jeudi 25 décembre 2008

Une mer de silence sur cette étendue de cris!

Le silence de la mer et autres nouvelles
Vercors
(Défi Au delà des mots 2008/2009)

Livre de poche, 2005.

Les Editions de Minuit ont été conçues par Vercors à l'automne 1941 et créées par lui avec Pierre de Lescure. Le Silence de la mer est le premier titre à y être publié. Une vingtaine d'autres suivront jusqu'à la Libération, mais c'est le texte inaugural de Vercors qui connaît le plus grand retentissement. Cette sobre histoire, où une famille française s'oppose par le silence à l'officier allemand qu'elle a été obligée de loger, est un plaidoyer implacable contre la barbarie hitlérienne. Sous la calme surface des eaux, c'est la terrible mêlée des bêtes dans la mer qui se trouve soudain révélée et toute la vie sous-marine des sentiments cachés, des désirs et des pensées qui se nient et qui luttent . Les récits qui accompagnent ici Le Silence de la mer, ont une portée peut-être moins complexe mais tout aussi forte. Tous lancent un vibrant appel aux vertus d'un humanisme conscient de ses devoirs.
...
Un très beau livre que celui-là! Certes, dur, triste, implacable, mais poétique et sensible. Chaque récit nous plonge dans la souffrance des êtres durant la guerre. On ressent leur incompréhension, leur honte, leur combat. Vercors nous transmet tous ces sentiments, mais sans jamais nous brusquer.
Le silence de la mer est une petite merveille tout en sobriété et en retenue. Cette histoire est si fine et si profonde que l'on pourrait l'étudier encore longtemps.
Quant aux autres nouvelles, elles sont, c'est vrai, moins subtiles et plus brutes, mais elles sont toutes aussi bouleversantes. Les deux dernières L'imprimerie de Verdun et La marche à l'étoile m'ont plus particulièrement touchée. Vercors parle des gens avec une telle sensibilité qu'ils en deviennent des amis proches et que l'on ressent profondement leur détresse ...
Une belle lecture à découvrir ...
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" Ce fut ma nièce qui alla ouvrir quand on frappa. Elle venait de me servir mon café, comme chaque soir (le café me fait dormir). J'étais assis au fond de la pièce, relativement dans l'ombre. La porte donne sur le jardin, de plain-pied. Tout le long de la maison court un trottoir de carreaux rouges très commode quand il pleut. Nous entendîmes marcher, le bruit des talons sur le carreau. Ma nièce me regarda et posa sa tasse. Je gardai la mienne dans mes mains.
Il faisait nuit, pas très froid : ce novembre-là ne fut pas très froid. Je vis l'immense silhouette, la casquette plate, l'imperméable jeté sur les épaules comme une cape.
Ma nièce avait ouvert la porte et restait silencieuse. Elle avait rabattu la porte sur le mur, elle se tenait elle-même contre le mur, sans rien regarder. Moi je buvais mon café, à petits coups.
L'officier, à la porte, dit : "S'il vous plaît". Sa tête fit un petit salut. Il sembla mesurer le silence. Puis il entra.
La cape glissa sur son avant-bras, il salua militairement et se découvrit. Il se tourna vers ma nièce, sourit discrètement en inclinant très légèrement le buste. Puis il me fit face et m'adressa une révérence plus grave. Il dit : "Je me nomme Werner van Ebrennac". J'eus le temps de penser, très vite : "Le nom n'est pas allemand. Descendant d'émigré protestant ?" Il ajouta : "Je suis désolé".
(Le silence de la mer, 2005, p 19)
(Source image : planetekobaya.spaces.live.com)

4 commentaires:

keisha a dit…

Le silence de la mer : très très beau livre en effet, dont on se souvient bien longtemps après.

Suzanne a dit…

Bon sirop il va me falloir le lire celui-là aussi. belle journée gentille dame.

Sandra a dit…

Un très beau livre en effet, bien écrit, touchant, surtout lorsque l'on sait qu'il a été écrit sousl'occupation.

Ankya a dit…

On me l'a fait lire quand j'étais en seconde. J'ai beaucoup aimé! Très touchant, très humain.