mardi 29 septembre 2009

Peut-être est-elle trop jeune?

Effi Briest
Theodor Fontane

L'imaginaire Gallimard, 2007.

Effi Briest, jeune femme adultère, brisée par une société d'hommes, est la victime d'un monde soumis aux lois des conventions morales. Dans la Prusse dévergondée par l'argent, le destin de cette femme n'est que résignation et mélancolie. Ce roman, considéré comme le chef d'oeuvre de Fontane, est aussi l'un des chefs-d'oeuvre de l'école réaliste allemande.


C'est officiel, je vais m'intéresser de plus en plus à la littérature classique allemande. Effi Briest est un sublime roman qui rentre sans hésitation dans mes coups de cœur de l'année (en ce moment, je les enchaîne!).
Effi est une jeune fille de 17 ans qui vit heureuse avec ses parents. Un jour, un homme plus âgé qu'elle leur rend visite. Quelques heures après, Effi est fiancée à cet homme.
Encore une histoire d'adultère au XIXème siècle pourrait-on penser avec un arrière goût de déjà lu. Et pourtant, ce n'est pas du tout le cas. Pas de scènes d'amours avec amants fougueux et passionnés à la Anna Karenine ou Madame Bovary. Il n'y a aucune scène réellement explicite entre Effi et son amant. Elle ne l'aime pas. Ce roman n'est pas une histoire d'amour. Effi ne trompe pas par amour, mais par angoisse, par solitude, par désespoir. Effi n'est pas une romanesque qui cherche l'amour dans les bras d'un autre. C'est une jeune fille qui se marie pour obéir à ses parents sans vraiment y réfléchir. Elle n'a pas le choix. Elle épouse Innstetten parce que c'est ainsi. Elle espère l'aimer, être heureuse. Elle n'est pas triste de l'épouser. Un peu angoissée, mais heureuse. Mais les jours passent et la jeune Effi est livrée à elle-même dans une maison hantée et terrifiante où erre le fantôme d'un chinois, ancien habitant des lieux. Son mari s'amuse à entretenir cette angoisse. Peut-être une manière d'affirmer son autorité sur sa femme. Le « pédagogue » comme elle l'appelle la laisse seule avec ses peurs alors qu'elle n'est encore qu'une enfant. Et pourtant, cela aurait été simple de créer un mari cruel et méchant. Mais non, Fontane aime la complexité. Innstetten est un homme aimable et doux. Sa superiorité et sa fierté masculines se manifesquent plus subtilement que par la violence brute et crue.

Durant les toutes premières pages (les 5 premières seulement, rassurez-vous!), il faut s'habituer au style de Theodor Fontane. Sa plume possède une certaine ironie dans les premiers chapitres, un recul, un détachement qui déstabilise. Mais ça ne dure pas et c'est le grand géni de cet auteur. En une seconde, il bouleverse notre vision d'Effi et l'idée que l'on avait de son écriture. Sa plume distante devient compatissante, Effi la rêveuse devient une jeune fille qui nous ouvre son coeur et qui s'angoisse pour son futur mariage, l'intrigue s'étoffe, les prochains événements se dessinent :
« Mme von Briest était troublée. Elle se leva et embrassa Effi :
- Tu es une enfant. De la beauté et de la poésie! Tu te fais des idées; la réalité est tout autre et souvent, au lieu de lumière, mieux vaut l'obscurité »
(p49).
Des scènes d'une grande beauté et d'une grande profondeur, mais qui tout comme celles de Jane Austen peuvent parfois déstabiliser par leur apparente simplicité. Theodor Fontane ne fait pas dans le grandiose. Pas de scènes larmoyantes, peu de sang et de pleurs, et pourtant, un roman d'une infinie beauté, une histoire d'une tristesse incroyable, des personnages complexes et travaillés.
Un autre aspect du roman m'a passionnée, le côté très Catherine Morland (héroïne de Northanger abbey de Jane Austen) d'Effi, le comique en moins. On a de la peine pour Effi lorsqu'on la voit totalement terrifiée par ces histoires de fantômes qui hantent sa maison. Un roman qui reprend les ambiances gothiques anglaises pour notre plus grand bonheur.
Bref, vous aurez compris que ce roman m'a passionnée et mérite que l'on si attarde. Il est superbe à lire, mais ouvre également de nombreuses et interminables portes de réflexions. Un style simple mais qui cache une profondeur incroyable.
Laissez-vous porter par la triste histoire d'Effi … Je suis encore bouleversée par la fin de ce roman. Principalement, par la toute dernière scène qui m'a totalement rebellée!

" Effi, pour qui l'air libre avait plus de valeur encore que la beauté du paysage, évitait les boqueteaux et suivait plutôt la grande route, bordée d'abord de vieux chênes, puis de peupliers, jusqu'à la gare où l'on parvenait en une heure de temps. Tout lui était bonheur, elle respirait avec joie le parfum du colza et du trèfle, elle suivait l'envol des alouettes, elle comptait les puits et les auges où allait boire le bétail. "

(Effi Briest, L'imaginaire Gallimard, 2007, p 333)

(Source image : impressionism-art.org)

9 commentaires:

Lou a dit…

Je suis vraiment ravie de voir que tu as autant aimé ! Je pensais que ça pouvait te plaire et tu connaissais tant d'Anglo-Saxons que j'avais préféré miser sur la littérature germanique... à moi de m'y mettre maintenant !

Romanza a dit…

Lou : Merci mille fois de m'avoir offert ce sublime roman ... Un régal! Tu peux l'ouvrir sans crainte!

Suzanne a dit…

J'espère sincèrment le trouver ici car je veux absolument le lire. merci Romanza pour ce bel avis.

livres de Malice a dit…

Ce livre se trouve dans ma Pal accompagné du film de Fassbinder !

Titine a dit…

J'ai envie de lire ce livre depuis 6 mois mais j'attends de faire baisser mon PAL avant de l'acheter. Ton commentaire me conforte dans mon envie!

Romanza a dit…

Suzanne : Tu le trouveras j'en suis sûre!

Malice : Oui, j'ai vu que l'édition imaginaire gallimard offrait l'adaptation ciné ...

Titine : Fonce!

Lamousmé a dit…

oh romanza!!!!!!!!!! dans mes bras!!! comme toi je me (ré) interresse a la littérature allemande et... que de merveilles!!!!

Romanza a dit…

Lamousmé : hihihihi! Viens dans mes bras toi aussi!

Theoma a dit…

Je ne suis que moyennement attirée par la littérature allemande principalement en raison de la langue avec laquelle je galère. Cependant, impossible de résister à ton billet, il me faut ce livre !