mardi 14 juillet 2009

Vous voulez un ballon?

ça
Stephen King



J'ai lu, 1990.

Pour des raisons d'épaisseur, ce roman est divisé en trois (ou parfois deux) volumes. Mais l'histoire forme un tout. Il ne s'agit pas de trois histoires indépendantes. ça est un seul et unique roman.

La terreur s'incarna pour la première fois dans un bateau en papier journal dévalant un caniveau gonflé d'eau de pluie. Un petit garçon courait gaiement à côté. Il s'appelait George et avait six ans ... Pris dans un tourbillon, l'esquif disparut dans une bouche d'égout. L'enfant mit un genou à terre, se pencha ... Des yeux jaunes le regardaient, des yeux comme ceux qu'il avait imaginés le guettant dans la cave ... "Salut, Georgie!" fit une voix ... Un clown se dressait dans l'égout. Sa main noueuse comme une patte de rapace tenait un lot de ballons colorés ... George tendit le bras ... Dans la rue, les gens ne virent qu'un gamin en ciré jaune qui hurlait et se tordait dans le caniveau ... Oeil de salamandre, Queue de dragon, Main de gloire, quoi que ce fût, c'était là de nouveau ... ça! L'ordure aux cents têtes ... (Quatrième de couverture du volume 1)
...
Je me souviens que petite, mes parents nous laissaient, mes frères et moi, au rayon livres du supermarché pendant qu'ils faisaient les courses. J'ai découvert ainsi plusieurs de mes lectures inoubliables de petites filles, j'ai dévoré aussi tous les Boule et Bill, ... Mais j'ai aussi vu les couvertures de ça de l'édition J'ai lu. Je me souviens que je passais des minutes entières à fixer ces images effrayantes. Il fallait l'intervention d'un de mes frères pour me faire sortir de cette rêverie morbide. Comme beaucoup de personnes, je ne porte pas les clowns dans mon cœur. Quelque chose de trop exagéré, trop de gaieté, trop de maquillage, trop de tout. Alors, quand à six ou sept ans, on aperçoit le dessin d'un clown souriant de façon horrible tout en arrachant des bras d'enfants ... forcément, on n'aime pas! J'ai gardé en mémoire cette ancienne peur et les images de ces trois volumes de l'édition J'ai lu, mais jamais je n'aurai pensé les lire. Et pourtant, soudainement, il y a quelques mois, j'ai voulu les trouver, les parcourir, connaître leur contenu. J'ai poussé le vice jusqu'à vouloir absolument la vieille édition J'ai lu et pas une autre. Pourquoi? Je pense que je voulais explorer un aspect de mes expériences littéraires que je n'avais encore jamais connu: la peur. Certes, j'ai déjà frissonné en lisant mes chers romans gothiques comme Les mystères d'Udolphe ou les romans de Hoffman, mais je ne connaissais pas la peur glauque, la peur qui nous glisse le long de la colonne vertébrale et nous empêche de dormir. Donc, je me suis lancée. Résultat? J'ai beaucoup aimé ce roman, mais pas du tout pour les raisons auxquelles je m'attendais. Certes, j'ai eu peur. Certaines scènes sont figées dans ma mémoire et ne sont pas prête d'en sortir. Oui, c'est le roman le plus terrifiant que j'ai lu. C'est vrai que parfois, je me suis imaginée rencontrant Grippe-Sou le clown au coin d'une rue et aussi, je regardais étrangement les bouches d'évacuation de mon appartement. Je me suis même prise à voir un gant blanc de clown sortir d'une bouche d'égout un soir où je promenais mon chien. Mais ceci dit, j'ai réussi à dormir. Très bien même. Donc oui, ça fait peur, mais je vous rassure : on le vit assez bien.
Ce que j'ai préféré, aussi surprenant que cela puisse paraître, c'est tout simplement que ça est une magnifique histoire. Et oui! Etonnant, non? J'ai souvent eu les yeux humides et les mains tremblantes en lisant cette sublime histoire d'amitié. Une amitié indestructible. Même le danger, la mort, l'oubli, rien ne peut détruire cette flamme qui existe dans le coeur de ces sept enfants. Jamais je n'oublierai Eddie, Bill, Richie, Mike, Ben, Stan et Bev. Stephen King a un vrai talent de conteur. Tous ces personnages sont devenus mes amis. Tous les jours, j'étais heureuse de les retrouver et de pouvoir partager leurs aventures, si affreuses qu'elles puissent être. Moi aussi, je faisais partie de la bande des Ratés. J'ai vécu cette histoire physiquement, pleinement. C'est ça que j'ai adoré! C'est un hymne à l'enfance, un éloge de l'amitié. C'est beau, c'est triste, c'est inoubliable!
Autre aspect important : la structure du roman. Ce balancement entre passé et présent est tout simplement parfait. Une belle représentation de ce fameux "cycle" qui posséde Derry. Cette recherche de la mémoire par nos sept amis, ces parallèles, ces différences qui existent entre les deux époques, tout ça est superbement bien ficellé.
Ce genre de roman d'horreur moderne n'est pas un style que j'adore d'un amour profond. Je préfére trouver la peur dans les romans gothiques anglais du XIXème où l'angoisse est plus subtile, l'ambiance fantastique à souhait et un brin romantique. C'est mon amour des classiques qui parle! Mon amour du beau langage et d'une littérature qui nous fait s'évader de notre quotidien et même de notre époque. Maintenant, je peux dire que Stephen King est l'exception qui confirme la règle. Je relirai avec plaisir un roman de cet auteur.
A l'heure actuelle, j'ai plein d'images qui me viennent. Certaines magnifiques, d'autres horribles, mais toutes restent réellement inoubliables! Un roman à lire malgré sa longueur (3 fois 500 pages) ... Un roman riche et profond qui se dévore! Une bande d'enfants merveilleux qui prennent vie dans notre coeur .... pour toujours!

