samedi 26 avril 2014

Roule! Et surtout, tais-toi!

Le général du roi
Daphné du Maurier
Challenge Myself 2014

Livre de poche, 1969.

Quel rôle reste-t-il à la femme quand les hommes sont en guerre ? C'est à cette question, vieille comme Homère. que répond ce roman violemment secoué par l'Histoire (nous sommes dans l'Angleterre du XVIIe siècle, en pleine guerre civile). Un livre publié en 1945 et composé dans l'urgence... au sortir d'une tout autre guerre. Soit une sorte de récit de cape et d'épée subtilement dévoyé... L'héroïne en est une femme, et les hommes - même quand ils sont dans le " bon camp " - sont loin d'y avoir le beau rôle. Mieux (ou pis), la jeune femme en question, qui cultive un goût de la liberté ignorant toute entrave, se trouve dès le début du livre et jusqu'à la fin de tout condamnée à l'immobilité d'un fauteuil d'infirme... Une troublante méditation sur la fidélité et l'honneur, qui poussés à leur extrême n'hésitent pas à courir le plus beau risque : celui de l'indignité. L'un des plus grands Du Maurier.
(Quatrième de couverture de l'édition Libretto, Phébus)

Première lecture de mon challenge Myself ... et quelle lecture! Je sais que Daphné du Maurier est une valeur sûre, mais elle arrive encore à m'épater. Chaque roman possède un souffle puissant et unique.
C'est la première fois que je lis Daphné du Maurier dans un genre historique. Je ne connaissais absolument rien des révolutions anglaises et j'ai appris beaucoup en lisant son roman. Je suis allée fouiller sur le net pour trouver des informations et grâce à elle, j'ai découvert une période de l'Histoire anglaise qui m'était totalement inconnue. J'ai toujours aimé les romans historiques et retrouver Daphné du Maurier dans ce genre m'a ravie. Difficile de souffler avec ce récit fougueux et passionné. Les pages se tournent et s'enchaînent sans laisser de répit au lecteur. 
On retrouve les thèmes chers à Du Maurier. Le général du roi nous plonge dans des péripéties addictives,  des mystères attendent d'être révélés, on loge dans une demeure pleine de secrets, on croise des personnages troubles nous laissant un sentiment mitigé, ami ou ennemi? 
J'ai adoré le personnage de Honor. Elle refuse que l'on s’apitoie sur son sort et parle très peu de son accident et de son infirmité. Elle est fière, digne, combative. On ne peut que, je pense, se sentir admirative et respectueuse devant une telle personnalité. Nous vivons l'histoire entièrement à travers ses yeux, ce qui la rend proche, intime. Elle nous livre ses désirs les plus secrets, ses envies de femme, ses frustrations et ses doutes. Daphné du Maurier sait créer comme personne ces personnages féminins humains, forts et indépendants, même si elles ne le sont pas de corps, tout comme Honor, elles restent indépendantes d'esprit et de volonté.  
Richard est un peu un Rhett Butler anglais. Assez antipathique, imbu de lui-même, égoïste et prétentieux, il m'a énervé assez régulièrement durant ma lecture voire même choqué. Mais étrangement, tout comme Honor, on ne peut pas ne pas être un brin séduite. Que voulez-vous? Esprit tordu de femme. J'ai compris ce sentiment que ressent Honor. Elle est consciente de la violence et des terribles défauts du caractère de Richard, mais elle l'aime, c'est ainsi. Les moments où elle sent la volupté l'envahir sans pouvoir la combattre sont très parlant. D'ailleurs, j'ai trouvé leur relation extrêmement sensuelle ... et physique. Pourtant Honor est infirme et ses désirs sont emprisonnés dans son corps immobile. Il y a une forte tension sensuelle entre Honor et Richard. 
Pour les autres personnages, je me suis (je l'avoue) un peu mêlée les pinceaux par moment, certains membres de la même famille portant des prénoms identiques et Honor ayant un assez grand nombre de frères et soeurs. Mais ça n'entrave pas la lecture et la fluidité de l'ensemble. Les personnages les plus marquants sont, par leur prestance et leur personnalité, bien identifiables. C'est le cas, entre autre, de Gartred, la soeur de Richard. J'ai adoré ce personnage. Pour le coup, elle serait une sorte de Scarlett O'Hara ... en moins frivole et superficielle. Elle est prête à tout pour son confort et sa réussite, use allègrement de ses charmes, ne connaît que très peu la pitié et la compassion. Un personnage complexe que j'ai beaucoup apprécié. J'ai eu du mal à détester ce personnage de "méchant" pourtant terrifiant. 
Comme tous les autres romans de Du Maurier que j'ai lu, Le général du roi est à découvrir. C'est un roman très fort qui soulève beaucoup de questions sur la place de la femme dans la société et son rôle dans l'Histoire ... surtout si la femme en question est infirme et refuse de rester cloîtrer dans sa chambre en laissant les événements glisser sur elle. Encore un roman nous prouvant que l'horizon des femmes était limité à ce que leurs yeux pouvaient voir et que tout leur avenir ne dépendait que des hommes, maris, frères, pères. Révoltant!

