un roman apparemment très simple, Angela Huth crée une histoire psychologique très forte. La Guerre vient bouleverser la vie de plusieurs personnages et dans cette tourmente, ils vont connaître les liens indestructibles de l'amitié, la reconnaissance, l'entraide. 
Tout comme Stella, Ag et Prue arrivées à l'automne de leur vie, j'ai envie de gambader de nouveau dans la boue de la ferme des Lawrence et vivre cette vie à la fois dure et simple, pleine d'instants précieux ... Un feu de cheminée en écoutant un concerto à la radio, une tasse de thé fumante, la chaleur des flancs d'un cheval, la satisfaction d'un travail bien fait, un pique-nique, un feu de joie ... 
Un petit concentré de bonne humeur et d'émotion pure ... A lire absolument!

(Le titre de mon billet est un vers de Keat qu'Ag se remémore durant son séjour à Hallows Farm) 

" Une rencontre peut ressembler à une noyade. Dans les instants qui la précédent, on peut revoir toute une vie en un éclair. En se frayant un chemin parmi les capotes des soldats, les bottes qui piétinaient les nuages de respirations qui se regroupaient comme de petits parachutes dans l'air, Stella réalisa qu'elle n'avait jusqu'alors vu Philip que la nuit. Ce serait la première fois qu'elle le verrait en plein jour. "
(Les filles de Hallows farm, Angela Huth, Folio, 2006, p283)

(Source image : The land girls 1998. film4.com)

vendredi 15 mai 2015

The english month is back!

Pour la troisième année consécutive, je participe au mois anglais de Lou, Titine et Cryssilda
Le logo d'Eliza ... 

Tea time, bavardages, lectures anglaises, scones et marmelade ... Durant un mois, on échange, on découvre, on s'amuse. Un mois en Angleterre, son ambiance, sa littérature, sa cuisine, son cinéma.

J'ai sorti plusieurs lectures de mes étagères (dont une que j'ai déjà commencé à lire). J'espère arriver à tout lire (enfants, mari, boulot, spectacles de danse, et autres ...). Sinon, je compte essayer des recettes, regarder un ou deux films, ... On verra. Au gré de mes envies et selon mon temps libre ... Le plaisir avant tout!


On se retrouve le mois prochain pour de jolis moments de partage ....

See you !

jeudi 14 mai 2015

I love you, sweet!

 Baby love
Joyce Maynard

10/18, 2014.

Les années 1970, une ville paumée des États-Unis. Filles-mères, Sandy, Tara, Wanda et Jill se racontent : boyfriends lâches ou disparus, potins de magazines, rêves en couleurs, et surtout, maternité. Car leur bébé, c'est leur seule réussite, l'unique preuve de leur importance. Elles le nourrissent, le dorlotent, le déguisent, jouent avec comme à la poupée, le malmènent, aussi. Une vie d'une banalité aussi touchante que terrifiante, jusqu'à l'arrivée de deux femmes meurtries en quête d'enfants, et d'un psychopathe en cavale...

Paru en 1981, ce premier roman tisse un émouvant portrait de femmes prises au piège de leur condition, ainsi qu'une chronique subtile de l'Amérique profonde. Sensible, et captivant.

