jeudi 12 novembre 2015

Pause russe

 Nouvelles de Pétersbourg
Nicolas Gogol

Folio classique, 2007.

Ce recueil regroupe 5 nouvelles : La perspective Nevski, Le portrait, Le journal d'un fou, Le nez et Le manteau. Toutes ont en commun la ville de Saint Pétersbourg.

J'avais déjà lu deux des Nouvelles de Pétersbourg en début d'année dernière. Il s'agissait du Nez et du Manteau. J'avais apprécié ces textes décalés, cachant beaucoup de profondeur derrière une apparente légèreté. J'étais décidée à me procurer l'ensemble des Nouvelles
Ma deuxième rencontre avec Gogol fut délicieuse. J'ai retrouvé son humour avec joie, mais j'ai également découvert une plume sensible et très poétique. Gogol a une façon incroyable de passer d'un style drôle à un style très sombre. J'ai ressenti toute son âme d'artiste torturé, cet écrivain qui ira jusqu'à se laisser mourir, insatisfait de ne pas réussir à écrire Les âmes mortes, son oeuvre restée inachevée. 
Avec La perspective Neski, on plonge dans les rues de Saint-Pétersbourg. La plume de Gogol rend le texte vivant et la vie pétersbourgeoise remuante. On pourrait rire des aventures de Piskariov, mais Gogol met en lumière le côté sombre de la grande Pétersbourg, ses travers et ses êtres oubliés. 
Le portrait est une histoire fantastique, un récit de tableau hanté par le diable. Interrogeant sur le talent d'un artiste et le pouvoir de l'Art, cette nouvelle est très plaisante à lire. 
J'ai adoré Le journal d'un fou. Complètement loufoque, cette nouvelle n'en est pas moins très profonde et tragique. 
Gogol a une écriture très maîtrisée. Passant du rire à la terreur, mêlant le drame à l'humour, il joue avec les émotions de son lecteur avec génie. Certains auteurs arrivent en quelques pages à nous captiver. C'est le cas de Gogol.
Ce fut encore un plaisir d'ouvrir de la littérature russe. Après Tolstoï, Dostoïevski, Pouchkine, ... je découvre Gogol et son univers à part. Il arrive à me toucher et à m'emmener dans son monde en quelques mots seulement.  J'aime énormément son style et même si Les âmes mortes m'effraie un peu, je compte bien le lire un jour. 
" Tout ce que vous rencontrez sur la perspective Nevski, tout regorge de bonnes manières : les hommes en long pardessus, les mains fourrées dans les poches, les dames en redingotes de satin rose, blanc et bleu d'azur et ravissants chapeaux. Vous rencontrerez ici des favoris uniques, glissés sous la cravate avec un art extraordinaire, surprenant, des favoris de velours, de soie, noirs comme la zibeline ou le charbon, mais qui, hélas, sont le privilège du seul département des Affaires étrangères. A ceux qui servent dans d'autres ministères, la Providence a refusé les favoris noirs, ils doivent, à leur immense déplaisir, les porter roux. "
(La perspective Nevski in Nouvelles de Pétersbourg, Folio classique, 207, p47) 

(Source image : Jardin de Mikhailovsky. artmajeur.com)

3 commentaires:

unlivreunthe a dit…

Ouh là là, tu me donnes bien envie de lire de la littérature russe, ça fait tellement longtemps !

Lilly a dit…

J'avais beaucoup apprécié cette lecture également. L'hiver arrive, c'est le temps de sortir les auteurs russes.

Mrs Figg a dit…

Je l'avais passé au bac. J'avais déjà beaucoup aimé ... Tu me donnes envie de le relire (je pense que j'ai toujours mon exemplaire annoté :-) )