" Je les entendis rire sous ma fenêtre, puis monter sur leurs chevaux et galoper dans l'avenue. J'étais sur mon lit, contemplant le plafond. Il me semblait que mon poirier, si longtemps d'un blanc pur, éblouissant, avait perdu un peu de son éclat, qu'il était redevenu, après tout, un poirier ordinaire; mais cette idées qui 'eût jetée plus tôt dans un abîme de tourments, je pouvais, à trente-quatre ans, la supporter avec sérénité. "
(Le général du roi, Daphné du Maurier, Livre de poche, 1969, p 240).

(Source image : Jeune fille lisant, Franz Eylb. Linternaute.com)

dimanche 20 avril 2014

Sortie culturelle ... et familiale!


Eva Lindström

Ce week-end, Romanzo et moi avons emmené Romanzino au cinéma pour la première fois (et oui, quand on a 3 ans, on est grand). 
Nous sommes allés voir Les amis animaux de l'illustratrice suédoise Eva Lindström. 


Il s'agit de 3 court-métrages, le tout durant 35 mn. 
- Une journée chez les oiseaux : Deux jeunes oiseaux, munis de leur filet à papillons, partent à la chasse aux insectes. Ils s’éloignent de la maison et se perdent dans les bois. La nuit tombe, ils ont un peu peur...
- Je fugue : Un agneau s’ennuie dans sa prairie et franchit la clôture pour fuguer. Hébergé chez Monsieur Martre, il se demande si quelqu’un va finir par s’inquiéter de son absence.
- Mon ami Louis : Louis le hibou se lie d’amitié avec une jeune femme avant de rencontrer Jérôme, un autre hibou pas très recommandable.
A partir de 2 ans

La veille de la séance, petit tour à la médiathèque pour emprunter deux des albums d'Eva Lindström, histoire de mettre Romanzino dans l'ambiance. 
A dire vrai, je ne suis pas spécialement fan du coup de crayon de cette illustratrice. Enfin, plus précisément, je trouve l'ambiance agréable, les paysages à l'aquarelle sont assez jolis, mais les personnages sont peu expressifs et n'arrivent pas à me séduire. Par contre, le texte est toujours un régal. Un humour fin, un brin de poésie et d'originalité, c'est un bonheur de lire à voix haute les histoires uniques d'Eva Lindström. Dans les bois, nous parle du rythme des saisons de façon très belle. Le temps change, la nature évolue ... parfois bien malgré nous. On ne peut que l'observer et attendre. Quant à J'aime pas l'eau, un petit garçon ne se mêle pas à ses camarades trop heureux de se baigner lorsqu'il fait chaud. Lui qui déteste l'eau préfère regardait de loin. Mais on peut être différent et très épanoui comme nous le prouve Eva Lindström. 
La nature est prédominante dans ses histoires. Forêt luxuriante, animaux en vadrouille, contemplation de Dame Nature, ... ce sujet est toujours présent et traité avec talent. 


Son court-métrage Les amis animaux ressemble un peu à ses albums (normal, vous me direz!). Une ambiance un peu mélancolique, un trait assez triste (Papa Romanzo n'a pas trop accroché d'ailleurs, cette atmosphère un peu sombre n'a pas su le séduire), mais une certaine délicatesse se dégage de l'ensemble. Les deux premières histoires abordent le thème de l'autonomie et de la liberté, l'envie de prendre son envol et de partir à la découverte du monde. Mais très vite, on apprécie de retrouver le cocon familial et l'assurance qu'on est aimé et protégé. La dernière histoire, plus "adulte" parle d'amitié et de solitude. Plus complexe que les deux premières, plus triste aussi, pourtant c'est celle que j'ai préféré. Beaucoup de symboles et de jolies images. 