Après ma laborieuse lecture de Salammbô, j'ai apprécié de lire un roman où les pages défilent sans aucune souffrance, ni ennui. Baby love, sans être parfait, m'a tenue en haleine et captivée. J'ai passé des jours de lecture passionnants. L'Amérique des années 70, ses musiques, ses excès, ses contradictions.
L'histoire de Baby love est totalement addictive. J'ai retrouvé la satire sociale de Joyce Carol Oates que j'aime tant. La sensibilité, la justesse et la finesse d'Oates restent inégalables, mais l'ambiance américaine, les faux semblants, les personnages étouffés sont  présents.
J'ai été assez surprise par l'écriture assez crue de Maynard. Baby love parle de sexe, de couples, d'amour, de maternité, d'envie et de frustration dans leurs aspects les plus sombres. Les scènes de sexe en littérature ne m'ont jamais dérangée ... si elles sont justifiées et cohérentes. Certaines remarques et détails sexuels de Maynard ne sont pas toujours nécessaires et j'ai parfois trouvé ce côté là de l'écriture un peu lourd. 
Dans les premières pages, j'ai eu peur du nombre de personnages. Malgré un style clair, je craignais que Maynard se perde dans sa propre histoire. Heureusement l'auteur sait où elle va et je me suis vite rendue compte qu'il s'agissait en réalité d'une seule et même histoire. Celle de personnes cherchant le bonheur, luttant avec leurs angoisses. Chacun des personnages féminins représente un aspect de la maternité. Ces hommes et ces femmes enfermés dans leur ville paumée sont touchants ... même si je ne les ai pas toujours compris. Sandy tente d'être une mère parfaite, Tara est fusionnelle avec sa fille et complètement seule, Wanda n'a pas les épaules pour élever son enfant, Jill ne sait comment annoncer sa grossesse à ses parents. Autour de ses quatre filles mères gravitent d'autres femmes, certaines en mal d'enfant, d'autres qui tentent de cicatriser de vieilles blessures. Les hommes, eux, cherchent leur place. Joyce Maynard a parfaitement retranscris l'ambiance ambivalente des années 70 prises entre libération et puritanisme. Les personnages sont tiraillés entre leurs envies et celles de la vieille génération.
J'ai énormément appréhendé les pages parlant de Wanda. J'ai eu du mal à les lire. Elle m'a révoltée, terrifiée autant que bouleversée. Je n'ai pu que penser à mon métier où je suis souvent confrontée à des jeunes mères dépassées. J'ai du reposer le roman par moment pour souffler. 
Baby love est parfois un peu cliché dans toutes ses caricatures de mères. Pourtant je le trouve assez juste. En tant que mères, nous avons souvent l'impression de s'inscrire dans un "type"... qu'on le fasse intentionnellement ou que les gens nous cataloguent malgré nous ... L'écolo qui allaite, la working girl qui planifie son accouchement, la mère parfaite, celle qui est toujours en retard et débordée, ... C'est une vision assez  réductrice, mais assez réelle. En tant que parents,  la société nous colle vite une étiquette
Un roman qui, malgré ces faiblesses, est une réussite. L’atmosphère de l'Amérique des années 70 est parfaitement rendue et l'histoire est prenante. Baby love est un roman très sombre, parfois difficile à lire, mais je l'ai trouvé pertinent et juste dans ses questionnements. 
Un roman à découvrir, une satire perturbante.

" Tout cela avait disparu aujurd'hui, sauf quelque chose qui ne se chante jamais : le simple sentiment d'être à l'abri, tranquille dans son foyer, de savoir qu'il ne se passera rien d'extraordinaire, mais rien non plus d'épouvantable. Être bien ensemble, parfaitement assortis. " Chérie, je suis rentré. "Deux œufs chaque matin, une pile de chaussettes propres ; marcher dans la grande rue, en tenant un petit garçon, chacun par une main. Une tasse de chocolat pendant les soirées d'hiver, et un bas de Noël tricoté à la main avec votre nom en paillettes. "
(Baby love, Joyce Maynard, 10/18, p285/286).


dimanche 10 mai 2015

Ô! Quel ennui!

Salammbô
Gustave Flaubert
Challenge Petit bac 2015


Livre de poche, 1970.

Salammbô nous raconte la rébellion des mercenaires à Carthage contre Hamilcar. N'ayant pas eu leur solde promise après la première guerre punique, les Barbares envahissent la ville de Salammbô, fille de Hamilcar. 

