samedi 13 octobre 2012

" Je voudrais seulement être seule avec le clair de lune ... "

La chaîne d'amour (ou L'amour dans l'âme)
Daphné du Maurier


Livre de poche, 1972.

Ce roman de Daphné du Maurier a été réédité plus récemment chez Phébus sous le bien meilleur titre  de L'amour dans l'âme

Etant enfant, Janet Coombe avait la passion des choses de la mer et regrettait rien tant que de ne pas être née garçon pour pouvoir courir les océans. En grandissant, cette passion lui est restée. Le mariage avec son cousin Thomas, son nouveau rôle d'épouse et de mère vont-ils changer Janet? Ses familiers le croient et se trompent. Sa nostalgie de la vie maritime devient chaque jour plus forte et elle la transmet à son second fils Joseph. Il projette de naiguer avec elle à bord d'un voilier portant son nom et dont la figure de proue est sculptée à son image. 
C'est en Cornouailles, à l'époque où les voiliers étaient encore les rois des mers, que commence cette histoire d'un navire et d'un amour qui défie la mort et le temps. 

Je suis partie sept jours au bord de la mer. Sept jours de vacances où mes choix de lecture, le choix de l'ambiance des romans que j’emmènerai dans mes bagages étaient d'une grande importance. Quel roman allais-je attacher pour toujours à cette mer agitée d'octobre, à ces plages interminables et désertes, à ces rafales de vents intenses? Mon choix s'est arrêté sur La chaîne d'amour. Principalement parce que ce roman a pour personnage principal la mer et parce que Daphné du Maurier est une valeur sûre et que sa plume ne pouvait que me ravir. La chaîne d'amour ne fut pas un bon choix, mais fut un choix parfait, magnifique, sublime. La chaîne d'amour fait désormais parti de ces lectures attachées à un lieu particulier. Anna Karenine sera toujours rattaché à un quai de gare glacial et plein de courant d'air, Madame Bovary aux paysages majestueux des Pyrénées, La terre à la campagne normande, Notre Dame de Paris aux premiers jours de printemps le long d'une rivière, ... Ainsi La chaîne d'amour sera toujours lié à la mer, le vent, le cri des mouettes, ... Cette lecture m'a accompagnée cinq jours. Cinq jours où les 500 pages de ce sublime roman m'ont suivie partout, où des grains de sable s'y sont logés. 
C'est un roman qu'on ne lâche pas une fois ouvert. La chaîne d'amour nous plonge durant 100 ans (de 1830 à 1930) au coeur d'une famille de Cornouailles, les Coombe. A travers quatre générations, Daphné du Maurier nous parle d'amour, de haine, de peur, de rêves, de vie et de mort. Il y a Janet Coombe, Joseph son fils, Christopher son petit-fils et enfin Jennifer, la fille de Christopher, l'arrière petite-fille de Janet. 
Janet Coombe est une femme passionnée. Droite et juste, elle cache un coeur plein de fougue et de rêve. Triste de ne pas être née homme, elle transmettra sa passion de la mer à son second fils Joseph. La présence de Janet plane sur tous les personnages de ce roman.
Joseph Coombe est une sorte Heathcliff. Sanguin, trompe-la-mort, il vit intensément. Il a dans le coeur la passion de sa mère, mais pas sa droiture et sa force mentale, ce qui l’amènera à montrer ses plus sombres côtés. 
Son fils Christopher n'a pas hérité de l'âme passionnée de Janet et Joseph. Il hait la mer, au grand chagrin de son père qui pourtant l'adore. Calme, intelligent, juste, Christopher marque sa différence dans cette famille aux forts caractères (c'est d'ailleurs le seul qui a un prénom commençant pas une autre lettre que le J). Mais tout au fond de lui, bien enfoui, l'héritage des Coombe est peut-être bel et bien présent.
La petite dernière Jennifer Coombe est réservée et secrète tout comme son père, mais elle est passionnée, déterminée, amoureuse de la mer comme son grand-père et son arrière grand-mère. 
La plume simple mais profondément intelligente et délicate de Daphné du Maurier nous plonge dans un récit totalement inoubliable. J'ai fait partie de cette famille. J'ai aimé tous ces personnages, leurs forces et leurs faiblesses. Daphné du Maurier est humaine et parle sans fard de ces personnages qu'elle aime profondément. C'est ce qui fait la force de ce roman. Ces hommes et ces femmes pourraient être nous. Ils ne sont pas parfaits, ni noirs ni blancs, ils commettent des erreurs, font le bien comme le mal. Certaines pages m'ont glacées, je pense notamment à Joseph, d'autres attendries. Du rire aux larmes, de l'espoir à l'horreur, de la peur au réconfort, on pleure, on tremble, on sourit, un roman qui nous fait passer par de nombreuses émotions. Cette chaîne qui relie ces quatre personnages m'a profondément touchée. Le "Janet Coombe", le navire de Joseph, personnage à part entière, a été aussi cher à mon coeur que si j'étais une Coombe. 
La chaîne d'amour est d'une grande poésie. Plyn, petite ville de Cornouailles, au bord des falaises frappées pas les vagues, nous envoûte. La mer qui exerce une telle attraction sur la famille Coombe nous hypnotise aussi, si bien que durant les pages se situant à Londres, notre petit port natal nous manque cruellement. Mais la poésie de Daphné du Maurier n'est pas que dans la description des lieux. Certaines scènes m'ont faite tirer les larmes par leur beauté. Pas de mélodrames, pas d'étalages sentimentales, pas d'émotions exacerbées, mais la poésie des coeurs et des âmes, les sentiments humains et naturels, les joies, les peines .... Je verrai toujours le vieux Joseph Coombe pleurer sur la colline comme un enfant.
La chaîne d'amour est un énorme coup de coeur que j'ai eu bien du mal à lâcher. Un roman passionnant et passionné, profondément humain, que l'on vit plus qu'on ne lit. Des personnages vivants, palpables. Un univers fascinant, envoûtant. Plusieurs jours après l'avoir fermé, Janet, Joseph, Christopher et Jennifer sont toujours avec moi. 
A lire ABSOLUMENT. 
Et si, comme moi, vous avez la chance de parcourir les pages de ce roman face à une mer agitée, c'est encore meilleur. Mais qu'importe l'endroit, la magie opérera!