Un beau moment en famille. Je vous conseille ce court-métrage, non sans défauts, mais doux et très profond qui ouvre plusieurs sujets de discussion.

Je vous rappelle en même temps que le festival du film d'animation commence dans 1 semaine et que de nombreux court ou longs-métrages vont être projetés dans vos salles ...

La bande annonce des Amis animaux


(source images : télérama.fr)

dimanche 6 avril 2014

Les murs n'ont pas que des oreilles ... Ils ont des bouches aussi!

Du domaine des murmures
Carole Martinez

 Folio, 2013.


En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire «oui» : elle veut faire respecter son vœu de s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe... 
Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte. 
Carole Martinez donne ici libre cours à la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience à la fois mystique et charnelle, à la lisière du songe. Elle nous emporte dans son univers si singulier, rêveur et cruel, plein d'une sensualité prenante.

Le coeur cousu m'avait bouleversée il y a quelques années. Même si, je dois bien l'avouer, aujourd'hui, il ne me reste que peu de choses de ce roman, ce fut tout de même une belle découverte et un agréable moment de lecture.
J'ai découvert avec grand plaisir le curieux Du domaine des murmures offert par ma chère Lou
On y retrouve tout ce qui fait le talent de Carole Martinez, l'art du conte, le merveilleux, un "réalisme magique" à la manière de Gabriel Garcia Marquez. C'est ce que j'aime chez cette femme. Elle nous susurre des histoires fabuleuses, des légendes envoûtantes, elle nous prend la main et nous emmène dans son monde. Alors, c'est vrai que la magie n'opère pas longtemps et que j'ai vite oublié l'intrigue de son premier roman. Mais j'ai gardé des sensations, des émotions, des images. Du domaine des murmures me laissera sûrement le même sentiment dans quelques temps. 
Les chapitres se dévorent, l'histoire d'Esclarmonde est touchante, tragique, passionnante. J'ai été émue par le destin de cette jeune fille et du peu de choix qui s'offrait à elle (un écho intéressant à ma précédente lecture traitant aussi de la condition féminine). Je ne dévoilerai pas tous les secrets de ce roman, mais je peux juste dire que certains passages ont su toucher mon cœur de façon très sensible. Et je ne serais sûrement pas la seule en tant que femme et en tant que mère dans ce cas. 
J'aime les romans se passant au Moyen âge et j'ai apprécié vivre dans ce monde plein de croyances et de superstitions. La domination des hommes et de leurs envies, le poids de la religion, la terreur des hérésies, ... bien que ce roman soit court, j'ai trouvé ces sujets assez bien traités et de façon fine et subtile. 
Un roman facile et simple à lire avec une pointe d'originalité dans l'écriture, pleine de poésie et de merveilleux. Un contexte historique intéressant malgré un nombre de pages réduit qui ne permet pas de fouiller le sujet à fond. Une héroïne atypique et humaine. Un message profond et émouvant. 
Un joli roman-détente qui se lit vite. A découvrir!

" Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l'oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. Mais n'imaginez pas que ce massacre des contes a chassé la peur ! Non, vous tremblez toujours sans même savoir pourquoi ".
(Du domaine des murmures, C. Martinez, Folio, 2013)


(Source image : Ophelia de William Waterhouse. artsrtlettres.ing.com)

jeudi 3 avril 2014

Le cercle ...

La séquestrée
C. Perkins Gilman

Phébus, Libretto, 2008. 

Tombée en dépression, une jeune mère se soumet à une cure de repos d'un genre radical, imposée par son médecin de mari. Censée reprendre goût à son quotidien réglé de femme au foyer par ce qui s'apparente à une séquestration pure et simple, elle ne réagit cependant pas comme son époux l'avait prévu ...

