vendredi 6 février 2015

Ce n'est pas simple tous les jours d'être un criminel

Crime et châtiment
Dostoïevski

Folio classique, 2011.

A Saint-Pétersbourg, en 1865, Raskolnikov, un jeune noble sombre et altier, renfermé mais aussi généreux, a interrompu ses études faute d'argent. Endetté auprès de sa logeuse qui lui loue une étroite mansarde, il se sent écrasé par sa pauvreté. Mais il se croit aussi appelé à un grand avenir et, dédaigneux de la loi morale, se pense fondé à commettre un crime : ce qu'il va faire bientôt - de manière crapuleuse. 
(Présentation de la collection Livre de poche)

C'est toujours pareil. Lorsque je lis un monument de la littérature, je me trouve bien ennuyée quand vient le moment d'en parler. Je suis partagée entre me taire et dire mille choses. J'attaque une chronique, tout en sachant pertinemment qu'elle sera fade et sans intérêt par rapport au roman dont il est question.
Bref .... Parlons de Crime et châtiment.
Titre culte, héros mondialement connu, souvent cité, parodié, on ne peut pas passer à côté de Crime et châtiment lorsqu'on aime la littérature. Je ne vous cache pas que ma lecture fut mouvementée (quotidien prenant ... "Maman? Tu fais quoi?" ; "Ouin Ouin!!" ; "Maman, j'ai faim" ; "Areuhhh!!" ; ... boulot, dodo et compagnie), j'ai parfois trouvé certaines scènes assez longues et des chapitres lourds. Dostoïevski nous écrase littéralement par moment. Trop de génie, trop de psychologie, trop de maîtrise. Je me suis sentie un peu dépassée, bien trop petite face à son écriture, son analyse de l'être humain et sa profondeur. Voilà encore une oeuvre que j'aurai aimé étudier, disséquer, décortiquer. Raskolnikov est un héros très particulier. On ne peut ni l'aimer, ni le haïr. En règle générale, ce roman met mal à l'aise. Je ne pensais pas trouver une oeuvre si sombre et glauque. Meurtre, viol, sadisme, pauvreté, suicide. On plonge dans les bas fonds de la société, dans le vice et la puanteur. 
Avec tout ça, vous allez vous demander si j'ai aimé ma lecture. Bien sûr que oui. C'est vrai que c'est long, complexe et sinistre, mais comment ne pas être à genoux devant une telle oeuvre. Quelle maîtrise! Quelle plume! Dostoïevski remue les tripes, nous interpelle, nous questionne. Il nous offre un roman brûlant et passionnant. Les scènes horribles laissent place à des pages humaines, poétiques et sublimes (Ah! L'épilogue).  Au bout du tunnel, il y a la lumière. Dans la misère, il y a l'amour. Un très beau roman qui ne cherche pas la simplicité, car Dostoïevski n'essaie pas ne nous mentir, l'Homme est compliqué et instable. Le Mal n'est pas toujours où l'on pense, le Salut non plus. 
Les personnages de ce roman me hanteront longtemps. Dostoïevski est très pointilleux. Il a crée avec Crime et châtiment un véritable monde. C'est une histoire qui prend vie. On voit marcher, respirer, parler les personnages. Les rues de Saint Pétersbourg, la douce Sonia, Raskolnikov errant, l'attachant Razoumikhine, ... Des dizaines de scènes gravées dans ma mémoire. 
Un très grand roman. 

"- Vous aimez votre sœur Sonia?
- Je l'aime plus que tout, déclara Polenka, d'un ton particulièrement ferme, et son sourire devint plus sérieux. 
- Et moi, vous m'aimerez?
  Au lieu de répondre, la fillette rapprocha son visage et il vit qu'elle tendait ses petites lèvres gonflées, prête à l'embrasser. Soudain, ses bras maigres comme des allumettes l'enlacèrent fort, bien fort, sa tête enfantine se pencha sur son épaule et la fillette se mit à pleurer tout en se serrant contre lui de plus en plus. "
(Crime et Châtiment, Dostoïevski, Folio classique, 2011, page 201-202)

(Image : Degas, L'intérieur (Le viol))

6 commentaires:

unlivreunthe@yahoo.fr a dit…

Je ne me souviens plus trop de l'intrigue mais j'ai un souvenir merveilleux de cette lecture, une grande découverte !

labibliothequedebenedicte a dit…

Encore un auteur qu'il faut vraiment que je découvre ! Pour le moment, j'avoue que je laisse la main. J'ai peur de me lancer et de ne pas du tout accrocher. Peut-être dans quelques temps...

Aphonsine a dit…

Heureuse de te voir reprendre la plume, a fortiori pour te voir parler d'une telle œuvre ! :)

Fleur a dit…

Je l'ai lu il y a plusieurs années et sa taille me faisait peur. Et finalement, il est passé assez facilement et vite car j'avais bien accroché.

Fanny a dit…

J'aime beaucoup ton billet ! J'ai ressenti exactement les mêmes sentiments que toi et j'ai toujours du mal à parler de ces grands classiques qu'il est impossible de ne pas aimer ! Je crois que j'aime encore plus Les Frères Karamazov même si le début est long aussi !

Titine a dit…

C'est un roman qui laisse une trace indélébile, je l'ai adoré comme tous les romans de Dosto que j'ai lus. Il y a une telle force dans son écriture et les émotions de ses personnages.