" Il s'éveille de ce rêve, incapable de se rappeler exactement ce qu'il était, sinon qu'il se déroulait dans son enfance. Il touche la peau douce et soyeuse du dos de sa femme, plongée dans la tiédeur de son sommeil et rêvant ses propres rêves ; il pense que c'est bon d'être un enfant, mais que c'est aussi bon d'être un adulte et de rester capable de prendre en compte les mystères de l'enfance ... ses croyances, ses désirs. J'écrirai un jour quelque chose là-dessus, pense t-il, sachant qu'il ne s'agit là que d'un songe nocturne, d'une pensée née du rêve. "

(ça, volume 3, 1990, p 501)

(Source image : blogs.pioneerlocal. Tirée du film ça. il est revenu)

15 commentaires:

Cuné a dit…

Quel joli billet... Je partage entièrement ta forte impression vis à vis de cette trilogie qui m'a marquée profondément. Moi j'ai eu très très peur en la lisant, en ce sens que subsistait une sensation diffuse. Tu sais, que quelque chose PEUT survenir, qu'on n'est à l'abri nulle part, jamais. Brrr ! :-D
J'en ai ai aussi retenu ce merveilleux credo : "le secret c'est d'y croire". Pas facile facile à appliquer en toutes situations, mais terriblement séduisant comme principe de vie ;o)

Romanza a dit…

Cuné : Tu as raison sur le fait que la terreur est partout dans ce roman. Partout et tout le temps! Ce qui est très angoissant!
C'est vrai que ce livre porte un très beau message : La magie est en tout!

Isil a dit…

Quel billet! Très réussi. J'ai beaucoup aimé ce roman quand j'étais ado et j'en garde de grands souvenirs. Stephen King est pour moi inégalable dans le genre même s'il a écrit quelques ouvrages beaucoup plus gores plus difficiles à lire.

Pour les gathiques, si ce n'est encore fait, je te conseille Le moine de Lewis. Il n'aurait pas renié King.

Romanza a dit…

Isil : Peux-tu me donner quelques titres de romans de King plus durs, s'il te plaît?
Pour "Le moine", il est dans ma PAL depuis un bout de temps!

La liseuse a dit…

Rien que le titre de ton billet me fait hérisser les cheveux sur la tête. Bon sang que le film m'a donné des cauchemars. Par contre, jamais lu les bouquins. ça doit donner. Je note !

Allie a dit…

Ton billet trouve des échos chez moi... car je me souviens lorsque j'allais à la librairie enfant. Je devais passer devant les rayons "policier/suspense/horreur" pour aller tout au fond, dans la section enfant... et ces couvertures me fascinaient et me donnaient des frissons. Je ne l'ai jamais lu, ce roman. Mais tu me donnes tout à coup envie de l'ouvrir...