Dieu que j'ai souffert!
Je lis pourtant beaucoup de classiques, mais là ce n'est pas passé. J'avais adoré Madame Bovary, mais Salammbô m'a torturée. 
Tout d'abord charmée par l'ambiance mythologique, je me suis vite lassée du style surfait et des descriptions interminables des batailles. C'est long. Beaucoup trop long. J'ai pris ce roman à contre cœur chaque jour durant une semaine et j'ai maudit mon incapacité à abandonner mes lectures. Je reconnais que certaines scènes sont belles, mais le roman dans son ensemble manque de naturel et d'humanité. Trop de romantisme, trop de sang, trop de passion. Je finissais par ne plus supporter les dialogues bourrés de " Ô! ". Quant à la violence, j'en étais écœurée (la scène de cannibalisme! Rien que d'y penser, j'en ai l'estomac retourné).
Je ne peux pas réellement critiquer ce roman qui, après tout, traite d'un sujet intéressant et qui est écrit par un grand écrivain français dont je connais le talent, mais Salammbô n'est tout simplement pas pour moi. J'ai poussé un soupir de soulagement au mot "fin". 
Je reconnais être heureuse d'avoir enfin lu ce classique de la littérature française qui traînait depuis 8 siècles chez moi. 
J'ai lu Ovide et Homère avec délice, mais là, Flaubert et sa bataille de Carthage ne m'ont pas convaincue. 

« Il arriva juste au pied de la terrasse. Salammbô était penchée sur la balustrade ; ces effroyables prunelles la contemplaient, et la conscience lui surgit de tout ce qu'il avait souffert pour elle. Bien qu'il agonisât, elle le revoyait dans sa tente, à genoux, lui entourant la taille de ses bras, balbutiant des paroles douces ; elle avait soif de les sentir encore, de les entendre ; elle ne voulait pas qu'il mourût ! À ce moment-là, Mâtho eut un grand tressaillement ; elle allait crier. Il s'abattit à la renverse et ne bougea plus. »
(Salammbô, Gustave Flaubert, Livre de poche, 1970, p423)


(Source image : wikipedia.org. Salammbô Gaston Bussière)

vendredi 1 mai 2015

Mon mois d'avril



Prendre de nouveau le temps d'écrire / Profiter des premiers rayons de soleil printaniers / Découvrir un endroit hors du temps, improbable, l'Amazonie en France / Un goûter au soleil face aux montagnes encore enneigées / Se lover devant Guerre et Paix avec Audrey Hepburn et replonger dans cette grande épopée / Deux semaines intenses de travail / Quelques jours sans Romazino et profiter de ma Romanzina / Chasse aux œufs / Aimer mon métier / Mais en avoir parfois marre / Être aussi bronzée qu'après des vacances à la mer ... C'est beau de travailler à l'extérieur / Apprendre une chorégraphie du répertoire néoclassique et se sentir pousser des ailes / Acheter et déguster le numéro 2 du magazine Flow / Refaire des aquarelles / Amener Romanzina pour la 1ère fois à la piscine et sentir son petit corps tendre contre le mien / Peindre un tableau pour l'arrivée de ma nouvelle nièce / Un nouvel être à aimer, une nouvelle petite merveille / Ecouter un concert de musique classique dans une église et avoir les poils qui se hérissent / 8 mois déjà / Reprendre mes herbiers / Passer un après-midi avec des chiens de traîneaux et se prendre pour Jack London / Soirée hamburgers maison / Ne plus trouver le doudou de Romanzina / Être triste / En racheter un, l'adopter et l'aimer / Faire des bulles et éclater de rire / Passer une soirée entre amies, aller voir un vieux film de 1953 avec Fred Astaire au cinéma, The band Wagon ... Un régal! / Décider d'utiliser un peu mieux mon temps personnel ... lire davantage, dessiner, écrire, sortir ... et moins passer de temps sur internet / 3h30 de danse, des bleus partout, des orteils plein d'ampoules / Fêter les 30 ans d'une amie ... et réaliser que dans quelques mois, c'est mon tour / Jouer aux Gaulois et aux Romains / Lire Poucette à mon garçon qui n'en revient pas qu'une petite fille peut être aussi haute qu'un pouce / Passer un après-midi à lire et dévorer les dernières pages de La couleur des sentiments / Aller à la psychomotricité avec mon bébé et faire des galipettes / Se régaler des premiers chants d'oiseaux ...