En général, il me faut plusieurs pages pour rentrer pleinement dans un texte. J'aime les nouvelles mais elles sont parfois assez frustrantes. Le nombre de pages étant réduit, j'ai la sensation d'être coupée dans mon élan. Certains auteurs cependant, par leur génie et leur talent de conteur, arrivent à me plonger dans leurs courtes histoires dès les premiers mots. C'est entre autre le cas de Zweig. Mais il y en a d'autres. Charlotte Perkins Gilman a également réussi ce pari. Sa nouvelle m'a enveloppée dès les premiers mots. 
Une ambiance étouffante, très particulière et angoissante, une plume extrêmement subtile et précise, une histoire glaçante et effrayante. Je suis conquise. Je crois ne jamais avoir lu quelque chose comme ça. Entre un réalisme poignant et une atmosphère fantastique et effrayante, on parcourt ce texte les mains moites et le cœur battant. 
Charlotte P. Gilman dénonce ici le manque total de choix et de liberté pour les femmes. Mariage obligatoire, maternité imposée, rôle de femme au foyer qu'elles doivent absolument tenir, ... bref, un horizon très limité qu'il est difficile de fuir. L'héroïne sait que l'écriture serait un remède à sa neurasthénie, une thérapie efficace et douce. Mais on lui interdit. Son mari, attentif dans les premières pages puis tortionnaire, ne désire qu'avoir une femme qui tient son rôle convenablement et surtout cesse d'avoir des envies d'écriture et de liberté. Ce repos forcé finira progressivement par faire perdre la raison à l'héroïne. Sa folie se matérialisera dans une obsession pour le papier peint jaune de sa chambre. Elle y voit des femmes enfermées, prisonnières, tout comme elle, obligées de ramper, de se courber, dans l'impossibilité de s'exprimer et de marcher la tête haute. Cette vision des femmes effrayées rampant sur le sol m'a tout simplement terrorisée. Je ne sais pas si vous connaissez le film japonais The ring , mais la scène finale du fantôme rampant de façon totalement déstructurée m'a hantée durant toute la lecture de ce texte. Bbbrrr!
Si vous lisez cette nouvelle, il faut absolument lire la postface passionnante de Diane de Margerie. Elle nous parle de l'auteur et de sa vie, très proche de celle de l'héroïne de La séquestrée. Mais également de cas connus de dépression féminine (celles d'Alice James et d'Edith Wharton), de leur traitement et de leurs abus. 
En peu de pages, Charlotte Perkins Gilman offre un véritable plaidoyer pour la liberté féminine, la liberté de choix, d'expression, de création. Un texte court mais d'une force et d'une portée tout simplement incroyables. Une nouvelle dérangeante, qui hante, chamboule, bouscule. A découvrir absolument!

"Parvenue dans les zones lumineuses, la femme s'arrête, mais dans les régions obscures elle s'agrippe aux barreaux qu'elle secoue avec violence. Et pendant tout ce temps, ce qu'elle voudrait, c'est traverser le papier peint. Mais personne ne peut échapper à ce motif tant il vous étrangle. C'est pourquoi il possède une multitude de têtes. Car si jamais elle réussissait à s'évader, ce serait pour que le motif l'étrangle et la renverse - voilà la raison de toutes ces têtes aux yeux révulsés !"
(La séquestrée, C P Gilman, Phébus, Libretto, 2008)

(Source image : La malade de Valloton. reproarte.com)

mardi 1 avril 2014

Bon bah ça y est! C'est fait!

Guerre et paix
Léon Tolstoï


Folio, 2002.

1805 à Moscou, en ces temps de paix fragile, les Bolkonsky, les Rostov et les Bézoukhov constituent les personnages principaux d'une chronique familiale. Une fresque sociale où l'aristocratie, de Moscou à Saint-Pétersbourg, entre grandeur et misérabilisme, se prend au jeu de l'ambition sociale, des mesquineries, des premiers émois.
1812, la guerre éclate et peu à peu les personnages imaginaires évoluent au sein même des événements historiques.
(Amazon.fr)