Suzanne a dit…

Plus que ravie que ce voyage entre les lignes de Stephen King t'aie plu. Superbe commentaire.

Romanza a dit…

La Liseuse : Je n'ai jamais vu le film! Qu'un seul extrait le fameux "Tu veux un ballon Georgie?" ... bbrrr!!! Lis le livre, il est vraiment super!

Allie : Oh! Une copine de souvenirs! ;) Je te conseille vraiment de les lire miss!

Suzanne : C'est en partie grâce à toi! Bisous!

Lou a dit…

Brrr... moi aussi j'ai été fascinée par "ça" et je n'aurai pas mis la photo de ce clown sur mon blog, j'en ferais des cauchemars :) J'ai peur des clowns depuis mon plus jeune âge, quant à Stephen King, il a marqué mon adolescence. Je n'ai finalement pas lu celui-ci parce qu'il se trouve que j'ai eu l'idée stupide de prêter le tome 1 à quelqu'un qui ne l'a pas lu mais qui l'a malmené au point de me le rendre barré de feutre noir, avec des pages tombant par paquets. Voilà qui m'a dégoûtée, mais je comptais un jour venir vers ce terrible clown et j'ai acheté la VO... le film m'a impressionnée alors qu'en général on me dit qu'il fait rire. Il faut dire que les clowns gentils me terrorisaient déjà à l'époque où je l'ai vu. Quant aux King qui font peur, je me souviens de "Simetière" comme du livre le plus angoissant de toute ma vie. Le seul qui m'ait fait peur, mais je me souviens encore de mon souffle au ralenti en lisant certains passages.

Isil a dit…

Hélas, je préfère ses romans où la peur est plus psychologique comme Ça. J'ai d'ailleurs revendu ma collection, sauf Ça, Le Fléau et Christine, mes préférés. Mais j'ai toujours évité les romans un peu gores. Donc à part Simetière, je ne peux rien te conseiller. Je n'ai même pas osé lire Misery. Et on m'a raconté des scènes horribles d'autres titres mais en me précisant que c'est moins bon.

Romanza a dit…

Lou : Triste cette histoire de livre prêté et maltraité! Ah lalala! Les gens parfois! Je note "Simetierre"! Je n'ai pas vu le film, mais je compte bien le trouver assez vite! Merci de ton commentaire ma belle Lou!

Isil : oh! Je te rassure Isil moi aussi je préfére la peur plus subtile comme je l'explique dans mon commentaire. Je ne voulais pas de titres de romans gores, non, mais des titres de romans VRAIMENT terrifiants!!! Le sang n'est pas ce qui fait le plus peur!!!
Je note les deux que tu me donnes! Merci madame!

Hydromielle a dit…

Stephen King fait parti de mes auteurs chouchous. Sur la table d'accouchement je lisais "Charlie" et les jours suivants, c'était cette trilogie. Par contre je l'ai bien aimé mais sans plus. Ce n'est pas, pour moi, l'un de mes préférés. Tout comme l'adaptation que je n'ai pas vraiment adoré non plus. Bon en plus, je déteste les clowns, alors ça aide pas lol

Restling a dit…

J'ai lu cette trilogie à l'adolescence et je pensais que les souvenirs forts que j'en avais gardés (la peur, l'émotion face à la belle histoire d'amitié...) étaient en grande partie liés à mon âge au moment de la lecture mais à lire ton billet, ce ne doit pas être le cas.
D'ailleurs, j'avais l'édition que tu as lue, brrrrrr, elle me faisait flipper !

akira a dit…

Moi aussi, depuis que je suis petit, j'étais fasciné par ces trois livres qui se trouvaient dans la bibliothèque de mon cousin. Imaginant, en fixant les dessins sur les couvertures, ce que pouvaient bien contenir ces livres. Mais il y a deux ans, j'ai emprunté ces trois volumes de sa bibliothèque, et depuis je suis devenu un vrai fan de Stephen King.

Calliope a dit…

J'ai connu ça par le film et mon inconscient a dû être à ce point traumatisé car je n'en ai aucun souvenir !
Mais il y a 2 ans, on m'a offert les livres et j'ai été de nouveau terrifiée ! King fait des romans très marquant (Misery, qui n'est pas fantastique, reste pas mal effrayant). Tout du long, j'ai prié pour qu'il n'arrive rien à la bande des Ratés, déjà que la mort d'un enfant même fictive me fait beaucoup de peine.