samedi 7 novembre 2015

" Plus gros est le mensonge, plus tout le monde le gobe. "

Les apparences
Gillian Flynn 

Sonatine, 2012.

Amy, une jolie jeune femme au foyer, et son mari Nick, propriétaire d’un bar, forment, selon toutes apparences, un couple idéal. Ils ont quitté New York deux ans plus tôt pour emménager dans la petite ville des bords du Mississipi où Nick a grandi. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, en rentrant du travail, Nick découvre dans leur maison un chaos indescriptible : meubles renversés, cadres aux murs brisés, et aucune trace de sa femme. Quelque chose de grave est arrivée. Après qu’il a appelé les forces de l’ordre pour signaler la disparition d’Amy, la situation prend une tournure inattendue. Chaque petit secret, lâcheté, trahison quotidienne de la vie d’un couple commence en effet à prendre, sous les yeux impitoyables de la police, une importance inattendue et Nick ne tarde pas à devenir un suspect idéal. Alors qu’il essaie désespérément, de son côté, de retrouver Amy, il découvre qu’elle aussi cachait beaucoup de choses à son conjoint, certaines sans gravité et d’autres plus inquiétantes. Si leur mariage n’était pas aussi parfait qu’il le paraissait, Nick est néanmoins encore loin de se douter à quel point leur couple soi-disant idéal n’était qu’une illusion.


Vous savez sûrement que je ne lis que très rarement des polars. Mais parfois, un d'entre eux m'attire irrésistiblement. J'avais noté Les apparences depuis plusieurs mois et j'ai pu enfin le découvrir.
Pour qu'un thriller me plaise, il faut qu'il soit "littéraire". J'entends par là une écriture soignée, une certaine maîtrise de la langue et aussi une analyse profonde des personnages. J'ai lu plusieurs avis sur Les apparences. La plupart faisait l'éloge de l'intrigue palpitante et des nombreuses révélations composant ce "page-turner" captivant. Étrangement, je dois avouer ne pas avoir été soufflée par cet aspect du roman. On comprend assez rapidement le fin mot de l'histoire et je n'ai pas trouvé l'intrigue policière incroyablement bluffante (certains romans de Wilkie Collins ou Agatha Christie m'ont bien plus époustouflé). J'ai été totalement passionnée par ce roman de 600 pages pour autre chose que son intrigue. Gillian Flynn est une véritable écrivain. Elle dissèque, elle analyse, elle éventre chacun de ses personnages. Je ne sais pas si les vrais lecteurs de thriller ont apprécié cette oeuvre. C'est un roman long et lent. Chaque phrase, chaque situation est étudié au millimètre. Gillian Flynn aurait pu écrire l'intrigue en 200 pages, mais elle a choisi de broder autour. Et ce fut pour moi un bonheur.   
Les apparences nous plonge dans une Amérique sombre et détruite par la crise financière. Je me suis réellement vu dans cette ville triste et abandonnée sur les bords du Mississippi. Nous y rencontrons Amy et Nick. Durant tout le roman, chacun leur tour, ils prennent la parole. Ils se contredisent et parfois se répondent. La vision de la vie de couple dans Les apparences est totalement pessimiste, noire et surtout exagérée, poussée à l'extrême. Pourtant, il y a énormément de vrai dans ce roman. Comment ne pas reconnaître une certaine vérité? Comme lors de la description de la première rencontre? Ou durant les premiers mois quand on se sent tellement différents des autres couples autour de soi? Un couple plus fort, plus soudé et surtout pas ringard. Mais au final, la routine, les défauts de chacun, les ennuis professionnels et familiaux nous rattrapent. Malgré le côté extrême de Nick et d'Amy, j'ai trouvé les personnages assez justes. Les apparences est aussi un roman sociologique.
Un roman qui nous happe dès les premières pages. Non pour l'intrigue policière, au final assez simple, mais principalement pour son étude des personnages, son analyse de la vie de couple et ses travers. Un roman-immersion où l'on plonge dans cet univers étouffant et sombre pour en ressortir troublé et mal à l'aise.

" Elle riait avec moi et elle me faisait rire, elle ne me contredisait pas  systématiquement et n’essayait pas toujours d’anticiper mes réactions. Elle ne me parlait jamais avec hargne. Elle était facile à vivre. Tout était tellement facile, bon Dieu ! Et je me suis dit : l’amour vous donne envie d’être un homme meilleur – d’accord, d’accord. Mais peut-être que l’amour, l’amour vrai, vous donne aussi la permission d’être tout bonnement celui que vous êtes. " 
(Les apparences, Gillian Flynn, Sonatine, 2012) 
(Source image : Gone girl. theblacknarcissus)

2 commentaires:

unlivreunthe a dit…

Contente de lire que tu as aimé !

Lilly a dit…

Alors moi, en bonne neuneu, j'ai mis du temps à comprendre la situation (pourtant courante en littérature). J'ai vraiment tourné les pages avec fièvre, et je me souviens que j'avais surtout été frappée par le battage médiatique autour de l'affaire, révélateur d'une part assez terrifiante de notre société.