Avant de commencer cet article, je tiens à remercier Eliza qui, en organisant cette lecture commune de Guerre et paix, a crée un bel échange autour de ce monument de la littérature russe. Un grand merci!
Guerre et paix! Cela fait des années que je tourne autour sans jamais me décider. J'ai lu Anna Karenine au tout début de mes années fac' et j'en garde un souvenir très fort. Cette histoire me hante encore. Guerre et paix quant à lui m'effrayait. 2000 pages.! Je crois que je n'ai jamais lu un roman de cette épaisseur. Eliza a motivé les troupes et nous nous sommes lancés dans la lecture de cet ÉNORME roman. 
Je suis très fière de moi (je tiens à le dire). Non pas d'avoir réussi à lire un pavé (tout de même, ce n'est pas le premier), mais de l'avoir lu en 3 semaines. 
Mon verdict alors? La réponse est oui, j'ai aimé. J'ai adoré plonger dans ce monde, cet univers que nous offre Monsieur Léon. Je mentirai en disant que Tolstoï m'a tenu en haleine durant 2000 pages. Oui, c'est vrai, certains passages m'ont paru un brin longs. Certaines parenthèses historiques étaient parfois difficiles ... surtout en fin de soirée. Mais ce n'est rien en comparaison de toutes les pages de pur bonheur qu'il nous offre en retour. Guerre et paix est un roman profondément humain. Aucun autre adjectif ne me paraît aussi bien coller. J'aime les personnages vrais, ceux qui ne sont ni lisses ni parfaits. Guerre et paix nous offre des personnages qui souffrent, se trompent, réussissent, trébuchent, font les mauvais choix, pardonnent, aiment. C'est un véritable monde parallèle que Tolstoï a crée
Parmi l'impressionnante galerie de personnages de Guerre et paix, certaines figures sont plus particulièrement touchantes. Bien sûr, il y a André et Natacha. Je ne savais rien de leur histoire d'amour et je m'imaginais quelque chose à la Vronski et à la Anna, fougueux, passionné, excessif. J'ai eu la surprise de découvrir une histoire assez simple. Leur amour est très beau, car là aussi, ça sonne juste et vrai. André est un personnage sublime et restera à jamais le plus important du roman pour moi. Son évolution, sa retenue, son charisme. Un des plus beaux héros de la littérature. Quant à Natacha, j'ai aimé ses faiblesses, ses erreurs, son tempérament lunatique et son cœur léger. J'ai été émue également par Marie et Pierre. La dure Marie, pas toujours tendre dans ses jugements, mais généreuse, courageuse et fière. Et Pierre! Sa naïveté lors des premières pages est délicieuse et touchante. Puis on suit ses réflexions, ses interrogations (qui m'ont beaucoup rappelées celles de Lévine d'Anna Karenine). On le voit mûrir, se trouver, s'affirmer. Tous les personnages ont leur histoire, leurs choix, leurs doutes. Ils évoluent tous, soit à la suite d'une peine de cœur, soit à cause des tourments de la guerre, mais chacun d'entre eux possède son propre cheminement. Ce qui rend ce roman d'autant plus vivant et puissant.
L'intrigue est passionnante, même si elle est coupée par des passages plus ardus, mais pas moins intéressants. Je n'imagine même pas ce qu'a du être l’écriture de ce roman pour Tolstoï. A part devenir ermite et schizophrène pendant des années, je ne vois pas comment il a pu mener une vie normale parallèlement à la rédaction de Guerre et paix. C'est impossible de résumer ce roman et il faudrait plusieurs vies pour l'analyser. Il y aurait mille choses à dire pour chaque chapitre, chaque événement, chaque page. C'est très compliqué de parler de Guerre et paix, je me demande même si c'est autorisé ... Dans mon cas, quand on voit le peu de profondeur de mon article, on est en droit de s'interroger. Mais que voulez-vous? Je suis innocente. Ce n'est pas moi. C'est la faute à Tolstoï
Je ne sais pas comment conclure. J'ai oublié cent cinquante choses ... au moins ... et le peu que j'ai dit est assez insipide. Les autres en parleront mieux que moi. Je finirai juste en disant qu'il faut lire Guerre et paix, passer au-delà de ses craintes, oublier les 2000 pages, ne pas se laisser décourager par certains passages militaires ou métaphysiques et se plonger dans ce roman passionnant, bouillant, fascinant.

Sur ce, je file voir l'adaptation de 1956.

" Les yeux de Marie étaient grands, profonds, et avaient parfois des éclairs qui leur donnaient une beauté surnaturelle, en transformant complètement sa figure, qu’ils éclairaient de leur douce et tendre lumière. Mais la princesse ne se rendait pas compte elle-même de l’expression que ses yeux prenaient chaque fois qu’elle s’oubliait en pensant aux autres, et l’impitoyable psyché continuait à refléter une physionomie gauche et guindée "
(Guerre et paix, Tolstoi, Livre 1, Folio, 2002)

(Source image : Audrey Hepburn, desseintes.over-blog.com)

mardi 25 mars 2014

Nouveaux compagnons ...