" L'appel de la mer bouleversa Joseph une fois de plus. Il éprouva le besoin de toucher l'eau avec ses mains et de se laisser porter par les vagues jusqu'à quelque lontaine région où le vent et la houle mêleraient perpétuellement leurs plaintes. Il eut envie de sentir le goût du sel sur ses lèvres, d'entendre le chant de la mer, et souhaita suivre cette traînée de soleil jusqu'à son navire. Quelque part sur l'Océan, au delà des côtes, au-delà de la ligne où le ciel et la mer se rejoignent, la Janet Coombe traçait son chemin, face au ciel. Seule, fière et libre au milieu du silence de l'océan, elle devait courir sur les vagues, roulant et tanguant, ses deux mâts dressés vers les étoiles. "
(La chaîne d'amour, Livre de poche, 1972, page 281)

(Source image : Yveline Formagne)

6 commentaires:

Allie a dit…

Je l'ai en ma possession ce roman, acheté dans une vente de livres. C'est cette même vieille édition. Ça m'a l'air très bien! Il ne me reste plus qu'à le lire!

Romanza a dit…

Lance-toi tu ne le regretteras pas!

Lilly a dit…

C'est un livre qui me tente énormément, mais je n'aime pas les vieilles éditions qui puent...

bizak a dit…

Le roman la chaîne d'amour! Je l'ai lu, relue et relu , on ne s'en lasse pas et je l'ai passé à d'autres et d'autres....On s'en sort pas indemne, on tombe amoureux....de Janet!
Je lis un passage: (Joseph fils de Janet(morte déjà),mortifié, s'élança hors de la maison, et comme un fou monta sur la falaise):"Janet!...Janet! Au secours!..." Il s'agenouilla sur le sol glacé, souffrant au-delà de tout expression. Soudain, il sentit une main qui lui touchait le front et perçut une présence à ses côtés. IL leva ses yeux troubles et aperçut sa bien-aimée...

leslivresdegeorgesandetmoi a dit…

Et bien je ne regrette pas du tout de l'avoir pris lors de ma dernière brocante !

choupynette a dit…

j'ai lu Le général du roi pour le mois anglais et ce fut un coup de coeur total!! j'ai adoré l'écriture, les personnages, tout!!