dimanche 8 novembre 2020

" Des petites choses naît la grandeur "

 La brodeuse de Winchester

Tracy Chevalier


Quai Voltaire, 2020.

Winchester, 1932. Violet Speedwell, dactylo de trente-huit ans, fait partie de ces millions de femmes restées célibataires depuis que la guerre a décimé toute une génération de fiancés potentiels. "Femme excédentaire", voilà l'étiquette qu'elle ne se résigne pas à porter, à une époque où la vie des femmes est strictement régentée. En quittant une mère acariâtre, Violet espérait prendre son envol, mais son maigre salaire lui permet peu de plaisirs et son célibat lui attire plus de mépris que d'amis. Le jour où elle assiste à un curieux office à la cathédrale, elle est loin de se douter que c'est au sein d'un cercle de brodeuses en apparence austère - fondé par la véritable Louisa Pesel - qu'elle trouvera le soutien et la créativité qui lui manquent. En se liant d'amitié avec l'audacieuse Gilda, Violet découvre aussi que la cathédrale abrite un tout autre cercle, masculin cette fois, dont Arthur, sonneur de cloches, semble disposé à lui dévoiler les coulisses. A la radio, on annonce l'arrivée d'un certain Hitler à la tête de l'Allemagne.

Ce n'est que la seconde fois que je lis Tracy Chevalier et pourtant, à la fin de chaque lecture, j'ai ressenti la même douce sensation au cœur. J'aime l'univers de cette romancière. J'aime sa plume simple mais ne tombant jamais dans le cliché ou la facilité. J'en arrive à la conclusion suivante : il faut que je lise davantage cette autrice. 

J'avais adoré Prodigieuses créaturesauquel je pense systématiquement lorsque je me balade sur une plage bordée de falaises. Dans ce nouveau roman, point de mer agitée ni de fossiles à déterrer. La brodeuse de Wincherster prend place en ville, au cœur des grandes cathédrales anglaises. L'héroïne de cette histoire, Violet, est extrêmement attachante. Elle ne rentre pas dans les critères des héroïnes romantiques anglaises. C'est une vieille fille. Elle ressent le poids de sa situation et le regard que l'on pose sur elle. Elle se refuse à être la garde-malade de sa mère et décide de prendre son autonomie ... quitte à souffrir de la faim et du froid. J'ai ressenti beaucoup d'empathie pour cette femme, mais je n'ai jamais ressenti de pitié. Jamais Violet ne permet qu'on la plaigne. C'est une battante. Malgré ces doutes et ses sensibilités, elle lève la tête et se bat. J'étais ravie de retrouver Violet chaque soir après ma journée de travail. 

Je me suis longtemps demandée comment Tracy Chevalier allait terminer cette histoire. J'ai croisé les doigts pour qu'elle ne tombe pas dans la mièvrerie. Heureusement, la fin fut comme le reste du roman, pertinente, intelligente et émouvante

La brodeuse de Winchester possède un charme incroyable et je remercie Lou de me l'avoir offert. Ouvrir ce roman après une dure journée de travail, c'était comme se glisser dans un bon bain chaud. Je compte bien retrouver Tracy Chevalier dans un autre de ses romans.

" Il se ragaillardit. "Avez-vous vu la Table ronde accrochée dans le Grand Hall...l'unique vestige du château de Winchester?"
Violet hocha la tête. Elle avait emmené Marjorie et Edward la voir; s'était ensuivi l'inévitable combat à l'épée, mené à l'aide de roseaux cueillis dans des champs inondables. Gigantesque, six mètres de diamètre, le plateau était divisé en vingt-quatre segments peints en vert et blanc au bord desquels était inscrit le nom de chaque chevalier du roi Arthur. Au centre figurait une rose Tudor rouge et blanc, assortie d'un portrait du roi en habit rouge, blanc et bleu, tenant une épée.
"C'est une reproduction médiévale de la table ronde du roi Arthur, décorée ultérieurement sur l'ordre du roi Henri VIII. Il a été suggéré que le château de Winchester était peut-être Camelot, bien qu'il n'y ait de cela aucune preuve historique, pas plus, d'ailleurs, que de l'existence du roi Arthur. "

(Photos : Romanza2020)

1 commentaire:

FondantGrignote a dit…

Il est dans ma PAL ! Ton billet donne à coup sûr envie de l'en sortir ! :-) Bon mercredi férié.