J'ai craqué ...


Les revenants de Laura Kasischke et Le roman du mariage de Jeffrey Eugenides, tout ça à cause des avis tentateurs de Lilly (ici et ) ... 

La sequestrée de C Perkins Gilman qui me faisait de l’œil depuis un moment. Et j'avais envie de renouveler mon stock de lectures courtes.  

Au temps du roi Edouard de V. Sackville-West parce que depuis Paola j'ai envie de connaître davantage cette plume anglaise et puis, quand je lis ça et ceci, je ne peux pas résister.

Granny Webster de Caroline Blackwood, la couverture et le résumé étaient très tentants. 

Katrina de S. Salminen. Ma maman est tombée par hasard dessus dans une bouquinerie il y a plusieurs mois. Elle l'a acheté et l'a lu. Je l'accompagnais et je suis moi aussi tombée sous le charme de l'histoire de ce classique de la littérature finlandaise. Dès que je suis retombée dessus il y a quelques jours, j'ai hurlé de joie ...

Les fleurs de lune de J. Carleton que je ne connaissais pas du tout. Le résumé, s’inscrivant dans la lignée des classiques américains, m'a tout de suite séduite. Sans rien savoir de l'auteur, ni du roman, je l'ai embarqué. 

Les new-yorkaises d'E. Wharton parce qu'Edith Wharton !!! 

vendredi 7 mars 2014

J'ai ouvert Guerre et Paix ...


J'ai profité de la proposition d'Eliza pour me lancer dans ce monument russe ... 

Au programme, lecture du roman donc, mais aussi visionnage du film de 1956 avec Audrey Hepburn. 

J'espère finir tout avant le 1er avril ... Hum ... Même si je n'y crois pas des masses!

Affaire à suivre!

jeudi 6 mars 2014

"Le fragile château de cartes de sa vie."

Le temps de l'innocence
Edith Wharton 

J'ai lu, 1993.

Dans le New York flamboyant de la fin du XIXe siècle, Newland Archer est un jeune homme bien éduqué de la haute bourgeoisie. Promis à un avenir brillant, il est sur le point d'annoncer ses fiançailles avec la pure May Welland, quand, à l'Opéra, tous les regards se tournent vers une loge... L'apparition de la belle comtesse Olanska, la scandaleuse cousine de May qui a eu l'audace de quitter son mari et dont l'indépendance, en ce temps-là, est considérée comme impardonnable, va bouleverser sa vie. Comment, dans une société qui broie les êtres et sacrifie les amours, peut-on préserver l'innocence?

Après le terrible Chez les heureux du monde, le dramatique Ethan Frome et le pessimiste Été, Edith Wharton nous offre, avec Le temps de l'innocence, un roman tout en retenue et en délicatesse.  Encore menée d'une main de maître, cette histoire humaine et bouleversante confirme tout l'amour que je ressens pour Edith Wharton. 
Pas de tragédie, pas d'éclats de voix ou de larmes dans Le temps de l'innocence, mais des êtres qui tentent de contenir leurs émotions, de réussir à passer au-delà des convenances, sans jamais y arriver. Cette société, toujours très étouffante chez Wharton, devient une véritable prison pour Ellen et Newland. Incapables de résister à leurs sentiments, ils ne peuvent cependant devenir libres et restent enfermés dans leur cage dorée.  
Le temps de l'innocence est un roman très complexe. Comme les trois autres romans de Wharton que j'ai lu, il nous offre une analyse fine de la psychologie humaine. Le trio Ellen/Newland/May mériterait une étude poussée. Entre la force de caractère et la maîtrise d'Ellen, la passion de Newland mais également son fort attachement à la bienséance et May, la vertueuse, la femme prévisible et parfaite, tout pourrait être analysé et décrypté. Les réactions des personnages, leurs attitudes, leurs paroles, ce qu'ils disent ... et surtout ce qu'ils taisent. Des scènes d'une beauté à couper le souffle, une tension sensuelle omniprésente, ... De la pure littérature.
C'est fin, beau, délicat, sans fioritures ni artifices. Edith Wharton écrit juste, écrit vrai. Ceux qui attendent de grandes scènes mélodramatiques, du sang et des larmes, passez votre chemin. Vous n'y trouverez que pudeur, délicatesse, réserve et silence. 

