mardi 8 mai 2018

Ressource

Ursule Mirouët
Honoré de Balzac

Folio classique, 2000.

«Croyez-vous aux revenants ? dit Zélie au curé. - Croyez-vous aux revenus ? répondit le prêtre en souriant.»

Ursule Mirouët est en effet une histoire de revenants et de revenus. Une histoire de revenus ou comment, dans la petite province vipérine de Balzac, des «héritiers alarmés» parviennent à voler le testament d'un vieux médecin et tentent de ruiner la jeune fille qu'il a adoptée. Une histoire de revenants et c'est tout le Balzac spirite et mesmérien qui, dans ce singulier roman, dit sa croyance aux rêves messagers du destin et vengeurs du crime.


Petit retour aux valeurs sûres cette semaine avec Balzac. Je ne l'avais pas lu depuis trop longtemps. Balzac est un auteur cher à mon cœur depuis ma lecture d'Eugénie Grandet à la fac. Pourtant ma première rencontre avec lui date du lycée avec La duchesse de Langeais et à l'époque, moi qui aimais tant les romans classiques, je n'avais pas accroché. Honte à moi! Depuis Eugénie Grandet, Balzac fait parti de ces auteurs que je lis régulièrement et avec beaucoup de plaisir.  Ursule Mirouët est ma quatorzième expérience balzacienne. 
J'ai entendu parler de ce roman de Balzac la première fois dans le roman de Dai Sijie, Balzac et la petite tailleuse chinoise. Les héros découvrent la littérature occidentale, interdite sous Mao, grâce à ce roman. Il le dévore en une nuit et au réveil, ils ont l'impression que tout ce qui les entoure est différent. J'avais aimé cette vision de la littérature si puissante qu'elle peut modifier le regard que l'on porte sur la vie. J'ai donc noté Ursule Mirouët en promettant de le lire
Cette lecture fut un régal. Je me suis délectée de chaque page et de la plume si vive de Balzac. Je reconnais que la jeune Ursule est un peu trop "oie blanche", cependant je l'ai prise en affection et j'ai tremblé pour elle. J'ai embarqué dans ce passionnant récit d'héritage et de revenants. Ursule Mirouët est un roman rythmé aux nombreux rebondissements. Je pense qu'il peut être une bonne première approche de Balzac. J'ai vu qu'il était souvent donné au collège ou au lycée et je comprends pourquoi. 
J'ai été très touchée par la relation entre Ursule et ses protecteurs. Le premier d'entre eux est, bien entendu, son tuteur le docteur Minoret. Mon cœur s'est souvent serré devant tant de tendresse. Je suis peut-être bien naïve et trop sensible, mais j'ai été très émue par le lien qui les unissait. Plusieurs personnages gravitent autour d'eux. On pourrait les classer dans deux catégories bien distinctes : les bons et les mauvais. Cependant, chez Balzac, la vie est bien plus complexe et lorsque les dernières pages arrivent, les sentiments évoluent et les personnages aussi. Je reconnais que le roman est dans l'ensemble assez manichéen, mais Balzac n'en reste pourtant pas là. La fin du roman rachète certains personnages noirs du texte et je pense également au personnage de Savinien, peu reluisant dans les premières pages qui gagne en maturité et en profondeur. 
Ce que j'aime tant également chez Balzac? Sa "comédie humaine" bien sûr. C'est un régal de croiser des personnages que l'on a déjà vus dans certains romans, d'autres que l'on croisera prochainement lors d'autres lectures. Ce monde qu'il a créé est fascinant. Comme avec les Rougon-Macquart, c'est un réel bonheur de chercher le liens, observer les clins d’œil, les allusions, de voir évoluer les personnages au fil des œuvres. Une fois Ursule Mirouët refermé, j'ai eu envie de me précipiter vers ces romans balzaciens qui m'attendent encore : Une fille d’Ève, Splendeurs et misères des courtisanes, Illusions perdues, ...
"Mais à l'aspect de Minoret-Levrault, un artiste aurait quitté le site pour croquer ce bourgeois, tant il était original à force d'être commun. Réunissez toutes les conditions de la brute, vous obtenez Caliban qui, certes, est une grande chose. Là où la Forme domine, le Sentiment disparaît. Le maître de poste, preuve vivante de cet axiome, présentait l'une de ces physionomies où le penseur aperçoit difficile trace d'âme sous la violente carnation que produite un brutal développement de la chair. Sa casquette, en drap bleu, à petite visière et à côtes de melon, moulait une tête dont les fortes dimensions prouvaient que la science de Gall n'a pas encore abordé le chapitre des exceptions. Les cheveux gris et comme lustrés qui débordaient la casquette vous eussent démontré que la chevelure blanchit par autre chose que par les fatigues d'esprit ou par les chagrins."
(Ursule Mirouët, Balzac, Folio classique, 2000, p 24) 
(Photos : Romanza2018)

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Très bel avis !

FondantGrignote a dit…

Tu me donnes envie de relire du Balzac, ça fait très très longtemps !! Par ailleurs, Romanza, je me suis permis de reprendre un de tes anciens tags sur mon blog ; j'avais adoré ton idée d'un livre, un lieu :-) bon week-end !

Romanza a dit…

UnlivreUnthé : Merci!

Fondant : Tu as bien raison.