Ayant fait pour la centième fois le tour de cette âme succincte, il revint découragé à la pensée que cette pureté factice, si adroitement fabriquée par la conspiration des mères, des tantes, des grands-mères, jusqu’aux lointaines aïeules puritaines, n’existât que pour satisfaire ses goûtes personnels, pour qu’il pût exercer sur elle son droit de seigneur, et la briser comme une image de neige. Cette idée lui oppressait le cœur."
(Le temps de l'innocence, E. Wharton, J'ai lu, 1993)

(Source image : Mary Cassatt - Woman_with_a_Pearl_Necklace)

jeudi 20 février 2014

Tirez-lui la queue, il pondra des oeufs

Cinq petits cochons
Agatha Christie

Club des masques, 1969

Cinq témoignages accablants ont fait condamner à la détention à perpétuité Caroline, la femme d'Amyas Crale, peintre renommé retrouvé mort empoisonné. Seize ans plus tard, Hercule Poirot, qui ne s'est jamais satisfait du dénouement de l'affaire, a l'occasion de reprendre le dossier en main.

Chaque lecture d'Agatha Christie est un pur moment de bonheur. Mais je distingue tout de même les Christie "divertissants" des Christie "chefs d'oeuvre". Autant vous l'annoncer tout de suite, Cinq petits cochons fait partie de la seconde catégorie ... au même titre que Le crime de l'Orient Express, Les dix petits nègres et Mort sur le Nil. J'ai aimé sa structure construite sur les différents souvenirs et points de vue des personnages, son histoire très touchante, sa conclusion même si elle n'est pas bluffante (et j'avoue avoir trouvé avant la fin) mais qui reste complexe et travaillée. 
Difficile de parler d'un texte d'Agatha Christie sans rien révéler. Je vais donc être brève et superficielle. 
C'est une histoire, comme toujours, très humaine. Ce n'est pas qu'une simple enquête distante et froide. On croise des personnages en lutte, on rencontre de vieux amis, une famille, des caractères uniques et bouleversants. En très peu de lignes, Agatha Christie nous présente à la perfection un personnage, son physique, son caractère, son attitude. Je les ai tous vus, connus. Les lieux aussi sont décrits de façon très précise. J'ai erré dans les couloirs et les jardins d'Alderbury.
Je ne vais pas trop en rajouter, ce commentaire (plat et trop insipide à mon goût) suffira ... tant pis ... Je ne peux que vous conseiller de lire et relire dame Christie et surtout de découvrir ces Cinq petits cochons ... 

Il n'y avait rien de Juliette chez cette femme, a moin d'imaginer une Juliette survivante, sans son Roméo. Or n'était-ce pas l'essence même du personnage que de mourir jeune ? Elsa Greer, elle, était restée en vie. "
(Cinq petits cochons, A. Christie, Club des masques, 1969.)

(Source image : passionphoto78 )

mercredi 5 février 2014

" Tous les hommes détestent Darcy parce que, comparés à lui, tous perdent de leur éclat. "

L'éveil de Mademoiselle Prim
Natalia Sanmartin Fenollera

Grasset, 2013.


« Cherche esprit féminin détaché du monde. Capable d’exercer fonction de bibliothécaire pour un gentleman et ses livres. Pouvant cohabiter avec chiens et enfants. De préférence sans expérience professionnelle. Titulaires de diplômes d’enseignement supérieur s’abstenir. »

Mademoiselle Prim ne répondait qu’en partie à ce profil : bardée de diplômes et sans aucune expérience des enfants et des chiens. Elle est engagée et, après quelques heurts avec son employeur, un homme aussi intelligent et cultivé que peu délicat, elle découvre le style de vie et les secrets des habitants de Saint Irénée d’Arnois.

Mademoiselle Prim tombe très vite sous le charme de ce village hors normes où les voisins s’adonnent à leur passion et où l’intérêt de la communauté prédomine. Pour eux le temps n’a pas d’importance et la littérature ne sert qu’à s’épanouir.
L’Eveil de mademoiselle Prim nous invite à un voyage inoubliable à la recherche d’un paradis perdu révélant toute la splendeur des choses simples de la vie.

Voilà un livre sans prétention, pas sans défauts ni faiblesses, mais si frais, si léger, si envoûtant qu'il mérite vraiment d'être dégusté. 
Ce roman est tombé au bon moment dans ma vie. Il m'a fait du bien, m'a mis du baume au cœur, m'a enveloppé et ravi. 
L'histoire de cette jeune bibliothécaire arrivant dans une maison atypique pleine d'enfants et de livres m'a emballé dès les premiers mots. Saint-Irénée est un village hors du temps où les gens ont toujours une théière pleine à portée de main, utilisent la correspondance comme autrefois pour communiquer, où il n'y a ni télévision, ni téléphone portable et où les femmes se réunissent pour parler des affaires de cœur. L'ambiance de ce roman est comme un plaid douillet qui nous enveloppe et nous chauffe le corps. Lorsqu'on est, comme moi, une amoureuse des romans classiques, des atmosphères d'autrefois, on s'installe à Saint-Irénée auprès de Prudence avec bonheur. On est plongé dans un monde à part, attachant. Tout comme Prudence, j'ai parfois l'impression de ne pas être née dans la bonne époque (je vous rassure, pas pour tout!) et Saint-Irénée apparaît comme un havre, un refuge. 
L'autre aspect du roman que j'ai adoré, c'est le thème des livres. En lisant ce texte, vous aurez le droit à un débat sur l'existence possible d'un véritable Darcy, mais également de la nécessité, de l'importance vitale même, pour une jeune fille de lire Les quatre filles du Docteur March. J'ai aimé entendre parler de mes auteurs favoris, de l'importance des livres dans l'éducation d'un enfant. De très beaux passages à découvrir. 
Le style de Natalia Sanmartin Fenollera sans être exceptionnel et bouleversant est assez agréable et fluide. Il ne me laissera pas de souvenirs impérissables, mais il m'a plu. 
J'ai, par contre, moins apprécié le côté spirituel de la vie de l'homme du fauteuil, le patron de Prudence. Je n'ai pas toujours compris ce qui avait amené l'auteur à prendre ce chemin là. Je n'ai pas trouvé cet aspect du roman très utile ou alors peut-être trop superficiel, peu fouillé. Pourtant la relation entre Prudence et l'homme du fauteuil est vraiment passionnante. A un très humble niveau, elle fait penser à la relation Jane Eyre/Rochester. De beaux dialogues, des discussions passionnantes, des disputes, ... C'est très agréable à lire. Mais ce thème de la spiritualité, de la religion n'avait pour moi pas sa place. Je n'ai pas compris son intérêt. 
Un roman qui fait du bien, qui remonte le moral, ... Un coup de vitamines et de soleil en cette période de froid. Une très belle ambiance pour tous les amoureux des romans anglais, des idées originales et des personnages attachants. Quelques défauts et un style assez simple, mais un roman que j'ai aimé et qui restera dans mon cœur de lectrice.

Edit du 6 février : En relisant mon avis, je me rends compte qu'il manque beaucoup de choses. Je ne peux pas tout dire bien évidemment, mais j'aurai pu aussi vous dire que L'éveil de mademoiselle Prim est un roman qui s'interroge sur la beauté, la délicatesse, qui peut remettre certaines idées en cause. On est parfois d'accord, parfois en colère, on se rebelle ou au contraire on adhère ... Loin de n'être qu'un roman à ambiance, L'éveil de mademoiselle Prim peut aussi faire naître quelques débats ... 

" Il se souvenait très bien de la façon dont son père avait toujours interdit de sortir les livres de la bibliothèque. Cela avait obligé tous ses frères et soeurs à choisir entre le plein air et la lecture. Ainsi avait-il passé les après-midi de son enfance en compagnie de Jules Verne, Alexandre Dumas, Stevenson, Homère, Walter Scott. Dehors, sous le soleil, les enfants criaient et s'amusaient, alors qu'il restait enfermé à lire, plongé dans des mondes que les autres soupçonnaient à peine. Quelques années plus tard, lorsqu'il était revenu à la maison après une longue absence, il avait changé ces règles. Il adorait voir assis sur les vieilles branches confortables d'un arbre, croquant des pommes, engloutissant des tartines de beurre, laissant les empreintes grasses de leurs doigts sur ces volumes qu'il aimait tant."
(L'éveil de Mademoiselle Prim, N. S. Fenollera, Grasset, 2013, p36/37)